Drown me in you 2

Ichigo se leva doucement, en prenant garde de ne pas réveiller Grimmjow. La dispute de la veille avait été si violente que Grimmjow l’avait agrippé, prêt à le frapper. C’était la première fois que cela arrivait… Ichigo savait son compagnon fragile ces derniers temps, mais lui aussi devait faire face à de nombreux problèmes.

Les paroles cruelles de Grimmjow résonnaient encore à ses oreilles. Ichigo se réfugia dans la cuisine et se prépara un café. Il tentait désespérément de se raisonner : tous les couples traversaient des crises, alors pourquoi pas eux ? Des images du visage de Grimmjow, furieux, se superposaient à celles de son sourire, lorsqu’il était plus jeune. Que s’était-il passé pour que son amant perde confiance en lui de cette manière ?

Tasse en main, Ichigo s’assit sur un tabouret et ramena ses genoux sous son menton. Il tenait en équilibre précaire, mais qu’importe. Son regard se porta sur le parking en contrebas de leur résidence. Quelques lève-tôt quittaient déjà leurs appartements pour partir travailler. Lui aussi allait devoir s’y résoudre…

Le liquide brûlant réchauffa les lèvres blêmes d’Ichigo, leur redonnant un semblant de couleur. « Tu ne fais rien pour moi… je suis toujours aux petits soins pour toi ! » Grimmjow ne voyait-il donc pas tout ce à quoi Ichigo s’astreignait pour son confort ? Il n’avait plus d’amis, plus de vie sociale… Il restait enfermé la plupart du temps. Il avait peur de sortir, peur de déclencher une crise… comme celle de la veille au soir. De plus, il veillait à rentrer de bonne heure afin de préparer un repas digne de ce nom. Les papiers, le ménage… Ichigo s’occupait de toute l’intendance de la maison.

Il ne gagnait pas les mêmes revenus que son compagnon, mais il n’avait pas à rougir de sa paye… La tête d’Ichigo bascula. C’était ça, le bonheur ? C’était donc cela, vivre à deux ? Il devait s’écraser sans cesse devant la volonté de son compagnon ? Il ne pouvait pourtant pas se plaindre : Ichigo obtenait presque tout ce qu’il voulait, ou presque. Il vivait dans un duplex cossu, et il avait une aide ménagère qui lui donnait un coup de main… Mais lui, il voulait sortir. Aller au cinéma, se promener sans but, pique-niquer, partir à l’aventure sans plan. Qu’importait l’endroit : même la Sibérie lui irait. Il voulait partager, voir ses amis, vivre… une vie normale.

Que devait-il faire ? Qu’avait-il à espérer de sa vie ? Peut-être que l’herbe était plus verte ailleurs ? À cette pensée, Ichigo esquissa un sourire amer et, pour se donner une contenance, finit sa tasse d’une traite. Le liquide avait eu le temps de refroidir… Son regard se posa sur l’horloge, qui lui indiqua le peu de temps qu’il lui restait pour se préparer. Le bibliothécaire fila prendre sa douche. Il attrapa un toast et voulut quitter l’appartement mais Grimmjow se tenait contre la porte d’entrée.

Ichigo se mordit la lèvre inférieure. Bon Dieu, qu’il était sexy ! Mais… est-ce tout ce qu’il restait de leur amour ? La passion ? La passion est douloureuse… Un poison ou un élixir : tout dépendait du temps pendant lequel on demeurait assujetti à l’addiction…

« Tu comptes aller où ?

— Bosser ! Laisse-moi passer s’il te plaît, Grimmjow…

— Tu m’en veux pour hier soir ?

— Tu étais énervé à cause de ton boulot… »

Ichigo observa Grimmjow s’approcher de lui, tel un félin. Son visage se colla au sien, et son compagnon murmura :

« Je m’excuse… pour hier soir. J’y ai été un peu fort…

— Je vais être en retard… souffla Ichigo.

— Tu n’fais pas d’efforts ! » s’énerva Grimmjow, impatient.

Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase, et le ton grimpa irrémédiablement entre eux.

« Arrête de vouloir me culpabiliser ! J’en ai assez, tu vois !

— Et moi ? Qu’est-ce que je devrais dire ?

— Qu’as-tu à me reprocher ? objecta Ichigo, à bout de nerfs. Je n’ai plus rien… à part mon boulot ! Tu veux me l’enlever aussi, Grimmjow ? Qu’est-ce qu’il faut que je te donne pour que tu sois satisfait ?

— J’te reconnais plus ! Qui t’a fait tourner la tête ? Avant… tu étais plus doux, plus compréhensif… tu ne fais plus que te plaindre !

