Peu à peu, tous les shinigami de la division zéro rentraient de mission. Ils se restaurèrent, puis s’allongèrent pour se reposer. Les seuls absents étaient les capitaines et leurs fukutaïcho. Ukitake, lui, s’était dirigé seul vers les débris des murs d’enceinte de l’ancienne division. Il sentait encore les différents reiatsu monstrueux s’entrechoquer. Le Sōtaichō serra la mâchoire. Il s’en voulait d’avoir laissé la situation dégénérer si longtemps… Tout s’était fait insidieusement, et voilà que, désormais, la division zéro se chargeait de ce qu’ils avaient été incapables d’accomplir jusque-là. Ukitake se sentait accablé.
Il se tourna et croisa le regard des shinigami venus de la division du Roi. Tous semblaient sortis du même moule : froids, distants, et peu disposés à entretenir le moindre lien avec ceux de la Soul Society. Ukitake songea à Kurosaki et s’en voulut de l’avoir envoyé dans un lieu aussi inhumain. Il pensa à la douleur de Shinji, qui faisait tout pour masquer son manque. Mais personne n’était dupe. La fusion entre les deux shinigami avait été trop forte pour ne pas laisser sur chacun une trace indélébile. Pourtant, il avait vu Ichigo sans Shinji, un siècle plus tôt… un zombie. Et même si le capitaine de la cinquième division le montrait moins… il était évident qu’il n’était plus que l’ombre de lui-même.
°°0°0°°
Shinji n’en pouvait plus d’attendre. Kensei, Byakuya et Grimmjow vinrent le rejoindre.
– On peut savoir ce que tu fous ?
– Je vais rejoindre Ichigo… Tu aurais quelque chose à y redire, Kensei ?
– Nan… Taïcho !
– Boucle-la… j’ch’suis pas d’humeur…
– Apparemment, cela porterait préjudice à Ichigo si tu le rejoins… tout comme à toi !
– Tu crois que je vais me laisser impressionner par un connard qui lance des menaces de mort sur Ichi, Byakuya ? J’ai plutôt envie de le buter moi-même…
– Sauf que t’as aucune chance !
Le blond se tourna, marcha sur Grimmjow et, d’un mouvement sec, le capitaine de la cinquième division tira sur le shihakushō du capitaine de la onzième division, amenant son visage à la hauteur du sien. La lueur dangereuse qui brillait dans ses yeux, inhabituelle chez son ami, le fit frissonner. Shinji était vraiment en colère, cette fois.
– Tu crois que je vais m’laisser intimider par un type pareil ?
– Si j’en juge par le capitaine que nous avons vu hier… je dirais qu’ils sont plutôt hors de notre portée, Shinji !
Le blond lança un regard au noble, relâcha brutalement Grimmjow et quitta les lieux. Kensei soupira et suivit son capitaine… Une fois dehors, les deux Vizards tombèrent sur des membres de la division zéro en pleine discussion. Shinji se dirigea vers eux.
– Oï ! Où se trouve le dénommé Saga ?
Tous se turent et se tournèrent vers la silhouette mince et déterminée du blond. Le vent soulevait doucement ses longues mèches ; certaines venaient, fugitivement, lui masquer le visage. Mais le regard glacé qu’il leur adressait les mettait mal à l’aise. L’un d’eux remarqua :
– T’es pas qu’un simple shinigami… comme celui derrière toi !
– Ils pourraient peut-être même nous battre…
– La ferme ! Je vous ai posé une question…
– Tu pourrais y mettre la politesse… un truc du genre : « Ohayō mina… Pourriez-vous, s’il vous plaît, me dire où se trouve le capitaine de la troisième division ? »
– Maintenant que t’as dit la phrase magique, je t’écoute !
– Tu crois qu’il t’a écouté ?
– Il n’est jamais très réceptif quand il est en rogne… remarqua Kensei.
Un des shinigami de la division du Roi dégaina un zanpakutō si vite que Shinji ne le vit pas venir : la lame s’arrêta sous sa gorge. Un filet de sang glissa sur le métal, et un ricanement parcourut l’assistance.
