1ères pleines lunes 1

Ichigo se leva lentement de son lit… Il n’était pas spécialement pressé de sortir de sa chambre. Sa gorge se serra en songeant qu’aujourd’hui, il fêtait ses vingt-cinq ans… et que, dans moins de trois semaines, il vivrait sa première pleine lune. Cette pensée le fit frissonner : un froid glacial lui remonta le long de l’échine.

Il vivait l’enfer au quotidien à la Soul Society. Chaque jour qui le rapprochait de sa majorité voyait le nombre de ses soupirant·e·s augmenter. Il savait donc qu’aujourd’hui serait, à l’évidence, bien pire que d’ordinaire.

Le jeune loup-garou se décida enfin à quitter son lit et se réfugia dans la salle de bain. Après une longue douche, il revêtit l’uniforme de l’Académie. Il allait devoir affronter son destin. Pourtant, sa main resta figée sur la poignée de la porte. Incapable de reprendre son souffle, le cœur battant à tout rompre, la peur au ventre et l’esprit en déroute, Ichigo franchit malgré tout le seuil de sa chambre, comme au ralenti.

À peine était-il dans le couloir que la voix de Renji résonna derrière lui, comme s’il avait attendu qu’il sorte de sa tanière.

— Oï, Kurosaki… Joyeux anniversaire !

Ichigo serra davantage son porte-documents contre lui.

Comme si Renji allait le violer ! se morigéna-t-il. Et pourtant, à bien y regarder, la lueur qui animait ses yeux rouges… le feu qui brûlait en eux… l’interloqua.

— M… merci, Renji…

— Tu n’as pas l’air heureux…

— Pas vraiment, non…

— Tu rigoles ? Bientôt tu vas vivre ta première pleine lune ! s’exclama Renji, enthousiaste.

Le roux se détourna de son ami et gronda entre ses dents :

— Je risque surtout de me faire violer avant même d’avoir eu le temps de comprendre ce qui m’arrive !

— Que veux-tu… c’est la rançon du succès !

Après un bref rire, Renji réfléchit quelques secondes et déclara, songeur :

— Le seul qui, à la limite, soit capable de rivaliser avec ton charisme… c’est Aïzen Sôsuke ! Mais, depuis quelques pleines lunes, il semble éviter tout contact.

— Vraiment ? Et il y arrive ?

— On retourne tout le Sereitei pour lui mettre la main dessus, mais personne n’a réussi à trouver sa cachette !

— Quelle chance… Il faudrait que je lui demande comment il réussit un tel exploit…

Le shinigami aux cheveux rouges se tourna vers lui et s’exclama :

— Attends ! Tu n’as pas l’intention de te trouver un partenaire pour ta première fois ?

— Non !

— Tu… enfin… tu n’avais pas l’intention de me choisir ?

Les yeux ambrés du shinigami s’écarquillèrent.

— Tu es mon ami… dit Ichigo.

— Et alors… Moi, je brûle de te faire mien depuis plusieurs lunes. J’attends ce moment avec tellement d’impatience…

La voix sourde de son ami d’enfance le foudroya : Ichigo se figea. Il n’osait pas le regarder en face, et ce fut une main aux fesses qui le fit glapir et se retourner, furieux. Il fit face à Hinamori, qui riait en posant une main devant sa bouche. Uzuru et Shûhei l’accompagnaient.

— Joyeux anniversaire, Kurosaki… Bientôt ta première pleine lune !

— Je suis au courant. Vous avez passé une annonce dans la presse, ou quoi, pour que tout le monde le sache ?

— C’est un peu ça… confirma Momo.

— Comment ça ?

— Viens…

La jeune fille attrapa la main du jeune homme et l’entraîna à travers les couloirs à grands pas. Sur leur passage, tous souhaitèrent un bon anniversaire à Ichigo, qui dut aussi esquiver quelques mains baladeuses. Derrière eux, Renji, Hisagi et Uzuru essayaient de suivre le rythme effréné d’Hinamori, qui planta brutalement Ichigo devant une immense banderole à l’entrée de l’Académie. On y lisait, en lettres démesurées : « Aujourd’hui, Ichigo Kurosaki a 25 ans ! N’oubliez pas de vous déclarer pour la 1re pleine lune afin d’avoir vos chances… »

Le roux déglutit, effrayé. Bientôt, une trentaine d’élèves — plus âgé·e·s ou plus jeunes — l’encerclèrent, chacun·e tenant un message entre les mains, tous le suppliant de prendre leur déclaration au sérieux. Furieux, Ichigo quitta la pièce à coups de poing et d’œillades meurtrières. Hinamori ramassa les messages, assurant à chacun qu’elle les transmettrait au jeune homme.

