Un passé encombrant 19

Shinji observait Kensei, qui se curait les ongles avec un petit canif. C’était quoi, cette nouvelle lubie ? Le reste des vizards était parti en mission avec la onzième division pour supprimer un nouveau foyer de Soul Evil. Ukitake avait refusé d’envoyer Kensei et Shinji, préférant les garder sous la main au cas où un nouveau foyer s’ouvrirait quelque part à la Soul Society. Désormais, ces derniers s’attaquaient simultanément à plusieurs endroits. En attendant, le jeune homme s’ennuyait ferme — certainement tout autant que Kensei, qui devait ronger son frein pour ne pas se joindre à la bataille, bien plus loin.

Cela faisait maintenant deux mois que les vizards avaient intégré sa division. Ils n’avaient aucun rang particulier et agissaient comme des électrons libres. La seule chose pour laquelle ils répondaient présent, c’était le combat. Le jeune homme essayait tant bien que mal de concilier son nouveau poste — qu’il gérait comme dans ses lointains souvenirs — avec sa famille. Il trouvait en Hinamori une aide inestimable. Surtout que la jeune femme, plutôt discrète, apportait son soutien sans qu’il ait vraiment besoin de lui demander quoi que ce soit. Il l’appréciait sincèrement, d’autant que sa famille ne lui laissait aucun repos : les vizards, ou… Byakuya et Grimmjow.

Ses pensées le ramenèrent à Byakuya, qui avait retrouvé son titre, son ancien statut et… remplacé Genichi Kuchiki, y compris dans sa fonction de capitaine de la sixième division, et cela en à peine quelques semaines. Ikkaku avait eu beaucoup de mal à se séparer de Byakuya, et Grimmjow passait désormais son temps à la sixième division sans y occuper la moindre fonction. C’était devenu n’importe quoi, dans le Goteï 13.

Shinji songea qu’Ukitake devrait reprendre les rênes d’une main plus ferme. Le blond soupira et quitta son bureau. Ses pas l’entraînèrent vers les jardins de la cinquième division. Il contourna un mur et se retrouva devant les portes de sa division, qu’il franchit. Ses yeux cherchaient inconsciemment une tache orange dans un horizon bien morne. Le jeune homme croisa de nombreuses personnes, mais fut incapable de dire qui elles étaient. Certain·es l’interpellaient ; pourtant, Shinji ne pensait qu’à une seule personne.

C’était donc cela, l’enfer qu’Ichigo avait traversé ? Shinji avait perdu tout espoir de gagner la division du Roi. Il savait que, si Ichigo ne faisait rien pour revenir, il ne pourrait pas aller vers lui. Depuis qu’il l’avait compris… il déprimait. Ou plutôt : il se mourait. Il faisait le strict minimum pour survivre. Il ne voyait plus l’intérêt d’être capitaine, ni d’avoir tout l’or du monde, si Ichigo n’était pas là. Shinji conservait malgré tout un mince espoir : qu’Ichigo quitte enfin la dimension du Roi et le rejoigne.

Ichigo était devenu son obsession, sa seule raison de vivre. Son ancienne personnalité y était aussi pour beaucoup. Quoique… pour lui, maintenant, « ancienne » et « nouvelle » faisaient partie d’un même tout : de lui. Et, qu’importe le jugement des autres, il attendrait l’adolescent ; mais il se ferait un plaisir de l’engueuler avant… avant de le prendre dans ses bras et de l’étouffer de tout l’amour qu’il éprouvait pour lui.

Shinji se heurta brusquement à un obstacle qu’il tenta de contourner sans même le voir. Mais l’obstacle suivit son mouvement. Il se força à se concentrer, à rassembler ses idées, pour identifier qui l’ennuyait de si bon matin. Il croisa les yeux d’Ikkaku. L’air moqueur qu’arborait le capitaine de la onzième… Le cerveau de Shinji s’arrêta. C’était quoi, ce yukata à fleurs sur Ikkaku ?

— Y’a un carnaval et j’étais pas au courant ? demanda Shinji, ironique.

— Ta gueule, le blondinet ! J’m’casse !

Shinji haussa un sourcil et observa son ancien sensei. Il lui trouva soudain une mine plus que réjouie, et une lueur qu’il ne lui avait jamais vue. Qu’est-ce qui lui était passé par la tête ?

