Drown me in you 8

IIchigo leva les yeux vers Nnoitra, qui le fixa un court instant. Un délicieux frisson traversa le roux, envoûté par l’intensité de ces yeux violets. Jiruga avait la gorge nouée, partagé entre appréhension et excitation. L’expression d’abandon de son partenaire l’émouvait. Il se pencha et explora lentement la nuque offerte.

Sa langue effleura le lobe tendre de son oreille, puis glissa le long de sa mâchoire. Ces petits léchages firent frissonner Ichigo. Les mains de Nnoitra caressaient son dos avec volupté, comme si l’étudiant cherchait à graver, par le toucher, chaque fibre de son être. Chaque muscle était pétri, effleuré au travers du tissu qui masquait encore son corps.

Gêné par sa position, Ichigo écarta les jambes et laissa son corps couler contre celui de Nnoitra. Les deux hommes ne pouvaient plus ignorer le désir qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre. À l’halètement de son amant, Ichigo ondula son bassin contre le sien. Nnoitra se redressa pour le contempler, le souffle court.

Sans sourire, le bibliothécaire empoigna les cheveux mi-longs, d’un noir d’ébène, de son partenaire.

« Jiruga… »

Ichigo se redressa et lécha les lèvres de Nnoitra, qui répondit à ses baisers. Le cœur d’Ichigo battait lourdement. Ses bras s’enroulèrent autour de la nuque de son amant, comme s’il voulait se fondre en lui.

Insensiblement, Ichigo descendit en déposant des baisers sur la mâchoire de Nnoitra, qui se laissait faire. Les mains d’Ichigo dévalèrent lentement le long de son buste et déboutonnèrent la chemise rayée. Sous ses doigts, Ichigo sentait l’écho de son propre cœur.

Sa bouche glissa vers la clavicule de Nnoitra, qu’il repoussa plus fermement contre les oreillers. Ichigo enjamba le corps de l’étudiant, puis attrapa son visage pour le ramener au sien.

« Ichigo… Tu me demandes si je suis sûr, mais toi ? » interrogea Jiruga, incertain.

Le bibliothécaire eut un simple sourire et, après un baiser chaste, repartit conquérir le corps abandonné sous lui. La langue d’Ichigo goûtait le sel de la peau de son amant. Elle s’attarda sur un téton ; il l’émoustilla en le léchant, le mordillant, le suçant, respirant l’odeur enivrante de cette chair souple. Ses mains, incapables de résister, caressaient la peau blanche de Jiruga.

Ichigo observait les réactions de son compagnon à travers ses yeux mi-clos. Celui-ci paraissait troublé, pour sa plus grande satisfaction. Il descendit peu à peu le long de ce grand corps à moitié dénudé, déposant des baisers tendres sur sa peau. Les pans de chemise s’écartaient sous son exploration, dévoilant un torse musclé.

Une main d’Ichigo défit la ceinture, tandis que l’autre effleurait la bosse proéminente, couverte par le tissu du pantalon. Le soupir qui s’échappa des lèvres de Nnoitra arracha un sourire à Ichigo. Il poursuivit son effeuillage en baissant le pantalon.

Nnoitra posa une main sur la tête d’Ichigo et frémit à l’idée des minutes à venir. Sa gorge se noua. L’étudiant sentait la chaleur du désir lui répondre. C’était la première fois qu’un mec lui faisait l’amour ! Il n’avait pas osé l’avouer… Il était si difficile d’approcher Kurosaki. Il voulait que cet homme lui appartienne. Cela faisait des mois qu’il fantasmait sur lui. Alors… lever un nouvel obstacle, il n’en était pas question.

À présent, il goûtait aux caresses expertes d’Ichigo : sentir son corps puissant contre le sien, cette bouche avide qui l’aspirait tout entier, ces mains qui glissaient sur lui. Nnoitra en éprouvait une ivresse folle. Il ne put retenir un gémissement, et ses doigts s’enfoncèrent un peu plus dans la chevelure de feu.