— Tu joues les secrétaires, maintenant, Momo ? demanda Uzuru, curieux.

— Je sais qu’il ne choisira aucun d’eux ! Alors, je peux le faire en toute confiance. Les seuls qui m’inquiètent un peu, c’est toi, Renji, et Shûhei… Par contre, en dehors de l’Académie… c’est une autre paire de manches ! Il y a tellement de shinigami qui veulent s’accoupler avec lui que ça me donne le tournis. Enfin, la sélection naturelle fera qu’une bonne partie sera éliminée…

— Peut-être toi aussi, Hinamori… remarqua Hisagi. N’oublie pas que l’attirance doit être réciproque, et s’il ne te choisit pas lors de la pleine lune, tu n’as aucune chance…

Une mine renfrognée, vite remplacée par un sourire malicieux, apparut sur son visage.

— Renji… nous sommes tous dans cette situation !

°°0°0°°

Les cours se succédaient et, bientôt, Renji, Hisagi et Uzuru eurent des piles impressionnantes de courrier — tout était adressé à Ichigo, qui refusait obstinément de lire quoi que ce soit. Hinamori s’occupait des relations publiques. Chacun espérait que le jeune homme se souviendrait de leur soutien au moment le plus crucial. Pourtant, la mine de plus en plus sombre d’Ichigo ne laissait guère d’espoir à quiconque.

Heureusement pour lui, il ignorait encore que sa virginité se monnayait désormais à l’extérieur de l’Académie.

Ichigo se fit plusieurs fois coincer contre un mur, ou poursuivre jusque dans les toilettes. D’innombrables mains soulevaient ses affaires, ou lui apportaient des friandises. Il y eut même, dans une cohue, un vol de mèche : une paire de ciseaux sectionna une mèche orange. La montée brutale de son énergie spirituelle propulsa bon nombre de soupirant·e·s aux quatre coins du dojo. Il écopa d’une retenue et fut convoqué par le professeur principal, qui lui proposa, l’œil gourmand :

— Je vous enlève votre colle, à condition que vous…

— Non !

— Mais…

— Je sais ce que vous allez dire… c’est non !

Ichigo quitta la pièce, excédé. Traversant une dernière fois l’Académie, il sortit, contrarié. Il devait rejoindre ses parents, qui l’attendaient. Qu’allait encore inventer son père pour l’occasion ? Un frisson d’angoisse le parcourut. Sa journée était interminable.

Il utilisa le shunpô pour se réfugier dans les quartiers du Rukongaï, près du grand lac. Pourtant, il s’aperçut qu’on le suivait. Il pesta contre ces loup-garous trop entreprenants… Il savait que certains forçaient les jeunes loups-garous avant leur première pleine lune, au risque d’être mis au ban de la société.

Ichigo quitta ces lieux qu’il croyait paisibles et se dirigea vers la demeure de ses parents. À peine entré, il surprit le regard moqueur de son père.

— Alors, fiston ! Tes journées doivent être bien remplies, en ce moment…

— Ne te moque pas. C’est déjà assez pénible comme ça !

— Tu es toujours en train de te plaindre… marmonna Karin, lançant à son frère un regard de dédain. Je me demande ce qu’ils te trouvent !

— Moi, je le trouve très séduisant, Nii-sama.

Les yeux de Yuzu brillaient de mille étoiles. Masaki observa son fils avec un sourire.

— Les choses se calmeront une fois que tu auras trouvé celle ou celui qui sera ton partenaire.

— Je n’ai pas franchement envie d’en parler… Tu te rends compte que… c’est carrément la foire d’empoigne…

Isshin s’était accoudé au shôji et observait son fils, toujours moqueur.

— Et tu n’imagines même pas l’agitation au Gotei 13, à ton sujet. Ils sont tous énervés : comme tu te trouves dans les locaux de l’Académie, ils ont peur que tu ne choisisses un élève ou un professeur…

Pourquoi ?

