Dans le bureau du directeur général d’Arabesque, un silence glacial s’était abattu. Tous les musiciens se regardaient, hagards. Certes, comme l’avait souligné Rose, il y avait quelques tensions entre eux et Ichigo, mais de là à devoir lui dire qu’il ne faisait plus partie du groupe ! C’était inconcevable pour chacun d’eux. Ils savaient tous que s’ils s’étaient fait remarquer, c’était grâce à la personnalité du bassiste et à sa qualité de jeu.
« C’est impossible… »
Rose se renversa dans son fauteuil et un petit sourire étira ses lèvres. Il plaça ses mains devant sa bouche, formant une pyramide. Son regard se fit perçant. Il répondit sereinement :
« Mais… nous ne vous laissons pas le choix ! Soit vous faites ce que l’on vous demande, soit votre groupe n’existe plus !
— Mais pourquoi ? » demanda Renji, qui avait envie de vomir.
— Parce que Kurosaki Ichigo a des ennemis très puissants…
— Nnoitra-san… » lâcha Chad sombrement.
« Je n’ai rien dit… » rétorqua Rose.
— Mais… mais…
« Écoutez-moi bien ! » Rose se pencha en avant et son sourire s’effaça. « Soit vous acceptez et je lance votre carrière. J’ai à ma disposition un très bon bassiste, l’équivalent de Kurosaki… Malheureusement, il n’est pas compositeur. Il est charismatique et considéré, à juste titre, comme un génie. Ou bien vous retournez à vos petits spectacles, sans jamais avoir l’occasion de signer avec une autre maison de disques ! Je ne vais pas faire fermer mon entreprise pour un groupe qui n’est pas encore reconnu. Suis-je clair ? »
Tous les membres du groupe Suumitsu étaient figés sur leur siège. Rose s’enfonça à nouveau dans son fauteuil de cuir, reprenant sa position initiale.
« Bien sûr, la vraie raison ne doit pas être connue. Une certaine personne ne souhaite pas que l’on remonte jusqu’à elle… Quelle est votre décision ?
— C’est d’accord ! » affirma Ikkaku.
— Je ne suis pas d’accord… marmonna Chad.
— J’ai besoin de réfléchir… souffla Renji, mal à l’aise.
« Je vois… Je vous laisse mon bureau. Vous avez quelques minutes pour vous mettre d’accord, le temps que j’aille prendre un thé ! À tout à l’heure… »
Rose quitta le bureau, et les trois musiciens se foudroyèrent du regard. Ikkaku attaqua le premier.
« Ichigo n’est revenu dans le groupe que depuis…
— Pas loin d’un an, le coupa Chad. Et il y a aussi toutes les années où il était avec nous, à nos débuts !
— C’est notre pote, Madarame, dont on parle…
— Ne fais pas semblant, Renji ! Tu crèves d’envie de dire la même chose que moi ; seuls quelques scrupules t’en empêchent.
— Des scrupules, tu en as… pas toi, apparemment…
— Je ne suis pas hypocrite !
— Alors, tu te chargeras de lui annoncer, Madarame…
— Chad… tu me fais rire… Tu prends un air respectable, et pourtant, tu n’es pas le premier à claquer la porte ! J’ai mal au cœur pour Ichi… ne vous méprenez pas ! Je le considérerai toujours comme un ami. Mais ce sont nos carrières et nos vies que nous investissons. Souvenez-vous de toutes ces heures passées à répéter et à jouer dans de petites salles à moitié vides ou dans des trous paumés. Les mecs, c’est notre chance ! J’ai une famille et j’ai rompu mon contrat de travail… Je suis condamné à réussir. Ce salaud de Nnoitra joue un sale tour à Ichi… et je ne suis pas près de l’oublier. Mais, pour l’instant, nous ne pouvons rien faire. Dans la vie, il faut aussi savoir prendre des décisions… Toi, Renji, tu peux encore te permettre de refuser… Mais que je sache, ce n’est pas ton cas, Chad ! Tu as une femme et des gosses… qu’est-ce que tu vas faire ? »
Le Mexicain baissa la tête, anéanti. Le silence qui s’installa était étouffant. La porte s’ouvrit et les fit tous sursauter.
« Alors, messieurs ? » demanda Rose d’un ton onctueux.
— J’irai le voir… » commença Madarame.
— Nous irons ensemble… » rectifia Renji.
