Drown me in you 3

Ichigo dormit jusqu’à une bonne partie de la matinée, le lendemain. Lorsqu’il se réveilla, il resta longtemps à observer le plafond, pensif. Qu’avait-il fait ? Un malaise récurrent le tenaillait. Après un moment, plutôt que de se ronger seul, Ichigo finit par se lever et trouva Mazaki dans le salon, en train de terminer de ranger. Il salua brièvement sa mère et fila dans la cuisine.

Mazaki le rejoignit, compatissante.

« Tu as bien dormi ?

— Pas vraiment. Je me demandais si j’avais bien fait. J’aurais peut-être dû lui en parler, ou faire une esclandre… plutôt que de… fuir ! » répondit le roux, songeur.

« — Ce n’est pas une fuite, Ichigo. Ce n’est pas en restant sous tension qu’il te sera possible d’y voir plus clair. »

La mère d’Ichigo contourna la table et s’installa en face du jeune homme. Elle prit les mains d’Ichigo entre les siennes et déclara doucement :

« À ton humble avis, crois-tu que Grimmjow t’aurait laissé le loisir de prendre de la distance ? Aurais-tu la moindre chance de mettre les choses à plat, dans l’état de confusion dans lequel tu te trouves ?

— Je n’en sais rien… je ne sais plus… » murmura le bibliothécaire.

« — Ichigo. Je n’ai pas à me mêler de ta vie. Je t’avoue que ces trois dernières années ont été dures pour moi, car je te voyais de moins en moins… Mais je n’ai pas à interférer dans le cours de ta vie. Je te dirai seulement de bien réfléchir à ce que, toi, tu veux vivre.

Si ton bonheur est avec Grimmjow, malgré sa manière d’agir, ce sera ton choix. En revanche, si tu te rends compte que ce n’est pas ce que tu souhaites… que tu as besoin d’autres choses… alors tu devras prendre les dispositions nécessaires pour vivre selon tes désirs. Mais, si tu choisis cette option, discutes-en d’abord avec Grimmjow…

— Hai… »

Ichigo resta pensif, la mine sérieuse. Mazaki se leva avec un grand sourire et proposa :

« — Que veux-tu pour déjeuner ?

— Des toasts… » répondit machinalement Ichigo.

« — C’est parti pour des toasts… » La voix joyeuse de Mazaki résonna dans la pièce.

« — Je peux le faire…

— Depuis que Karin, Yuzu et toi êtes partis de la maison, je n’ai plus personne à chouchouter… Alors, laisse-moi faire ! »

Ichigo ne répliqua rien et observa sa mère déambuler devant les placards de sa cuisine. Cette atmosphère chaleureuse était agréable. Le doux parfum du café fraîchement coulé, l’odeur du pain grillé qui se répandait… tout cela créait une ambiance cocooning qui apaisait les nerfs à vif d’Ichigo. Le dessus de la table se trouva bientôt joyeusement encombré de beurre, de confiture, de fruits, d’un bol, d’un couteau, d’une cuillère : un désordre artistique dont sa mère avait le secret.

Retrouver les repères de son enfance conforta soudain Ichigo dans sa décision de s’éloigner quelques jours. Il mangea de bon appétit et conversa avec sa mère le reste de la matinée.

L’après-midi, Ichigo monta dans sa chambre et sortit son portable, qu’il avait soigneusement éteint la veille au soir. Il l’alluma et trouva une vingtaine de messages, tous de Grimmjow… Qui d’autre, d’ailleurs ? songea Ichigo. Il composa le numéro de Grimmjow et fut surpris par la rapidité avec laquelle ce dernier décrocha.

« Ichigo ?

— Salut, Grim’.

— Où t’es ? » gronda son compagnon.

« — Ne me cherche pas…

— Attends ! Tu t’es barré de l’appart’ et je devrais pas t’chercher ? Tu m’prends pour qui ? » hurla Grimmjow.

Ichigo répondit, glacial :

« — Écoute-moi pour une fois. Je te demande de me laisser du temps…

— Pourquoi faire ? »

La respiration d’Ichigo était saccadée. Il était prêt à se rapprocher de Grimmjow mais ne voulait pas céder à un coup de tête.

« — Je voudrais réfléchir…

— À quoi ?

— À nous…

— Nous ? Mais on va se marier et…

— Justement… je ne suis plus sûr…

— Pourquoi tu t’es barré hier ? »

Ichigo prit une profonde inspiration. Il s’assit sur le bord de son lit, une main enfouie dans sa masse de cheveux roux, et déclara calmement :

« — Tu ne semblais pas avoir besoin de moi, hier…

— On est sortis tous les deux.