Ichigo s’éloigna, excédé. Son père le suivit nonchalamment.

— Parce que tu as une aura particulière… et que ta force, même si elle n’est pas encore révélée, les attire comme des abeilles sur un pot de miel. Plus tu es puissant, plus tu es charismatique… sans parler de ton parfum ! Et, ce qui ne gâche rien, c’est que tu es un beau jeune homme. Bref : tu es le loup-garou le plus convoité de toute la Soul Society… après Aïzen et Kuchiki, je dirais… quoique Kuchiki a une partenaire, à présent, donc il est intouchable.

— Connerie !

Isshin éclata de rire et donna une claque dans le dos de son fils.

— Ta mère a préparé un dîner spécial pour toi, ce soir… Alors sois gentil avec elle, au moins. Elle attendait ton anniversaire, mais pas pour les mêmes raisons que les autres… alors, n’oublie pas de lui faire plaisir.

Le roux tourna la tête ; leurs regards se croisèrent quelques secondes.

— Je n’oublierai pas.

Ichigo passa le reste de la journée enfermé dans sa chambre. Son esprit galopait. Resterait-il à l’Académie le jour de la pleine lune ? Ne serait-il pas plus judicieux de rester ici, bien au chaud ? Il imagina soudain l’émeute que provoqueraient les shinigami chez ses parents. Non. Il ne pouvait pas laisser ses proches se retrouver envahis de chiens et de chiennes en chaleur.

Où pourrait-il se réfugier pour se protéger, dans un endroit qui empêcherait quiconque de ressentir sa présence ? Son esprit dériva jusqu’au temple des Regrets. Certes, il serait dans un état pitoyable, le lendemain… mais, au moins, son reiatsu y serait dissimulé, et personne ne pourrait le retrouver. Un sourire lui vint aux lèvres ; les rouages de son cerveau se mirent à tourner fébrilement.

C’est d’excellente humeur qu’il rejoignit sa famille plus tard, et la petite fête familiale se déroula dans une ambiance chaleureuse — et animée… par Isshin ! Là-dessus, Ichigo aurait bien aimé que son père soit un peu plus calme.

°°0°0°°

Les jours défilèrent très vite, et Ichigo se rendit compte que son plan pour échapper à ses camarades de l’Académie serait plus difficile que prévu. Une cour de plus en plus grande se formait autour de lui, et bientôt les paroles grivoises, comme les mains baladeuses, se firent plus insistantes. Au point qu’Ichigo écopa de plusieurs heures de colle après avoir assommé quelques prétendant·e·s trop entreprenant·e·s.

Sa timidité et son peu d’empressement ne faisaient qu’attiser la fièvre qui l’entourait. La veille de la pleine lune, il entendit frapper à sa porte avec une fébrilité inquiétante. Les voix qui s’élevaient derrière le bois l’horrifièrent. Il lui serait impossible d’aller en cours sans se faire violer avant l’heure. La veille déjà, il l’avait échappé belle grâce à Renji — qui comptait bien se faire payer le lendemain.

Ichigo regarda autour de lui, puis ouvrit sa fenêtre. Il était au deuxième étage, et au-dessus, impossible de grimper. Le seul moyen de survivre était de passer par la lucarne ouverte. Sans attendre, il enjamba le parapet et fit glisser son corps le long du mur.

Il savait qu’il jouait gros, mais il était hors de question qu’on lui saute dessus. Et il ne voulait surtout pas que ses instincts l’empêchent de réagir avec raison : il savait comment se comportaient ses congénères… et il savait qu’il ne vaudrait pas mieux qu’un autre loup-garou. Il lâcha prise au moment où l’on enfonçait sa porte. Il se tordit la cheville en chutant, mais utilisa le shunpô pour éviter une émeute.

