Drown me in you 4

L’ambiance dans la cuisine se tendit brutalement. Ichigo fronça les sourcils et son cœur se mit à battre sourdement. Un frisson glacé lui remonta la colonne vertébrale. Il observa Grimmjow calmement et demanda, avec le même flegme :

« Comment es-tu entré ?

— Par la porte… tu ne fermes jamais derrière toi ! ricana Grimmjow.

— Tu m’attendais ?

— Depuis quatre heures, en fait… au coin de la rue… Où t’étais passé ? J’ai cru que l’vieux avait raison, y a quelques minutes !

— Que veux-tu dire par… J’savais que l’vieux me mentait ?… Tu as vu mon père ? Ne me dis pas que tu as quelque chose à voir avec le fait qu’il soit à l’hôpital ? »

La voix d’Ichigo s’était faite plus agressive ; son cœur battait à tout rompre, entre colère, tristesse et cette envie meurtrière de frapper son ex-amant. Grimmjow s’appuya contre le mur, ses yeux bleus parcourant le corps du bibliothécaire. Ichigo plissa les yeux, agacé par ce silence pesant qui s’éternisait. Avant même qu’il ne s’en rende compte, il attrapa Grimmjow par les revers de sa veste et le plaqua contre le mur.

« Réponds-moi, connard ! gronda Ichigo entre ses dents.

— Il voulait pas m’dire où t’étais… » tenta Grimmjow pour se disculper.

— Tu l’as frappé ? Ichigo n’en croyait pas ses oreilles ; la colère monta, prête à tout balayer.

— J’y peux rien, c’est parti tout seul ! Il voulait pas que j’aille vérifier dans ta chambre… Il m’a retenu et j’ai pas support… »

Une formidable droite s’abattit sur la joue de Grimmjow. Sa tête cogna contre le mur. L’entrepreneur porta une main à sa bouche ; du sang s’insinua entre ses doigts. Relevant la tête, stupéfait, Grimmjow lâcha, incrédule :

« Tu m’as frappé ? Je t’ai jamais frappé…

— Tu étais à un cheveu de le faire, Grimm’, et là… tu as frappé mon père ! »

Le roux respirait par saccades. La rage déformait ses traits ; il se retenait, de peur de franchir la ligne et de vouloir tuer Grimmjow sous l’effet de l’excitation.

« Tu te rends compte ? reprit Ichigo, la voix brisée… tu as frappé mon père !

— Il l’a mérité ! rétorqua Grimmjow, furieux à son tour.

— Comment tu as réussi à l’avoir… Il est plus fort que toi !

— Peut-être pas ! » suggéra Grimmjow, avec un sourire cruel.

L’homme n’attendait qu’une chose : qu’Ichigo lui saute à nouveau dessus. Il aurait un prétexte pour lui rendre la pareille. Il ne supportait plus qu’Ichigo se pose en victime ; tout le monde prenait son parti. Grimmjow n’était pas fier pour Isshin… Jamais il ne se serait cru capable de ça.

Et, à sa grande satisfaction, Ichigo lui asséna un nouveau coup, qu’il encaissa. La voix d’Ichigo lui parvint, étouffée par la colère et le désespoir.

« Pourquoi ? Pourquoi ? » hurla Ichigo.

Grimmjow répondit d’un poing dans l’estomac de son amant. Quand le corps d’Ichigo se plia sous l’impact, Grimmjow eut l’impression de se blesser lui-même. Son cœur se déchira, mais, enlisé dans ses pensées contradictoires, dans la fureur qu’Ichigo ait pu le quitter et l’angoisse de le perdre, il lui porta un autre crochet à la mâchoire, envoyant son compagnon valser contre la table de la cuisine. Ichigo avait besoin d’une punition…

Quand la tête d’Ichigo heurta violemment le coin de la table et que cette dernière vola à travers la cuisine… Grimmjow sut que quelque chose de grave venait de se produire. Le corps inerte d’Ichigo sur le sol, et le sang qui se mit à couler en abondance, lui ôtèrent toute velléité de combat. Il se précipita en hurlant et saisit le corps d’Ichigo.

