Drown me in you 5

Ichigo se dirigea vers la bibliothèque du campus, réservée aux départements de chimie. Il espérait qu’Hirako-san lui ficherait la paix. Mais il ne devait pas trop compter dessus, c’était certain. Inconsciemment, Ichigo scruta la foule d’étudiants qu’il croisait, sans apercevoir la haute silhouette de Nnoitra Jiruga, qui l’avait abordé le vendredi soir. Peut-être ne faisait-il pas partie de ce département, après tout…

Le roux traversa la cour et, quelques minutes plus tard, poussa les portes vitrées du bâtiment moderne. Ichigo salua le personnel de la réception. Inoue rougit. Il la soupçonnait d’être tombée amoureuse de lui. Cela ne provoquait en lui aucune émotion particulière. En réalité, le bibliothécaire se demandait s’il avait eu une vie sentimentale ces dernières années. Rien ! Il ne se souvenait de rien, et tout le monde évitait le sujet. C’était exaspérant, et même plus que cela.

Il avait beau fouiller chez ses parents, dans sa mémoire… partout où c’était possible… rien ! Était-il vierge ? Non… il ne pensait pas cela possible. Après un énième soupir, Ichigo monta l’escalier principal et se dirigea vers ses quartiers, au premier étage.

À peine avait-il franchi le seuil que la voix d’Hirako joua avec ses nerfs.

« Kurosaki-san… vous voilà enfin ! Vous…

— Que puis-je pour vous, Hirako-san ?

— Vous êtes en retard ! »

Ichigo baissa les yeux sur sa montre et constata qu’il n’avait que deux minutes de retard. Il soupira doucement et demanda au scientifique, d’une voix sereine :

« Qu’y a-t-il de si urgent que deux minutes ne puissent attendre ? »

Hirako se déplaça pour se poster devant Ichigo, un sourire en coin aux lèvres. Le bibliothécaire observa la silhouette gracile du scientifique. Sa frange de cheveux lui cachait en partie le visage, et son sourire omniprésent empêchait quiconque de deviner le fond de sa pensée.

« Votre absence… »

Ichigo haussa un sourcil, surpris, et le fixa, incrédule.

« Vous ne trouvez pas que vous y allez un peu fort ?

— Vous êtes plutôt lent… Kurosaki-san, n’est-ce pas ?

— Lent ?

— Tss ! J’imagine que je dois vous faire un dessin ?

— Arrêtez de vous adresser à moi comme si j’étais un demeuré ! Maintenant, je vais vraiment être en retard, alors excusez-moi. Si vous avez besoin de quelque chose… venez me voir à mon bureau… Sur ce… bonne journée, Hirako-san ! »

Ichigo quitta le blond, qui soupira. Conquérir le bibliothécaire allait être bien plus compliqué qu’il ne l’avait pensé. Mais, quelque part, c’était beaucoup plus excitant ainsi. Kurosaki l’intriguait, et il était incroyablement sexy. Il finirait bien par craquer ! Il savait qu’il n’avait personne… Shinji se chargerait de remplir sa vie.

Ichigo salua Hanataru d’un vague signe de la main. Le petit bibliothécaire avec lequel il travaillait se joignit à lui, compatissant, une tasse de thé fumante à la main. Il la lui tendit et déclara :

« Hirako-san est encore venu vous embêter, Kurosaki-san ?

— Si seulement il pouvait m’oublier ! » soupira Ichigo. « Je n’avance pas, par sa faute, dans mon travail d’archivage.

— Je comprends… Hirako-sensei en fait… toujours trop… parfois… » tenta d’expliquer Yamada, qui ne savait pas comment présenter les choses.

— Dans mon cas, c’est assez souvent ! Qu’est-ce que je lui ai fait, à la fin ? » grogna Ichigo.

« — Vous lui plaisez… vu la manière dont il vous regarde… » souffla Hanataru sur le ton de la confidence.

« — Pardon ? »

Le cœur d’Ichigo se mit à battre brutalement. Jamais il n’avait songé qu’il puisse plaire à un homme. C’était… impossible ! Ses mains se mirent à trembler, et c’est un peu brutalement qu’Ichigo posa sa tasse. Il était hors de question qu’un homme l’approche ! Fermant son esprit à quelque chose qui ressemblait visiblement à un mauvais souvenir, Ichigo quitta les lieux et se dirigea vers la salle du fond où se trouvaient tous les documents qu’il devait scanner.