Ichigo avait peur. Le nombre de poursuivants ne cessait de grossir ; les reiatsu qu’il percevait derrière lui lui glaçaient le dos. Peut-être devrait-il prendre la première inconnue qu’il croiserait, ou se laisser faire… il s’en moquait, tant il était éreinté de devoir se cacher, esquiver, endurer…

Pourtant, au bout de quelques heures sans avoir mangé, le nombre de ses poursuivants diminua significativement, sans doute aussi épuisés que lui de cette chasse. La nuit tombait doucement sur le Sereitei. Ichigo entendit alors, distinctement, les premiers hurlements déchirer le calme d’une soirée d’été. Son cœur s’emballa : il sentit en lui le déclenchement d’un processus qu’il avait déjà pressenti… mais qui, ce soir-là, prendrait toute son ampleur.

Il déglutit et comprit qu’il n’avait plus beaucoup de temps pour se cacher. Il accéléra au shunpô, bondissant de toit en toit. Sa cheville le faisait souffrir, mais qu’importe.

Ses yeux avaient à peine le temps d’enregistrer quelques détails : certains loups s’étaient transformés, d’autres s’abandonnaient à des préliminaires amoureux. Le cœur battant à tout rompre, à cause de la course et des changements biologiques de sa transformation, Ichigo réussit à entrer dans le temple des Regrets sans être aperçu.

Il se plaqua contre un mur et soupira, soulagé, tout en frissonnant sous la lente mutation qui s’opérait en lui. Une voix le fit pourtant sursauter.

— Que viens-tu faire ici ?

Surpris, Ichigo voulut relever la tête, répondre, se replier… mais un craquement dans les os de ses mains et de ses pieds l’en empêcha. Il gémit, retenant de justesse un hurlement de douleur.

— Oh… ta première pleine lune ? Et tu cherches à te cacher ?

Ichigo glissa sur le sol, le corps tremblant et couvert de sueur. Il crut devenir fou, tant le supplice était intense, et tant ses sens étaient exacerbés. La tête lui tournait ; il feula plus qu’il ne gémit.

— Calme-toi… ça va passer… C’est toujours plus douloureux, la première fois. Et plus long.

Ichigo entendait cette voix — belle, grave, mélodieuse — l’encourager à rester calme. Cela l’apaisa. Malgré la souffrance, il se laissa bercer par ce timbre hypnotique, doux comme du miel.

Des poils poussèrent sur ses mains ; une queue apparut, drue et touffue. De longues oreilles pointues se dressèrent, à l’affût du moindre danger. Sa mâchoire s’allongea, ses dents devinrent plus longues, plus fines, plus acérées. Ses pieds se changèrent en pattes mi-humaines, mi-animales.

Une main se posa sur lui. Ichigo se retourna vivement, prêt à mordre celui qui voulait le libérer de ses waraji. Son grondement agressif fit reculer prudemment l’autre loup-garou, qui se tapit dans un coin obscur. Les yeux d’Ichigo prirent la couleur du cognac, phosphorescente. Son reiatsu, longtemps bridé, se mit à briller.

Il sentait l’appel de la lune. Sans accorder plus d’attention à l’autre loup présent, il bondit avec souplesse et grâce jusqu’à la tour du temple. Au moment où il allait en sortir, une poigne extraordinaire le projeta en arrière. Ichigo en resta à moitié assommé.

— Es-tu fou ? Tu vas attirer ici la moitié du Sereitei. Je ne me cache pas ici pour éviter de me faire prendre… et toi aussi, apparemment. Mais tu n’as pas encore retrouvé ta raison…

Un grondement menaçant accompagnait ces paroles et, pour la première fois, Ichigo leva les yeux vers son agresseur.

Devant lui se tenait un magnifique loup-garou au pelage caramel et chocolat. Son regard avait une intensité qui transperça le plus jeune. Ses oreilles s’abaissèrent vers l’avant, sa queue se figea presque, et ses poils se hérissèrent. Babines retroussées, il affichait l’attitude dominatrice d’un aîné.

Aïzen sentit immédiatement la menace que représentait ce jeune loup. Il avait peur, mais ne se laisserait pas dominer. Lui qui pensait passer une soirée tranquille, à lire en attendant que la période du rut s’achève sans l’importuner, le voilà avec sur les bras un superbe loup roux au regard hypnotique.

Aïzen ne bougea pas : il signifiait ainsi au plus jeune qu’il ne se laisserait pas intimider et qu’il lui barrerait la route.