— Y a peut-être une raison… non ?

— Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

— Écoute… laisse-moi passer, et on en rediscute ce soir !

— Pas question… c’est maintenant !

— Merde ! Tu me fais chier, et grave ! On y a passé combien de temps avec cette explication ? Tu veux recommencer ? T’en as pas marre ? »

Grimmjow attrapa Ichigo et le repoussa jusqu’à ce qu’il rencontre un mur. Ichigo tenta de se défaire de la poigne de fer de son compagnon, mais il ne cédait pas. La lueur dangereuse dans son regard mit Ichigo en alerte.

« Tu comptes me faire quoi, là, exactement ? Ça fait deux fois en moins de douze heures…

— C’est de ta faute ! »

Ichigo tenta de repousser Grimmjow, mais ce dernier le bloqua. La respiration du roux se fit courte. C’est ainsi qu’il le prenait ? D’un autre mouvement, Ichigo réussit à défaire la prise mais Grimmjow se saisit de lui une nouvelle fois. Poussé par l’exaspération, Ichigo eut un mouvement sec du poignet pour se dégager. Bientôt, leur affrontement se transforma en pugilat. Les deux hommes renversèrent la vitrine du couloir, qui se brisa contre le sol dans un fracas de verre… broyant les statuettes modernes de valeur à l’intérieur.

Haletants et stupéfaits, ils se fixèrent, à bout de souffle.

« Pourquoi… pourquoi tu veux plus de moi ?

— Mais qu’est-ce que tu me racontes, Grimmjow ? Est-ce que je t’ai abandonné un seul jour ? Je suis toujours à la maison, à t’attendre ! Je ne sais plus quoi faire pour que tu aies confiance en moi… Et j’ai l’impression de ne jamais en faire assez. Je n’ai plus d’amis, plus personne à part toi ! Que veux-tu de plus ? »

En disant cela, le regard d’Ichigo était douloureux. Un goût amer lui remonta au fond de la bouche. Comment en était-il arrivé là ? Ichigo culpabilisa et s’approcha de Grimmjow, qui fixait ses mains. À peine le roux fut-il à sa portée que Grimmjow l’attrapa et le serra contre lui.

« Ichi… toi et moi, c’est pour la vie… je suis désolé… Je vais ranger tout ça. Je t’attends ce soir ! »

Le roux se détacha de Grimmjow et l’observa, inquiet.

« Tu me caches quelque chose, Grim’ ?

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Si tu as si peu confiance… c’est que tu aurais toi-même quelque chose à me cacher ? Non ?

— Je t’signale que j’n’ai pas le temps ! J’trime pour que tu puisses avoir tout ce dont tu rêves…

— C’est quoi, mon rêve, justement… souffla Ichigo.

— Hein ? »

Grimmjow scruta le visage de son amant comme s’il était fou. Il fut incapable de répondre. Ichigo secoua la tête et murmura :

« C’est pas grave. J’y vais… à ce soir ! »

Sans rien ajouter, Ichigo quitta l’appartement. Grimmjow voulut le toucher mais le roux eut un réflexe de protection inconscient. Les deux hommes se figèrent sur le pas de la porte, interdits. Grimmjow laissa retomber ses bras le long de son corps. Leurs yeux se rencontrèrent, et ceux d’Ichigo devinrent fuyants… Sans ajouter un mot, il disparut. Grimmjow frappa le chambranle de la porte et échoua son visage contre l’encadrement. Il n’arrivait plus à se contrôler… Tout lui échappait… et ça faisait mal, très mal… Pourquoi Ichigo ne le comprenait-il pas ?

°°0°0°°

À peine avait-il franchi le seuil de la bibliothèque qu’Ichigo oublia, ou presque, la tension qui régnait dans son couple. En fait, il faisait tout pour. Son esprit s’était emballé durant tout le trajet qui l’avait amené à l’université où il travaillait. La même question le taraudait : comment en étaient-ils arrivés là ? Ichigo avait l’impression que tout était de sa faute. Qu’il avait encore foiré quelque part… mais où, et quand ? Si Grimmjow se sentait si mal, c’était de sa faute… sans aucun doute.

