La journée qui s’écoula fut harassante pour Ichigo. Entre les explications qu’il avait dû donner à Hinamori, le sourire entendu de Renji — comme s’il savait quelque chose qu’il n’aurait pas dû — et les derniers cours où les professeurs, contrairement à ce qu’il avait cru, leur imposèrent davantage d’exercices de kidô pour son plus grand bonheur… lorsqu’Ichigo franchit le seuil de sa chambre, il était exténué, vidé.
Pourtant, la seule chose à laquelle le jeune homme pensait… c’était la venue, plus que probable, de Sôsuke. Il attendait avec impatience la nuit tombée. Le roux avait pris une douche, mais s’était rhabillé de son uniforme scolaire. Il faut dire que sa garde-robe était assez réduite ; à part cela, il n’avait que des vêtements de nuit, et il ne voulait pas être vêtu ainsi si Sôsuke venait le rejoindre.
L’attente lui parut longue, mais lorsque le battant de sa fenêtre s’ouvrit doucement, le jeune homme avait déjà basculé dans les bras de Morphée. Aizen fronça les sourcils en pénétrant dans la chambre d’Ichigo, anormalement calme et silencieuse. Un soupir, pourtant, vint le détromper rapidement, et ses yeux se portèrent sur le sol, où se dessinaient les formes d’un corps à peine visible dans l’ombre, au pied du lit.
Sans bruit, Aizen se dirigea vers Ichigo profondément endormi. Sa journée avait dû être rude. Les derniers jours étaient toujours éprouvants, d’après son souvenir. Le capitaine de la Cinquième Division se pencha, souleva tendrement la forme assoupie et la déposa sur le lit, dont il avait préalablement tiré les couvertures. Avec délicatesse, Sôsuke retira les waraji et les tabi d’Ichigo. Il en profita pour enlever son haori, son shihakushô et son hakama, avant de se glisser sous les draps qu’il referma sur eux. D’une main, il éteignit la faible lumière, puis posa ses lunettes sur le sol.
Sôsuke eut à peine le temps de se mettre en place qu’Ichigo s’était déjà blotti contre lui, le nez niché dans son cou. Il allait sans doute mourir de chaud avec le jeune homme plaqué contre lui, mais, au fond, la situation ne le dérangeait pas tant. Après tout, ils étaient suffisamment éloignés la plupart du temps, sans qu’il ait à le repousser quand ils avaient enfin la chance de se retrouver.
La douleur de cette absence en lui s’estompait d’ailleurs, remplacée par une félicité douce. Il sentait aussi le bien-être de son dominant, qui avait passé un bras possessif autour de sa taille. Un sourire furtif lui effleura les lèvres. Un Ichigo éveillé ne se permettrait jamais une telle attitude. Son jeune âge, sa timidité naturelle et son inexpérience l’empêchaient de se montrer sous son vrai jour.
Inexorablement, Aizen se sentit aspiré par les limbes du sommeil. Il ne résista pas et se laissa glisser, heureux d’avoir trouvé sa place.
°°0°0°°
À l’aube, Ichigo souleva les paupières et vit le visage de Sôsuke à quelques centimètres du sien. Il avait à peine osé y croire lorsqu’il avait senti la chaleur de son corps et son odeur, si chère à ses sens. Mais, comme il le lui avait promis, il était venu le rejoindre.
Ichigo était totalement hypnotisé par le visage détendu de son amant. La lumière naissante donnait un éclat particulier à ses traits. Il paraissait plus jeune, terriblement séduisant, si l’on allait au fond de sa pensée. Comme il aurait aimé que chaque matin soit le même. Cette intimité naturelle qui vous fait vous sentir bien, complet.
Ichigo se redressa avec précaution et remarqua que Sôsuke était nu. Enfin… il ne voyait que son torse. Son imagination fit le reste, et le rouge envahit ses joues. Avoir de telles pensées au réveil ne devait pas être normal. Lorsqu’il releva la tête, il croisa le regard moqueur de Sôsuke.