« N’oubliez pas les conditions…
— On ne risque pas de les oublier ! Mais… » La voix d’Ikkaku ressemblait à un grondement. « Nous n’oublierons ni notre compromis ni d’où tout cela vient ! »
— Je ne pense pas que cela impressionne beaucoup la personne dont nous parlons.
— Peut-être… Et tant mieux… » marmonna Renji.
« Bien… Je vous laisse la semaine pour agir. La semaine prochaine, je vous présenterai Hitsugaya Toshiro… votre nouveau bassiste ! »
Tous les musiciens connaissaient le jeune homme. Il était reconnu pour ses qualités, mais avait la réputation d’avoir un caractère difficile. Ce qui était certain, c’est qu’il était également très charismatique et que Rose ne leur avait pas menti.
« Vous êtes sûr qu’il acceptera ? » demanda Ikkaku, sceptique.
— Nous avons déjà signé le contrat… Maintenant, à vous de jouer ! »
°°0°0°°
Ichigo profitait pleinement de sa journée de congé. Il avait demandé à Jiruga d’en prendre une également. Ils prenaient la route de la plage, et Ichigo se tortillait sur son siège, presque comme un gamin.
« Je peux savoir ce qui te met en joie, Ichi ?
— Disons que j’ai une petite surprise et… que j’ai hâte de… te la faire découvrir…
— Oh… »
Jiruga jeta un bref coup d’œil à Ichigo, qu’il n’avait jamais vu aussi heureux depuis qu’il le connaissait. Il remonta ses lunettes de soleil du bout de l’index. De l’autre main, il tenait le volant nonchalamment. Ichigo avait ouvert la fenêtre de la voiture ; le vent tiède de cette journée d’été caressait son bras. L’insouciance était de rigueur. Les kilomètres défilaient sans que l’un ou l’autre s’en rende vraiment compte. Ils n’éprouvaient pas le besoin de parler. La présence de l’autre suffisait à les rendre heureux.
Lorsque l’océan apparut depuis une colline qui longeait les plages, Ichigo sembla encore plus excité qu’au début du voyage. Le sourire de Nnoitra ne faisait que s’élargir. Il parcourut les derniers kilomètres plus lentement, évitant de provoquer un accident malgré l’impatience de sa moitié. Il gara la voiture et, quelques minutes plus tard, s’étira dans tous les sens. Le jeune homme contourna le véhicule et sortit le parasol ainsi que le matériel de plage, aidé par le roux.
« Où veux-tu qu’on s’installe ? »
Le regard d’Ichigo parcourut l’étendue de sable et finit par repérer une zone un peu moins fréquentée que les autres, peut-être parce qu’il y avait davantage de rochers. Quoi qu’il en soit, les deux hommes installèrent leurs serviettes et le parasol. Ichigo se déshabilla en quelques minutes et lança à son amant un regard qui l’invitait à le suivre.
« Tu viens avec moi ?
— Où ?
— Viens… »
Jiruga observa son amant avec méfiance, puis se redressa pour suivre Ichigo, qui se dirigeait vers l’océan sans crainte.
°°0°0°°
Grimmjow profitait de ses vacances. Il avait proposé à Hisagi de passer une petite semaine à se détendre sur la côte, loin de la vie trépidante qu’ils menaient habituellement. Shouhei aimait sortir avec ses amis et… il en avait vraiment beaucoup. Au début, Grimmjow avait eu du mal à s’y habituer : cela le changeait des soirées casanières avec Ichigo. Mais le plaisir de ces sorties s’était peu à peu installé, au fil des soirées au cinéma, des concerts, des matchs de foot ou de baseball entre potes et des voyages décidés à la dernière minute.
Allongé sur une serviette, le dos calé contre un petit rocher qu’il avait recouvert d’une serviette pour ne pas se blesser, il sortit son magazine automobile et se plongea dans une lecture studieuse. À côté de lui, Hisagi bronzait tranquillement, gagné par une douce torpeur.
« Tu devrais te mettre un peu à l’ombre, sinon tu vas finir par tomber malade…
— Prendrais-tu soin de moi, Grim’ ?
— Boucle-la ! Tu ne viendras pas te plaindre cette nuit si tu n’arrives pas à dormir !
— Rabat-joie… »
Grimmjow leva les yeux au ciel et grogna contre son amant imprudent. Lui, au moins, avait mis un chapeau sur la tête. Quelque chose attira son regard et lui fit battre le cœur plus vite. Il balaya à nouveau la plage des yeux et son regard se figea. Non loin de là se trouvait Ichigo, en bermuda de plage, souriant et visiblement très heureux, accompagné de… son ancien maître-nageur !