Toutefois, une fois à l’intérieur des murs de l’université, il se donna à fond presque toute la journée. Presque, car à la pause de midi il était seul… Ichigo refusait de se faire le moindre ami, de peur de troubler Grimmjow. Seul, en tête-à-tête avec le bento acheté sur le chemin, il se retrouvait face à lui-même…

Isolé sur le toit d’un bâtiment, Ichigo songea qu’il aurait aimé avoir quelqu’un à qui parler… pour y voir plus clair. Il mangea du bout des lèvres, l’esprit à mille lieues de l’endroit où il se trouvait. Ses pensées remontèrent le temps… il se souvint des années heureuses qu’ils avaient vécues au collège et au lycée…

Aucun nuage ne pointait le bout de son nez. Puis l’université pour Ichigo, et le monde du travail pour Grimmjow. Ce dernier avait bâti son entreprise à la force du poignet… comme il disait, Ichigo s’était coulé doux durant quatre ans, tandis que lui avait trimé pour que son entreprise commence enfin à démarrer.

Les choses avaient peut-être débuté à ce moment-là. Enfin… c’est là que les crises de jalousie avaient commencé à se faire sentir. Les justifications incessantes, à fournir à chaque sortie, à chaque sourire adressé. Grimmjow, lentement et inexorablement, avait éliminé le moindre contact extérieur. Ichigo culpabilisait… car il avait une vie facile par rapport à Grimmjow.

Mais facile en quoi ? Ichigo se souvenait de ses nuits à bosser ses cours, de la course entre le métro et l’appartement : chaque soir, il rentrait auprès de Grimmjow, alors que leur logement était proche de l’entreprise de son compagnon et forçait Ichigo à traverser presque toute la ville pour rejoindre l’université. Il était épuisé… il s’était épuisé… Mais Grimmjow n’avait jamais voulu le reconnaître. La tension qui, à un moment donné, avait grimpé dans leur couple atteignait presque celle d’aujourd’hui. Car Ichigo se refusait à Grimmjow… trop crevé pour penser à la bagatelle.

Mais aujourd’hui, ce n’était rien de tout cela… Pourquoi la dispute avait-elle éclaté la veille ? Ah oui… Nnoitra l’avait invité à prendre un verre. Même si Ichigo avait quitté l’étudiant contrarié, ce petit échange impromptu avait fait souffler une bouffée d’air frais dans sa vie. Le plaisir qu’il avait eu de revoir Tatsuki… Tatsuki… Le cerveau d’Ichigo s’arrêta sur ce nom. Le bibliothécaire sortit son portable et y jeta un coup d’œil. Non… À part les numéros de Grimmjow et celui de son médecin — qu’il voyait très souvent pour ses problèmes de santé — plus rien…

C’était à ça que sa vie ressemblait ? Ichigo enfouit son visage entre ses genoux. Que devait-il faire ? Il devait en parler avec Grimmjow… et peut-être attendre avec ce mariage. Ichigo n’était plus sûr de rien. Plus sûr de ses choix… étaient-ce vraiment les siens, de toute façon ? Après avoir jeté un coup d’œil à sa montre, Ichigo quitta les lieux et descendit tranquillement l’escalier.

Personne ne fit attention à lui. Un fantôme parmi les élèves et les professeurs… Pourtant, au collège, au lycée, il avait eu un tas d’amis… Alors pourquoi ? Pourquoi tout lui pesait-il maintenant ? La fin d’après-midi se passa lentement. Isane était venue le voir pour qu’il fasse une tonne de photocopies. Elle n’avait pas le temps de s’en occuper et, comme lui ne faisait rien de sa journée… Encore un reproche. Ichigo avait été à deux doigts de l’écraser contre un mur… pour se rendre compte qu’il n’était que misérable.

°°0°0°°

À la surprise d’Ichigo, Grimmjow était déjà là. Il fut surpris de le voir ouvrir la porte avec un immense sourire aux lèvres.

« T’es enfin de retour, Ichi…

— T’es déjà là ? fit, saisi, Ichigo.

— J’ai décommandé mes rendez-vous de l’après-midi. On sort ce soir !

— On sort ?

— Oui… entre ! Ne reste pas dehors… »

Grimmjow attrapa le poignet d’Ichigo et le fit entrer. Les yeux du roux balayèrent l’entrée, où les dégâts du matin avaient disparu. Il ne restait plus rien, juste un meuble pour suspendre les manteaux et ranger les chaussures, ainsi qu’une sellette où ils posaient leurs clefs. Peinte en blanc, l’entrée parut encore plus grande à Ichigo.

Ichigo demanda, lointain :

« Où comptes-tu nous emmener ?

— J’ai réservé une table dans le meilleur restaurant de la ville. Et j’ai pensé qu’on pourrait aller jouer après… comme quand on était au lycée… »

Ichigo haussa un sourcil et observa son homme, qui faisait de véritables efforts. Peut-être s’était-il emballé un peu vite ? Un sourire effleura les lèvres d’Ichigo, qui saisit la main que lui tendait son amant.