— On peut savoir ce que tu fiches, encore ?

— J’ai retrouvé Kenpachi !

— Pardon ?

— Zaracki Kenpachi et Yumitchika… je les ai retrouvés…

— Et alors ?

Shinji ne voyait pas en quoi cette nouvelle était réjouissante, sauf que…

— J’quitte le Sereitei !

— … Bonne chance, rétorqua placidement Shinji.

— Ça n’a pas l’air de te bouleverser…

— Tu vois à qui tu causes, là ?

— Ouaih !

Un sourire carnassier fleurit sur les lèvres d’Ikkaku, qui secoua la tête avant d’éclater de rire, soudain, comme possédé.

— Putain ouaih, j’sais à qui j’m’adresse ! Dis… n’abandonne pas Ichi… Le gamin, il vaut le coup que tu le récupères…

Les yeux noisette se voyaient à peine derrière les paupières mi-closes du capitaine de la cinquième division.

— Si c’est juste pour me dire ça que t’es venu me voir, c’était inutile…

— Disons que j’te vois pas mal déprimé ces derniers temps… comme lui pouvait déprimer quand t’étais pas là ! À un siècle d’intervalle… ça fait quand même beaucoup. T’éloigne pas de ceux que tu aimes, comme lui le faisait. Et trouve-toi quelqu’un, en attendant…

— M’raconte pas d’conneries et dégage avant qu’on croit que t’es bourré, et qu’on t’arrête pour atteinte aux bonnes mœurs ! Un yukata à fleurs… putain, t’aurais pu choisir plus discret !

— Tiens… tu fileras ça au Soutaïcho…

Ikkaku sortit de sa veste un pli qu’il tendit à Shinji, qui le prit en se doutant fort bien de ce qu’il contenait.

— J’t’reverrai plus, Sensei ?

— Crétin ! Si, on s’reverra… mais sur un champ de bataille…

L’ancien capitaine eut un bref sourire et ébouriffa les cheveux blonds de Shinji, qui grimaça et voulut repousser ses mains. Ikkaku disparut aussi vite qu’il était apparu. Seule l’enveloppe que Shinji tenait dans une main lui prouvait qu’il n’avait pas rêvé. À lui, encore, d’annoncer une bonne nouvelle.

Shinji rangea la lettre dans son shihakusho et se dirigea tranquillement vers la première division. Une pointe d’envie lui traversa le cœur lorsqu’Ikkaku lui annonça qu’il avait retrouvé les personnes qu’il aimait. Et lui ? Ichigo… quand reviendrait-il ?

°°0°0°°

Ichigo passa son zanpakutō dans son dos et se dirigea vers les troupes de sa division pour donner ses ordres. Il repoussa ses longs cheveux d’un geste impatient. Pourtant, son attitude restait froide et déterminée. Il avait reçu l’ordre de rejoindre la Soul Society : elle n’arrivait plus à faire face aux attaques des Soul Evil.

Quand Saga lui avait annoncé qu’il partait aussi vite que possible, Ichigo était resté figé. Son cœur s’était mis à s’emballer, toutefois, quand Saga s’était penché sur lui, le menaçant de sa voix froide :

— Si tu comptes quitter les rangs pour t’échapper… je te tue ! Si tu me quittes pour qui que ce soit de ton ancien entourage… je le tue… ou je les tue ! Tu m’appartiens, Ichigo… ne l’oublie pas !

Le souffle chaud caressa doucement la joue du jeune homme. Une vague de dégoût monta en lui ; sa haine pour son maître l’étouffait, tel un serpent enroulé autour de son cœur, l’enserrant inexorablement, l’empêchant même d’éprouver un autre sentiment. Au fil des années, son seul objectif était devenu de gagner en puissance, encore et encore, pour pouvoir le buter une bonne fois pour toutes.

Les yeux bleus rencontrèrent les yeux ambre, exprimant la même froideur que les siens. Seule, au fond, brûlait une flamme : la haine. Un sourire à peine esquissé se dessina sur les lèvres de Saga, qui murmura, si près qu’il frôlait celles d’Ichigo :

— J’aime cette lueur dans ton regard… Ne dit-on pas que la haine est le sentiment le plus proche de l’amour ?

Ichigo n’avait pas bougé. Il rendait l’expression glacée à son capitaine. Milo et Kamu entrèrent dans la pièce où se tenaient les deux hommes.