Lorsque la langue taquine remonta sur son corps pour le découvrir à nouveau, il n’avait plus de vêtements, à sa totale stupéfaction ; il n’avait rien vu venir. Tout se déroulait comme si Ichigo dirigeait une partition parfaitement huilée par des années d’entraînement. Quand leurs langues se mêlèrent une nouvelle fois, leurs respirations devinrent rauques. Nnoitra fit basculer son amant sous lui. Il fouilla fiévreusement cette bouche qui, quelques instants plus tôt, avait été impudique. Il voulait, lui aussi, découvrir ce corps qui restait caché à son regard.

Ichigo voyait la fièvre dans le regard sombre. La respiration erratique de Nnoitra le troublait et l’excitait. Les doigts de Jiruga écartèrent rapidement les pans de sa chemise. Son pantalon et son caleçon tombèrent quelques minutes plus tard, avec le reste des vêtements déjà défaits. Le cœur d’Ichigo battait vite ; les gestes de Nnoitra lui semblaient un peu maladroits, mais il remarqua son émoi, ses mouvements tremblants ; un sourire naquit sur ses lèvres.

Quand la main de Nnoitra fit de longs va-et-vient sur sa verge, Ichigo ferma les yeux, savourant l’étreinte autour de son sexe. Il les rouvrit en sentant le souffle chaud de Jiruga contre sa bouche.

« Je… »

Nnoitra se tut. Il ne savait pas quoi dire à Ichigo, ni comment l’exprimer. Il voulait donner du plaisir, mais Ichigo restait silencieux, à peine une respiration plus rapide. Faisait-il tout ce qu’il fallait pour satisfaire son amant ?

« Donne-moi tes doigts, Jiruga… » souffla Ichigo.

Hésitant, Nnoitra porta ses longs doigts fins à la bouche du roux. Lentement, en fixant droit dans les yeux son amant, Ichigo les suça un à un, puis les lécha, laissant échapper un filet de bave.

Jiruga sentit sa gorge se serrer davantage à chaque coup de langue. Elle passait lentement, s’enroulait avec langueur autour de chaque extrémité. Les yeux mi-clos du bibliothécaire l’hypnotisaient. Quand Ichigo relâcha sa main, Nnoitra la fit glisser sous son corps.

La tendresse et la passion, brillantes dans des prunelles devenues incandescentes, l’enflammaient. À tâtons, Nnoitra glissa un doigt à l’intérieur d’Ichigo avec précaution. Celui-ci se laissa pénétrer sans protester. La bouche d’Ichigo s’entrouvrit. Nnoitra colla son front contre celui de son amant, qui murmura :

« Je ne suis pas en porcelaine…

—    Je veux te donner du plaisir, pas te blesser… »

Ichigo eut un petit sourire, puis souffla, d’une voix hachée :

« Plus, Jiruga… »

Nnoitra glissa un deuxième doigt et vit le corps d’Ichigo se cambrer. En voyant l’expression suppliante de son amant, il en ajouta un troisième. L’espace était doux sous ses doigts, soyeux et chaud. L’un d’eux buta contre une zone qui électrisa visiblement Ichigo, qui colla son corps contre le sien.

Émerveillé par l’effet qu’il produisait, Jiruga taquina cette tache délicatement, au point de rendre fou son amant, qui gémissait entre ses bras. Pourtant, il perdit le contrôle lorsque Ichigo attrapa sa verge et la sienne et les caressa d’un même mouvement. Il se laissa tomber tout près d’Ichigo. Leurs regards se noyaient l’un dans l’autre.

Nnoitra s’abandonna contre son amant, l’encerclant par la taille et caressant doucement son flanc. De délicieuses sensations l’envahissaient. Sa tête se nicha dans la nuque d’Ichigo.

« Nnoitra, je ne peux plus respirer… » chuchota Ichigo en arrêtant ses caresses.

—    Désolé… » L’étudiant se redressa, confus.