— Bonjour… Ichigo…
La voix de velours, à l’intonation grave, presque rauque, le fit frissonner. La main d’Aizen glissa autour du cou du jeune homme et attira son visage à lui. Un sourire séduisant se forma sur ses lèvres, et il chuchota contre sa bouche :
— Tu m’as terriblement manqué hier…
Ichigo ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Sôsuke caressait ses lèvres des siennes, faisant glisser sa langue à la commissure des leurs. Le roux se déplaça légèrement pour trouver une position plus confortable, tandis qu’en lui s’allumait un brasier inexplicable.
Aizen vit le changement dans le regard du jeune homme et reconnut l’apparition du loup en lui. Son loup intérieur répondit à l’appel silencieux de l’autre, et le même feu se mit à brûler dans leurs veines.
Les deux hommes tombèrent dans les bras l’un de l’autre et échangèrent un baiser passionné. Leurs langues se caressaient sans répit, aucun des deux ne voulant reprendre son souffle. Comme si ce baiser ne pouvait jamais apaiser leur faim. Les mains d’Ichigo parcouraient les flancs de son amant, tandis que Sôsuke caressait ses fesses. Sôsuke le repoussa contre le matelas. Ils se regardèrent, haletants… avant de reprendre leurs ébats là où ils les avaient laissés quelques secondes auparavant.
°°0°0°°
Aizen traversa sa division calmement. Il avait failli se faire prendre par les gardes lorsqu’il avait franchi les portes de l’Académie. Son cœur avait raté un battement… se faire avoir aussi bêtement, tout cela parce qu’il avait la tête ailleurs. C’était un comble.
Une fois dans son bureau, il vit que Gin l’attendait. Il passa devant Ichimaru, qui l’observait toujours avec la même expression. Parfois, il aurait aimé savoir ce qui traversait l’esprit de ce gamin.
— Aizen Taichô… ce soir, c’est la pleine lune… avez-vous l’intention de rejoindre Kurosaki-kun ?
— Cela ne te regarde en rien, Gin…
— Soyez prudent… j’ai surpris une discussion ce matin, aux aurores. Il serait question de la prochaine délibération de la Chambre des Quarante-Six, et si…
— Merci de t’inquiéter, Gin…
Aizen encaissa le coup, mais resta impassible. Il était hors de question de montrer une quelconque faiblesse, et surtout pas à l’un de ses hommes.
— Ceci me regarde.
— N’y a-t-il pas un moyen ? demanda pourtant le fukutaichô.
— Si je le connaissais… souffla Aizen, songeur.
Son esprit se mit en ébullition : comment pourrait-il échapper au sort que leur réservait la Chambre des Quarante-Six ? La voix de Gin le ramena sur terre, et il écouta Ichimaru lui annoncer une réunion en fin d’après-midi. Sôsuke soupira… Évidemment, juste avant la transformation… Les esprits échauffés de certains capitaines ne manqueraient pas de transformer la séance en pugilat.
Pourquoi prendre un tel risque ?
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Ichigo décida de quitter l’Académie plus tôt que prévu. Il sentait déjà son sang bouillonner. La voix de Renji le retint quelques instants.
— Tu comptes aller où ?
— Loin d’ici…
— Pourquoi ne restes-tu pas à l’Académie, comme la plupart des élèves ?
Le jeune homme leva les yeux vers son aîné et souffla, à voix basse :
— Si je restais ici… tu ne peux pas comprendre.
Ichigo fit volte-face et quitta le couloir pour se diriger vers le hall d’entrée, Renji sur les talons. Ils se dirigeaient vers la porte quand une sorte de chahut les figea sur place. La porte du dortoir s’ouvrit avec fracas pour laisser passer des shinigami, accompagnés par les gardes de l’Académie.
— Messieurs, nous n’avons pas reçu l’ordre de vous laisser passer !
— Nous sommes venus ici sur ordre de la Chambre des Quarante-Six !
— Mais…
— Regardez notre ordre de mission !