— Et tu as préféré terminer avec tes amis… Apparemment, tu en as beaucoup… et depuis longtemps, » déclara Ichigo, amer. « J’ai eu l’impression de découvrir un pan de ta vie…

— Raconte pas n’importe quoi ! Tout le monde a des amis et…

— Sauf moi ! » reprit froidement Ichigo. « Pourquoi ?

— Rentre ! On va en discuter tous les deux…

— Pas question ! Je te passe ce coup de fil simplement pour te prévenir : je ne rentrerai pas tout de suite, et je refuse de discuter avec toi tant que je ne vois pas clair en moi.

— Qu’est-ce qui te passe par la tête ? T’es devenu une fille ? » ironisa l’entrepreneur.

« — Tu as besoin de me rabaisser ? » grinça des dents Ichigo.

« — Tu déconnes, là ! Je veux te parler ! » insista Grimmjow.

« — Pas question ! Pourquoi tu ne veux pas me laisser respirer ? » demanda Ichigo, énervé, à bout de nerfs.

Un long silence s’ensuivit. Grimmjow annonça d’une voix crispée :

« Très bien… Fais comme tu l’veux ! Mais compte pas t’en tirer comme ça !

— Gr… »

La communication fut coupée abruptement. Ichigo resta un long moment à fixer son portable, puis le referma d’un geste sec. Une foule d’émotions l’étreignit, implacablement. Il bascula sur son lit et ferma les yeux, l’avant-bras recouvrant son visage pour éviter que la pièce silencieuse ne découvre les larmes qui perlaient au coin de ses yeux.

Vingt-quatre ans qu’ils se connaissaient… dont vingt-et-un ans en couple. Ichigo faisait rouler le chiffre dans sa tête. Cela devait-il se finir ainsi ? Son regard tomba sur l’horloge et il sursauta : son rendez-vous avec Nnoitra… Il attrapa son téléphone et composa le numéro de l’étudiant. Ce dernier décrocha rapidement, contrarié.

« Ouaih !

— C’est… Kurosaki Ichigo…

— J’vous attends !

— Je… je ne viendrai pas…

— Putain ! Vous auriez pu me le dire avant ! J’vous attends depuis un quart d’heure !

— Je suis désolé. Je vous ferai un chèque en compensation…

— Pas besoin… » marmonna Nnoitra. « J’suppose que vous viendrez plus ?

— Si j’insiste ! Et… non… je n’irai plus à vos cours…

— Vous abandonnez ? Ça va être difficile pour votre lune de miel… » se moqua Nnoitra.

« — Il n’y a plus… enfin, cela ne concerne que moi, » se reprit Ichigo.

« — Oh ? Y’a de l’eau dans le gaz entre vous et votre moitié ?

— Tout va très bien… entre nous. » Ichigo affermit son ton sur la fin de sa phrase. « Mais je ne souhaite plus prendre de cours de piscine auprès de vous…

— Moi ? Ou n’importe qui d’autre ?

— Non… Je ne souhaite plus apprendre à nager, c’est tout ! » affirma Ichigo.

« — Ok ! Quand aurai-je mon chèque ?

— Je peux vous l’envoyer ?

— Pas de problème… Vous avez de quoi noter ?

— Hai… »

Ichigo se déplaça dans sa chambre et prit note de l’adresse du jeune homme. Après un bref salut, le roux raccrocha. Il resta longtemps à observer son portable et fronça les sourcils. Le seul contact extérieur, à part Grimmjow. Il constata qu’il avait besoin d’air. Après avoir fouillé son placard, il jeta son dévolu sur une veste et se précipita dehors.

°°0°0°°

La brise soulevait doucement les feuilles des branches du parc et c’est avec un certain sourire qu’Ichigo rejoignit Chad. Ce dernier se leva de son banc en voyant son ancien ami arriver de loin. Ils se saluèrent chaleureusement.

« T’as pas changé, Sado !

— Toi… un peu… »

Chad se retint de dire qu’il trouvait Ichigo complètement différent d’il y a quelques années, mais s’abstint de tout commentaire éloquent. Ichigo eut un demi-sourire ironique, ce qui prouva au Mexicain que le roux n’était pas dupe de ses paroles.

« J’suis désolé de t’avoir interrompu tout à l’heure… mais j’étais tellement content de te revoir…

— J’ai été très surpris, moi-même. Depuis tout ce temps…

— J’ch’suis content que tu aies accepté mon invitation.