« Ichi… » souffla Grimmjow d’une voix qu’il ne se connaissait pas. « Ichi ! Ichi ! »

Mais Ichigo restait inconscient. La pâleur de sa peau fit craindre le pire à l’entrepreneur, qui sortit son portable et appela les secours. Il en bégayait presque… La peur de perdre son compagnon le paralysait. Une voix féminine lui demanda de rester calme, et il appliqua les conseils qu’on lui prodiguait, mécaniquement.

°°0°0°°

Isshin et Mazaki pâlirent en voyant une ambulance devant la clinique. Précipitamment, le médecin traversa la cour et se précipita à l’intérieur, Mazaki sur les talons. Ils ne s’étaient pas parlé, mais tous deux avaient senti le danger : un sixième sens, avertissant d’un malheur. Quand Isshin arriva dans la cuisine, l’agitation du personnel soignant l’empêcha de voir qui était au sol.

Puis il leva les yeux. En voyant Grimmjow, les vêtements maculés de sang, il sut… La rage l’étreignit, mais le sort de son fils l’inquiéta plus que tout. Isshin s’approcha et retint Mazaki à temps : elle allait se jeter sur le corps de leur enfant.

« Ichigo ! » hurla sa mère.

— Mazaki… calme-toi.

— S’il vous plaît, madame… » fit le médecin urgentiste. « Veuillez rester calme, nous faisons notre possible pour le sauver. Monsieur Kurosaki, occupez-vous de votre femme : nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir.

— Vous allez pouvoir le déplacer ? demanda Isshin d’une voix blanche.

— Nous ne pourrons pas le transférer. Nous allons utiliser l’équipement à disposition dans votre clinique. D’ailleurs… »

Le médecin demanda à Isshin de préparer une salle d’opération et précisa qu’un spécialiste arriverait bientôt. Isshin demanda à Mazaki de préparer une chambre pour leur fils. Moins d’un quart d’heure plus tard, un chirurgien apparut sur le pas de la porte. Isshin avait été gentiment écarté de l’opération ; son état ne lui permettait pas d’y assister.

En revenant rejoindre Mazaki, il revit Grimmjow. Prostré, en état de choc, il n’avait pas bougé depuis l’instant où Isshin l’avait aperçu en entrant. Isshin se dirigea vers l’ancien compagnon de son fils : pour lui, c’était terminé. Ichigo ne pouvait plus être avec un type aussi violent.

« Que s’est-il passé ? » demanda froidement le médecin.

Isshin faisait un effort surhumain pour ne pas envoyer son poing dans la figure de Grimmjow. Il ne pouvait pas. Son fils était entre la vie et la mort ; par respect, et de peur de précipiter son destin, Isshin rongea son frein.

« Je… je ne sais plus…

— Tu ne sais plus ? Que fais-tu chez moi ? Je t’avais dit tout à l’heure que tu n’étais plus le bienvenu… Après… ton attaque surprise… »

Grimmjow sursauta. Il se souvint brutalement, avec une acuité douloureuse, du coup qu’il avait asséné par-derrière au médecin. Ce dernier avait, quelques minutes plus tôt, bloqué l’une de ses attaques avec une facilité déconcertante et… il ne l’avait pas supporté. Comment ce type plus vieux, à l’air aussi jovial, avait-il pu contrecarrer l’un de ses coups les plus violents ?

« Je… je pouvais pas croire qu’il… ne soit pas ici… Il ne pouvait venir qu’ici…

— Grâce à toi, oui. Ichigo ne pouvait venir qu’ici ! Il n’a plus d’ami, il a failli ne plus avoir de famille…

— Isshin… » protesta Mazaki, à bout de nerfs. « S’il te plaît… Ichi… Ichigo est à côté… »

Isshin se détourna de Grimmjow, qui resta planté, bêtement. Isshin prit Mazaki dans ses bras. Les tremblements convulsifs de sa femme lui firent comprendre qu’elle était sous le choc. Il baissa les yeux pour croiser son regard et essaya d’avoir l’air rassurant.