— Vous n’êtes pas…
Le cœur d’Ichigo se mit à battre furieusement. La Chambre des Quarante-Six ? Cela voulait-il dire qu’ils avaient statué sur le sort de Sôsuke et sur le sien ? Tremblant, le jeune homme s’avança vers les shinigami et leur demanda :
— C’est pour moi que vous êtes venus ?
— Ichigo ! protesta Renji.
— Vous êtes Ichigo Kurosaki ?
— Haï !
Un sourire se forma sur les lèvres de l’homme qui se tenait devant l’étudiant.
— Veuillez nous suivre. Ordre de la Chambre des Quarante-Six…
— Pour quel motif ?
Une certaine agressivité perça dans le ton du jeune homme. Très inquiet, Ichigo sentait la colère le remuer, en même temps que les prémices de sa transformation.
— Nous ne sommes pas tenus de vous le dire… Vous êtes convoqué immédiatement, vous et Aizen Sôsuke. Vous en saurez plus lors de votre entrevue…
Le sang du jeune homme ne fit qu’un tour. Il vit brusquement que l’un des shinigami lui tendait un pli. Le roux le prit et le décacheta. Ses yeux parcoururent la missive, qui lui annonçait une mauvaise nouvelle. Quoique rien, dans ses mots, ne laissât présager une quelconque réprimande.
— Aizen Taichô est déjà sur place ?
— Nous le cherchons actuellement. Il a disparu avec d’autres capitaines après la réunion avec le Sôtaichô…
Ichigo fronça les sourcils et demanda soudain :
— Pourquoi venez-vous me chercher maintenant ?
— Nous venons d’en recevoir l’ordre et…
— C’est la pleine lune… insista Ichigo.
L’un des shinigami avoua :
— Nous allons vous mettre en détention provisoire…
— Pardon ?
— Quoi ! hurla Renji.
— C’est un ordre… Vous serez libéré dans deux jours. Mais, pour l’instant, nous ne pouvons vous laisser en liberté…
— C’est… c’est parce qu’ils vont… Sôsuke… souffla Ichigo, les yeux grands ouverts.
L’inquiétude le gagna, et l’un des gardes posa une main sur son épaule.
— Veuillez nous suivre gentiment… et veuillez passer ces menottes !
— Ce n’est pas un criminel ! hurla Renji, qui tentait de repousser le shinigami.
Mais les autres gardes encerclèrent Ichigo. Il se retourna vers Renji… et déclara calmement :
— Renji… reste en dehors de ça. Tu risques gros en t’opposant à ces gardes, et tu le sais. Ne t’inquiète pas : dans deux jours, je serai revenu.
— Mais… pourquoi ?
Ichigo fronça les sourcils, et la colère commença à poindre en lui, camouflant le désespoir qui l’étreignait quelques minutes plus tôt.
— Tu le sauras certainement bien assez tôt… souffla Ichigo.
Le jeune homme suivit les shinigami. Renji fut rejoint par Momo, Uzuru et Shûhei, qui ne comprenaient pas la situation. Le shinigami aux cheveux rouges tenta de répondre comme il le pouvait. Mais son inquiétude grandissait… surtout qu’il avait eu le temps d’apercevoir une lueur dans les yeux du roux qui ne présageait rien de bon.
°°0°0°°
— Je n’ai aucune envie de me rendre à cette convocation !
— Aizen-kun… rétorqua Ukitake. Tu ne peux pas ignorer la Chambre des Quarante-Six… sois raisonnable.
Sôsuke fronça les sourcils. Il avait envie de hurler la vérité à Ukitake, mais il croisa le regard de Shunsui, et ses mots s’éteignirent sur ses lèvres. Aizen se détourna pour cacher sa douleur. Il refusait de vivre ce que vivait son senpaï… Il refusait qu’Ichigo vive ce que vivait Shunsui. Combien de fois avait-il vu les regards douloureux du capitaine de la Huitième Division ? Il refusait en bloc.