Sans attendre, il se mit au travail. La matinée fut courte pour Ichigo. Il fut surpris de voir Hanataru près de lui. Voyant l’interrogation se peindre sur ses traits, Yamada esquissa un petit sourire et annonça joyeusement :

« C’est la pause déjeuner… Kurosaki-san, voulez-vous partager votre repas avec moi ?

— Bien sûr ! Mais je n’ai rien apporté à manger pour moi, ce midi…

— Oh… nous pouvons partager ! Ma femme en fait toujours de trop, de toute façon…

— Vous êtes marié, Yamada-san ?

— Oui… depuis quelques mois seulement… » avoua en rougissant Hanataru.

Ichigo sourit en voyant l’air gêné du bibliothécaire timide. Quelque chose, au fond de lui, se sentit interpellé et, inconsciemment, il baissa les yeux sur ses mains, où ne brillait aucune alliance. Avait-il eu quelqu’un d’important ? Non… il ne le pensait pas. Après tout, s’il avait eu quelqu’un d’important dans sa vie, il s’en souviendrait… On n’oubliait pas les personnes que l’on aimait…

« Vous avez quelqu’un, vous aussi, Kurosaki-san ?

— Non ! » répondit Ichigo sans hésitation.

— Vraiment ? Pas de petite amie ? Un flirt ? Euh… pardon, je me mêle de ce qui ne me regarde pas…

— Non, je n’ai personne ! Peut-être bientôt… qui sait… » répondit le roux avec un sourire.

— Je l’espère pour vous… c’est formidable, vous savez… »

Ichigo éclata de rire et répondit, taquin :

« Vous voir si heureux, ça donnerait envie, Yamada-san !

— Si Momo vous entendait… elle serait contente, je crois… »

Les deux hommes s’installèrent bientôt dans la salle du personnel et déballèrent le bento artistiquement préparé par « Momo ». Ichigo félicita Hanataru : les plateaux avaient l’air tout bonnement délicieux.

« C’est une excellente cuisinière, en tout cas ! »

Le bibliothécaire rougit et hocha la tête.

« Oh… elle est aussi une femme d’action ! J’avoue ne pas comprendre son métier ni pourquoi elle a choisi celui-là plutôt qu’un autre… » Hanataru se pencha en avant et souffla sur le ton de la confidence : « Mais elle peut être terrible, parfois !

— Quel est son métier ? » interrogea, curieux, Ichigo, qui visualisait très mal le type de femme qu’Hanataru pouvait épouser. Une femme effacée, certainement.

— Elle est garde du corps ! »

Ichigo faillit s’étouffer avec son onigiri. Une image se forma dans sa tête : un musclor féminin, maquillé, rougissant… Il secoua la tête pour effacer cette vision d’horreur. Ichigo songea qu’il avait vraiment trop d’imagination. Il reporta son attention sur Hanataru, qui finissait tranquillement sa bouchée.

« Ce n’est pas trop dangereux pour une femme ?

— Oh, Momo s’en tire très bien ! Et puis, comme elle passe relativement inaperçue, vu sa taille, je ne m’inquiète pas trop. En fait, Momo est capable de me mettre KO en un coup !

— Ah… impressionnant… » murmura Ichigo, pas convaincu.

Qui, en effet, n’arriverait pas à mettre Hanataru Yamada KO en un seul coup ? Ichigo était sûr que le jeune homme pouvait se mettre KO tout seul… et sans se forcer… Ne voulant pas vexer son nouvel ami, Ichigo n’ajouta rien.

En sortant du local, Ichigo percuta un étudiant qui s’arrêta brutalement devant lui. Le bibliothécaire faillit partir à la renverse, si ce n’est une main ferme qui lui enserra le poignet pour l’empêcher de tomber. Ichigo releva la tête et voulut remercier son « sauveur ». Ses mots moururent sur ses lèvres.

« Mer…. »

Nnoitra fixa Ichigo d’un regard de glace. Un autre étudiant, à côté de lui, l’interpella :

« Jiruga… ramène-toi ! On n’a pas beaucoup de temps pour nos recherches…

— J’arrive ! »

Nnoitra se détourna. Ichigo voulut l’interpeller, mais la voix d’Hanataru souffla :

« Non… ne lui parlez pas ! Il est flippant, ce type ! C’est le major de sa promo en chimie, et il est le fils d’un type très, très riche… mais, sincèrement… il est effrayant… »

Ichigo ne l’écouta pas. Il traversa le couloir pour rattraper Nnoitra et l’appela :

« Nnoitra-kun… »

L’étudiant tourna le visage, visiblement agacé.

