Vendredi 6 février 2009
Ichigo ne profita pas vraiment de sa journée de repos pour flemmarder. Il s’enferma dans son bureau et, se sentant particulièrement inspiré, il commença à écrire quelques textes. Il ne garderait pas tout, mais cherchait surtout à mettre des idées en place. Le jeune homme reçut aussi quelques coups de fil, dont un de Hisagi.
Celui-ci dura un petit moment et ne se passa pas vraiment comme l’espérait le roux. Son amant voulait absolument le faire participer à l’élaboration de son prochain album.
Ichigo ne se sentait plus vraiment dans le style de chanson que recherchait le brun et comptait bien lui faire comprendre. Et puis, il se rendait compte qu’il ne voulait plus de la pression que Hisagi pouvait exercer sur lui.
La vision de deux yeux bleus flotta devant lui. Cela le troubla plus qu’il ne l’aurait souhaité. Est-ce que cette brusque prise de conscience avait un rapport avec l’intérêt qu’il portait soudain à son patron ?
Il était dans sa cuisine, occupé à prendre un thé bien chaud, lorsque Shūhei entra brutalement chez lui. Il entendit ses cris et fronça les sourcils, exaspéré par tant de bruit. Le roux le trouva dans le salon. À peine arriva-t-il devant lui que Hisagi le prit dans ses bras et le serra contre lui. Ichigo écarta son bras à temps pour ne pas renverser le liquide brûlant sur son amant.
— Shūhei, attention !
— Tu m’as manqué ! Pourquoi tu ne m’as pas téléphoné pour ton retour ? Je serais venu te chercher et je me serais occupé de toi, Ichigo.
— Dordoni est venu me chercher, répondit le roux.
Shūhei se recula et regarda attentivement le jeune homme en face de lui.
— Je n’aime pas beaucoup cette réponse ! Avant, tu m’appelais pour un oui ou pour un non et là, depuis le début de notre relation, j’ai la vague impression que c’est moi qui dois te courir après ! Tu étais plus attentionné avant. Là, j’ai l’impression que j’ai affaire à un étranger ! Que t’arrive-t-il ?
Il observa le visage inquiet et contrarié du guitariste, mais fut incapable de lui répondre.
— Pourquoi tu ne réponds pas, Ichigo ? Je déteste quand tu es comme ça !
Le brun caressa la joue du jeune homme, l’enlaça et le tira plus près. Les yeux gris le scrutaient intensément et Ichigo sentit sa gorge se nouer. Il ne savait pas par quoi commencer.
— Shūhei, j’ai changé depuis que nous nous sommes séparés…
— Je vois ça et je ne suis pas sûr que cela me plaise vraiment…
— Tu sais, j’ai eu le temps de cogiter depuis que tu es parti. Les reproches que tu me faisais sans cesse… Par exemple : que je t’empêchais de respirer par mes incessantes questions, ou que je voulais être constamment avec toi. Oui, j’ai réfléchi et je me suis rendu compte que j’étais devenu ton esclave, au fil du temps… J’avais tellement peur de te perdre que je me perdais à essayer de t’enchaîner à moi, d’une manière ou d’une autre… Et toi, plus je m’accrochais, plus tu t’éloignais. J’en ai terriblement souffert ! Notre amour n’était absolument pas partagé et je me demande si je n’ai pas été trop vite en acceptant de sortir à nouveau avec toi !
Le musicien le regarda d’abord, incrédule, puis fronça de plus en plus les sourcils au fur et à mesure qu’Ichigo parlait.
— Que veux-tu dire par là ? souffla le brun.
— Shūhei, je veux être honnête avec toi : je ne sais plus exactement où j’en suis ! J’ai l’impression d’avoir été trop vite et de ne pas avoir pris toute la mesure de ce qu’impliquait de sortir avec toi à nouveau. Je… je ne suis plus celui que tu as aimé et je crois que je me suis accroché à un « rêve », après notre séparation…
— Autrement dit, je t’ai juste servi pour tourner une « page » !
— Peut-être…
— Salaud !
— Shū…
— La ferme ! Moi, je t’aime et je t’ai recherché partout ! Je sais que je ne suis pas un « modèle » et que j’ai été un vrai con, mais mes sentiments pour toi sont vrais ! Je t’avoue que tout ce que tu me dis ne me fait réellement pas plaisir ! Et… bon Dieu, Ichi ! Tu ne pouvais pas t’en rendre compte tout de suite ?