Il aimait Ichigo. Tout avait démarré de travers, et pourtant il ne pouvait pas simplement s’agir de l’union biologique des loups-garous qui lui faisait ressentir cette attraction, ces sentiments, ces pulsions. Non, ses sentiments étaient aussi vrais que ceux de son dominant, et maintenant on voulait l’arracher à lui ? Hors de question… Cela arrivait trop vite. Il n’avait pas eu le temps de créer suffisamment de liens entre lui et Ichigo.
Une sueur froide recouvrit son corps. Les prémices de sa transformation se faisaient sentir. D’ailleurs, on entendait un peu partout le hurlement des loups. Une présence meurtrière vint se joindre au petit groupe. Sôsuke se tourna pour faire face au loup Kenpachi. Il était démesurément grand et puissant, surtout quand les autres loups avaient encore leur apparence humaine.
— Sôsuke… se moqua le loup… Tous te cherchent… et moi, je t’ai trouvé ! Tu m’accompagnes et, si tu me résistes…
Un rire mêlé à un grondement répondit :
— Un combat s’imposera…
— Kenpachi, non ! rétorqua Ukitake.
— La ferme ! Ne me gâche pas mon plaisir…
Shunsui, qui s’était transformé dans l’intervalle, vint se poster entre lui et Aizen.
— Sois raisonnable, Kenpachi… Sôsuke-kun allait s’y rendre seul…
— Mon œil ! C’est pas dans son caractère…
— Ne prends pas ton cas pour une généralité, répondit sombrement Ukitake, qui dut lever les yeux vers le loup-garou de la Cinquième Division.
Aizen était aussi impressionnant que Kenpachi, et Ukitake, qui se laissait doucement modifier, ne put qu’admirer la force qui se dégageait de lui. Ses oreilles étaient pointées vers l’avant comme celles de Kenpachi ; leurs poils hérissés et leurs babines retroussées en disaient long sur leur envie de meurtre. Peu de loups pouvaient stopper ces deux-là…
Kenpachi et Aizen se faisaient face en grondant. Shunsui s’était reculé et avait rejoint Jûshirô, qui posa une main sur son avant-bras.
— Comment pouvons-nous faire pour les stopper ?
— Personne ne le peut, Jyu-chan… personne…
Les deux loups se fondirent l’un sur l’autre dans un grognement agressif.
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Ichigo envoya catapulter les gardes autour de lui et arracha les menottes spirituelles qui l’entravaient. Il releva la gueule vers le ciel pour sentir l’atmosphère, et ce qu’il y perçut lui fit retrousser les babines. Un grondement fit vibrer sa cage thoracique, et bientôt un hurlement féroce déchira l’air. Tous ceux qui étaient suffisamment près frissonnèrent devant la rage qu’il laissait transparaître.
Dans un mouvement brusque, Ichigo bondit en avant, utilisant les griffes de ses doigts pour ne pas déraper dans les virages qu’il prenait à une allure folle, sans ralentir. Sôsuke était en danger, et il devait le sauver. Son instinct avait complètement modifié sa façon de penser. Ichigo avait le sang qui bouillonnait, et son seul objectif était de protéger son dominé de la bête à laquelle il faisait face.
La rage l’aveuglait complètement, et l’inquiétude rongeait son cœur. Quand il sauta du haut de la falaise pour se projeter plus bas, dans l’encaissement de la vallée, il vit parfaitement le loup-garou monstrueux qui frappait sans relâche Sôsuke. Son esprit devint blanc : il allait le tuer !
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Shunsui et Ukitake allaient intervenir quand ils sentirent arriver quelque chose qui leur glaça le sang. Ils ne purent rien voir, si ce n’est un immense nuage de poussière et de terre projetée… et Kenpachi voler pour aller s’encastrer dans la roche. Soudain, un loup inconnu, très imposant, apparut devant eux et leur tendit le corps d’Aizen, inconscient.
Ukitake se précipita pour le prendre. Seul Shunsui put voir l’attaque surprise de Kenpachi sur le loup-garou aux couleurs fauves. Celui-ci l’évita de justesse et lui sauta à la gorge. Un combat s’engagea entre les deux loups-garous. Ils s’empoignaient, se mordaient, s’entredéchiraient avec une violence inouïe.