Il avait parfaitement reconnu le grand échalas. Il l’avait engagé parce qu’il ne le trouvait pas sexy et… apparemment, Ichigo filait le parfait amour. Pire encore, il était sur une plage… Grimmjow se redressa et s’avança vers le couple, car, pour lui, cela ne faisait aucun doute. Il avait déjà vu cette expression dans les yeux d’Ichigo… quelques années auparavant. À sa stupéfaction, le roux entra dans l’eau sans la moindre crainte. Il attendait le jeune homme, qui avançait plus nonchalamment. Ils semblèrent discuter quelques instants, puis entrèrent ensemble dans l’eau.
Le cœur de Grimmjow allait lâcher. Ichigo nageait — et pas dans une piscine, mais dans l’océan ! Et dire que leur séparation était due à ce putain de voyage de noces qu’il voulait faire dans les îles Grenadines. S’il avait su ce qui découlerait de son obstination, il n’aurait pas insisté… voire, il aurait tout simplement annulé. Troublé et hypnotisé, Grimmjow suivait les nageurs du regard. Son cœur lui faisait si mal qu’il se sentit terrassé. Il aimait encore sa fraise… plus que Shouhei, plus que n’importe qui ou quoi que ce soit…
La douleur se referma sur son cœur comme un linceul brûlant. C’était lui qui aurait dû se trouver aux côtés du roux, lui qui aurait dû recevoir ses regards amoureux… lui qui aurait dû réchauffer ses nuits froides. Les siennes étaient tièdes… Hisagi, avec toutes leurs virées, lui avait fait oublier à quel point il tenait à Kurosaki. Mais le voir ainsi, de manière si inattendue, le terrassait. Grimmjow resta encore quelques secondes, puis rebroussa chemin pour reprendre sa place près d’Hisagi.
Non, il n’abandonnerait pas son compagnon, avec qui il était depuis plus d’un an. D’une main tremblante, Grimmjow récupéra sa revue. Il ne vit pas le regard en coin que lui adressa son compagnon. Hisagi avait perçu la douleur dans le regard bleu, si souvent éteint ou faussement joyeux. Il sut, sans avoir besoin d’aller vérifier, qui pouvait provoquer cet état chez son amant.
°°0°0°°
Jiruga savait pourquoi son amant voulait qu’ils aillent à la plage. Il le regarda mettre les pieds dans l’eau avec un certain sourire. Il l’attendait à présent, amusé par la lueur victorieuse dans son regard. Nnoitra rejoignit Ichigo. De toute façon, Jiruga savait qu’Ichigo ne s’enfoncerait pas plus loin, ou à peine.
« Je me disais bien que tu voulais me montrer tes progrès…
— Ce n’est rien, ça… » déclara Ichigo, amusé.
Nnoitra observa attentivement Ichigo.
« Que veux-tu dire par là ?
— Et si nous allions nager ?
— Pardon ? »
Nnoitra détailla son amant, qui s’éloignait tout sourire en s’enfonçant avec confiance dans les petits rouleaux. Le jeune homme ouvrit de grands yeux quand le roux plongea la tête la première dans une vague un peu plus haute que les autres. Jiruga était stupéfait. Son cœur battait à toute allure et il resta quelques secondes comme assommé. Un lent sourire se forma sur les lèvres de l’étudiant, qui se mit à la poursuite de son amant avec un certain plaisir.
Ichigo s’arrêta assez loin pour se tourner vers Nnoitra, qui le rejoignait plus calmement. Celui-ci s’arrêta devant son compagnon, qui rayonnait littéralement.
« Alors ? » demanda Ichigo.
« Comment et depuis quand ? » demanda Jiruga, encore sous le choc.
— Depuis quelques mois… T’avoir parlé de Shiro m’a donné envie de me battre ! J’ai eu l’impression de revivre. »
Jiruga enlaça sa moitié, qui glissa les bras autour de son cou, envoûté par ses yeux violets et son demi-sourire. La fierté qui brillait en lui valait tout l’or du monde pour le roux. Leurs bouches se rejoignirent. Leurs baisers avaient un goût de sel.
« Tu n’es pas plus surpris ?
