Rouge comme le rubis : 4

Mercredi 4 février 2009


Ichigo fut réveillé le lendemain par Shūhei qui avait bien l’intention d’entamer un deuxième round. Il voulut se soustraire aux caresses, mais le tatoué était bien décidé à faire succomber sa fraise. Lorsqu’ils échouèrent sur l’oreiller, le roux observa son amant qui reprenait sa respiration.

— Shūhei, tu vas faire quoi prochainement ?

— Hum… Tu veux dire quoi ? Professionnellement ? En privé ?

— Professionnellement.

Shūhei roula sur le côté et se suspendit au-dessus d’Ichigo. Il le regarda, pensif.

— Bientôt, on retourne en studio enregistrer notre prochain album. Donc, on se verra pas beaucoup. Mais tu viendras les jours où tu auras un congé. Ça m’ferait plaisir que tu sois à nouveau en studio.

Hisagi se pencha et embrassa l’orangé qui le fixait, songeur.

— Ça ne te plairait pas de venir nous voir ? Kaïen serait fou de joie tu sais !

— Je viendrai vous voir, mais pas forcément la journée ou tous les jours !

— Super !

Le brun se laissa tomber sur le matelas et attrapa le roux qu’il fit passer au-dessus de lui pour faire la planche.

— Ichi… Tu voudrais pas collaborer à notre prochain album ?

— Doucement Shūhei ! On vient à peine de se remettre ensemble et tu me demandes déjà de bosser comme je le faisais lorsque j’étais dans le groupe !

Shūhei le regarda sérieusement et murmura :

— Reviens avec nous Ichi… Redeviens, ce que tu étais…

— Je ne peux et ne veux plus ! Je te l’ai dit. L’ombre me convient très bien à moi. Je n’ai pas le « feu sacré » comme vous autres. Je suis heureux pour vous que tout ait continué après mon départ : je culpabilisais tellement à l’époque ! Mais je n’ai plus rien de l’adolescent d’avant et puis… Mettre des robes, j’en avais assez !

— Je veux bien te croire !

— Crétin ! J’ai vu que t’en portais une à ton dernier concert !

— Tu nous regardes ?

Ichigo pencha sa tête et leurs fronts rentrèrent en contact.

— Shūhei, nous sommes ensemble depuis le jardin d’enfants. Nous sortions ensemble depuis nos seize ans. Comment veux-tu que je tourne la page aussi facilement ? Bien sûr que je t’ai toujours suivi ! Je t’aime et je t’ai toujours aimé ! Pourquoi crois-tu que tu arrives à me faire céder à chaque fois ?

— Ichi…

Hisagi enroula ses bras autour des épaules du roux et l’embrassa, une profonde tristesse dans son regard.

— Ichi, je suis désolé ! Plus jamais, je te laisserai seul ! Je suis désolé pour le mal que je t’ai causé.

— Tu ne t’excuses jamais habituellement… souffla Ichigo.

— Il faut un début à tout…

Ils finirent par se lever. Le sommelier mourait de faim. Ils prirent une douche et déjeunèrent dans la bonne humeur. Shūhei quitta la maison du jeune homme peu après le repas, il avait plusieurs rendez-vous à honorer.

Après le départ de son amant, Ichigo se dirigea vers son salon et éteignit la chaîne stéréo qui était restée allumée toute la nuit. Sa main trembla un peu en fermant le bouton. Il se reprit difficilement. Il se dirigea vers son bureau et régla quelques affaires courantes, puis se dirigea vers le restaurant.

°OoO°

Ichigo gara sa voiture à sa place habituelle. Il traversa le parking sous le soleil radieux du début juillet. Il entra dans le restaurant. Inoue était à pied d’œuvre.

— Tu bosses ?

— On organise une soirée inauguration ! T’es pas au courant ?

— Non.

— « Il ou elle » va certainement t’en parler !

— Ok !

— Ton voyage s’est bien passé ?

— Super ! Juste fatiguant.

— J’aimerais visiter la France…

— Orihime, tu visiterais toute la planète si tu le pouvais !

La jeune femme éclata de rire et approuva de la tête, puis elle abandonna Ichigo pour prendre la communication téléphonique. Lui se rendit aux cuisines. Renji, Byakuya et Grimmjow étaient aux fourneaux, accompagnés d’Hanataru et Nanao, le dragon de la cuisine. Il soupira en voyant Uryuu et sourit à sa sœur quand elle lui sauta au cou. Tous se retournèrent, surpris d’entendre des exclamations de joie.