– Astérion… arrête, tu vas nous l’abîmer… On est uniquement ici pour les Soul Evil et le reste…
– La ferme, Jamian… je vais lui donner une correction à ce pauvre type !
Quand Astérion voulut trancher la tête de Shinji, celui-ci se trouvait déjà derrière lui. Fou de rage, le shinigami engagea les hostilités et, à la surprise des hommes de la division zéro présents, le capitaine de la cinquième division rendait coup pour coup. Kensei, qui observait le match, fit craquer quelques doigts. Byakuya et Grimmjow regardaient, impuissants. Shinji commençait à ne plus pouvoir faire face à Astérion et, quand celui-ci s’apprêta à donner le coup de grâce, une main se referma sur la lame du katana.
Un silence de mort accompagna l’apparition soudaine du fukutaïchō de la troisième division. Kensei, Grimmjow, Byakuya et Shinji avaient les yeux rivés sur Ichigo, qui faisait face au sixième siège de sa division.
– Je peux savoir ce que tu comptais faire, Astérion ?
– Euh… je voulais lui donner une correction, il a été impoli… et…
– Si je devais appliquer tes principes de politesse, Astérion… ça ferait un moment que tu serais mort sous ma lame… Ne t’avise jamais de lever ton épée sur un shinigami du Gotei 13. Est-ce que c’est clair ?
Le ton de miel du jeune homme fit reculer le shinigami, qui pâlit en rencontrant le visage froid de son supérieur. La voix d’Isshin et d’Ukitake se fit entendre.
– Ichigo…
– Kurosaki-kun… comme je suis content de te rev…
Ichigo tourna la tête à demi et laissa filtrer un regard glacial vers les deux hommes qui avaient rejoint la scène.
– Surveillez mieux vos hommes, Sōtaichō ! Si j’en juge par l’état pitoyable dans lequel se trouve la Soul Society, vous ne brillez pas par vos prises de décision ! Je vais m’occuper des miens, en attendant le retour des autres membres de la division zéro.
Tous les shinigami de la division zéro se mirent debout comme un seul homme. Les rangs se formèrent aussitôt et Ichigo quitta les lieux sans un regard en arrière. En quelques secondes, il ne resta plus que les shinigami du Gotei 13. Isshin murmura pour lui-même.
– Était-ce bien Ichigo ? Jyuu-chan… n’écoute pas…
– Il a tout à fait raison, Isshin, et tu le sais !
Ukitake s’éloigna, en proie à ses propres angoisses. Les yeux d’Isshin se posèrent sur le capitaine de la cinquième division, qui s’était redressé.
– On ne peut pas dire qu’il te traite avec beaucoup plus de valeur, Hirako…
– Vraiment ? interrogea Shinji, ironique.
Le blond quitta les lieux tranquillement, un sourire éclairant ses traits. Grimmjow grommela entre ses dents.
– J’vois vraiment pas ce qui lui fait plaisir ! Il l’a même pas regardé… aucun de nous…
– Pourtant, il vient encore de sauver Shinji, sans que lui ou qui que ce soit ne risque de subir la colère de Saga… remarqua Byakuya.
Le noble s’éloigna, suivi par un Grimmjow qui comprenait enfin le subterfuge du fukutaïchō pour protéger Shinji.
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Le cœur d’Ichigo avait battu la chamade lorsqu’il avait arrêté l’arme à mains nues. Il était furieux qu’Astérion n’ait rien compris aux ordres, et l’ait obligé à sortir de sa réserve. S’il n’avait pas terminé sa mission à temps, Shinji aurait pu mourir… Cette pensée l’affola, et il dut respirer plusieurs fois pour retrouver son calme. Le jeune homme s’arrêta dans ce qui restait de la troisième division.