—    Viens… Jiruga… »

Nnoitra observa Ichigo qui s’allongeait pour le recevoir. Il frissonna et se glissa entre ses jambes. Lentement, il pénétra son amant, qui retenait à présent son souffle. Son cœur allait éclater dans sa poitrine. Jiruga ferma les yeux. Ce fourreau qui l’enserrait si étroitement allait le rendre dingue. Quand il les rouvrit, il rencontra le regard ambré ; la passion qu’il y lut le fit vibrer. Il maintint d’abord fermement les hanches d’Ichigo, bougeant lentement.

Mais son excitation montait en lui, fulgurante. C’était un incendie qui se propageait, un feu de brousse. Jiruga se suspendit au-dessus d’Ichigo, qui rejetait la tête en arrière, tandis qu’il bougeait plus vite en lui.

Ichigo se laissait envahir par une tornade de sensations. Ses nerfs étaient à vif. Ses mains agrippèrent les bras de Nnoitra et ses ongles s’enfoncèrent dans la chair ferme. Ichigo releva les yeux vers Jiruga et lui sourit faiblement. Une légère transpiration recouvrait leurs corps ; il était visible que lui aussi était profondément troublé par leur union.

Plus Nnoitra augmentait la cadence, plus Ichigo s’accrochait à lui. Il oublia tout, sauf Jiruga. Son cœur battait à un rythme fou lorsque Nnoitra se pencha pour l’embrasser une nouvelle fois ; Ichigo enfouit les mains dans ses cheveux soyeux. Il se sentait vivre dans ce regard de braise.

L’extase gagna Ichigo, qui respirait de manière plus saccadée. Son regard se liquéfia ; comme un signal silencieux, Jiruga plongea plus profondément, plus rapidement, dans son corps. Les deux hommes lâchèrent un long gémissement au moment de leur libération. Nnoitra s’abandonna contre Ichigo, le visage au-dessus du sien, grave.

« Kuros…

—    Ce n’est plus Ichigo ? » taquina gentiment le roux, à voix basse.

Nnoitra se redressa un peu, puis bascula sur le côté avec un sourire. Ichigo se tourna vers lui. Un silence confortable s’installa entre eux, tandis que leurs cœurs reprenaient un rythme plus calme.

Ichigo reprit quelques minutes plus tard, un demi-sourire aux lèvres.

« Mais uniquement lorsque nous sommes seuls, ou en dehors de l’université… Jiruga.

—    Hai ! »

Ichigo observa le jeune homme en face de lui. Nnoitra semblait retrouver son calme. Il se leva et quitta la chambre sans qu’Ichigo sache ce qu’il allait faire. L’étudiant revint avec un linge humide et, sans un mot, nettoya son amant.

« Tu n’as pas besoin de le faire… Je peux me débrouiller seul… »

Nnoitra leva les yeux vers Ichigo.

« J’aime ton corps… et je ne peux pas m’empêcher de le toucher. Laisse-moi faire ! »

Ichigo eut un petit rire et se redressa.

« Idiot ! »

Sans rien ajouter, Ichigo se leva, attrapa ses vêtements et se dirigea vers la salle de bain.

« Que fais-tu ? » interrogea l’étudiant.

—    J’ai faim… et ça sentait très bon tout à l’heure… »

Nnoitra ne répondit pas et vit son amant s’enfermer dans la salle de bain. Soudain, il se sentit assommé par ce qu’il venait de vivre. Ce n’était pas prévu, tout de suite, à son programme. De plus, il n’avait jamais ressenti un tel bonheur dans les bras d’un autre. Jiruga se moqua de lui-même et attrapa ses vêtements pour se rhabiller.

°°0°0°°

Ichigo rejoignit Jiruga, qui l’attendait patiemment. Son visage avait retrouvé son sérieux. Son cœur se mit à battre sans raison. Ichigo avait sérieusement pensé que, lorsqu’ils avaient fait l’amour, des souvenirs viendraient l’assaillir. Or, rien de tout cela n’était arrivé.

Ils passèrent à table, et un silence gêné s’installa dans la pièce. Ichigo observa son jeune amant, qui semblait perturbé. Sans un mot, ils se servirent, et Ichigo rompit le premier le silence.