— Ichi-nii ! Je suis vraiment contente de te voir !

— Moi aussi !

— T’es pas passé à la maison !

— Disons que j’étais occupé.

Rukia le regarda en plissant les yeux.

— Qu’est-ce qui pouvait bien t’occuper aussi longtemps ?

— Rien, marmonna Ichigo, décelant là un sujet sensible.

— Kurosaki ! s’exclama Uryuu. Ravi de te revoir !

— Moi de même !

— Mon œil !

— Je suis aussi sincère que toi !

Les deux hommes se défièrent du regard.

— Oï ! fit la voix de Grimmjow. Je vous ai demandé de venir ici pour nous donner votre avis, pas pour vous battre comme des chiffonniers ! Au fait Kurosaki, samedi, c’est notre jour pour l’inauguration du restaurant. Vous trouverez votre nouvel uniforme dans votre casier demain.

— Bien.

Ichigo se tourna vers son patron et ne put s’empêcher de penser à ce que lui avait dit Hisagi. Il préféra finalement enfouir ses paroles très loin en lui. Après tout, il s’en fichait comme de sa première chemise que son patron s’intéresse à lui !

Il alla à la rencontre de ses beaux-frères et regarda les assiettes qui étaient présentées. Le roux fut surpris par les présentations épurées, totalement différentes de tout ce qui était fait avant. Quel changement radical !

— Allez-y, goûtez ! Nous les avons préparés pour vous !

Uryuu et Rukia s’approchèrent d’Ichigo et les trois sommeliers prirent une fourchette. Le roux prit une toute petite part du premier plat et posa la bouchée sur sa langue.

Il ferma les yeux, surpris par les saveurs qui se dégageaient du met. La présentation simple ne laissait pas deviner une telle explosion de parfums et d’arômes.

Les deux autres sommeliers donnèrent leur avis alors qu’il en était encore à énumérer mentalement les ingrédients, les sourcils froncés comme pour mieux se concentrer. La cuisine était totalement différente de ce que Byakuya faisait habituellement. Il n’était absolument pas d’accord avec Uryuu, comme d’habitude de toute façon.

— Alors ? demanda Grimmjow qui observait Ichigo.

— J’avoue que je ne suis pas d’accord avec Uryuu. Puis-je goûter les autres plats ?

— Bien sûr !

Ichigo sortit son calepin et prit quelques notes rapides. Il se tourna vers les autres assiettes et se mit à déguster chaque bouchée qu’il prenait, écrivant ses différentes appréciations en même temps. Finalement, il donna pour chaque plat les saveurs qui les composaient et finit par citer des noms de vins blanc, rouge, rosé ou jaune vendange tardive, notamment pour les écrevisses.

— Je reviens…

Ichigo quitta la pièce et partit chercher dans sa cave le choix des vins qu’il avait en tête. Sa sœur et Uryuu l’accompagnèrent à sa demande. Ce dernier aurait voulu protester, mais le regard que Grimmjow lui lançait l’en dissuada et il suivit le roux.

De son côté, Ichigo tapotait ses lèvres. Il sortit quelques bouteilles, puis ils remontèrent et déposèrent les vins sur le plan de travail. Les trois sommeliers sortirent leurs couteaux et coupèrent l’opercule, puis ils débouchèrent les bouteilles. Le roux sentit les bouchons et s’assura que le vin n’était pas endommagé. Enfin, il se tourna vers Rukia et Uryuu. Ils discutèrent tous les trois quelques instants. Nell arriva avec différents verres. Elle adressa un sourire très chaleureux à Ichigo qui le lui rendit.

Les sommeliers versèrent le vin et mirent les verres devant les plats. Bientôt, une nouvelle dégustation prit forme avec mets et boissons : chacun donnait son avis. Les discussions étaient âpres. 

Uryuu voulait imposer ses choix, comme à l’accoutumée. Ichigo finit par l’ignorer après avoir esquissé des moues exaspérées. Il n’avait pas envie de perdre de temps et surtout sa salive avec le brun. Byakuya quant à lui se rangea du côté d’Ichigo, ainsi que Renji et bientôt Rukia.