— Oh… nous interrompions quelque chose, Saga ?

— Juste une petite explication entre moi et mon fukutaïchō… comme à notre habitude !

— Êtes-vous prêts ?

— Ichigo… va donner les ordres aux premières et deuxièmes escouades !

— Haï, Taïchō !

Ichigo fit demi-tour. Il croisa le regard de ses sempaï, où brillait une certaine incrédulité. Le rapport entre Saga et lui était étrange à leurs yeux. Saga aimait Ichigo — c’était plus qu’évident — et pourtant, il se conduisait avec lui de façon inhumaine. Le fukutaïchō détestait son maître… à défaut de pouvoir dire autre chose. Comment tout cela allait-il finir ?

Le roux observa les deux escouades d’une manière que Saga n’aurait pas reniée. Ichigo était aussi craint que son maître. Comment aurait-il pu agir autrement ? Après des années de combats rudes et d’entraînements, de haine et de coups reçus comme châtiments pour ses espoirs de rejoindre la Soul Society. Cela faisait maintenant quinze ans qu’Ichigo se trouvait à la division Zéro, et il n’avait plus rien à voir avec le gamin de douze ans, effrayé, arrivé dans la dimension du Roi.

Saga vint rejoindre ses troupes et, après un dernier regard d’avertissement, donna l’ordre de quitter les lieux. Ichigo ne broncha même pas, trop habitué à vivre sous la terreur de son maître. Il n’éprouvait plus rien… Le groupe rejoignit ceux de Kamu et Milo, qui attendaient devant le portail.

Sans un mot, tous entrèrent dans le couloir sombre et froid. Le cœur d’Ichigo battait lourdement… Il ne savait plus pourquoi, autrefois, il avait tant cherché à rejoindre la Soul Society. Maintenant… il était trop tard. Il avait trop souffert… Et puis… les menaces de Saga n’étaient pas vaines. Ichigo ne savait plus ; il ne s’était jamais senti aussi perdu.

Lorsqu’ils entrèrent à la Soul Society, c’est un spectacle de désolation qui les attendait. Tous restèrent un instant suspendus, dans l’atmosphère, attendant les ordres de Saga pour la suite des opérations. Le cœur d’Ichigo s’était serré en voyant le triste tableau. Que s’était-il passé ici ? Pourquoi Ukitake n’avait-il pas appelé au secours bien avant ?

— Les foyers sont nombreux. Je suggère que nous nous dispersions tous, et ce immédiatement. Aucune pitié : vous nettoyez tout ce que vous trouverez sur votre chemin. Nous nous rejoindrons au Sereitei… ou ce qu’il en reste !

— Haï !

Ichigo s’élança et fit un scan des différentes énergies spirituelles. Sous ses pieds s’étendaient les ruines des zones du Rukongaï. Tout était calciné, détruit… L’odeur âcre du bois brûlé, du sang, de la désolation planait. La Soul Society ressemblait à l’enfer.

Déjà, Ichigo sentait le choc des reiatsu de sa division, aux prises avec les Soul Evil. Mais il avait décidé de se fondre plus profondément dans la masse, comme les autres fukutaïchō et taïchō. Plus il approchait du centre, plus l’atmosphère devenait sombre, pesante, malsaine. Comment les shinigami avaient-ils pu vivre dans ce monde de solitude et de douleur ? Les ravages des combats avaient façonné l’endroit de manière totalement différente de ce qu’il avait connu.

Tout à coup, Ichigo ressentit un reiatsu qu’il aurait reconnu les yeux fermés. Shinji était là, et il faiblissait face à l’ennemi. Son cœur se mit à battre comme jamais il n’aurait cru possible. Il se rendit compte, soudain, qu’il était vivant — pas le zombie qu’il pensait être devenu.

— Bankaï !

La colère et la détermination avec lesquelles il prononça ces paroles l’étonnèrent lui-même. Ichigo vit enfin sa cible : Shinji était au sol, et une espèce de monstre en flammes, haut de près de quatre mètres, le surplombait. Les Soul Evil n’avaient plus rien à voir avec ceux qu’il avait connus en tant qu’humain… Ichigo vit le zanpakutō enflammé fondre sur Shinji.

— Tensa Zangetsu !