— Je savais qu’un jour ou l’autre, tu le ferais… Tu as été plus rapide que je ne le pensais… Je suis très fier de toi, Ichi. »
Leurs regards s’intensifièrent. Ils oublièrent complètement où ils se trouvaient, entièrement absorbés par la contemplation de l’autre. Leurs nez humides se frôlaient, leurs souffles frais caressaient la peau de l’autre. Leurs bouches se frôlaient, s’évitaient puis se cherchaient de nouveau, quémandant sans vraiment se prendre.
« Ichi… si ça continue… je vais te prendre dans l’eau…
— Vraiment ? » souffla Ichigo, tentateur.
— Nous sommes à la vue de tous… je te signale…
— Et ? »
Jiruga haussa un sourcil et secoua la tête.
« Je ne te savais pas si libertin…
— Je m’étonne moi-même… » sourit Ichigo.
Nnoitra attrapa son compagnon et le serra contre lui. À travers le tissu, il sentait son sexe dressé et s’empressa de le caresser. Le regard de son homme s’assombrit. Jiruga allait définitivement perdre la tête, à ce rythme. Il entraîna Ichigo vers une crique qu’il avait repérée du coin de l’œil. Elle était petite, isolée et… accidentée. Ils y seraient tranquilles !
Ils étaient déjà loin du bord de la plage.
« Tu te sens de taille à nager jusque là-bas ? »
Nnoitra lui montra une distance assez conséquente à parcourir pour un nageur aussi peu expérimenté. Mais Ichigo hocha la tête. Il était bien décidé à profiter de chaque instant de sa vie. C’était excitant, après tout… L’eau qui le caressait à chacun de ses mouvements augmentait son désir. Ichigo crut qu’il n’arriverait jamais à bon port, mais Jiruga l’aida sur les derniers mètres. Cachés derrière de gros rochers, à l’abri des regards indiscrets, les deux hommes se laissèrent emporter par leur passion.
°°0°0°°
Lorsqu’ils regagnèrent leur voiture, le couple tomba sur Grimmjow et Shouhei. Les quatre hommes s’immobilisèrent, surpris. Grimmjow remercia le ciel d’avoir aperçu son ex quelques heures plus tôt. À froid, il aurait certainement perdu son sang-froid. Le regard acéré, Grimmjow remarqua alors une chaîne avec un cadenas qui brillait autour du cou d’Ichigo. Il était évident qu’il fallait une clé pour détacher le bijou… et cette dernière était accrochée autour du cou du maître-nageur. Grimmjow respira calmement.
« Cela faisait longtemps… Ichi…
— Comment vas-tu, Grimmjow ?
— Tu te souviens de moi, maintenant ? »
Grimmjow avait encore en mémoire l’appel désespéré d’Ichigo et la promesse imbécile qu’il avait faite au père de son ex. Le cœur d’Ichigo battait très vite après cette rencontre inattendue. Il s’aperçut qu’il était heureux de le retrouver. Il croisa le regard meurtrier d’Hisagi et s’abstint de faire un geste inapproprié envers son ex. Toutefois, son regard se fit tendre lorsqu’il se posa sur Grimmjow. Ce dernier s’en aperçut… mais comprit aussi qu’Ichigo l’aimait comme un ami et le respectait pour ce qu’il avait été dans sa vie. Un sourire effleura les lèvres de l’entrepreneur.
« Oui… et depuis longtemps…
— Je vois…
— Je vais ranger les affaires dans la voiture ! » déclara Nnoitra, qui ne tenait pas spécialement à rester près des deux hommes.
Si l’autre n’avait pas de fierté, lui voulait conserver la sienne. Et puis… il connaissait les sentiments d’Ichigo. La clé était là pour lui rappeler les paroles de ce dernier.
« Il n’a pas l’air de craindre quoi que ce soit… » dit doucement Grimmjow en suivant des yeux la haute silhouette nonchalante.
— De quoi voudrais-tu qu’il ait peur ? »
Grimmjow reporta son attention sur Ichigo qui le fixait calmement.
« Je vois…
— Il n’y a aucuns quiproquos entre nous… Quoique Jiruga ait souvent craint la comparaison que je pourrai faire entre vous. Mais, tout ceci est finit…
— Ce n’est pas mon cas…
— Ton compagnon est là Grimmjow ! Murmura Ichigo en fronçant les sourcils.
— Je le sais… et il sait aussi très bien que personne ne te remplaceras dans mon cœur. Je t’aime… je t’aime à en crever et ça pour le restant de mes jours. Je regrette juste une chose… c’est d’avoir été aussi con et de ne pas t’avoir respecté comme l’homme de ma vie…
— Grimmjow… arrête… » Souffla Ichigo saisit par les paroles de son ex.