« Ça va aller, Mazaki… Ichi est un battant ! »

Il tira doucement sa femme vers le salon et la fit asseoir sur le canapé. Il savait par quelles angoisses elle passait. Il connaissait ce regard-là, et il l’effrayait plus que n’importe quel autre. Isshin ne voulait plus que le malheur sonne à leur porte.

« Tu restes ici. J’arrive tout de suite, et je vais te donner quelque chose pour te détendre. »

Mazaki attrapa le pan de veste d’Isshin, alors qu’il allait partir. D’un regard suppliant, elle demanda, le souffle court :

« Tu me promets qu’il…

— Tout ira bien, Mazaki. Je reviens tout de suite… ne bouge pas ! »

Isshin disparut après un dernier sourire rassurant, qu’il perdit en entrant de nouveau dans la cuisine. L’air menaçant qu’il arborait fit sursauter Grimmjow, qui n’avait jamais vu Isshin aussi en colère.

« Toi… tu as assez fait de dégâts… tu sors !

— Je voudrais…

— Tu sors ! Tu es une menace pour ma famille. Si je te surprends à tourner autour d’Ichigo, de cette maison ou d’un membre de ma famille… je te tue. Est-ce que c’est clair ?

— Très clair… »

Grimmjow serra les poings. Il quitta enfin les lieux, suivi par Isshin, qui claqua la porte derrière lui. Quelques minutes plus tard, Isshin rejoignit Mazaki et lui donna un comprimé pour les nerfs. Il prit sa femme dans ses bras, et une interminable attente, faite d’angoisse, commença pour eux.

°°0°0°°

Isshin et Mazaki se relayèrent au chevet d’Ichigo. Renji, Ikkaku et Chad se rendirent à la clinique pour prendre des nouvelles du jeune homme. Mazaki les fit entrer avec un plaisir manifeste.

« Ça fait si longtemps… Vous venez voir Ichigo ?

— Chad a vu un papier dans le journal ce matin… alors on est venus prendre des nouvelles. Il va bien ? » demanda Renji.

— Il est sorti d’affaire… mais il ne s’est pas encore réveillé… »

Malgré le sourire qu’elle adressait aux amis d’Ichigo, le visage de Mazaki restait anxieux. Ikkaku l’interrogea.

« C’est Jaggerjack qui lui a fait ça ? »

Mazaki se crispa en entendant le nom de Grimmjow.

« Vous prendrez du thé ? »

— J’vais aller le trouver et… » grogna Renji.

— Non ! » s’exclama Mazaki en se tournant brusquement vers eux. « Non… Ichigo est sorti d’affaire et… je ne pense pas qu’il voudrait… que vous touchiez à Jaggerjack-san. Isshin a fait des démarches auprès de la police afin qu’il ne puisse plus s’approcher d’Ichigo à moins de cent mètres…

— Mais il sait où il habite, où il travaille… Il va vouloir s’incruster dans sa vie encore une fois…

— Non ! Il ne pourra pas ! »

Mazaki observa le groupe, puis se détourna pour faire du thé. Les trois amis échangèrent un regard, ne sachant pas comment réagir.

« Comment…

— Mon mari est actuellement en discussion avec des amis à lui bien “placés”. Grimmjow ne pourra plus trouver sa trace… »

Mazaki se tourna vers eux et leur adressa un faible sourire. Elle dressa la table et reprit, d’une voix lointaine, atone :

« Isshin et moi ne voulons plus qu’il y ait le moindre contact entre eux. Pour l’instant, nous ne connaissons pas encore la portée du traumatisme crânien d’Ichigo. Il est très mal tombé… Ce n’est pas tant la violence… c’est juste qu’Ichigo est mal tombé… » répéta Mazaki, au bord des larmes. « Ça aurait pu arriver à n’importe qui : glisser et tomber…

— Mais Grimmjow était…

— Grimmjow est sous le choc ! Je sais que lui et Ichigo se sont battus. J’ai discuté, il y a quelques jours, avec lui par téléphone. Il a voulu m’expliquer ce qui s’était passé entre eux. Je ne peux pas pardonner à Grimmjow, mais je comprends… en quelque sorte, ce qui a pu leur arriver.