Une vague d’énergie spirituelle noire, en forme de croissant, vint se fracasser contre le Soul Evil, qui fut découpé en deux. Ichigo fouilla les alentours du regard et repéra d’autres monstres, non loin. Il continua sa route sans se retourner, soulagé que Shinji n’ait rien.

°°0°0°°

Shinji était épuisé et n’attendait plus que la fin. Le bruit, la mort, la fureur et la folie avaient laminé son moral. Mais, quand il sentit un souffle violent l’étourdir au point de faillir perdre connaissance, il leva la tête : le Soul Evil avait disparu. Que s’était-il passé ? Il avait cru mourir en sentant une attaque le frôler… Qui avait fait ça ? Il était incapable de reconnaître cette énergie spirituelle.

Grimmjow et Byakuya apparurent devant lui.

— Shinji, tu vas bien ?

— Oui… Que s’est-il passé ?

L’étonnement du blond, qui n’avait visiblement rien compris à ce qui venait de se produire en une fraction de seconde, obligea Byakuya à lui expliquer qui était venu le sauver.

— C’est Tensa Zangetsu qui a tranché le Soul Evil…

— Tensa… Zangetsu… ?

La voix de Shinji était presque éteinte. Son regard, hagard. C’était impossible… une blague… une mauvaise blague. Ichigo n’était pas là… il… se serait ar…

— Viens… allons le rejoindre !

Shinji n’avait pas reconnu l’énergie spirituelle d’Ichigo. Byakuya avait dû se tromper… Pourtant, lorsqu’il croisa son regard, puis celui de Grimmjow, il comprit que les deux hommes avaient vu la même chose. Shinji se leva et bondit vers l’explosion de reiatsu, plus loin. Les trois ami·es se précipitèrent vers le lieu de la bataille, et virent Ichigo de leurs propres yeux.

Le jeune homme se battait seul face à un adversaire auquel aucun des trois capitaines n’aurait pu faire face.

— Et il n’éprouve aucune difficulté… Il a même l’air d’avoir le dessus…

La voix de Grimmjow portait une pointe d’envie. Shinji suivait l’homme qu’il aimait du regard sans vraiment y croire. C’était bien Ichigo. Sauf qu’il portait les cheveux longs et un insigne à son bras droit ; et l’énergie qu’il dégageait n’avait plus rien à voir avec celle de son Ichigo. Et puis, quelque chose dérangeait Shinji dans sa physionomie… Même de loin, il percevait la froideur des traits du roux.

Ichigo avait l’air d’avoir perdu son âme quelque part entre la Soul Society et la dimension du Roi. Qu’est-ce qui lui était arrivé, toutes ces années ? Le cœur de Shinji se mit à saigner… Qui avait rendu son mari — son amant, son amour — dans cet état ?

Sans réfléchir, Shinji bondit pour rejoindre Ichigo au moment où celui-ci portait son dernier coup. Il se retrouva derrière lui et voulut poser une main sur son épaule, mais la voix d’Ichigo lui parvint, froide :

— Reste où tu es… Shinji…

Le cœur d’Ichigo battait furieusement. Ses yeux étaient fermés. Il serrait Zangetsu si fort dans son poing que du sang coula sur la garde de son zanpakutō. Il savait que, s’il se retournait et croisait les yeux noisette de Shinji, il serait perdu… et signerait l’arrêt de mort de son mari. L’énergie spirituelle de Shinji lui parvenait par vagues : chaude, rassurante, emplie d’amour et d’incompréhension.

— Ich…

— Shinji, s’il te plaît… fais comme si tu ne me connaissais pas ! Je t’en prie… si tu veux vivre… ignore-moi !

— Qu’est-ce que tu racontes encore comme conn… ?

— Pardonne-moi… Je t’expliquerai plus tard… mais pardonne-moi…

Ichigo disparut du champ de vision si rapidement que Shinji eut l’impression d’avoir rêvé sa présence. Ses longs cheveux orange avaient flotté autour de sa haute silhouette — celle que Shinji avait toujours connue, quand ils étaient mariés dans le monde humain. Le cœur de Shinji gardait le rythme fou qu’il avait pris en sentant Ichigo si près… Il avait l’impression qu’il ne s’arrêterait plus jamais de battre. Mais de quoi parlait Ichigo ?