« Jiruga… si quelque chose… enfin, si cela ne t’a pas plu…

—    Non ! » s’exclama l’étudiant, surpris. « C’est… »

Nnoitra se referma. Comment en parler avec Ichigo ? Il allait certainement se moquer de lui. Voyant le silence retomber, le roux attrapa ses baguettes, en désespoir de cause, et commença à manger… pour s’arrêter dès la première bouchée, stupéfait.

« Mais c’est bon !

—    Tu croyais quoi ? » interrogea Nnoitra, sur la défensive.

—    Je ne sais pas… Il y a quelque chose qui me chiffonne, mais je suis incapable de te dire de quoi il s’agit exactement. »

Ichigo se sentait confus. Quelque chose… le bouleversait, à présent. Mais quoi ? Il observa son assiette puis reporta son attention sur Jiruga, qui le fixait, les sourcils froncés. Ichigo reprit, cherchant à dissiper sa confusion.

« Jiruga, mon compliment était sincère. Mais je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi je suis étonné. Je ne veux pas te froisser…

—    Ok… »

Les yeux d’Ichigo tombèrent sur l’horloge moderne de sa cuisine, et il demanda :

« Tu passes la nuit avec moi ?

—    Je veux rentrer…

—    Ah… »

Jiruga vit la déception s’inscrire sur les traits d’Ichigo. Il secoua la tête et reprit, pour dissiper tout malentendu.

« Demain matin, je dois me lever de bonne heure. Je n’ai pas fini mes travaux, qui devaient être rendus pour… aujourd’hui ! »

Nnoitra fit la grimace en consultant le cadran.

« Mais je resterai la prochaine fois avec toi… enfin… y en aura une ?

—    Pourquoi pas ? » rétorqua Ichigo, surpris.

—    Non… rien… »

Nnoitra gratifia Ichigo d’un sourire et mangea brutalement, de bon appétit. Ichigo l’interrogea sur ses qualités culinaires ; il était intrigué par la personnalité de Nnoitra.

« C’est à cause de mes vieux ! Ils ne sont jamais là… Ils sont toujours partis aux quatre coins du Japon… quoique très souvent à Tokyo. » marmonna Jiruga. « Mon frère, ma sœur et moi… on est plutôt livrés à nous-mêmes. Nous ne sommes pas seuls : notre famille dispose d’une armée de serviteurs. J’avoue en avoir eu assez de devoir dépendre des autres. Et puis, je m’entendais bien avec le chef de la maison. Alors, j’ai passé mon enfance et mon adolescence dans sa cuisine, au grand désespoir de ma mère. Enfin… quand elle revient… N’empêche que, dès que j’en ai eu l’opportunité, j’ai quitté leur baraque et je me suis installé dans un appartement. Je sais tout faire, tout seul… Mes parents pensaient que je serais incapable de survivre une semaine seul… ça fait quatre ans que j’ai quitté le bercail ! » finit-il, moqueur.

—    Une baraque ? Si tu as des serviteurs… » sourit Ichigo.

—    Mes parents ! » rectifia Nnoitra. « Moi, je n’en ai pas.

—    J’ai vu que ton père était dans l’industrie chimique…

—    Ouais… et j’irai le rejoindre dans son entreprise une fois que j’aurai mes diplômes en poche. » énonça Nnoitra comme une évidence.

—    Tu vas reprendre l’entreprise familiale ?

—    Non ! Je laisse ça à Nanao. C’est une naine… mais, question organisation, elle en connaît un rayon. Moi, je n’aime que la recherche…

—    C’est ta sœur ?

—    Ouais… et ce n’est pas un cadeau.

—    Tu ne l’aimes pas ? » s’étonna le roux.

Nnoitra observa Ichigo quelques instants, puis se gratta la tempe, pensif.

« Non… ce n’est pas que je ne l’aime pas… En fait, mon frère et ma sœur me laissent indifférent ! Ma sœur est du genre carriériste et mon frère est un lèche-cul de première !