Ichigo rassembla ses forces et décida de quitter cet endroit qui le fatiguait particulièrement. Sans laisser à son aîné le temps de réagir, il sauta du haut de la tour. Un jappement derrière lui lui apprit que l’autre loup n’appréciait guère son comportement. Mais Ichigo voulait fuir, et…

Une brûlure le traversa : un désir violent l’empêcha de bouger. Il se retrouva à quatre pattes ; ses longues griffes s’enfoncèrent dans le sol, qu’il laboura. Sans pouvoir se retenir, il poussa un long hurlement modulé : ses phéromones se répandirent dans l’atmosphère.

Au même moment, un grondement sourd et furieux retentit à côté de lui. Ichigo leva la tête et croisa le regard du loup, outré. Celui-ci lui bondit dessus brutalement ; Ichigo lui répondit par instinct. Les deux loups se griffèrent, se mordirent, se projetèrent contre les murs — aucun ne voulant céder. Dressés sur leurs pattes, ils étaient aussi imposants l’un que l’autre. Aïzen n’en revenait pas : lui, le plus grand et le plus fort, se retrouvait face à un jeune qui en imposait autant.

Ichigo comprit qu’il ne tiendrait plus longtemps. Le combat avait, un instant, apaisé son désir primitif, mais il n’avait rien mangé de la journée, il était épuisé par la course, et le loup en face de lui était plus puissant. Ichigo ne s’y attendait pas : à l’Académie, nul ne rivalisait avec lui… mais là, c’était forcément un homme du Gotei 13.

— Tu as eu ton compte ? gronda l’autre loup. Tu vas cesser d’alerter les autres ?

Ichigo se laissa glisser contre la paroi, vaincu par la fatigue. Ses yeux se fermèrent peu à peu.

Voyant cette faiblesse inexplicable, Aïzen bondit et scruta, inquiet, la forme allongée — et, malgré lui, définitivement à son goût. Il se pencha et demanda :

— Petit… tu es malade ?

— J’ai faim… Je n’ai rien mangé de la journée…

Aïzen soupira et marmonna entre ses dents :

— Imbécile…

Ichigo avait sombré dans le sommeil, épuisé par le stress, la faim, la fatigue et sa première transformation. Sôsuke se laissa glisser contre la paroi à son tour et dut gérer seul les conséquences de leur combat : un désir brûlant que le jeune avait déclenché malgré lui.

Aïzen se redressa en reprenant forme humaine. C’est alors qu’il remarqua la douleur à son épaule. Le capitaine de la cinquième division fronça les sourcils et posa une main sur la blessure. La stupéfaction lui coupa le souffle : il comprit qu’il était définitivement sous le sceau du jeune loup, allongé un peu plus loin.

L’incrédulité le cloua sur place. Pendant plus d’une centaine d’années, il avait échappé aux attaques les plus invraisemblables, se cachant pour éviter de marquer ou d’être marqué… refusant d’être l’esclave d’une relation amoureuse. Et le voilà désormais scellé, de manière définitive, comme… dominé !

Malgré lui, les yeux de Sôsuke prirent une coloration particulière, reflet de son nouveau statut : marié. Colère, frustration, et incrédulité face à la silhouette frêle effondrée à quelques pas de lui atteignirent leur comble. Ce n’était qu’un gamin… et il avait réussi à le marquer à son insu… Aïzen en aurait crié de rage.

Jamais plus, il ne pourrait choisir un partenaire. Il devrait se contenter de lui ! Voyant l’agitation du jeune homme, Aïzen quitta les lieux, ne voulant pas révéler son identité. Il lui faudrait du temps pour accepter les nouvelles règles imposées par sa condition sociale. Le capitaine de la cinquième division disparut pour s’enfermer dans son bureau. Comment affronterait-il les autres, désormais ?

Ichigo se releva lentement. Il se sentait si faible… Soudain, inquiet à l’idée de faire face à l’adversaire de cette nuit, il regarda autour de lui. Mais le temple des Regrets était vide. Il quitta la tour en grimaçant : sa cheville avait doublé de volume. Pourtant, un poids avait quitté ses épaules, et il se sentit brusquement bien mieux.

Finalement, venir ici pour échapper à la meute n’avait peut-être pas été une si bonne idée. Il décida de rentrer chez ses parents pour se restaurer. Plus tard, il aviserait, à tête reposée, de ce qu’il ferait la nuit suivante…


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)