— Pas question ! J’te l’dirais autant de fois que ça pourra me soulager ! J’ch’suis pas sûr de t’revoir. Alors, même si Hisagi me hait après ça… peut m’importe. Mais… j’ne ferai rien. Rien pour te récupérer, rien pour blesser Shouhei… sauf maintenant, car j’ai besoin d’crever l’abcès.
— C’est tout ce que tu avais à me dire Grimmjow ?
— Ouaih !
— Très bien… Sache que je t’ai aimé Grimmjow mais, que maintenant c’est Jiruga qui a toute la place dans mon cœur… »
Les deux hommes s’observèrent longuement. Hisagi quitta le parking pour rejoindre la voiture. Il posa ses avant bras sur le toit du véhicule. Il avait envie de défoncer quelque chose à cet instant précis.
Grimmjow grava le visage de son ex sur sa rétine. Il ne lui avait jamais semblé aussi sexy lorsqu’ils étaient ensemble.
« Toute la place… je n’en ai plus…
— Vingt-quatre ans de relation… Je ne peux pas la balayer d’un revers de main. Tu occuperas toujours une place spéciale Grimmjow. Mais, comprend bien que c’est Jiruga qui m’importe aujourd’hui… »
Ichigo resta encore une seconde et se détourna. Grimmjow lança….
« N’oublie pas que je serai toujours là Ichi… Je ne vis que pour toi ma fraise… »
Le roux ne se retourna pas et continua sa route pour rejoindre son homme qui s’était installé sur le capot de la voiture et l’attendait légèrement crispé malgré l’air détaché qu’il affectait. Un sourire naquit sur ses lèvres.
°°0°0°°
Le lendemain, Ichigo avait l’impression d’une gueule de bois et cela sans avoir bu. Il ne savait pas mais, il avait l’impression que sa journée ne serait pas bonne. Quand il sortit du lit, il se prit les pieds dans les couvertures et s’effondra de tout son long sur le sol. Le roux jura entre ses dents. Une chance que Nnoitra soit partie. Il se serait moqué gentiment de lui.
Après s’être péniblement levé, Ichigo gagna la cuisine où l’attendait son petit déjeuner. Il fut reconnaissant à Jiruga de s’en être occupé. Il avait l’impression d’avoir un étau autour de son crâne. Il bu une aspirine et mangea du bout de ses baguettes. Son portable sonna et Ichigo déchiffra un texto envoyé par Renji.
« Rejoins-nous à notre tripot… vers midi. Ren’ »
C’était quoi cette convocation ? « Nous » ? Immanquablement les paroles de Yadomaru… Ichigo repoussa l’avertissement et entrepris de se préparer. Peut-être voulaient-ils simplement passer un moment entre potes ?
Toujours était-il qu’Ichigo finit sa course sous la douche sous laquelle, il resta un petit moment. Ichigo s’habilla décontracté d’un pantalon en toile et d’un T.Shirt moulant. Son collier brillait doucement autour de son cou. Il rangea son portefeuille dans une des poches de son pantalon et quitta l’appartement.
Ichigo ne vit pas derrière lui à quelques pas en retrait l’homme qui le suivait. Amagai voulait voir de ses yeux la déception et le désespoir du roux. Ichigo sortit son e-pod et s’engouffra dans la bouche de métro. Il arriva relativement rapidement à destination. Il se laissait du chemin à parcourir à pied. Il se sentait le besoin de calmer une certaine nervosité qui l’envahissait peu à peu.
°°0°0°°
Ichigo franchit le seuil de l’ancien quartier général où il retrouvait ses amis, avant d’être emporté par le tourbillon qu’ils vivaient depuis quelques mois. Il repéra rapidement ses amis. À leurs mines sombres, il comprit aussitôt de quoi ils allaient parler. Le cœur serré, il s’installa à table avec le sourire.
« Alors… c’est fini ? »
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Le regard plongé dans le vide, Ichigo fixait le plafond de la pièce. Il se redressa suffisamment pour boire une nouvelle gorgée de whisky. Les explications peu convaincantes de ses amis l’avaient poussé à écourter l’entretien, abrégeant ainsi leurs souffrances. Il se traita d’imbécile. Il était incapable de leur en vouloir. Nnoitra-san avait des arguments de poids ! Lui n’avait rien qui aurait pu soutenir la comparaison.