– Messieurs… puisque vous n’avez pas l’air d’avoir compris notre mission à la Soul Society, je vais vous la rappeler. Nous sommes ici pour détruire les Soul Evil, placer les cent huit sceaux à leur place et fermer la porte d’Hadès ! En aucun cas il n’a été question de la mort probable de shinigami du Gotei 13, sauf en ce qui me concerne… mais pour une autre raison ! Ça, vous le savez tous depuis longtemps… Comme vous semblez vous ennuyer fermement, je vous présente les anciens quartiers de la troisième division. Vous allez me déblayer ce chantier, faire en sorte que les trois capitaines aient chacun leurs appartements, puis construire une tente sous laquelle nous pourrons nous abriter.
Voyant que tous les shinigami restaient figés, comme choqués par ses propos, Ichigo plissa légèrement les yeux ; sa voix claqua comme un coup de fouet.
– Exécution !
Tous se précipitèrent dans tous les sens pour obéir aux ordres du fukutaïchō en colère. Le jeune homme se déplaça dans les ruines et trouva quelques bâtiments encore potables. Il interpella plusieurs shinigami, qui s’empressèrent d’accéder à sa demande. Ichigo sentait son sang bouillir tandis qu’il piétinait les gravats qui encombraient le passage. Cela l’énerva tant qu’il marmonna entre ses dents :
– Hadō no go jū hachi, Tenran !
Une tornade s’éleva et, d’un geste, Ichigo lui donna une direction : en moins d’une minute, toute la zone fut déblayée. Il libéra les blocs un peu plus loin, sur un espace entièrement rasé. Une voix qu’il reconnut remarqua :
– Vous vous êtes vraiment amélioré, Ichigo-kun…
Le roux se retourna et fit face à Kira Izuru. Le blond portait désormais de longs cheveux, et arborait toujours cette mine triste qui le caractérisait. Pourtant, Ichigo ne le sous-estimait pas, contrairement à la plupart de ses adversaires.
– Que puis-je pour toi, Kira-san ?
– Tu te souviens de moi ?
La surprise de l’ancien troisième siège était palpable ; ses yeux s’écarquillèrent, ajoutant à son hébétement.
– Pour qui me prends-tu ? Que puis-je pour toi, Kira-san ? répéta Ichigo patiemment.
– Tu occupes les anc…
– … de la troisième division ! Je le sais. Y a-t-il un problème quelconque ?
– Non… c’est juste que nous n’avons plus aucune infrastructure… Aurais-tu besoin de quelque chose en particulier ?
– Trouve-nous du matériel pour qu’on puisse se faire à manger, des couvertures, et tout ce qui pourrait nous être utile pour un minimum de confort.
– Haï !
Ichigo quitta du regard le capitaine qui se tenait devant lui, prêt à régler un problème entre Orphéus et Misty. Mais avant de partir, il ajouta d’une voix calme, juste avant de disparaître :
– Pour ton bien, Kira-san… envoie des hommes de ta division. Ne te déplace plus personnellement, ni toi ni ton fukutaïchō.
– Pourquoi ?
Le jeune homme tourna légèrement le visage, toujours aussi inexpressif.
– C’est une question de survie… pour toi.
Ichigo disparut avant que Kira n’ait le temps de répondre. Un shinigami, non loin de là, voyant l’air consterné du capitaine de la troisième division, lança :
– Ce n’est pas une plaisanterie. Saga ne supportera pas de voir un capitaine ou un fukutaïchō qu’il soupçonnerait de tourner autour de notre fukutaïchō. Envoyez simplement des shinigami, ou votre Sōtaichō si vous voulez lui parler… Sincèrement, pour votre sécurité, quittez les lieux !
Et l’homme s’éloigna nonchalamment. Kira resta figé un instant, puis sentit derrière lui la présence de Kaoru. Izuru se tourna vers son fukutaïchō et lui adressa un faible sourire.
– Je crois que nous sommes de trop ici… Mais acquittons-nous tout de même de notre travail. Ce sont les ordres du Sōtaichō !
– Haï, Taïcho !
Les yeux rouges de Kaoru, si semblables à ceux qu’avait eus Renji, serrèrent le cœur de Kira. Ils quittèrent la zone pour se diriger vers le quartier général du Gotei 13, où les ordres d’Ichigo furent immédiatement mis en œuvre.