« Je voulais vous remercier pour tout à l’heure et… je voulais vous poser une question. »

Nnoitra observa un instant le bibliothécaire, surpris. Que lui voulait-il, à présent ? Ce type était vraiment bizarre… Mais, en même temps, lorsqu’il croisait son regard… plus rien d’autre n’existait.

« Je… je ne me souviens plus de vous… car j’ai tout oublié de mon passé. Je suis amnésique… Je n’ai pas voulu vous vexer. Je… Vous avez l’air de me connaître, et il y a certaines choses qui m’échappent. Pourrions-nous discuter après les cours, un soir, Nnoitra-kun ?

— Vous êtes amnésique ? » Nnoitra fixait à présent Ichigo, stupéfait.

— Hai ! J’ai eu… un accident. Je ne m’en rappelle plus très bien, en fait. Et j’essaie de me souvenir de mon passé… mais sans succès. »

Nnoitra hésita. Le visage visiblement déçu de l’homme l’émut et, finalement, il déclara d’une voix dédaigneuse :

« Pourquoi vous ne demandez pas à votre copain…

— Mon copain ?

— Ouaih… Jaggerjack Grimmjow… vous étiez fiancés, il devrait pouvoir vous éclairer ! J’vous laisse ! Bye ! »

Ichigo eut l’impression que ses chaussures venaient d’être coulées dans le béton. Il avait un copain et il était fiancé ? Il aimait les hommes ? Hanataru vint se poster près d’Ichigo.

« Vous ne devriez pas écouter ses mensonges… »

Le roux fut incapable de répondre. Il fouilla dans sa mémoire : le nom lui était familier… mais il ne savait plus. Jamais il n’avait été aussi perdu de toute sa vie. Ébranlé, Ichigo regagna sa pièce et continua son travail. Contrairement à la matinée, l’après-midi traîna en longueur. Hirako-sensei vint le rejoindre.

« Oï ! Kurosaki-san… j’ai besoin de votre aide… » Sa voix mourut sur ses lèvres. Il reprit : « Non… c’est vous qui avez besoin d’aide, apparemment. »

Hirako observa le profil du bibliothécaire, qui sursauta quand il posa la main sur son épaule. Son expression dégoûtée, Shinji la prit comme une gifle. Il n’était pas gay, alors qu’il avait cru le contraire ? Ichigo se reprit. Il se rendit compte, à la tête du professeur, qu’il venait de le froisser.

« Je suis désolé… excusez-moi… je ne me sens pas bien !

— Allez à l’infirmerie, alors ! Inutile de nous causer des soucis inutiles !

— Vous aviez besoin de quelque chose ?

— Non. Je me débrouillerai tout seul, sans problème. »

Shinji quitta la pièce et se perdit dans les rayonnages de la bibliothèque.

Son cerveau cherchait désespérément un indice, une information… quelque chose. Ichigo avait besoin de savoir ! Il s’aperçut que c’était très important pour lui.

Lorsqu’enfin Ichigo put quitter son travail, il se précipita dehors et prit son téléphone. Il composa le numéro de Renji : il devait savoir ! Quand ce dernier décrocha, Ichigo attaqua immédiatement :

« Connais-tu Grimmjow Jaggerjack ? »

Seul le silence lui répondit. Ichigo sentit en lui une colère sourde monter. Pourquoi ce silence ?

« Pourquoi tu ne m’as rien dit ?

— Ton père ne voulait pas que tu saches ! Et moi, je ne voulais pas que tu revoies ce salaud ! C’était aussi bien que tu l’oublies ! » déclara froidement Renji.

— Merde ! Et moi… vous y avez pensé, à moi ?

— Tout le temps, Ichi… » souffla Renji. « On a assisté, impuissants, à ta descente en enfer… Nous voulons te protéger.

— Mais vous auriez pu le dire ! Ne serait-ce que pour m’éviter un choc !

— Tu l’as revu ? » interrogea Renji, faussement calme.

— Qui ?

— Jaggerjack ?

— Non ! » rétorqua sèchement Ichigo.

— Alors comment as-tu su ? » s’étonna Renji.

