Chantage : 3

Ichigo rentra chez lui anéanti. L’adolescent ne pouvait pas nier… il avait activement participé. À cette pensée, il rougit. Lorsqu’il poussa la grande porte d’entrée, certains détails lui revinrent en mémoire avec une netteté troublante, et le rouge pivoine envahit son visage.

— Eh bien, fils… vu ta tête, on dirait que tu as connu ta première nuit d’amour ! Enfin… journée, fit Isshin en se grattant la tête.

Le ton était nettement moqueur. Le jeune homme pâlit brusquement et foudroya son père du regard.

— Ne raconte pas n’importe quoi !

Isshin afficha un sourire carnassier.

— Allez, avoue ! Vu l’état de tes vêtements et ton air… tu as dû passer du bon temps avec une fille…

— La ferme !

— Au fait, Ichigo… ajouta-t-il alors que le jeune homme tentait de fuir… tu n’avais pas cours cet après-midi ? Et c’est quoi ce costume ? C’était pour ton rendez-vous ? J’espère qu’elle était jolie au moins…

Ichigo resta figé. La voix d’Isshin résonna, plus sérieuse :

— En tout cas, jolie ou pas, je préférerais que tu ailles à l’école. J’espère ne plus te surprendre comme ça.

Ichigo n’avait pas la force de répondre. Il était épuisé… et surtout, il avait besoin de se plonger dans un bain au plus vite. Il choisit de battre en retraite et échappa ainsi à l’interrogatoire de son père.

Isshin pouvait prendre des airs idiots… mais il était redoutablement perspicace quand il le fallait. Ichigo comprit qu’il aurait du mal à lui mentir longtemps. Le remords l’assaillit.

Une fois dans sa chambre, il ferma la porte à clé.

Il prit alors pleinement conscience de ce qui s’était passé. La gêne et la confusion envahirent son esprit.

Comment avait-il pu laisser un homme le toucher ainsi ? Comment avait-il pu laisser Gin Ichimaru le toucher… et y répondre ?

C’était inconcevable.

Ses pas le menèrent jusqu’à la salle de bain. La première chose qu’il fit fut de faire couler l’eau chaude.

Lentement, il se déshabilla. Les vêtements tombèrent à ses pieds. Devant le miroir, il observa son reflet. Rien n’avait changé… en apparence. Mais son regard, lui, était différent.

Il s’approcha.

Ses doigts effleurèrent son visage, puis son cou.

Aucune trace visible. Juste cette sensation étrange dans le bas de son corps… et des courbatures dans le dos.

Il entra dans l’eau chaude et soupira. Sa tête reposa contre le rebord de la baignoire. Un doigt activa les remous.

Mince… comment j’ai pu en arriver là ?

La question tournait en boucle.

Mais plus encore que l’acte… c’étaient les sensations qui revenaient. Le plaisir. L’intensité.

Il ne pouvait pas le nier.

Ichimaru avait été… tendre.

Même s’il l’avait congédié comme un domestique.

Ses gestes… son regard… cette lueur…

Ce n’était pas une illusion.

Ichigo frissonna.

Il en avait assez.

Toutes ses pensées tournaient autour de lui.

Ses caresses. Son regard. Sa voix.

La peur… oui. Mais aussi cette confiance instinctive qu’il lui avait accordée. Ce désir brûlant.

Il s’enfonça sous l’eau.

Remonta une minute plus tard.

Rien n’avait changé.

Il se lava avec énergie, comme pour effacer toute trace. En vain.

Quand il sortit du bain, une pensée le figea : Demain.

Tout recommencerait.

Il chassa cette idée.

Il s’habilla, prit son téléphone et appela Keigo pour récupérer ses cours. Il n’avait pas le choix.

Si ses résultats chutaient, son père enquêterait. Et Isshin ne lâchait jamais prise.

Ichigo descendit ensuite à la cuisine. Sa mère s’y trouvait.

— Ichigo ! s’exclama-t-elle avec un sourire. Ton père m’a dit que tu étais là… Dis-moi, c’est vrai que tu as une petite amie ?

Le jeune homme détourna le regard.

— Si on veut…

Masaki l’observa attentivement.