« Va t’changer…

— Je vais prendre une douche et je me change… »

Sans hésitation, Ichigo attrapa un costume et fila sous la douche. Quand il en sortit, Grimmjow lui tendit une serviette. Ichigo haussa un sourcil : cela faisait combien de temps qu’ils ne s’étaient pas croisés dans une salle de bain ? Le roux se plaça devant son miroir après s’être essuyé, sous l’œil appréciateur de son compagnon.

« Ichi… les années n’ont pas de prise sur toi…

— Toi non plus… »

Ichigo se rasait et jeta un œil à sa moitié, qui avait collé son corps contre le sien. Son cœur se mit à battre plus lourdement. Les bras de Grimmjow l’enlaçaient. Ichigo avait l’impression de disparaître dans l’étreinte de son amant. Ce dernier avait enfoui son visage contre la nuque d’Ichigo, frottant le bout de son nez comme pour mieux aspirer le parfum de sa chair, caché dans les profondeurs de ses pores…

« On reste tous les deux ? » suggéra Grimmjow.

Le roux se raidit imperceptiblement, mais suffisamment pour avertir Grimmjow que son amant se trouvait une nouvelle fois sur la défensive.

« J’plaisante… j’ch’suis juste bien, comme ça…

— Moi aussi, mais j’ai envie de sortir… Grimm…

— J’t’attends dans le salon… si j’reste ici… c’est mort ! »

Sans laisser le temps à Ichigo de répondre, Grimmjow quitta la pièce brutalement. Le roux resta immobile longtemps. Le battant d’une porte ne l’avait jamais hypnotisé à ce point-là. La douceur de l’étreinte autour de lui se faisait encore ressentir… brûlante.

C’est avec beaucoup de difficulté qu’Ichigo finit sa toilette et rejoignit Grimmjow, qui finissait apparemment une conversation de chantier.

« Tu dois partir ? » interrogea Ichigo, sur le qui-vive.

« — Non… Mais demain je n’rentrerai pas de bonne heure !

— Demain ? Ce n’est pas trop grave…

— Pourquoi ? » l’interrogea, surpris, Grimmjow.

— J’ai rendez-vous avec le maître nageur…

— Ah… lui ?

— Tu ne veux plus que je sache nager ?

— Si… si… je suis juste surpris que tu veuilles y retourner…

— Attends, tu m’as tanné je ne sais combien de fois pour que j’aille à ces cours de piscine !

— Ok ! ok… j’ch’suis content… On y va ?

— Hai ! »

Les deux hommes quittèrent leur appartement en silence. Toutefois, quelques minutes plus tard, Grimmjow reprit avec les chantiers dont il s’occupait actuellement. Ichigo songea qu’il s’était fait une clientèle de plus en plus triée sur le volet. Quand il pensait à ses débuts… son entreprise n’avait plus rien à voir. C’était le bébé dont il était fier… et il avait de quoi l’être.

La soirée se déroula agréablement. Ichigo avait l’impression de voir sa relation avec Grimmjow renaître. Même vêtus de costume, ils se retrouvèrent dans des salles de jeux vidéo.

« Ichi… tu es prêt à te prendre une raclée ?

— Tu crois que je vais me laisser faire sans rien dire ? »

Les deux hommes ricanèrent, et Grimmjow lança un jeu de baston. Leurs vestes tombèrent rapidement, tant ils se prenaient au jeu. Finalement, ce fut Ichigo qui gagna la partie, au grand désespoir de Grimmjow, qui voulut prolonger la soirée.

« On va prendre un dernier verre ?

— Où ?

— J’connais, pas loin, un troquet… Il est plutôt sympa… viens ! »

Ichigo suivit Grimmjow sans rien dire. Ils marchaient côte à côte, sans se parler. La soirée était douce et plaisante. Les piétons prenaient soin d’éviter les deux hommes, qui en imposaient au milieu de la rue. Bientôt, Grimmjow tira Ichigo par la manche et lui indiqua un sous-sol d’un vieux bâtiment. Ichigo ne connaissait pas le lieu.

À peine Grimmjow franchit-il le seuil que le patron le salua chaleureusement. Les deux hommes discutèrent amicalement, avant que Grimmjow ait la présence d’esprit de présenter Ichigo.

« Ichigo, je te présente Hisagi-san… Hisagi… j’t’présente ma moitié !

— J’comprends mieux pourquoi tu l’caches ! »

Grimmjow et Hisagi-san continuèrent à plaisanter sur le compte du roux, qui se demanda brutalement ce qu’il faisait là. Il était visible qu’ils étaient plus qu’amis. Ichigo se posa la question : devait-il faire une crise de jalousie ? Pourtant, il s’installa tranquillement sur un tabouret et se contenta d’observer la scène. Grimmjow était visiblement connu d’une partie de la clientèle, masculine et féminine. On ne pouvait pas discuter de manière si décontractée en n’étant que de simples connaissances de bar.