Bientôt, les deux loups s’enfoncèrent dans la forêt, et les deux spectateurs, stupéfaits, baissèrent les yeux sur Aizen, qui tentait de se redresser.
— Ne force pas, Sôsuke-kun… Tu es gravement blessé…
— I…chigo…
Les deux capitaines se regardèrent, surpris, puis Shunsui demanda doucement :
— Tu parles de… ton dominant ?
— Haï !
Ukitake demanda d’une voix tremblante :
— Son pelage est… roux ?
— Haï…
Sôsuke avait l’impression d’avoir chuté d’une falaise. Il était incapable de bouger. Il grimaça, et ses yeux humides rencontrèrent le regard inquiet des deux autres loups.
— Il se bat actuellement contre Kenpachi…
— Kenpachi est tellement excité par votre combat que je crains que Kurosaki-kun ne puisse te défendre…
Aizen rit doucement en entendant la réflexion d’Ukitake. Kenpachi allait surtout avoir une vraie surprise. S’il n’avait pas glissé dans la flaque de boue, Sôsuke ne serait pas dans l’état où il se trouvait actuellement… mais tomber sur Ichigo, qui devait être fou de rage, c’était une autre paire de manches pour Kenpachi.
— Qu’est-ce qui te fait rire, Sôsuke-kun ? Tu n’as pas peur pour ton dominant ? Ken…
— Peur pour Ichigo ? C’est surtout pour Kenpachi que j’ai peur…
— Ne le surestime pas… souffla doucement Ukitake.
— Ne le sous-estime pas ! chuchota Sôsuke.
Le capitaine de la Cinquième Division tourna la gueule vers la forêt où, sous l’éclairage de la pleine lune, il était possible de voir des arbres s’abattre et d’assister au vol d’oiseaux affolés, dérangés dans leur sommeil.
Ses oreilles, penchées en avant, tournaient un peu dans tous les sens, comme pour capter tous les bruits qu’émettaient les deux loups enragés. Sôsuke s’accrochait à l’idée qu’Ichigo puisse battre Kenpachi : il ne pouvait pas en être autrement. Cette certitude lui permit de tenir, de ne pas sombrer. Il voulait revoir Ichigo vivant !
Jamais une nuit de pleine lune n’avait été aussi agitée à la Soul Society. Tous écoutaient les échos de la bataille que se livraient les deux loups. Certains étaient terrorisés ; d’autres se demandaient comment le combat se terminerait. Et quand le silence revint, il fut pesant. Chacun pensa soudain qu’il aurait mieux valu que le combat continue.
Tout aussi brutalement, le calme fut déchiré par un long hurlement puissant.
Aizen esquissa un petit sourire, et ses yeux se teintèrent différemment. Il ne prêta pas attention aux commentaires autour de lui. Il attendait sa venue. Et ce ne fut pas long : il vit surgir un magnifique loup au pelage fauve. Les yeux cognac se rapprochaient, et Sôsuke ne voyait plus qu’eux. La tendresse qu’il y lisait lui réchauffa le cœur. Il n’avait plus rien à voir avec la bête enragée d’il y a quelques heures.
Ichigo ne voyait que son mari allongé sur le sol, incapable de bouger. Son cœur se serra. Il ne prêta pas attention aux deux autres loups qui lui parlaient. Il passa brièvement une main sur la joue d’Aizen et gronda d’une voix rauque :
— Tu peux bouger ?
— Non…
Lentement, le jeune loup se pencha, souleva Aizen et le serra contre lui. Se tournant vers les deux autres loups, il demanda :
— Où se trouve l’infirmerie ?
— Vous êtes vous-même blessé, laissez-nous le porter, Kur…
— Je refuse ! Moi seul porterai Sôsuke !