— Ça ne te regarde pas ! Où habite Jaggerjack-san ?

— Là, aucune idée… et même si je savais…

— Très bien ! Je me débrouillerai seul !

— Pense à tes parents…

— Laisse tomber, Renji… ça ne prend pas avec moi ! »

Ichigo traversa le campus très rapidement pour se retrouver, une nouvelle fois, nez à nez avec Nnoitra. Il n’avait jamais vu ce type durant les deux premiers mois de son travail et, maintenant, il ne cessait de le croiser. Ce dernier l’observa aussi, surpris. Ichigo se dit qu’il s’agissait d’un signe du destin ! Il se dirigea droit sur lui.

« Nnoitra-kun… connaissez-vous mon ancienne adresse, par hasard ?

— Eh, Nnoitra… c’est qui, ce type ? T’l’connais ? N’oublie pas qu’on doit terminer notre rapport et…

— Ta gueule, Szayel… » Fixant Ichigo, Jiruga répondit : « Non… on s’était donné rendez-vous dans un café…

— Ah… dommage… » souffla, désappointé, Ichigo. « Excusez-moi de vous avoir encore une fois dérangé. »

Ichigo s’éloigna rapidement, mais une main s’abattit sur son épaule. Surpris, il tourna la tête vers Nnoitra, qui le dévisageait, sombrement.

« J’ai votre adresse.

— Mais, vous venez de dire que…

— J’pensais que vous me cuisineriez… »

Ichigo soupira et scruta le visage de l’étudiant, qui faisait un effort pour paraître calme. Devant son silence, Ichigo relança :

« Je suppose que le renseignement ne sera pas gratuit ?

— Ouaih…

— Combien ?

— Combien ? » répéta Nnoitra, sans comprendre. Puis il se reprit et déclara sèchement : « Vous me prenez pour qui ? Non, je veux juste boire un verre avec vous.

— Mais je t’ai déjà proposé de te voir après les cours…

— Pas ça… comme… un rendez-vous ! »

Les yeux ambrés fouillèrent les yeux noirs de Nnoitra. Il n’y avait ni moquerie ni malice. Il semblait même tendu. Apparemment, il ne tendait pas souvent ce genre de piège. Ichigo soupira et secoua la tête. Il n’allait pas se laisser mener par le bout du nez par un élève !

« Non, je regrette. Je ne prends pas de rendez-vous avec des hommes plus jeunes que moi… vraiment plus jeunes que moi…

— Ça m’gêne pas que vous soyez plus âgé ! » protesta Nnoitra, en fronçant les sourcils.

— Quand je parlais de nous voir après les cours, c’était juste à la cafétéria… pas d’un rendez-vous extérieur. Je regrette, Nnoitra-kun !

— Si vous changez d’avis, vous saurez me retrouver ! » affirma l’étudiant, bravache.

— Mais oui, mais oui… » répondit Ichigo, qui quitta les lieux pour rentrer chez lui.

Ichigo se morigéna d’avoir cédé à son coup de tête. S’il avait su que le jeune homme en profiterait pour lui proposer un vrai rendez-vous, il ne serait pas allé vers lui. Ichigo monta l’escalier pour gagner son appartement et prit, fébrilement, ses clefs dans la poche de son pantalon.

Une fois à l’intérieur, il se dirigea vers sa chambre où se trouvaient son bureau et, surtout, son ordinateur. Immédiatement, il chercha le nom de Grimmjow Jaggerjack. Il ne trouva pas d’adresse de particulier… mais une entreprise de travaux publics à ce nom. Se pouvait-il… ? Ichigo fouilla le site de présentation et trouva le nom du PDG… il s’appelait Grimmjow Jaggerjack.

Ichigo, sans réfléchir, tira son portable et le posa sur son bureau. Que devait-il lui dire ? Et faire ? Mais… qui ne tente rien n’a rien ! Sans plus tergiverser, Ichigo composa le numéro et tomba sur une voix grave, un peu bourrue.

« Jaggerjack Grimmjow… »

Le cœur d’Ichigo bondit dans sa poitrine. Cette voix… Devant le silence, la voix reprit :

« — Oi ! J’ai autre chose à foutre que d’subir les plaisanteries à la con !

— Jaggerjack-san… » fit Ichigo, hésitant.

Un silence de plomb lui répondit. Les mains d’Ichigo se mirent à trembler. Il se racla la gorge et continua :

« Je m’excuse de vous déranger… mais je voudrais vous rencontrer !