Au bout d’une bonne heure, Grimmjow, tout à sa partie de fléchettes avec quelques autres habitués — dont Ichigo avait oublié le nom, trop occupé à se débattre entre sa jalousie, sa frustration, sa colère —, une évidence s’imposa à lui… une évidence qu’il refusait d’admettre jusqu’ici.

« On peut passer la soirée ensemble si tu veux ! »

Ichigo tourna le visage vers l’audacieux qui avait tenté sa chance. Ce dernier continua :

« De toute façon, Grimmjow, une fois qu’il est parti pour faire la fête… on ne peut plus l’arrêter !

— Vraiment ? »

Le ton rêche du jeune homme fit sursauter l’homme, qui le détailla avec attention. Ses yeux d’acier se durcirent.

« T’es aussi coincé que Grimmjow t’avait décrit !

— Tu sembles bien le connaître, Grimmjow…

— Un peu ? Il vient ici tous les soirs depuis… j’dirais bien… » fit-il, pensif. « Au moins onze ou douze ans… voire une quinzaine d’années, car j’sortais avec Nell à l’époque ! Enfin, la première fois où on s’était rencontrés… »

Ichigo encaissa l’information, et son regard se posa sur Grimmjow, qui l’avait totalement oublié. C’était un peu normal, après tout… Il venait ici seul depuis quinze ans ! Ce fut comme une révélation pour Ichigo… un point de non-retour. Il se tourna vers son interlocuteur et se mit à parler avec lui de ses rencontres avec Grimmjow…

Une demi-heure plus tard, Ichigo s’enfonçait dans un taxi. Grimmjow se trouvait toujours dans le bar, ignorant son départ — ou plutôt… ignorant qu’il existait. À peine eut-il franchi le seuil de l’appartement qu’Ichigo attrapa des vêtements et une valise. Il avait besoin de réfléchir, et d’air. Il prit une feuille et un crayon, et laissa un message pour Grimmjow.

Ichigo ne voulait pas de dispute, ce soir-là… Il ne voulait pas d’une discussion interminable où ce serait encore lui, le fautif… Un quart d’heure après le départ d’Ichigo, Grimmjow entra, furieux. Sur la sellette, il trouva une page de cahier griffonnée à la hâte, sur laquelle son compagnon avait écrit :

« Grimmjow,

Je pensais que ce soir réanimerait notre relation… j’y ai cru au début mais, comment ressusciter une flamme depuis longtemps éteinte ? J’ai préféré partir, plutôt que d’avoir une énième conversation stérile que tu tourneras à ton avantage… Je te recontacterai prochainement, pour discuter posément. Mais, tant que tout n’est pas très clair dans ma tête, je préfère m’éloigner. Je ne veux plus céder à la passion, ou croire en quelque chose qui n’existe peut-être plus depuis longtemps… Ichigo

Ps : inutile de harceler ma famille… je n’y serai pas ! »

Le papier se retrouva en boule sur le sol, froissé — presque déchiré — par la violence de la colère de l’homme qui l’avait tenu, quelques instants plus tôt, dans une main tremblante. Où était Ichigo ? Il ne connaissait plus personne… plus d’amis ; et sa famille… Depuis le temps qu’ils vivaient ensemble, les liens s’étaient doucement étiolés. Grimmjow se laissa glisser sur le sol… Il ne comprenait plus ce qui se passait. Le regard sec, la mâchoire se serrant convulsivement, il pensa à sa vengeance. Personne n’avait le droit de le faire souffrir, et encore moins Ichigo.

°°0°0°°

Ichigo tremblait lorsqu’il remonta l’allée menant à la clinique Kurosaki. Il se réchauffa lorsqu’il posa sa valise à ses pieds. Il ne savait pas si c’était la peur ou la joie, l’angoisse… Il était devant la porte de chez ses parents. Depuis combien de temps n’y avait-il pas été, réellement ? Si ce n’est une fois, cette année, pour annoncer son mariage avec Grimmjow ?

Prenant son courage à deux mains, Ichigo sonna. Son cœur se mit à battre furieusement lorsqu’il vit les lumières s’allumer une à une, et que les bruits de pas se rapprochèrent, de plus en plus distincts… Lentement, la porte s’ouvrit, et Isshin apparut sur le pas, brillamment éclairé au point d’éblouir l’homme qui restait immobile devant lui, tétanisé par ses émotions.

« Ichigo… »


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)