Mais le roux savait qu’ils étaient tous de sa famille, alors il se tourna vers Jaggerjack, attendant son avis patiemment. Grimmjow prit son temps et finalement admit que les associations d’Ichigo étaient les plus appropriées, même s’il retint l’un des vins qu’Uryuu avait choisi.

Satisfait, Ichigo rangea son matériel et entreprit de débarrasser le plan de travail. Il quitta ensuite la cuisine, sa sœur sur les talons.

— Grand frère, Byakuya m’a dit tout à l’heure pour toi et Shū…

— Et alors ? la coupa-t-il.

— Ne t’énerve pas, je ne vais pas te reprocher quoi que ce soit ! Simplement… Fais attention à toi Ichigo ! Tu as beaucoup souffert la dernière fois…

— C’est bon ! Je suis majeur.

— Mais c’est nous qui recollons les morceaux derrière ! rétorqua sèchement Rukia.

Ichigo s’arrêta et se tourna vers sa sœur. Derrière elle, il croisa le regard bleu de Grimmjow Jaggerjack. Il les fixait intensément. Leur patron avait entendu toute la conversation, ça ne faisait aucun doute, alors le sommelier rougit légèrement. Il foudroya sa sœur du regard alors que cette dernière se rendait compte de sa bévue.

Elle se mordilla la lèvre inférieure. Elle allait encore passer un sale quart un peu plus tard. La jeune femme quitta rapidement les lieux et commença à se chercher des excuses plus plausibles les unes que les autres.

— Cela n’a pas l’air d’aller.

— Je vais très bien, merci !

— Si vous le dites, mais ne prenez pas votre lieu de travail pour une salle de confession. Votre vie sentimentale ne doit pas empiéter dans le domaine professionnel. Est-ce compris ? déclara sèchement Grimmjow.

— Cinq sur cinq !

Ichigo tourna les talons et s’apprêta à descendre à la cave lorsqu’il entendit un petit ricanement qu’il connaissait bien.

— Les travestissements vont recommencer alors ?

Ichigo s’arrêta net et scruta le brun à lunettes quelques secondes, avant de lui répondre non sans ironie.

— Je suis sûr que tu es un refoulé et que tu adorerais te travestir, Uryuu ! Avoue que tu es jaloux ! Et tu aimerais bien que je le fasse pour toi, non ? Après tout… Tu m’as harcelé pendant toute notre formation pour ça !

— Salaud !

— Pas autant que toi…

Et il descendit les marches rapidement sans plus se soucier de l’autre.

— Travestir ? questionna Grimmjow stupéfait.

— Comment ? Vous ne connaissez pas Ichigo Kurosaki, alias Ka-ten sama des Dix moi Alice ?

— Pardon ?

— Oh… Vous ne regardez pas les groupes de visual rock !

— Ma fille aînée si, mais personnellement, je ne suis pas sensible à cette… musique !

— Eh bien, demandez-lui de vous montrer les anciens posters du groupe « Dix moi Alice », disons ceux d’il y a cinq ans. Regardez le chanteur du groupe. Je suis sûre que vous serez très surpris !

Grimmjow observa son nouvel employé qui jubilait de lui donner toutes ses informations.

— Vous recherchez quoi, au juste ? demanda enfin le bleuté.

— Rien… Mais c’est intéressant de connaître le passé de ces employés !

— Je découvrirai quoi dans le vôtre ? lâcha Jaggerjack.

— Euh…

Ishida commença à paniquer.

— Personnellement, j’ai été en prison. Comme quoi, on a tous quelque chose à cacher !

Le sommelier regarda son patron avec stupéfaction, sans savoir quoi lui répondre. Il voulut parler, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Ichigo, tout juste revenu de la cave, observa le brun qui, en cet instant, ressemblait à un poisson rouge.

— Quelque chose ne va pas Uryuu ?

Un petit silence s’installa. Ishida devint écarlate en voyant le sourire psychotique que lui adressa son employeur.

— Nous… Nous avons terminé pour aujourd’hui ? demanda Ishida.

— Oui !

— Je… Je vais y aller !

Ichigo observa son manège avec suspicion alors que son collègue tentait de rester impassible. Il n’arrivait vraiment pas à la cheville de Byakuya.

— Vous lui avez dit quoi pour le terroriser comme ça ? Si j’ai les même arguments que vous, je pourrais aussi le faire fuir de cette manière !

Un sourire ironique flottait sur les lèvres d’Ichigo.