—    Ce n’est pas très chaleureux… » ne put s’empêcher de remarquer Ichigo.

—    On s’en fiche ! Comment veux-tu que j’aie de bons rapports avec ma famille quand chacun fait ce qui lui plaît ? Je ne connais pas les anniversaires… Je me demande même si mes parents en connaissent la date. Ni les fêtes de famille… ni les sentiments chaleureux d’une famille dite aimante. Nous, on se croise dans des couloirs et la seule chose que nous sachions nous dire, c’est parler de nos résultats scolaires ! »

Le ton de Nnoitra était dur. Ichigo ne fit aucun commentaire. De toute façon, Nnoitra n’attendait visiblement pas de lui un quelconque réconfort. C’était comme ça… point barre. Jiruga se leva et débarrassa son assiette. Ichigo finit sa dernière bouchée et se redressa à son tour pour finir de ranger.

Il attrapa d’une main habile le chiffon que tenait Jiruga et déclara, moqueur :

« Je sais aussi me débrouiller tout seul. Rentre, si tu dois finir tes travaux. Je m’occupe de nettoyer. Je n’ai rien à terminer, pour ma part…

—    Tu te sens mieux ?

—    Bien sûr… Il serait peut-être temps de t’inquiéter… » ironisa Ichigo.

—    Je me préoccupe de toi. » protesta Jiruga.

Nnoitra était tellement sérieux qu’Ichigo se sentit ému. Il secoua la tête et poussa gentiment, mais fermement, l’étudiant vers la sortie.

« Rentre… et cesse de te tracasser pour ma personne. »

Jiruga attrapa sa veste au vol dans le genkan. Il se rechaussa et, lorsqu’il se redressa, rencontra la chaleur du regard ambré. Du bout des doigts, Nnoitra caressa le visage d’Ichigo puis, quelques secondes plus tard, attrapa la poignée de porte pour quitter les lieux. Ichigo ne prononça aucune parole et sortit pour observer la longue silhouette de Nnoitra s’effacer dans la nuit.

°°O°O°°

La matinée du lendemain passa relativement vite. Ichigo reçut un message de Renji au sujet de la répétition du soir même. Il répondit immédiatement. Renji envoya un nouveau SMS :

« Nnoitra se joindra à toi ? »

Le roux resta un instant surpris. La voix d’Hirako lui parvint aux oreilles au même moment.

« Vous semblez peu débordé pour vous occuper de vos messages personnels… »

Ichigo se tourna vers le professeur de chimie. Il ne l’avait pas entendu arriver. Hanataru passa devant eux avec un chariot rempli de livres, et Ichigo l’interpella.

« Laisse-moi les ranger, Hanataru. Tu dois sortir dans moins d’une heure, si j’ai bien compris ?

—    Oui… » répondit Yamada, abattu. « Je dois faire ma visite médicale obligatoire. Mais j’ai peur d’aller à l’infirmerie. Kenpachi-san peut être flippant, parfois.

—    C’est pour ça qu’il y a si peu d’absentéisme sur cette partie du campus, si tu n’avais pas remarqué ! » déclara Shinji entre ses dents. « À mon avis, vous devriez même déjà partir… J’ai su que vous arriviez constamment en retard. Kenpachi a horreur des retards !

—    Oui… oui, je le sais… mais, à chaque fois… j’ai un empêchement. En fait, je suis proie à des maux d’estomac terribles… Je finis toujours aux toilettes. » termina piteusement le bibliothécaire.

—    Certainement dû à ta visite à l’infirmerie. » répliqua Shinji.

—    Ah… je vais y aller maintenant, vous avez raison. Comme Ichigo-san accepte de s’occuper de mon rangement… Peut-être que Kenpachi-san sera plus gentil avec moi, cette fois-ci… enfin, je l’espère… » marmonna-t-il, anxieux.

Hanataru fit demi-tour, abandonnant son chariot aux mains d’Ichigo, et partit récupérer sa veste. Lorsqu’il repassa quelques minutes plus tard devant Ichigo et Shinji, il était blême, prêt à faire un malaise.