— Content que tu parles à nouveau… » répondit le Mexicain, très ému malgré son manque d’expression extérieur.

« — C’était si… terrible ? » grimaça Ichigo.

— …

« — Je vois… »

Sans rien ajouter, Chad posa ses lunettes de soleil sur son nez et entreprit de remonter le parc, accompagné d’Ichigo. Ils remontaient l’allée principale en silence, se dirigeant vers un magasin de musique tenu par Renji, un autre pote de leur adolescence.

« Il va être content de te voir… » déclara Chad brutalement.

Ichigo sourit et hocha la tête.

« Renji va certainement te demander de revenir dans le groupe…

— Vous avez dû trouver un bon bassiste depuis le temps, » dit Ichigo en regardant Chad du coin de l’œil.

« — Oh… en fait, on change assez souvent. On nous dépanne… la plupart du temps.

— Ah… »

Ils se trouvaient maintenant dans une des rues principales de la ville. Ils remontèrent l’avenue pour s’enfoncer dans une rue piétonne très fréquentée. Ils n’avaient nul besoin de discuter. C’était une évidence : ils étaient toujours amis, malgré la longue interruption d’Ichigo dans leur relation.

Chad n’avait pas besoin de détails et il s’en moquait. Il était trop heureux de retrouver Ichigo après toutes ces années de silence. Il trouvait dommage l’attitude de Grimmjow vis-à-vis d’Ichigo. Sa jalousie maladive n’apportait que du malheur dans la vie du roux. Mais, aussi loin que ses souvenirs se portent, Grimmjow aimait Ichigo d’un amour irraisonné… au point de pouvoir briser le seul homme qui compte dans sa vie.

La foule était assez dense dans la rue. Normal : le samedi était toujours bondé, quelle que soit la ville où l’on se trouvait. Ichigo joua presque des coudes pour arriver devant la boutique tenue par Renji. Il s’arrêta quelques secondes, admirant la vitrine soigneusement entretenue. Le tintement de la sonnette le fit tourner la tête : Chad passait la porte et Ichigo lui emboîta le pas.

L’air frais de la pièce fut le bienvenu. Ichigo ne s’était pas attendu à une telle chaleur en cette fin avril. Ses yeux s’habituèrent à la luminosité un peu plus sombre qu’à l’extérieur. Et il vit… Renji ! Ce dernier était accoudé au comptoir de la caisse. Un peu plus de tatouages qu’à l’adolescence, plus grand et musclé aussi, il était d’une beauté à couper le souffle.

Le sourire chaleureux qu’il adressait à sa future cliente lui fit recourber les commissures des lèvres. Apparemment, Renji n’allait pas tarder à vendre une Fender Mustang… Ichigo se raidit : il reconnut la guitariste et haussa un sourcil. Renji avait donc réussi à réaliser son rêve : faire côtoyer sa boutique par des artistes reconnus ? Lentement, Ichigo fit le tour du magasin, attendant la fin de la transaction. Chad était au fond de la boutique, sortant quelques pièces et les feuilletant avec attention.

Les yeux d’Ichigo s’arrêtèrent sur une Gibson Thunderbird. Les doigts de l’ancien musicien frôlèrent la carcasse de l’instrument. Il sursauta quand une voix, tout près de son oreille, murmura :

« Tu peux la prendre en main… elle te bouffera pas ! »

Ichigo ne se retourna pas et se contenta d’un sourire. Il attrapa l’instrument avec révérence et le glissa entre ses bras.

« Ça te fait quoi, Ichi, de la prendre en main ?

— La même chose qu’il y a vingt ans… » souffla Ichigo.

Le roux leva la tête pour enfin rencontrer le regard rouge de Renji. Celui-ci le fixait, incrédule, comme s’il n’arrivait toujours pas à croire à l’apparition qui s’était matérialisée dans son magasin.

« Chad t’a recruté ? Comment t’as échappé à Grimmjow ? Et comment ça se fait que ce soit Chad avec qui tu viennes ?

— T’as toujours été un crétin, ou c’est parce que je suis revenu que tu fais des efforts ?

— La ferme ! Tu la prends ou pas ? » demanda soudain Renji.

« — T’es dingue ! J’n’ai pas joué depuis… une dizaine d’années… ou peut-être un peu moins…

— C’est comme le vélo… et t’étais foutrement bon… Ichi… »

Ichigo eut un sourire carnassier et secoua la tête. Il reposa avec révérence le bel instrument et observa son ami.