Pourquoi devait-il lui pardonner ? Pourquoi ne voulait-il pas qu’il l’approche ? Shinji sentit derrière lui la présence de ses ami·es, mais fut incapable de leur faire face.

— Que t’a-t-il dit ?

La voix de Byakuya était calme, mais une tension perçait malgré ses efforts pour rester maître de lui-même.

Shinji rejeta la tête en arrière et marmonna :

— De lui pardonner… de l’ignorer…

— D’quoi ?

Grimmjow, lui, grondait. Il ne comprenait plus rien, et cela l’agaçait. Pourquoi Ichigo n’était-il pas venu vers eux ? Le capitaine de la onzième division serrait les poings et demanda encore :

— T’as l’intention d’faire quoi ?

Shinji inspira profondément et se tourna enfin vers ses ami·es, plus serein.

— Si Ichigo m’a demandé de l’ignorer… c’est qu’il y a quelque chose. Je lui fais confiance. Il ne m’a jamais demandé de faire quelque chose sans raison.

— Ça va, Shinji ? demanda Byakuya, inquiet.

Le blond sourit, illuminant son visage, et murmura d’une voix douce que les deux autres ne lui connaissaient pas :

— Ichigo… je l’ai revu… je lui ai parlé… c’est le plus beau jour de ma vie… enfin ! Même s’il nous reste encore beaucoup d’obstacles… il est là, à nouveau. Et pour moi, c’est tout ce qui compte !

Shinji quitta les lieux. Byakuya et Grimmjow le suivirent quelques secondes plus tard, et tous regagnèrent le champ de bataille. Le capitaine de la cinquième division se sentait revigoré comme jamais. Ichigo était tout proche… et son cœur se remit à battre furieusement.

°°0°0°°

Ennemi après ennemi, Zangetsu s’abattait sur les Soul Evil, qui avaient quitté l’Enfer pour se propager dans toutes les sphères supérieures. Le temps, la vie, l’amitié et la haine n’avaient plus rien à voir avec ce qui se déroulait dans le cœur du shinigami. Tout avait cessé d’exister, pour Ichigo, qui libérait enfin ses plus bas instincts avec une précision chirurgicale, canalisant la rage accumulée durant toutes ces années. Un à un, tous tombaient. Qu’importe qu’il soit blessé, que ses muscles crient pitié : tout ce qui comptait, c’était la souffrance dans son cœur, qui se déversait par flots dans le combat — plus contre lui-même que contre quiconque.

Les humiliations de Saga, sa naïveté de jeunesse, l’entraînement impitoyable qu’il avait subi et, surtout, la perte de Shinji, que Saga avait presque effacé de sa mémoire… Tout cela, plus que n’importe quoi d’autre, avait précipité ses pensées, son cœur, son âme dans un maelström de rage et de désespoir. Si Saga touchait à un seul cheveu de Shinji, Ichigo l’abattrait comme un chien. Il se rendait compte que rien d’autre n’avait d’importance, à présent. Protéger Shinji… cela voulait dire protéger le milieu où il vivait. Cela voulait dire abattre les Soul Evil.

Sans qu’il s’en rende vraiment compte, son reiatsu se modifia imperceptiblement : plus fort, plus violent… plus sauvage. Tous les membres de la division Zéro s’en rendirent compte. Saga interrompit son combat et écouta battre les pulsations de l’énergie dégagée par son fukutaïchō. Il fronça légèrement les sourcils et serra les poings. Ichigo était sur le point de perdre le contrôle de lui-même et de sa propre énergie. S’il continuait, il se briserait… Le capitaine de la troisième division ne se posa plus de questions : un démon venait de surgir, prêt à le happer et à l’entraîner dans la dimension infernale.

°°0°0°°

Installé·es dans le campement de fortune de la quatrième division, les blessé·es étaient aligné·es. Non loin de là se tenaient des bivouacs où s’étaient regroupés tous les capitaines venus se reposer. Tous observaient Shinji, Grimmjow et Byakuya.

— Es-tu sûr d’avoir vu mon fils, Hirako ?

— Putain ! Mais arrête de m’appeler Hirako… app…

— Oui ! répliqua calmement Byakuya.

Il jeta un bref coup d’œil à son ami pour l’inciter à se calmer.

— Croyez-vous qu’il est toujours en vie… Nous ne percevons pas son reiatsu.