« À mon avis… Kenpachi va certainement lui réserver un traitement de son cru… » ironisa Shinji.

Ichigo récupéra le chariot et, après avoir lu brièvement les fiches, se dirigea entre les rayonnages de la bibliothèque, préoccupé. Derrière lui, Hirako lui demanda :

« Avez-vous pensé à ma proposition ?

—    Laquelle ? » demanda Ichigo, absent.

Il attrapa un livre et s’arrêta devant une étagère. Ses yeux balayèrent les noms d’auteurs et les titres des ouvrages. Shinji soupira.

« Je vous avais demandé de sortir avec moi…

—    Je décline votre proposition… »

Ichigo se tourna pour faire face au professeur blond et déclara, sérieusement :

« Hirako-san… je vous remercie pour l’intérêt que vous semblez éprouver pour moi, mais… je n’ai l’intention d’accepter à aucun moment une de vos invitations. »

Shinji eut l’air de prendre sur lui. Un sourire ironique flottait maintenant sur ses lèvres.

« Vous avez rencontré quelqu’un ?

—    Cela ne vous regarde en rien… » répliqua calmement Ichigo.

—    Nnoitra-kun ?

—    Mêlez-vous de vos affaires ! » Le ton était sec.

Ichigo ne ressentait pas le besoin de se justifier. Hirako l’agaçait, et il n’avait pas l’intention de sortir avec lui, qu’il sorte déjà avec quelqu’un ou non. Ichigo reprit son travail sous les yeux inquisiteurs d’Hirako.

« Nnoitra Jiruga est quelqu’un d’égoïste ! Il est beaucoup plus jeune que vous et… ne venez pas vous plaindre, le jour où il rompra après avoir trouvé une nouvelle conquête. Ce type… est plutôt volage… Je le connais depuis plus longtemps que vous. Et puis, n’oublions pas qu’il n’est sorti jusqu’à présent qu’avec des femmes ! Très belles et pulpeuses, au demeurant. Je me suis toujours demandé ce qu’elles lui trouvaient, d’ailleurs… Et puis… Si ce n’est pas cela qui vient à bout de votre relation, son père se chargera de vous séparer…

—    Vous avez fini ? » demanda Ichigo, froidement, ébranlé d’apprendre tout de même que Jiruga était bi. « Si vous n’avez pas de travail, ce n’est pas le cas des autres…

—    Comme je vous voyais prendre le temps de lire vos messages privés… c’est que vous ne deviez pas être si débordé. »

Ichigo n’avait envie que d’une chose : étrangler le blond. Il prit sur lui, poussa son chariot et se concentra sur les étagères devant lui.

« Croyez-vous vraiment qu’il va rester très longtemps avec vous ? Et même si cela devait être… pensez-vous que le père de Nnoitra-kun vous laissera continuer votre relation ? Après tout, Jiruga Nnoitra est le brillant aîné de la famille. Et Nnoitra-san est assez… à cheval sur les principes ! Tout au plus, votre relation durera le temps des études de Jiruga. Vous ne serez, après, pour lui, tout au plus qu’un merveilleux souvenir de jeunesse. Sur ce… je vous laisse méditer mes paroles. Bonne journée… Kurosaki-kun… » se moqua Hirako.

Ichigo resta un moment immobile. Ses yeux s’étaient fixés sur la silhouette gracile du professeur de chimie, qui disparut au coin du rayonnage. La lueur dans ses yeux noisette était délibérément ironique. Après être resté quelques secondes cloué au sol, Ichigo reprit son rangement. Il était soudain fatigué. Son cœur battait très fort dans sa poitrine. Pourtant, il choisit délibérément d’ignorer les paroles assassines d’Hirako et s’acquitta de sa tâche.

Quelques minutes plus tard, alors qu’il allait quitter les rayonnages du fond de la bibliothèque, deux bras l’entourèrent. Ichigo reconnut immédiatement la légère odeur boisée de Nnoitra. Un sourire se forma sur ses lèvres.