« T’es là pour combien de temps avant que l’ogre se ramène ? »

Ichigo fronça les sourcils en entendant Grimmjow se faire malmener. Ça le touchait plus qu’il ne le pensait. Renji s’en aperçut et reprit, sombrement :

« Écoute, j’ch’suis super content de te voir… mais la dernière fois que nous nous sommes vus… il a cassé mon matos. Mon père était fou, d’ailleurs… toutes mes économies…

— J’t’l’paye, si tu veux…

— Non ! Il a payé… Si t’es là, j’suppose que t’as rompu avec lui… enfin ! »

Renji était visiblement soulagé. Ichigo était mal à l’aise, mais il affronta le regard de son ami sans broncher.

« — C’est juste un break…

— Quand on fait un break dans un couple… c’n’est pas bon, généralement ! T’en as marre de sa possessivité ?

— Oui… » avoua Ichigo.

« — C’n’est pas trop tôt… » rétorqua Renji, le regardant intensément.

Chad s’était joint à eux et écoutait en silence la conversation. Renji eut un pauvre sourire puis, tapant dans le dos d’Ichigo, déclara :

« Tu nous accompagnes samedi ? »

Ichigo observa Renji sans comprendre. Ce fut Chad qui répondit.

« On donne un petit concert dans un café…

— T’es sourd ? J’n’ai pas touché une basse depuis… un bail !

— Tu t’entraînes… La Gib’ t’fait un clin d’œil, d’ailleurs… » sourit Renji.

« — Ne raconte pas de conneries ! »

Ichigo se tourna vers la vitrine et observa la nacre de la basse. Au fond de lui, il avait terriblement envie de jouer mais pas devant un public. Juste pour lui… se souvenir… ou quelque chose du genre. Rattraper une jeunesse perdue, en quelque sorte. Il songea au studio que son père avait aménagé pour lui lorsqu’il était adolescent. Il pourrait répéter dans son petit local… Quoiqu’il devait être, à présent, encombré par autre chose que du matériel de musique.

« Y’aura aussi Ikkaku, tu sais… »

Le jeune homme haussa les épaules et observa Chad et Renji avec un intérêt soudain.

« Il devient quoi, lui ?

— Marié, deux gamins et assureur ! »

Ichigo éclata de rire et voyait très mal Ikkaku en assureur… Garde du corps aurait mieux convenu ! Les yeux d’Ichigo tombèrent une nouvelle fois sur la Gibson et, d’un mouvement, il saisit la basse et demanda :

« Tu m’en ferais un bon prix ? »

Renji sourit et hocha la tête.

« Viens l’essayer d’abord !

— Hai ! »

Les trois hommes s’éloignèrent de la vitrine et se rendirent au fond du magasin. Chad attrapa Renji par l’épaule. Quand il capta ses yeux rouges, Chad désigna du pouce les clients qui attendaient devant la caisse.

« Merde ! » jura Renji. « Faut toujours des empêcheurs de tourner en rond !

— C’est ton boulot, et c’est toi le patron, » rétorqua Chad calmement.

Renji s’éloigna et Chad attrapa le tabouret en face d’Ichigo, qui s’installait avec sa basse. Le roux fit courir ses doigts sur le manche, puis sur les cordes. Son autre bras reposait sur le châssis de la Gibson. Les doigts d’Ichigo ne bougeaient pas. La pose était toujours la même, constata Chad sans sourire. Son cœur battait plus fort, comme si le temps s’était contracté sur lui-même, lui faisant oublier les presque quinze ans pendant lesquels ils ne s’étaient pas vus.

« C’est pas en jouant dans le vide que tu en connaîtras la sonorité, Ichi… » se moqua Renji depuis son comptoir.

« — La ferme ! Laisse-moi reprendre mes repères… »

La voix d’Ichigo n’était plus qu’un murmure. Il pinça les cordes de la Gibson et joua un morceau qui lui passait par la tête. Il avait perdu en dextérité ; ses mains étaient raides. Il était lent, voire poussif… Mais le plaisir était au rendez-vous. Une profonde émotion l’étreignit, comme une vague se brisant sur la grève. Un sentiment de liberté… un goût d’aventure qui l’avait quitté, il y a bien des années.

« Tu manques de pratique, c’est sûr… mais je suis certain que tu pourrais rapidement rejouer comme avant…

— Raconte pas n’importe quoi, Renji… mais je la veux !

— T’as bien fait de me l’amener, Chad ! »

Chad haussa les épaules, indifférent. Il se foutait du commerce de Renji. Il avait vu l’émotion que ce bref morceau avait soulevée dans les yeux ambrés, si expressifs, d’Ichigo.