— Pour un rendez-vous, veuillez vous adresser à ma secrétaire ! » répondit sèchement son interlocuteur.

— Mais… nous nous connaissons… Je suis Ichigo Kurosaki ! » s’exclama le roux, pris au dépourvu.

« — Je n’vous connais pas, désolé… Maintenant, j’ai autre chose à fou… » rétorqua, indifférent, Jaggerjack.

« — Vous mentez ! » protesta vigoureusement Ichigo.

« — Écoutez-moi bien, Kurosaki-san ! Je n’vous connais pas ! Maintenant, allez emmerder quelqu’un d’autre ! »

Ichigo resta avec le téléphone collé à l’oreille, tandis qu’un bip, bip sourd résonnait dans sa tête. Une image fugace se forma dans son esprit… celle d’un homme incroyablement beau et sexy. Son cœur se mit à battre plus lourdement encore.

L’évidence s’imposa d’elle-même : Grimmjow Jaggerjack et lui se connaissaient. Un frisson remonta sa colonne vertébrale. Pourquoi refusait-il de le voir ? Le regard d’Ichigo se posa sur l’adresse de l’entreprise. Il irait y faire un tour en semaine. Il devait en avoir le cœur net ! Quelque chose s’était passé entre eux, et quelque chose de grave. Sinon, Jaggerjack ne l’aurait pas rejeté de cette façon. Mais Ichigo avait besoin de savoir. Ses parents ne lui fourniraient aucune explication, c’était évident.

Vu la réaction de Renji, ou même des autres… personne ne l’aiderait… Et Nnoitra Jiruga, que savait-il sur lui et Grimmjow ? Ichigo se pencha sur son ordinateur et commença à fouiller le site de l’université. Grâce à ses mots de passe, il entra dans l’administration et trouva la fiche de l’étudiant.

Étudiant de deuxième cycle de chimie, il avait pour professeur principal Hirako Shinji. Une grimace se forma sur le visage d’Ichigo. Il avait des résultats brillants. Nnoitra avait vingt-quatre ans, presque vingt-cinq… et venait de la ville de Sendai. Il était le fils d’un chef d’entreprise dans les industries chimiques et pharmaceutiques… Évidemment. Et l’une des plus importantes du Japon… Et… il ne logeait pas très loin du campus.

Ichigo nota son adresse. Il trouva également son numéro de portable. Ça pouvait toujours lui être utile. S’il fallait utiliser Nnoitra… si c’était juste un rendez-vous… cela ne le tuerait pas non plus. Ichigo s’arrangea avec sa conscience. Enfin, il essaierait de retrouver le jeune homme dans les couloirs ou sur le campus. Apparemment, il avait le don de tomber sur lui, ces derniers temps.

°°0°0°°

Grimmjow termina sa soirée au bar. Il avait besoin d’un remontant. Il s’installa sur l’un des hauts tabourets, et Hisagi vint vers lui.

« Ça n’a pas l’air d’aller ? Mauvaise journée ?

— Ouaih… on va dire ça comme ça… sers-moi un whisky ! »

Hisagi haussa un sourcil et s’exécuta sans rien dire. Il trouvait bizarre de voir Grimmjow arriver au bar un lundi. Personnellement, il en était ravi. Il aimait Grimmjow depuis des années… en silence. Il revint et posa le verre demandé devant l’entrepreneur, qui avait enfoui ses doigts dans ses cheveux avec nervosité. Il ne l’avait pas vu comme ça… depuis l’accident de son ex-compagnon.

« C’est Kurosaki-san… qui te perturbe encore ? »

Grimmjow sursauta. Entendre prononcer le nom de son ex-amant le terrassa. Il sortit son paquet de cigarettes pour fumer, mais Hisagi lui montra le panneau d’interdiction.

« Tu n’peux pas, Jaggerjack-san…

— Sois pas poli avec moi, Shouhei…

— Comme tu veux, mais y’a que lorsque j’suis poli qu’tu m’écoutes ! »

Grimmjow eut un petit sourire en coin.

« Si j’t’faisais l’amour, tu serais aussi poli ?

— Je serai tout ce que tu veux, Grimmjow… »

Grimmjow fixa Shouhei, incrédule. Voyant que le barman était très sérieux, Grimmjow déglutit péniblement.

« N’raconte pas de conneries… c’était pour plaisanter !