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Ichigo finissait d’aménager son espace personnel quand il sentit, derrière lui, la présence menaçante de Saga. Son estomac se serra. Pourtant, c’est presque sereinement qu’il se tourna vers son capitaine.
– J’ai fait préparer vos appartements, Taïcho !
– Et ?
– J’ai nettoyé la zone que vous m’aviez impartie !
– Et ?
– Toute la logistique pour notre campement est opérationnelle.
– … rien d’autre ?
– Non, Taïcho !
Saga avança lentement la main et pinça le menton d’Ichigo entre ses doigts. Les deux hommes faisaient la même taille ; le moyen qu’avait trouvé Saga pour rappeler à Ichigo sa place était de lui saisir le menton entre le pouce et l’index. Saga n’était pas dupe : son fukutaïchō était presque aussi puissant que lui, et, vu son âge, il possédait un charisme exceptionnel. Mais il ne voulait pas le laisser prendre plus d’assurance qu’il n’en avait déjà.
– Alors explique-moi ton « petit » détour ?
– J’ai juste pensé bien agir en sentant l’énergie de plusieurs capitaines en dang…
– Ne me prends surtout pas pour un imbécile, Ichigo.
Le visage de Saga s’approcha dangereusement de celui d’Ichigo. Ce dernier ne baissa pas les yeux, malgré le martèlement de son cœur et la fine transpiration qui commençait à couvrir sa peau. Leurs corps se frôlaient ; leurs visages n’étaient plus qu’à quelques millimètres.
Kamu entra dans la pièce et interrompit la séance d’intimidation.
– Je te remercie, Ichigo… Tu es franchement une perle, côté organisation. Mes appartements sont vraiment confortables, compte tenu de notre environnement.
– Tu le fais exprès, Kamu ?
Saga s’était éloigné d’Ichigo et menaçait directement Kamu, qui s’en moquait royalement. Il attrapa une pomme dans une coupelle où quelques fruits avaient été déposés sur un morceau de mur effondré, croqua à pleines dents, puis se tourna vers Saga, moqueur.
– Tu as l’intention de lui faire subir tes caprices encore longtemps ?
– Tu n’as pas à juger ma façon de commander !
– Même si ça tient du harcèlement ? Je ne sais plus trop si c’est moral ou sexuel, chez toi !
– Ne joue pas avec ta vie, Kamu…
– Personnellement, je trouve qu’il a raison. Tu en deviens ridicule, et ça, moi, je n’apprécie pas. Je veux bien qu’on m’envoie au front taper sur tout ce qui bouge… en fait, j’aime ça ! Mais, sincèrement, tes crises de jalousie invasives m’étouffent, et je n’ose même pas imaginer la haine qu’Ichigo doit ressentir pour toi.
Milo s’était adossé à un mur, les bras croisés, une jambe relevée pour s’y appuyer.
– Je trouve cette mission fatigante. Ne la rends pas encore plus pénible !
– Qui êtes-vous pour me juger ?
– Et d’une… tu ne nous es pas supérieur par ta fonction, Saga… Tu l’es juste par ta naissance, en tant que fils du Roi. Et de deux : s’il fallait encore le prouver, pour ce qui est de la confiance que t’accorde ton père, c’est Dokho qui viendra nous rejoindre lorsque nous aurons placé tous les sceaux pour sceller la porte ! Lui, et pas toi, crétin !
Milo stoppa d’une main le poing de Saga. Les deux hommes se mesurèrent du regard. Ichigo sentait l’énergie monter chez eux. Kamu se plaça entre les deux capitaines, prêts à en venir aux mains.
– Je vous rappelle notre mission… ou vous la connaissez déjà ? Si vous avez des comptes à régler, attendez notre retour dans notre dimension. Ce sera plus approprié pour vos prochains combats.
Saga ravala sa fierté et laissa tomber son poing, mollement, le long du corps. Ichigo était mal à l’aise : cela signifiait-il une punition pour lui ? Il resta de marbre, espérant simplement que Saga retrouverait son calme. Kamu reprit, posé :
– Je suppose que si nous sommes tous là… c’est que tous les sceaux ont été posés ?