Ichigo abandonna son verre et porta directement la bouteille à ses lèvres. Il avait besoin d’oublier… d’alléger sa souffrance. Nnoitra-san n’abandonnerait jamais son fils… Peu à peu, il allait faire monter la pression, jusqu’à ce que l’un d’eux renonce. Ichigo se rendit brutalement compte que ses jours auprès de son amant étaient comptés.
L’éventualité d’une séparation d’avec Jiruga lui transperça le cœur. Il eut l’impression de manquer d’air. Le visage grave de son compagnon, puis son sourire et son regard si tendre posé sur lui… Comment allait-il vivre sans lui ? Ichigo eut froid. Qu’allait-il faire à présent ? Il n’avait plus de travail… plus d’amis… simplement Jiruga. Mais pour combien de temps encore ?
Ichigo se promit de faire de ces derniers jours avec son amant les plus beaux et les plus inoubliables de toutes leurs vies. Le piège qui se refermait sur eux n’aurait pas raison des sentiments qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre. Le roux se leva en titubant et se prépara un café serré. Il mangea, puis partit s’allonger au moins une heure, le temps de cuver ce qu’il avait ingurgité.
°°0°0°°
Quelque chose avait dû se produire, mais Jiruga était incapable de comprendre ce qui avait changé dans la vie d’Ichigo. Ce dernier essayait de se comporter comme si tout allait bien, mais Jiruga n’était pas dupe. Ichigo restait muet comme une carpe. Nnoitra sortit son portable, composa le numéro de Renji, qui parut étonné de l’avoir au bout du fil.
« Nnoitra-kun ?
— Ce n’est plus Jiruga-kun ?
— Euh… eh bien… après ce qui s’est passé…
— Que s’est-il passé exactement… justement ?
— Tu n’es pas au courant ?
— Au courant de quoi, Abarai-san ? »
Un silence pesant tomba.
« Vous avez dit quoi à Ichigo ?
— Il ne fait plus partie du groupe, avoua Renji. »
Jiruga raccrocha. Vu l’amitié qui unissait les quatre hommes, seule une intervention extérieure avait pu briser le lien entre Ichigo et ses amis. Jiruga resta plongé dans ses pensées. Il allait devoir avoir une petite discussion avec son père, et ce très prochainement.
En attendant, il imaginait la détresse dans laquelle devait se trouver sa moitié. Jiruga se leva et passa devant son responsable d’un air absent.
« Vous partez où, Nnoitra-kun ?
— Quelque part où vous ne pouvez pas aller à ma place ! »
Le jeune homme s’enferma dans les toilettes et sortit son portable. Ichigo répondit rapidement, et Jiruga déclara de but en blanc :
« Je ne laisserai personne nous séparer, Ichi… même pas mon père. Alors, arrête de faire semblant… de faire comme si tout allait bien…
— Que…
— J’ai appelé Renji, car tu me paraissais bizarre ces derniers temps.
— Que t’a-t-il dit ?
— Juste qu’ils t’avaient viré du groupe. Ichi… nous savons tous les deux qui a fait ça, mais il ne gagnera pas !
— Jiruga… réveille-toi ! Je me demande seulement jusqu’où il est prêt à aller pour te récupérer. Jiruga… je ne veux pas te perdre…
— Je suis désolé, Ichi…
— Je vis les meilleurs moments de ma vie…
— Nous ne nous arrêterons pas là… pas maintenant…
— J’ai été trop insouciant…
— Ichi… et ton travail, comment ça va ?
— Pour l’instant… je ne sais pas encore ce que je vais faire. J’ai besoin de mettre certaines choses au clair. Mais je ne baisserai pas les bras. Comme pour toi, Jiruga. Je suis prêt à tout pour te garder…
— Moi aussi… moi aussi, Ichi… Je vais essayer de rentrer plus tôt…
— Non… agis comme tu le fais d’habitude. Je t’attendrai… toute une vie s’il le faut…
— Ichi…
— Retourne travailler. Et… ne t’inquiète pas pour moi. »
Là, Jiruga s’inquiéta réellement. Ce genre de phrase… c’était sa hantise. Ichigo disait toujours cela dans les pires moments. Il quitta les toilettes et décida de rentrer chez lui. Il devait rencontrer son père et le raisonner. Jiruga devait le convaincre… même si ses chances étaient minces.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)