— Comment éviterez-vous à Grimmjow de retrouver Ichigo ?

— Comment ? » reprit Mazaki, songeuse. « Nous attendons de voir comment se porte Ichigo. Isshin est en pourparlers pour lui trouver un nouveau travail de bibliothécaire. Dès que nous aurons confirmation de son nouveau poste, nous lui trouverons un appartement. Nous avons changé son portable et reporté vos numéros… Je suis heureuse qu’Ichigo vous ait retrouvés… Avec des amis comme vous, je suis sûre qu’il reprendra vite goût à la vie… »

Mazaki sourit, puis demanda : « Ichigo reprend la musique ? »

— Il est venu dans mon magasin ! » confirma Renji, avec un sourire qui se voulait rassurant. « Vous n’avez pas peur qu’il ne soit pas d’accord… ses amis…

— Ichigo n’a plus d’amis… plus personne ! Vous êtes les seuls que je vois en quinze ans… »

Un silence glacial s’abattit dans la pièce. Ikkaku se gratta la tête et marmonna :

« Si on avait su que Grimmjow serait un tel salaud… On se serait chargé de sortir Ichi de là depuis bien longtemps… On pensait sincèrement qu’il était heureux…

— On voulait peut-être s’en persuader… » rétorqua Renji, songeur.

— Vous êtes là maintenant… et je pense que ça comptera beaucoup pour lui !

— Nous serons là ! » affirma Chad, d’une voix forte.

Tous observèrent le Mexicain, qui n’ajouta rien. Pourtant, son regard sombre brûlait de colère et de détermination. Si Grimmjow croisait Chad, il était évident que le Mexicain lui réglerait son compte. Renji détourna la conversation et se mit à parler musique avec Mazaki. Bientôt, Ikkaku se joignit à eux. La cuisine se remplit de rires, même si tous les esprits restaient tournés vers la chambre d’Ichigo.

Quand le groupe quitta la clinique, chacun d’eux promit de revenir rendre visite à Ichigo. Mazaki quitta l’encadrement de la porte et débarrassa la table. Sans s’en apercevoir, les larmes coulèrent sur ses joues. Elle ne pourrait jamais pardonner à Grimmjow… Et elle se promit de tout faire pour qu’Ichigo ne le rencontre plus jamais.

°°0°0°°

Isshin entra dans l’immense bureau de son ami Urahara. Les lambris aux murs et l’imposant bureau en acajou écrasaient le visiteur. Pourtant, Kisuke avait disposé de nombreux objets hétéroclites dans son cabinet, attisant la curiosité d’Isshin. Les larges fenêtres laissaient entrer à flots les rayons du soleil ; l’ambiance donnait une impression un peu british de maison désuète. Pourtant, Isshin se trouvait bien dans le bureau du directeur de l’université de Todai, la plus prestigieuse du Japon.

« Entre, Isshin, sois le bienvenu… depuis le temps qu’on ne s’est pas vus !

— Merci de m’avoir répondu, Kisuke…

— T’es un ami, et tu as besoin d’aide… Tu m’as apporté la tienne ; c’est à mon tour de te renvoyer l’ascenseur. »

Urahara contourna son bureau et désigna un confortable fauteuil, tandis qu’il s’accaparait celui d’en face. Une théière trônait sur la table basse, encerclée par les sièges.

« Tu vis plutôt bien, Kisuke… » remarqua Isshin.

— Je ne vais pas me plaindre… » confirma Urahara, avec un sourire. « Installe-toi, je t’en prie… »

Isshin s’assit sur le bord du siège. Son regard sombre se posa, insistant, sur l’homme blond qui paraissait insouciant… Mais Isshin connaissait assez son ami d’enfance pour savoir que ce n’était qu’une façade.

« Cela doit être grave pour que tu paraisses si tendu, Isshin…

— Si je demande… ce qui te pousse à te tourner vers moi et à demander mon aide…

— Tu es ma dernière chance…

— Oh ? »

Urahara haussa les sourcils et ne cacha pas sa surprise. Jamais il n’avait vu cet homme, taillé dans le roc, aussi inquiet. Il se reprit et esquissa un sourire de circonstance. Il n’aimait pas voir cet air grave sur les traits d’Isshin ; cela ne lui ressemblait pas.