— Trouvez-vous vos arguments… Je ne fais pas de baby-sitting !

L’employé leva les yeux vers le bleuté, mais celui-ci était déjà parti s’enfermer dans son bureau. Le roux se dirigea alors vers le bar à vin et sortit ses classeurs et son portable.

Il s’installa dans le fond de sa pièce et prit le téléphone sans fil. Il avait une ligne directe. Ichigo remercia le ciel pour cette avancée dans son quotidien professionnel, puis il téléphona à son fournisseur habituel. Il prit également quelques rendez-vous avec d’autres négociants.

L’homme allait profiter des deux prochains jours pour faire le tour des cavistes. Il fut plus tard rejoint par Rukia qui s’installa en face de lui.

Une fois qu’il eut raccroché, sa sœur lui demanda comment il allait.

— Ça va, pourquoi ?

— J’ai entendu qu’Ishida a parlé de ton passé en tant que membre des « Dix moi Alice » à Monsieur Jaggerjack. Mais je n’ai pas tout entendu toute la conversation, il a vu que j’étais là. J’ai dû partir…

— Eh bien, il tombera pas des nus au moins.

— Grand frère, tu es sûr que ça va ?

Ichigo leva les yeux sur sa sœur. Cette dernière se tortillait les mains et s’agitait sur sa chaise.

— Pourquoi me posez-vous toujours cette question ?

— Ichi… C’est pas que je suis contre que tu refasses ta vie avec Shūhei, mais tu te rends compte que tu sortais enfin de tes crises d’angoisses ? Tu viens juste de retrouver ton équilibre et te revoilà plongé dans ton ancienne vie, avec ce crétin d’Ishida qui va te rappeler ton passé et le claironner partout ! Je t’avoue que j’ai peur qu’il l’annonce à une certaine presse !

Ichigo fit tourner son crayon entre ses doigts. Il avait écouté sa sœur, se rendant peu à peu compte qu’elle avait parfaitement raison. Il fronça les sourcils et baissa les yeux vers son agenda.

— Si cela devait se savoir, commença doucement Ichigo, je devrais renoncer à ma vie ici. Je ne pourrais plus supporter une nouvelle médiatisation.

— Alors fais en sorte que le binoclard ne le sache pas ! Il ne va pas se gêner pour le clamer partout.

Rukia partit peu après, laissant son frère seul face à ses réflexions. Il quitta bientôt le restaurant et rentra chez lui. Son amant ne vint pas le rejoindre ce soir-là, et Ichigo en fut heureux. Il avait besoin de réfléchir aux conséquences de ses actes et au problème Ishida.

°OoO°

Grimmjow quant à lui rentra chez lui tard. Il avait encore la tête pleine de chiffres et de problèmes à résoudre avant l’ouverture du samedi. À peine entré, il jeta sa veste sur un fauteuil. Halibel allait encore le harceler parce qu’il faisait traîner ses affaires, mais il n’avait plus le courage de faire quoi que ce soit.

Il se dirigea vers la cuisine. Rien n’avait été préparé. Il regarda sa montre. 22h30 ! Le restaurateur se dirigea vers le réfrigérateur et se composa une salade rapide accompagnée d’un verre de vin. En faisant couler le liquide pourpre dans son verre, il repensa à ce que lui avait dit le nouveau sommelier sur Kurosaki.

La porte de la cuisine s’ouvrit brutalement, le coupant de ses songes et une adolescente entra en pyjama.

— ‘Lut P’pa !

— Qu’est-ce que tu fais encore debout ?

— Oh ça va ! Tu vas pas me faire une crise d’autorité maintenant ! Et puis, j’ai bientôt 18 ans, j’te signale !

— Tu as mangé ?

— Ouais, avec des copines dans une cafét’.

— Et ton frère ?

— Il est collé à maman, maugréa la jeune fille qui se prit une pomme au passage.

Elle s’installa à côté de son père et le regarda manger.

— P’pa ! Il va y avoir une fête au lycée et avec mes copines, on a monté un groupe de rock !

Son père s’étouffa.

— C’est ta nouvelle lubie ?

— Non ! En fait, ça va faire un an qu’on répète… Tu viendras me voir chanter ?

— C’est toi la chanteuse ?

— Oui… En fait, j’écris les paroles et Cassy s’occupe de la musique.

— Cassy ?

— T’es ringard ! C’est nos noms de scènes !