— Si tu veux m’en parler, je suis là. Je te trouve nerveux ces derniers temps.

— Tu te fais des idées… je vais bien.

Le ton était sec. Il s’en voulut aussitôt.

Sa mère posa doucement une main sur son bras.

— Fais comme tu le sens… mais n’oublie pas que je suis là, quoi qu’il arrive.

Ichigo la regarda un instant.

— J’y penserai…

Elle lui prépara un chocolat chaud malgré ses protestations. Il finit par accepter. La chaleur de la tasse calma un peu ses nerfs.

Ils discutèrent jusqu’à l’arrivée de Keigo.

Ichigo l’entraîna immédiatement dans sa chambre.

— Qu’est-ce qui t’arrive ? demanda Keigo.

— Rien… mais j’ai besoin de savoir si t’es un vrai ami.

Keigo fronça les sourcils.

— Tu peux compter sur moi.

— Alors couvre-moi. Je vais sécher certains cours. Et j’ai besoin que tu me passes les leçons… et que tu me serves d’alibi.

— Tu vas sécher ?

— J’ai… des affaires à régler.

Keigo le fixa.

— C’est à cause du prêteur sur gage ? Gin Ichimaru ?

Ichigo sursauta et le plaqua presque contre le lit.

— Ne prononce plus jamais son nom devant moi !

Le silence tomba.

— C’était quoi ton deal… ?

Ichigo détourna les yeux.

— Il m’a prêté cinquante millions… et si je ne rembourse pas… je lui donne mon corps.

Keigo blêmit.

— Jusque quand ?

— Jusqu’à ce que je rembourse ma dette !

— Avec les intérêts ?

— Non… je n’ai pas d’intérêt… Il a dit que mon corps suffisait pour cela !

— Wouah ! Et tes absences, c’est pour couvrir…

— Mes parties de jambes en l’air !

Le ton était dur et le regard glacé du jeune homme se posa sur Keigo, qui se tassa sur lui-même.

— Je n’ai pas envie que mes résultats scolaires chutent, sinon mon père va s’interroger et… c’est surtout la réaction qu’il aurait s’il découvrait le pot aux roses qui m’inquiète !

— Je te couvrirai… mais tu n’as pas d’autres moyens pour te sortir de là ?

— Aucun ! Si je ne respectais pas ma promesse, il m’a menacé. Cela rejaillirait sur ma famille, et tu sais très bien qu’un scandale comme celui-là serait épouvantable pour notre nom et l’honneur de ma famille.

— Putain d’honneur ! Et c’est toi qui te sacrifies pour eux… merde !

Keigo serrait les poings et marmonna :

— Si j’avais su ce qui se passerait, j’aurais fermé ma grande gueule !

— Tu n’as rien à te reprocher ! Si tu ne m’avais pas donné cette adresse, mon père aurait tout perdu. Et ça… je ne pouvais pas laisser faire ça !

— Mais tu te rends compte de ce qui t’arrive, Ichigo ?

’adolescent roux observa son ami avec une étrange expression sur ses traits. Un sourire amer étira ses lèvres sensuelles et il répondit d’une voix lente et basse :
— Tu ne t’imagines même pas à quel point !

Keigo ne sut quoi répondre. Ichigo invita son ami à lui donner les cours qu’il avait manqués. L’adolescent bondit sur ses pieds et prit une deuxième chaise et se mit à expliquer le contenu de ces derniers. Jamais Keigo ne fut plus serviable et attentionné avec le roux.

L’expression d’angoisse qui se lisait sur ses traits aurait pu être celle d’Ichigo. Comme si l’étudiant avait pris sur lui d’exprimer les émotions que le roux était incapable d’exprimer !

°oOo°

Le lendemain matin, Ichigo mangea rapidement son petit déjeuner et quitta sa famille encore plus rapidement. Le jeune homme arriva devant les portes de son lycée et fut bientôt rejoint par Chad, Keigo, Mizuiro et Tatsuki.

Même si Keigo l’observait, un peu inquiet, le jeune homme essayait de donner le change et Ichigo lui en fut reconnaissant. Bientôt, l’adolescent se comporta tout aussi naturellement avec les autres qui les rejoignaient au fur et à mesure qu’ils s’avançaient vers leur classe.