– Mais nous n’en avons pas fini avec les foyers qui existent encore…
– Que fais-tu encore là, Milo, si tu n’as pas fini ?
– Tu me permets une petite pause ? Je peux aller dormir et me restaurer ? À moins que tu sois suffisamment en forme, toi-même, pour t’en charger à ma place ?
– Ça suffit ! rugit Kamu, exaspéré.
Le shinigami fut lui-même hébété par son éclat de voix. Mais les deux hommes l’exaspéraient tellement qu’il en perdait son sang-froid. Peut-être était-il, lui aussi, un peu fatigué.
– Je vais dormir ! Et vous feriez bien de faire la même chose.
Kamu quitta la pièce. Milo fit de même, après avoir lancé un regard venimeux à Saga, qui le foudroyait du regard. Lorsqu’ils furent de nouveau seuls, Ichigo demanda à son maître :
– Dois-je vous faire apporter quelque chose ?
Saga jeta un coup d’œil à son fukutaïchō et répondit d’une voix lasse :
– Va te reposer… demain, nous aurons beaucoup de choses à faire !
– Haï… Taïcho…
Ichigo marcha vers la sortie sans faire de bruit. Surpris de ne pas être interpellé, il tourna la tête vers son capitaine… et le trouva déjà endormi sur son lit. Il n’avait même pas pris la peine de se couvrir. Ichigo soupira, revint sur ses pas et attrapa une couverture posée à même le sol. S’il voulait un minimum de paix, autant que Saga passe une bonne nuit. Celui-ci s’enroula confortablement sous la couverture, et Ichigo le laissa là, sans le moindre regret. Un sourire éclaira enfin son visage. Maintenant, il pouvait faire ce qu’il voulait.
Il accéléra et sortit du bâtiment, se dirigeant vers la zone qu’il avait déblayée plus tôt. Il allait disparaître quand la voix de Milo lui parvint.
– Ne t’absente pas trop longtemps !
– Haï !
– Tss !
Milo disparut et Ichigo plongea au cœur de la nuit, rejoindre son mari.
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Shinji s’était réfugié au bord de la rivière où Ichigo venait se promener, enfant. Il avait ôté ses waraji et ses tabis, défait son haori, et marchait maintenant dans l’eau glacée. Byakuya et Grimmjow avaient décidé de le laisser seul, lassés de son mutisme. Comment pourraient-ils comprendre ? Shinji avait besoin de se calmer ; même s’il paraissait serein, à l’intérieur il bouillait d’impatience. Il voulait voir Ichigo et le serrer contre lui, désespérément. Le savoir si proche… lui faisait mal.
Ichigo trouva rapidement Shinji. Il étouffa son reiatsu, comme il avait appris à le faire, et s’approcha, non loin du blond perdu dans ses pensées. Le cœur d’Ichigo se mit à battre sourdement. Il sentait en lui comme une barrière céder, et le besoin pressant d’étreindre celui qui était — et resterait — sa moitié. Il entra dans l’eau sans prendre, comme Shinji, la peine d’ôter quoi que ce soit.
Les yeux ambrés ne voyaient que lui. Le bruit de ses pas avait dû alerter le capitaine de la cinquième division, qui se tourna lentement. Leurs regards se croisèrent, et celui d’Ichigo changea du tout au tout. Une tendresse profonde s’y lisait. Ichigo ouvrit les bras et les referma sur la silhouette fragile de Shinji. Il sentit les mains de son amant agripper le tissu de ses vêtements. La tête du blond s’était réfugiée dans sa nuque.
Ichigo inspira à pleins poumons l’odeur de son mari, enfin retrouvé. Il ne sentait plus l’étreinte glaciale du courant autour de ses jambes : il ne se laissait porter que par la présence chaleureuse de Shinji. Ils ne pouvaient pas parler… ni l’un ni l’autre. Juste rester blottis, comme accrochés à un récif tandis que la tempête se déchaînait autour d’eux. La gorge du jeune homme se serra, et ses yeux s’humidifièrent.