— Et le tien c’est… ? Si c’est pas indiscret.

— Kokoro (*) !

— Rien que ça ! Se moqua Grimmjow.

Il observa sa fille et finit par lui poser la question qu’il retenait.

— Tu connais le groupe des Dix moi Alice ?

— Wouah !!! Si je connais ! Attends, c’est le plus grand groupe de visual rock qui existe ! Enfin… Moins bien depuis que Ka-ten-Sama l’a quitté. Mais leur musique déchire ! Je savais pas que tu connaissais ce genre de musique !

— J’ai croisé Hisagi Shūhei à l’aéroport…

— Quoi ?! Tu as croisé ce mec et tu ne m’as pas prise d’autographe ? hurla sa fille, prête à s’arracher les cheveux. Ce mec est super sexy et son 69 sur la figure, c’est un appel au viol !

La jeune fille bondissait dans tous les sens.

— Il est comment en vrai ? Il est aussi beau que sur les photos ? Nan, il doit être plus beau encore !

— Du calme !

— Tu me diras… Je peux te pardonner ! Ce n’est qu’Hisagi… Par contre, si tu m’avais dit que tu avais croisé Ka-Ten Sama, là je t’aurais tuée pour ne pas m’avoir apporté son autographe.

En disant cela, elle avait sorti un couteau et menaça son père, qui la foudroya du regard et lui ordonna de poser l’objet immédiatement. Ce qu’elle fit, car Grimmjow avait vraiment l’air mauvais. Elle savait jusqu’où elle pouvait aller.

— Et pourquoi, il a arrêté s’il était si connu ?

— Oh, en fait… Il était silencieux en dehors de la scène. Quand il y avait des interviews, il ne parlait jamais. Il faisait juste acte de présence. Il était toujours habillé en fille, ce qui fait que personne ne sait à quoi il ressemble en vrai. Je crois qu’il n’a pas supporté la pression. Il a dû déménager, je ne sais pas combien de fois ! Il était tout le temps harcelé car tout le monde voulait percer le mystère ! Tu penses bien ! La seule chose qu’on a su de lui, c’est qu’il sortait avec Hisagi. Ils se connaissent depuis le jardin d’enfants soi-disant et ils sortent ensemble depuis le lycée. Ça on l’a su car c’est Hisagi qui a vendu la mèche ! Autant Ka-ten était secret, autant Hisagi est l’inverse. N’empêche… Quand Ka-ten a quitté le groupe, Hisagi a filé un mauvais coton. Deux ans après, il a rompu avec lui pour aller s’envoyer en l’air avec un producteur d’une major. Je me suis toujours demandé ce que Ka-ten avait pu ressentir, car ils ont toujours vécu ensemble…

— Il ressemble à quoi ce Ka-Ten ?

— Viens, je vais te montrer ! Je n’ai que des posters de lui dans ma chambre ! C’est mon Dieu !

— Tu n’exagères pas un peu ?

— Que non ! Tu sais… Tous les plus gros succès du groupe, c’était grâce à lui. Il a une plume… Fit Anku rêveuse. J’adorais pouvoir écrire comme lui !

Ils arrivèrent devant la chambre de la jeune fille. Grimmjow se rendit compte qu’il n’y avait plus mis les pieds depuis un sacré bout de temps. En fait, la tête de mort qu’il y avait à la porte et les signaux radioactifs  n’incitaient à la visite !

Grimmjow faillit avoir une attaque en voyant le chantier qui servait de chambre à sa fille, mais il s’abstint de toutes réflexions car sa curiosité était en passe d’être satisfaite.

Anku alluma la lumière et il vit des posters d’un être androgyne, habillé la plupart du temps en noir et coiffé de façon improbable. Le visage était déroutant : il était féminin à l’extrême et pourtant le corps était celui d’un homme. Enfin, c’était surtout visible sur les posters qui le représentaient en concert. Il se dégageait de lui un magnétisme déroutant.

— Impressionnant, non ?

— C’est marrant, mais il n’a pas ces yeux-là ! lâcha Grimmjow, songeur.

— Que viens-tu de dire ? demanda Anku d’une voix hystérique.

— Rien !

— Si ! Tu as dit qu’il n’avait pas ces yeux-là ! Tu sais qui c’est, avoue ! Sinon, tu ne m’aurais pas posée toutes ces questions !