Le roux fut soulagé : aucun coup de fil ne fut donné au matin. Cela le rassura et il commença lentement à se détendre au fil des heures, oubliant même Gin par intermittence.

Quelle ne fut sa surprise de voir que son après-midi fut tout aussi tranquille. Ichimaru pouvait-il avoir oublié ? Même Keigo semblait tranquillisé de voir son ami avec lui à la sortie des cours.

À peine rentré chez lui, Ichigo fit ses devoirs, mangea et finalement se prépara, plus tard dans la soirée, à aller se coucher. Son téléphone portable sonna et son cœur s’arrêta. Il venait juste de le poser sur sa table de chevet.

Les yeux du jeune homme tombèrent sur l’horloge digitale… 22 h !

L’adolescent mit un certain temps à décrocher et, quand il le fit, la voix contrariée de l’albinos lui demanda :

— Que faisiez-vous ?
— Je… j’étais aux toilettes…

Excuse débile mais, au moins, un endroit où on ne penserait pas prendre son portable.

— Je vous attends d’ici une heure à l’adresse que je vous ai donnée. C’est la chambre 54 et elle se trouve au deuxième étage, à droite de l’ascenseur. Vous ne vous arrêterez pas à la réception !
— Bien…
— Ne me faites pas faux bond !
— Pour qui me prenez-vous ?
— À dans une heure…

La communication fut coupée. Le cœur du jeune homme battait follement dans sa cage thoracique. Ichigo resta un moment sur place, ne sachant quoi faire.

Puis un froncement de sourcils vint barrer son visage et il se tourna vers son placard. Il en sortit un costume sombre. Il songea à s’en racheter, car sa garde-robe, de ce côté-là, était pauvre.

Bientôt, il se fit face dans la glace ; son ensemble noir le vieillissait sans conteste en lui donnant une distinction folle.

Ichigo attrapa son portable et commanda un taxi. Il lui donna rendez-vous un quart d’heure plus tard, un peu plus loin dans sa rue. L’adolescent forma une silhouette avec ses coussins, en rabattant ensuite ses couvertures dessus.

Le jeune homme se dirigea vers sa fenêtre et observa le sol plus bas. Une chance qu’il ne soit qu’au premier étage. Il passa par-dessus la rambarde et se laissa glisser pour atteindre le bord du balcon, puis se lâcha. Le jeune homme atterrit presque silencieusement sur le sol.

Lorsqu’il se redressa, Ichigo longea la maison et se cacha derrière certains buissons pour finalement se retrouver à l’extérieur de chez lui. Il s’épousseta rapidement et se dirigea vers son lieu de rendez-vous pour le taxi, qui arriva bien vite.

Le roux donna l’adresse au chauffeur, qui lui jeta un curieux coup d’œil, mais l’adolescent se contenta de le dévisager froidement, un sourcil légèrement redressé. L’homme haussa les épaules et se concentra sur sa conduite.

Arrivé à destination, Ichigo paya et un frisson parcourut lentement son échine. Le trajet lui avait semblé si court. Sans attendre, le roux traversa le hall de l’hôtel et beaucoup de regards se tournèrent vers ce jeune homme si beau et si distingué.

Il traversa le hall sans observer ce qui l’entourait. Tout au moins remarqua-t-il la classe de l’établissement ; ce n’était absolument pas un hôtel miteux.

Le jeune homme monta dans la cage d’ascenseur. Plusieurs femmes s’y trouvaient et chuchotaient entre elles, mais le jeune homme prit le parti de les ignorer. Ichigo sortit le premier et les gloussements derrière lui l’exaspérèrent.

Le roux tourna à droite et regarda la numérotation.

Il observa les numéros…
cinquante,

cinquante-deux,

son cœur s’accéléra brutalement.

Il prit conscience de ce qu’il faisait… Kami-sama, ses genoux commencèrent à s’entrechoquer.

L’adolescent frappa à la porte cinquante-quatre en essayant bravement de ne pas montrer son émoi. Il sentait ses yeux picoter légèrement. Puis il se reprit et se redressa : non, il assumerait et rien ne le ferait flancher.


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