– Tu te mouches sur moi, je te tue, Ichi…
– Boucle-la et profite de l’instant…
Lentement, Ichigo se redressa pour voir enfin le visage de Shinji, si proche… ses yeux noisette, la même chaleur au fond du regard — et pourtant aussi humides que les siens. Tous deux étaient surpris, n’en revenant pas d’être enfin ensemble.
– Je ne pourrai pas rester longtemps, Shinji…
– Chuuttt… viens !
Le blond entraîna le roux derrière lui, leurs doigts fermement enlacés. Arrivés sur la rive, Shinji poussa Ichigo dans les fourrés, tout près. Le fukutaïchō se retrouva allongé à même le sol, Shinji grimpant sur lui.
– Tu es à moi, Ichigo… à personne d’autre…
Les mains du jeune homme remontaient sous le tissu noir. Elles tremblaient, hésitantes. Et Shinji vit combien son amant avait peu changé au fil des années. Un frisson d’excitation le traversa, tout comme les battements de son cœur, soudain affolés. Malgré toute la puissance, l’assurance qu’il dégageait… Ichigo restait son Ichigo ! Il se pencha vers le jeune homme, et celui-ci tira sur son shihakushō. Leurs visages n’étaient plus qu’à quelques millimètres. L’atmosphère s’alourdit entre eux. Ichigo murmura, presque timidement, contre les lèvres de Shinji :
– Embrasse-moi, idiot !
– Depuis quand tu me donnes des or…
La bouche d’Ichigo recouvrit celle de Shinji. Il ne pouvait plus attendre. Ses bras se refermèrent autour des épaules du blond ; ses doigts s’emmêlèrent avec volupté dans les mèches soyeuses. Un soupir de plaisir s’échappa de ses lèvres tandis que sa langue fouillait la bouche de son amant, qu’il fit basculer sous lui. Ichigo ne pouvait plus s’arrêter. Comment avait-il pu, un jour, douter de ses sentiments pour Shinji ? Comment ? Il sentait frissonner son partenaire, tandis qu’il léchait du bout de la langue ses lèvres entrouvertes, gonflées.
Sa bouche survola le visage du blond, déstabilisé par la faim qu’il percevait chez Ichigo. Shinji glissa ses mains autour du visage du roux pour l’attirer au-dessus du sien.
– Ichigo… nous avons tout notre temps…
– Tu te trompes…
– Ichigo… crois en moi… Je n’ai pas pu venir te chercher… mais crois en moi…
Les mains de Shinji glissèrent vers la nuque de son amant, puis plus bas. Ses doigts éprouvaient la fermeté des muscles, qu’il sentait rouler doucement. Le visage inquiet du roux lui fit mal, mais, avec douceur, une de ses jambes s’enroula autour de celles d’Ichigo, remontant inexorablement le long de son corps.
– Je veux t’aimer, Ichigo… pas te dévorer… Je t’ai attendu si longtemps…
Ses doigts firent glisser le tissu des épaules du jeune homme, dévoilant un buste musclé et bronzé, marqué de nombreuses cicatrices — anciennes pour la plupart — témoins de l’entraînement impitoyable qu’il avait subi.
– Laisse-moi te déguster… m’approprier ce que je connais déjà si bien… Donne-moi tout, Ichi…
Leurs yeux ne se quittaient pas. Leurs lèvres se frôlaient, ne se séparant que pour laisser Shinji chuchoter contre la bouche d’Ichigo. Le roux frémit quand les doigts experts de son mari caressèrent un mamelon ; il retint un gémissement.
– Ne te retiens pas, Ichigo… Laisse-moi entendre encore ta voix… elle me prouve que tu n’es pas encore un de mes rêves… Donne-toi à moi, Ichi…
Shinji bascula le corps d’Ichigo et encadra son visage de ses bras. Leurs cheveux s’emmêlèrent…
– Il n’y a que toi pour moi, Shinji…
Ils s’observèrent encore un court instant, puis s’étreignirent de nouveau dans un gémissement étouffé.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)