Les oreilles du loup se pointèrent en avant, et la lueur mauvaise qui s’inscrivit dans ses yeux les rendit presque phosphorescents. La menace était claire. Sans attendre, Ichigo se mit en marche, mais un raclement de gorge et la voix hésitante d’Ukitake le firent se retourner :
— C’est de l’autre côté, Kurosaki-kun…
Shunsui et Jûshirô ouvrirent la marche, et Ichigo suivit, avec une aisance déconcertante, le rythme des deux loups devant lui. Sôsuke, calé contre le torse d’Ichigo, respirait son parfum à plein poumon. Enfin, autant que ses côtes douloureuses le lui permettaient. Il entendit la voix de son mari interroger les deux autres loups :
— Personne ne s’occupe de l’autre loup ?
— Non… laissons-lui le temps de réfléchir un peu… Je suis sûr qu’Unohana va se faire un plaisir d’aller lui parler du pays…
Aizen voulut rire en imaginant la scène entre les deux époux, mais la douleur l’en empêcha, et il n’émit qu’un affreux gargouillis.
— Tu ne vas pas bien, Sôsuke ?
— Si… si…
Arrivés à la Quatrième Division, les quatre loups furent encerclés par des loups beaucoup plus petits. Une louve apparut et se dirigea immédiatement vers Ichigo.
— Que s’est-il passé ? J’ai cru reconnaître Zaraki…
— Haï, Unohana Taichô, fit Jûshirô. Kenpachi Taichô a provoqué Aizen Taichô et il n’arrivait plus à s’arrêter de le frapper, ce qui a causé de grosses blessures à Aizen Taichô.
— Il est encore en vie ? rétorqua Retsu, stupéfaite.
La louve observa l’immense loup-garou roux qui se tenait devant elle, calme. Sans conteste aussi grand que son mari, et certainement aussi fort.
— Kurosaki-kun a protégé Aizen Taichô…
— Alors, c’est vous qui avez combattu Zaraki depuis tout à l’heure ?
— Qui est Zaraki ? demanda Ichigo, perdu dans ses pensées.
— Kenpachi Zaraki, capitaine de la Onzième Division…
Ichigo, s’il avait été humain, aurait blêmi. Une civière fut apportée, et Ichigo y déposa tendrement Sôsuke, qui sombrait enfin dans les limbes de l’évanouissement. Son corps fut vite emporté, et l’attention d’Ichigo se focalisa de nouveau sur la capitaine de la Quatrième Division.
— Vous l’avez laissé où, exactement ?
— Euh… près de la falaise, à l’ouest du Seireitei, dans la f…
— Je vois où, merci. Suivez-moi, je vais m’occuper de vous.
— Je dois reto…
— Suivez-moi !
Quelque chose, au fond du regard de la louve, mit Ichigo en alerte et, sans plus discuter, il suivit la capitaine de la Quatrième Division. Shunsui soupira et déclara d’une voix lasse :
— Si je m’attendais à une telle soirée…
— Si seulement Aizen-kun avait accepté de nous suivre…, rétorqua Ukitake. Pourquoi refuse-t-il d’accepter la décision des Quarante-Six ?
Kyôrakû observa longuement Ukitake. Ce dernier fixait la porte où Ichigo avait disparu quelques secondes auparavant. Une lueur apparut dans les yeux du loup noir. Une infinie tristesse semblait s’y être logée. Elle disparut lorsque son ami se tourna vers lui.
— Je comprends que cela puisse être douloureux, mais, d’un autre côté… c’est la décision de la Chambre des Quarante-Six… À quoi pense Aizen-kun ?
Shunsui soupira entre ses dents, et ses yeux se fermèrent quelques instants, le temps de calmer le cœur qui s’affolait en lui.
— Il doit certainement penser à la douleur qu’aura à subir Ichigo-kun, et c’est pour cela qu’il refuse… cette situation.
— Douleur ?
Jûshirô allait poser une question à son ami pour comprendre de quoi il parlait, mais Shunsui avait disparu sans qu’il n’en comprenne la raison. Quelle étrange soirée il vivait…

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)