— Moi, non… Grimmjow, j’ai toujours voulu coucher avec toi !

— Coucher ? »

Le barman s’approcha, se pencha vers Grimmjow et lui déclara, droit dans les yeux :

« Tu as tellement Kurosaki dans la peau que tu ne te rends même pas compte de tous les hommes qui te tournent autour. Maintenant que tu as fait ton deuil de ton ex… moi… j’suis prêt à le remplacer, sans problème…

— Le deuil, tu dis ? »

Le ton amer renseigna tout de suite Hisagi sur la souffrance de Grimmjow. Il aimait toujours Ichigo Kurosaki à en crever. De toute façon, il le savait : l’avoir dans la peau comme Grimmjow l’avait dans la peau… ça ne partait pas en six mois. Pourtant, il était prêt à tout. Et c’est sans se démonter qu’il déclara :

« Grimmjow… c’est pas en restant tout seul que tu l’oublieras ! Tu sais très bien que tu ne pourras jamais recoller les morceaux… Moi, j’t’aime depuis des années. J’t’ai jamais rien dit, car je respectais tes sentiments pour Kurosaki. Mais il n’est plus là ! Tu comptes rester célibataire toute ta vie ?

— Non.

— Écoute… j’t’demande pas de m’aimer. Seulement de faire un p’tit bout de chemin ensemble. Si t’as envie de m’jeter parce que tu t’rends compte que ça va pas, tu me le fais savoir. Tout comme moi, je te le ferai savoir si tu m’emmerdes trop ! T’es quand même un chieur, Grimmjow…

— Connard !

— C’est bien c’que j’disais. Réfléchis… et tiens-moi au courant ! »

Hisagi s’éloigna calmement. Il sortit un instant, partit dans la réserve et se servit une petite flasque de saké, qu’il but d’un coup.

Merde ! C’était quoi, cette déclaration à la con ? Mais au moins, maintenant, Grimmjow était au courant.

Grimmjow resta immobile. Le fait d’avoir entendu la voix d’Ichigo l’avait bouleversé. Il lui avait fallu tout son self-control pour ne pas sauter de joie. Mais il avait fait la promesse à Isshin et… à lui-même : plus jamais il ne s’approcherait d’Ichigo. Leur vie ensemble était terminée. De toute façon, Ichigo souhaitait s’éloigner pour réfléchir…

Et puis, la vie sans Ichigo était très difficile, mais, en même temps… il était soulagé. Il n’avait plus ces angoisses qui le tenaillaient, à se demander si Ichigo serait là ou pas. S’il était heureux… malgré toutes ses demandes fantasques.

Il tuerait père et mère pour l’avoir dans ses bras et voir la passion s’allumer dans son regard… Mais Grimmjow était toxique pour Ichigo… et, sans Ichigo, Grimmjow revivait, autrement… Mais au moins, même s’il n’y avait plus de passion, plus d’amour… il se reconnaissait en tant qu’homme. Pourquoi Ichigo revenait-il dans sa vie ? Il avait réussi à se faire une raison, même si c’était bancal.

Grimmjow resta longtemps seul, accompagné par son unique verre. À la fin du service, il releva la tête et croisa le regard sombre de Shouhei. Il n’avait peut-être plus la passion et l’amour… mais la possibilité de recommencer sa vie sur un bon pied. Grimmjow esquissa un léger sourire, fit un signe à Hisagi et sortit.

Quelques minutes plus tard, le barman apparut à côté de lui. Grimmjow voulait tirer les choses au clair.

« Shouhei… je ne t’aime pas. Et je n’sais pas si je t’aimerai un jour… Mais si, malgré tout, tu veux bien m’accompagner pendant quelque temps…

— J’t’en demande pas plus…

— On est d’accord ! » sourit Grimmjow.

— Chez toi ou chez moi ? » demanda Shouhei, brutalement indécis.

— Chez moi ! » rétorqua fermement Grimmjow.

Plus vite il effacerait les souvenirs d’Ichigo par un autre dans son appartement… plus vite il reprendrait goût à la vie. Les deux hommes montèrent dans le véhicule de l’entrepreneur en silence. Grimmjow démarra la voiture, et quelque chose s’éteignait doucement au fond de lui alors qu’il regagnait son chez lui… non… Il jeta un coup d’œil à Shouhei, qui fixait l’extérieur. Non… leur chez eux !


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)