« Kurosaki-san… je vous ai trouvé ! » se moqua le jeune homme.

—    Cela a l’air de te faire plaisir… »

Ichigo se tourna lentement et croisa les yeux noirs de Jiruga. Celui-ci arborait une mine réjouie, quoique les cernes sous ses yeux témoignaient du peu d’heures qu’il avait consacrées au sommeil. Ichigo repoussa gentiment son amant et l’observa avec tendresse.

« Je voulais te parler…

—    Pourquoi ? » demanda Nnoitra, surpris.

—    Ce soir… c’est notre répétition, je ne sais pas si tu t’en souviens… et Renji voulait savoir si tu te joignais à nous… et moi aussi, par la même occasion… » ajouta-t-il avec un sourire en coin, le bibliothécaire.

—    Ce soir ?

Nnoitra se redressa et fixa un instant le plafond tout en se grattant le sommet du crâne. Puis il baissa les yeux vers Ichigo.

« Tu pars à quelle heure ?

—    Pas avant 20 heures. Ikkaku était à Kobe aujourd’hui ; tant qu’il rentre…

—    Ça devrait aller… Nous y allons ensemble ?

—    Je t’attendrai à l’entrée du campus, j’appellerai un taxi…

—    Non… pas besoin, j’ai une voiture !

—    Ah… très bien… Je t’attendrai devant l’entrée principale. Je dois passer au bureau d’Urahara Kisuke, ça m’évitera de revenir ici…

—    Ok… j’viendrai te chercher.

—    Tu avais besoin de quelque chose ? » interrogea soudain Ichigo, se demandant ce qui avait pu amener Nnoitra à la bibliothèque.

—    Oui… »

Nnoitra se pencha au-dessus d’Ichigo. Ses mains s’agrippèrent à une étagère derrière le bibliothécaire. Ses bras formaient un petit espace clos entre eux. L’atmosphère changea rapidement, devenant intime et chaleureuse. Ichigo ne pouvait détacher son regard de celui de Nnoitra. Leurs nez s’effleuraient. Ichigo combla l’espace entre eux et effleura les lèvres de Jiruga de son souffle.

« Pour ça ? » chuchota Ichigo, taquin.

—    J’y ai pensé toute la matinée… Je crois que je vais finir par camper ici… » murmura Nnoitra.

—    Ce n’est pas que cela me dérangerait… mais tu as du travail, et moi aussi. Et… on pourrait nous voir.

—    Juste… »

Nnoitra ne finit pas sa phrase et s’empara de la bouche entrouverte d’Ichigo. Le baiser fut bref, mais intense. Cette façon sensuelle que Nnoitra avait d’embrasser, jouant avec la langue d’Ichigo, léchant ses lèvres et reprenant sa bouche, troublait le bibliothécaire. Ils s’observèrent quelques secondes, avant que Nnoitra ne recule.

« On se voit tout à l’heure… Au fait, donne-moi ton portable, en cas de problème… »

Ichigo sortit son portable et donna son numéro, tout comme Jiruga. Quelques minutes plus tard, l’étudiant avait disparu. Ichigo se rendit compte brutalement qu’il avait les jambes sciées. Son cœur avait du mal à reprendre un rythme normal. Il poussa son chariot, s’y appuyant légèrement.

Il ne s’en rendit pas vraiment compte, mais son regard rayonnait, tout comme le petit sourire qui frisait au coin de sa bouche. Ichigo se traita d’imbécile. Il se comportait comme s’il vivait son premier amour d’adolescent… quoiqu’il ne s’en souvînt pas. Son expression s’obscurcit légèrement.

Ichigo n’était pas bête. Il se savait amoureux de Nnoitra. Ses mains se mirent à transpirer légèrement en songeant aux paroles d’Hirako. Que ferait-il lorsque sa prédiction se réaliserait ? Ichigo choisit délibérément d’ignorer les avertissements de son collègue. Il rangea le chariot dans le local de servitude. Quand il rejoignit l’accueil, il déchargea Akon, qui retourna à ses précieux livres.


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