« Que puis-je faire pour toi ?

— C’est pour Ichigo… Il doit quitter son ancien travail…

— Que lui arrive-t-il ? »

Isshin fut mal à l’aise. Il ne voyait pas comment raconter les dernières péripéties, puis, finalement, se jeta à l’eau. Kisuke perdit son sourire et fronça les sourcils au fur et à mesure du récit. À la fin, il demanda :

« Et… comment se porte Ichigo-kun aujourd’hui ?

— Il s’est réveillé… il y a deux jours.

— Tant mieux, tant mieux… Mais je suppose qu’il y a des séquelles à… cet incident ?

— Ichigo a oublié tout ce qui concernait sa vie avec Grimmjow Jaggerjack. Il ne sait plus qui il est. Il se souvient de son travail, il se souvient de ses amis… Renji, Ikkaku et Chad sont passés le voir et il les a parfaitement reconnus. En revanche, le souvenir de son ancien compagnon a disparu : une amnésie sélective…

— Je vois… »

Kisuke se gratta le menton et réfléchit longuement à la demande d’Isshin.

« Isshin, pour l’instant… je n’ai rien à te proposer. Mais laisse-moi me débrouiller : je trouverai certainement quelque chose pour ton fils. De toute façon, il ne pourra pas venir tout de suite dans nos murs, je suppose ?

— Non, il a besoin de repos. Je pense que d’ici un ou deux mois…

— Parfait ! Ça me laisse le temps de m’organiser. Tu as prévu quelque chose pour le logement ?

— Non, je vais…

— Il y a des logements libres, dévolus aux enseignants. Ça, je peux lui procurer… le temps qu’il se trouve un chez lui.

— Merci, Kisuke… » souffla Isshin, visiblement soulagé.

— Tu n’as pas à me remercier, Kurosaki-san… je te dois bien plus que ce petit service… Considère ceci comme un acompte !

— Tu ne me devras plus rien, Kisuke…

— Je fais ce que je veux, Kurosaki-san. » déclara Urahara de sa voix caressante. « Et maintenant, si nous nous prenions un verre de saké pour fêter nos retrouvailles ?

— Ça ne sera pas de refus… » acquiesça Isshin.

Kisuke sourit et se leva prestement pour sortir sa meilleure bouteille. Il était bouleversé par l’épreuve que traversait Isshin. Il ne méritait pas cela. Et son fils encore moins… Il devait la vie à Isshin et se jura de trouver un autre moyen de rembourser sa dette.

C’est avec un grand sourire qu’il revint, un plateau à la main. Deux coupes et une bouteille de Manotsuru, l’un des meilleurs sakés du pays, y étaient déposées.

« Et que deviens-tu depuis ces dix dernières années, Isshin-sensei ? »

Le médecin sourit en entendant Urahara se moquer gentiment de lui. Les deux hommes discutèrent longuement. Quand Isshin quitta Kisuke, il se sentait enfin rassuré pour l’avenir d’Ichigo.

°°0°0°°

Les yeux tournés vers le plafond, Ichigo essayait de se rappeler une partie de sa vie. Mais un brouillard épais obscurcissait ses souvenirs. Il évoquait sans difficulté sa journée récente avec Ikkaku, Renji et Chad ; pour le reste… rien. Juste des bribes : son immense solitude, ses frayeurs, ses angoisses. Que s’était-il passé ? Il voyait le malaise de ses parents quand il parlait de ses trous de mémoire. Ichigo finit par abandonner. Une part de lui était effrayée, sans savoir pourquoi.

Le roux se leva et se dirigea vers le fond de sa chambre pour attraper sa Gibson. Il se mit à jouer, un casque sur les oreilles. Isshin n’avait pas eu le temps de sortir tout le matériel médical qu’il avait entassé dans son ancien studio. Comme son équipement restait inaccessible, Ikkaku était venu lui prêter le reste de ce qui lui manquait, afin de laisser sa mère tranquille.