Ukitake semblait douter du retour du roux, et Shinji répliqua, sombre :

— Oh que oui… il est vivant. Et si vous cherchez son reiatsu, il n’a plus rien à voir avec ce que nous avons connu auparavant…

— Pourquoi n’est-il toujours pas venu se reposer, alors ?

Kyouraku se grattait le menton lorsqu’une voix inconnue prit la parole.

— Saga le ferait mourir sans pitié s’il revenait et qu’il n’avait pas accompli la mission qu’il lui a donnée…

Tous se tournèrent vers un homme de grande taille, dont les longs cheveux bleus tombaient en cascade dans son dos. Ses yeux bleus étaient froids, mais sa beauté était indéniable. Son reiatsu et l’haori blanc ne laissaient aucun doute sur le rang qu’il occupait au sein de la division Zéro.

Ukitake s’approcha et demanda, lorsqu’il fut proche :

— Je suis Ukitake Jyuushiro, le Soutaïcho de la Soul Society… Vous êtes ?

— Je suis Kamu, et je suis le onzième capitaine des forces spéciales de la division Zéro.

— Qui est ce Saga ?

Shinji n’avait pas pu s’empêcher de l’interroger. Depuis qu’il avait entendu parler de la menace de mort sur la tête de son mari, la colère l’animait et son sang-froid l’abandonnait. Kamu tourna le visage et observa longuement le capitaine de la cinquième division.

— Saga est le capitaine de la troisième division détaché pour cette mission, ainsi que Milo, capitaine de la septième division.

Ukitake fit un geste en direction de Shinji, prêt à bondir sur Kamu malgré la menace qu’il représentait. Il était évident qu’aucun d’eux ne pourrait tenir bien longtemps face à l’homme.

Kamu reprit, froidement :

— Le Roi nous a détachés pour répondre à votre demande d’aide. Il regrette que vous ne l’ayez pas fait plus tôt, Soutaïcho. Moi aussi, quand je vois les dégâts à la Soul Society… Vous devrez certainement en répondre, d’ailleurs. Je ne suis pas là pour cela. Sa Majesté nous a demandé de détruire tous les foyers de Soul Evil issus des dimensions démoniaques. Il nous a également confié les sceaux qui permettront de fermer définitivement les portes.

— Avez-vous besoin d’aide ou de…

— Inutile !

Kamu posa son regard glacé sur le Soutaïcho et continua :

— Chaque shinigami sous notre commandement a sa propre mission, et les sceaux ont certainement été dispersés un peu partout dans la Soul Society.

— Vous voulez dire que vous allez combattre seuls ?

Kyouraku semblait sceptique. Tous les capitaines s’étaient inconsciemment regroupés en cercle autour de Kamu, qui restait impassible au milieu d’eux. Pas un muscle de son visage ne bougeait.

— Ne soyez pas stupides. Toutes les forces seront nécessaires. Actuellement, les troupes qui combattent ne reviendront pas avant d’avoir nettoyé le secteur qui leur a été attribué… même si une personne s’est permise de faire un crochet pour régler un compte personnel, avant…

Le regard de Kamu glissa vers Shinji. Il reprit :

— Il doit être au courant, et ça ne va pas lui faire plaisir. Alors évitez toute situation qui pourrait contrarier Saga… Votre vie en dépend, et celle d’Ichigo également…

Le Soutaïcho fronça les sourcils, inquiet :

— Qu’est-ce que cette histoire, et cette menace qui plane sur Hirako-kun et Kurosaki-kun ?

Kamu poussa un petit soupir et déclara :

— Quand vous rencontrerez Saga… vous comprendrez beaucoup mieux. En attendant, je vais retourner auprès de mes troupes.

L’homme quitta la tente et disparut, sans qu’aucune parole ne puisse le retenir.

— De quoi parlait-il, Hirako-kun ?

— Qui n’est pas au courant, ici, de la relation entre Shinji et Ichigo ? demanda Byakuya. Et ce Saga… ne semble pas franchement d’accord, si j’en déduis ce qui a été dit.

— Qu’il soit d’accord ou pas… Ichigo m’appartient !

Shinji quitta la tente à son tour, étouffant dans cette atmosphère où chacun le surveillait du coin de l’œil. Son regard se porta sur l’étendue désolée devant lui. Il s’éloigna : il avait besoin de réfléchir.


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)