Plus d’une heure plus tard, Ichigo sortait du magasin de Renji avec Chad, une Gibson au bras. Un coup de folie comme il n’en avait pas fait depuis bien des années.

Les deux hommes échouèrent dans un bar, bientôt rejoints par Renji et… Ikkaku.

« Putain ! Il t’en a fallu du temps pour te détacher de ce connard ! » s’écria Ikkaku.

« — C’était mon choix, Ikkaku…

— Ouaih ! Alors t’as une Gib’ ? C’est Renji qui a vendu la mèche…

— … Regarde… »

Ikkaku tourna son visage vers l’instrument caché par une housse. Un sourire se forma sur ses lèvres.

« Donc, tu reviens parmi nous ?

— Non, » répondit Ichigo, le cœur battant tout de même un peu plus vite.

« — Alors pourquoi ? » fit Ikkaku en haussant les sourcils, étonné.

« — C’est juste pour me faire plaisir…

— À 190 000 yens ? » siffla son ami.

« — La ferme, Ikkaku ! Il pourrait s’en souvenir et me demander un avoir ! » rétorqua Renji, qui avala une gorgée de bière. « Il a payé comptant !

— Il ne peut plus rien te réclamer…

— Ch’suis son ami, abruti !

— En affaire, y’a pas d’ami, Renji ! » rétorqua Ikkaku avec un sourire carnassier.

« — Parle pour toi… t’es assureur et les assureurs, ils n’ont pas de cœur…

— Si, on en a un… quand le client signe ! Tu vois, dans ma pauvre cage thoracique, mon cœur, il fait boum, boum, boum en imaginant les yens qui vont tomber en fin de mois sur ma fiche de paye ! »

Ikkaku avait la main posée sur son cœur, une mine pitoyable vite remplacée par un air de requin. Ichigo avala sa bière et sourit. Il écoutait avec plaisir ses amis se chamailler comme des gamins.

Sa vie venait de prendre un tournant complètement inattendu. Quelque chose en lui renaissait. Mais quoi qu’il arrive, il devrait affronter Grimmjow et, là, il s’aperçut combien son compagnon l’effrayait. Son cœur se serra à cette idée. Être enfermé, il ne pourrait plus… non, c’était impossible.

°°0°0°°

Bien plus tard dans la soirée, Ichigo regagna la clinique de son père. Son sourire ne quittait pas ses lèvres. Renji avait fait avouer à Ikkaku qu’il se faisait mener par le bout du nez par sa femme. La sœur d’Asano ! Ichigo s’était retenu de rire en imaginant la bouillante sœur de Kiego sur le dos de Madarame.

Et puis, il échafaudait des plans pour occuper à nouveau le sous-sol de la clinique. Il demanderait certainement à Isshin de débarrasser son petit local.

Ichigo marchait d’un bon pas mais ralentit en approchant de la clinique. À sa surprise, la maison était sombre. Aucune lumière n’éclairait une quelconque fenêtre. Il voulut ouvrir la porte : elle était fermée. Inexplicablement, le cœur d’Ichigo se mit à tambouriner dans sa poitrine. Sa mère était toujours à la maison, comme son père. S’ils avaient eu un rendez-vous, ils auraient prévenu… Quoique… il était un imbécile, sourit Ichigo. Ses parents avaient un train de vie différent depuis que leurs enfants avaient quitté le foyer.

Ichigo sortit son trousseau de clefs et entra. Il alluma la lumière du couloir et se dirigea vers la cuisine. Il remonta la sangle de la housse qui glissait de son épaule. En appuyant sur l’interrupteur, la lumière inonda la pièce, et la première chose que vit Ichigo fut le bout de papier sur la table. Fronçant les sourcils, le roux se déplaça rapidement pour lire le message.

« Papa a été emmené d’urgence à l’hôpital d’Ishida-san… J’ai rien dit à tes sœurs… Ne t’inquiète pas… Nous devrions rentrer ce soir ! »

Ichigo poussa la manche de sa chemise et jeta un œil à sa montre. Il était presque vingt-deux heures. Ce soir ? Vu l’heure, ce serait étonnant. Il posa sa Gibson dans un coin de la pièce et attrapa son portable pour avoir les renseignements téléphoniques. Son cœur cognait lourdement. Qu’était-il arrivé à Isshin ? C’était un roc et, la veille au soir, il pétait le feu.

Le son de la voix de l’opératrice se fit entendre… tout comme la voix de Grimmjow derrière lui. Surpris, Ichigo se tourna vers ce dernier en fronçant les sourcils.

« J’savais bien qu’l’vieux me mentait… T’es rentré au bercail ! »


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)