Ichigo n’en revenait pas d’avoir perdu autant de maîtrise sur l’exécution d’un morceau. Cela l’avait d’ailleurs poussé à refuser l’invitation de ses potes à un petit concert dans un café branché de la ville. Pas question de se ridiculiser. Et puis… quelque chose le gênait…

En jouant, Ichigo oublia tout. Dans moins d’une semaine, il commençait un nouveau boulot à Todai ! Il n’en revenait pas… Comment avait-il été admis dans la meilleure université du Japon ? Il savait qu’Isshin avait intercédé en sa faveur. Quelque part, il n’aimait pas cette implication paternelle dans sa vie : il était suffisamment grand pour s’occuper de lui. Mais il était certain que son accident n’était pas étranger à la prise de position radicale d’Isshin et Mazaki.

Enfin, le lendemain, il intégrerait son nouvel appartement. Il avait plutôt de la chance : c’était un grand logement, avec une vue panoramique sur l’un des parcs de l’université. Ichigo l’avait visité la veille avec Isshin et Mazaki. Le quartier était calme, et la série d’apatō était d’un autre niveau que ceux, habituels, en ville. Les murs étaient épais, les pièces plus grandes que la normale. En tout cas, Ichigo s’y était senti comme chez lui. Il sentait qu’il allait adorer sa vie à Todai.

°°0°0°°

C’est d’un pas pressé qu’Ichigo traversa le campus. Il allait être en retard… Le bibliothécaire avait rendez-vous avec Renji et les autres pour un petit concert : son premier depuis un bail.

Le problème, c’est que ce foutu prof de chimie n’avait pas voulu le lâcher. Lui demander de faire des recherches improbables sur une documentation, bien sûr, non archivée sur microfiches… Aaaahhh, il n’avait pas de bol !

Il s’entendait plutôt bien avec Hirako-sensei, mais il était chiant : toujours à lui demander des trucs et à venir le voir, comme s’il n’avait aucune recherche à mener.

Ichigo allait s’engager dans l’allée qui remontait vers ses appartements, quand une voix l’arrêta net. Elle ne lui était pas familière… et pourtant, il l’avait déjà entendue.

Ichigo se retourna et dut lever la tête pour voir s’approcher un type aussi grand que Chad… mais plus fin. Quelque chose chez le jeune homme attira son attention, le captiva.

« Kurosaki-san… je ne savais pas que vous étiez bibliothécaire à Todai ! »

Ichigo plissa les yeux. Qui était ce type ? Il n’en avait aucune idée, mais lui semblait le connaître. Ichigo hésita.

« Nous nous connaissons ? »

L’étudiant s’arrêta devant lui, visiblement surpris.

« Bien sûr ! Ne me dites pas que vous avez oublié vos leçons de natation… enfin, il n’y en a eu qu’une seule : vous avez décommandé les autres. Je dois être un piètre professeur ! » ironisa Jiruga.

— Je ne me souviens pas… » souffla Ichigo, songeur, en détaillant son interlocuteur.

Son cœur s’emballa. C’était comme s’il avait quelque chose sur le bout de la langue, mais que cela refusait de sortir. Ichigo était troublé. Il se mit à frissonner, et l’angoisse monta en lui. L’étudiant reprit, visiblement contrarié :

« Je suis Nnoitra Jiruga… »

Ichigo resta planté là, observant longuement Nnoitra. Le silence s’installa entre eux et, brusquement, Nnoitra s’éloigna. Il n’avait pas envie de perdre son temps, et ce stupide bibliothécaire l’avait oublié. Ce qui était loin d’être son cas…

Surpris, Ichigo voulut rattraper le jeune homme, mais une migraine violente lui enserra la tête. Il fut incapable de l’appeler… et l’étudiant ne se retourna pas. Quand Ichigo reprit conscience de son environnement, Nnoitra avait disparu.

Ichigo resta indécis, puis haussa les épaules. Il jeta un œil à sa montre et bondit pour rattraper son retard.

Décidément…


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)