Grimmjow regarda sa fille. Elle le fixait d’un air suppliant, ses yeux bleus débordant d’espoir.

— En fait, je n’en suis pas sûr…

— Oh ! Montre-le moi et je te dirai si c’est lui ou pas !

— Comment pourrais-tu le savoir ? Moi, je serais incapable de dire si c’est lui ou pas en regardant tes posters !

— Ouais, mais toi tu t’imagines pas lui faire l’amour !

— Pardon ? Fit son père en ouvrant de grands yeux.

— Bah quoi ! C’est un phantasme, se moqua sa fille en agitant une mèche blonde avec son doigt.

— Tu n’as pas à avoir de phantasme à ton âge !

— Rêve ! Tu crois quoi toi ? Toi avec maman, ça faisait longtemps que vous aviez rompu vos vœux de chasteté !

— Ce n’est pas pareil ! grogna son père.

— En quoi ?

Anku leva les yeux et regarda le poster du jeune homme affiché partout dans la chambre. Elle posa un doigt rêveur sur le contour du visage du chanteur.

— J’ai toujours rêvé de sortir avec ce genre de mec ! Oh pas pour ce côté féminin… Mais parce ce qu’il doit être extrêmement sensible et ses textes sont à tomber par terre. Aaaaahhhh ! En plus, il doit être beau ! Je veux le voir en vrai ! Je vendrai père et mère pour ça !

— Je suis là, je te signale ! maugréa son père.

— Dis P’pa ! Tu pourras me le faire rencontrer, celui que tu crois être Ka-Ten Sama ?

— Viens au restaurant demain après-midi, il devrait y être, suggéra Grimmjow, curieux de voir confirmer ces soupçons.

Anku le regarda avec surprise.

— Ne me dit pas qu’il travaille pour toi au restaurant ?

— Comme sommelier.

— Pas possible !

— Tu verras demain…

— Ouais… hésita Anku. Après tout, c’est ma meilleure piste ! Je passerai demain après-midi. Sors maintenant !

— Pardon ?

— J’ai dit sors. C’est ma chambre !

— C’est toi qui m’a fait entrer !

— Bah maintenant, la visite est terminée… Ouste !

Anku poussa son père à la sortie et lui claqua la porte au nez en lui tirant la langue. Grimmjow la menaça, mais seul un éclat de rire lui répondit.

— Au fait, tu sais où est ta mère ?

— Elle a dit qu’elle rentrerait pas ce soir ! Elle a des trucs à régler à Nagano pour le restaurant… Elle rentrera pour l’inauguration de samedi !

— Et ton frère ?

— Rai est collé au basque de maman, comme d’hab’.

— Putain ! Et ses études ?

— J’l’ai déjà dit : maman le couve trop ! De toute façon, c’est une larve ! Allez, bonne nuit P’pa !

— Bonne nuit Anku !

Grimmjow se dirigea vers sa chambre et embarqua son pyjama. Il se retrouva rapidement sous la douche, les pensées tournées vers Ichigo Kurosaki encore une fois. Il frappa la vitre avec son poing, faisant trembler toute la structure.

Ce putain de sommelier avait envahi tout son esprit ! Il arrivait à peine à se contenir de le prendre dans ses bras à chaque fois qu’il le croisait et c’était pire depuis qu’il l’avait frôlé par inadvertance ! Mais ce qui le mettait le plus en colère était le type qui lui servait de compagnon !

Grimmjow réalisa alors qu’il était tombé amoureux d’Ichigo.

Comment cela avait-il pu arriver ? Il était hétéro, marié et père de deux adolescents. Était-ce le démon de la quarantaine qui frappait ? Normalement, ça aurait dû être d’une femme dont il aurait été amoureux.

Des images de Ka-Ten Sama passèrent dans sa tête. Il devenait dingue !

Le restaurateur finit de se laver rapidement et sortit de la douche. Il se sécha en vitesse et enfila son pyjama avant de rejoindre son lit, vide encore une fois. Ses songes se tournèrent de nouveau vers le roux aux sourcils perpétuellement froncés et aux yeux si chauds. Ils ne s’allumaient jamais d’une lueur heureuse.

Que lui avait fait le sommelier ? Il maudit le jour où ses pas avaient rencontré les siens et finit par s’endormir du sommeil du juste. Son repos fut pourtant agité et, dans ses rêves, un certain Dieu du Feu aux yeux ambrés vint lui rendre visite…


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)