Le brun tira Ichigo contre lui. Ce dernier se laissa aller contre son amant, désemparé et surpris par le ton suppliant du guitariste. Jamais il ne l’avait vu si bouleversé. Ses sentiments vacillaient : se trompait-il encore une fois ? Hisagi se pencha vers lui et l’embrassa. Il enroula ses bras autour des épaules du roux et combla l’espace entre eux. Ichigo ne savait plus. Sa raison et son cœur étaient en conflit, et ses pensées s’embrouillaient.
— Pourquoi veux-tu alors absolument que je t’écrive les paroles de ton prochain album ? Je ne m’en sens ni le courage, ni la force.
— Tu es incapable de m’expliquer pourquoi et je souhaite réellement une nouvelle coopération entre nous !
— J’écris encore des textes, mais ils n’ont plus aucun rapport avec ce que j’écrivais par le passé. Je n’ai plus cette révolte, ni cette flamme. Si tu regardes mes textes, à l’heure actuelle, ils sont tous adressés à des groupes pop ou rock, mais plus pour ton style de musique. Ma vie a changé et ma musique avec moi, que tu le veuilles ou non !
— Si tu sors avec moi, tu retrouveras cette inspiration ! déclara Hisagi d’un ton abrupt.
— Non ! Tu ne comprends pas… Même si je suis avec toi, je ne changerai pas ! J’ai ma vie en tant que sommelier ; elle me satisfait pleinement.
— Tu appelles ça une vie ? Tu n’as plus l’excitation des concerts, des fans, des voyages, des soirées…
— Je ne veux plus de tout ça !!! Je ne me suis jamais senti concerné : parce que je t’aimais, je t’ai suivi pour ne pas qu’on soit séparés… Pourtant, pour moi, toute cette période de ma vie n’était que souffrance. Ka-Ten est tout ce que je détestais et j’avoue que le rôle Gatten me convient beaucoup plus. J’aime la musique et je ne peux pas vivre sans elle… mais pas comme toi tu peux le ressentir ou le vivre. Nous sommes complètement différents ! Tu ne l’as pas compris quand j’ai quitté le groupe ?
— Tu ne comprends pas que si tu n’écris pas pour l’album ou si nous n’avons pas un minimum de contact, nous allons nous perdre !
— Cela se fera… avec l’album ou pas ! Comprends que nous n’avons pas besoin de ce genre de contexte pour finir une relation, quelle qu’elle soit !
— Foutaises ! s’écria Hisagi, qui avait repoussé brutalement le roux. Lorsque tu aimes une personne, tu cherches sa présence ! Alors que toi…
Un petit silence passa et le brun reprit :
— Toi, tu te trouves maintenant des prétextes pour me fuir ! Que crois-tu que je ressente, à l’heure actuelle ?
— Je suis désolé, mais ne cherche pas encore une fois à me faire faire quelque chose que je ne veux pas faire ! Tu trouves toujours un moyen pour me faire plier. Et cette fois-ci, cela peut te paraître inconcevable, mais tu ne me feras pas changer d’avis !
Ils se regardèrent un moment : l’un était incrédule, l’autre farouche. Dans les yeux de ce dernier, on voyait une détermination et une résolution inébranlables. Ce n’était plus le jeune homme malléable que le brun avait connu avant. Il avait profondément changé et son amant n’était pas sûr d’aimer la nouvelle version d’Ichigo Kurosaki.
— J’ai besoin de réfléchir ! fit soudainement Shūhei. Tu n’es plus celui que j’ai connu…
— Et tu ne chercheras pas à me découvrir ? Tu ne chercheras pas à savoir quelle est cette nouvelle part de moi ?
— Je suis désolé, mais je n’ai pas le temps, pour l’instant, pour de telles futilités ! Contrairement à toi, je ne m’endors pas sur mes lauriers et je ne sais pas si j’ai la patience et surtout la motivation de te redécouvrir !
Ichigo observa son amant avec contrariété. Un pauvre sourire ourla finalement ses lèvres.
— Si c’est ta définition de l’amour… que je sois le seul à faire des efforts dans notre relation, celui qui doit toujours plier et s’adapter pour nous deux… je pense qu’effectivement, nous devons sérieusement réfléchir à notre situation. Je n’ai plus la force, ni le courage, et encore moins l’envie de redevenir ton esclave ! Je ne veux plus de dépendance, de souffrance et d’attente ! Attendre que tu fasses un geste ou une déclaration. Il ne suffit pas juste de dire « je t’aime » pour garder celui qui compte près de toi !
— Que veux-tu que je te donne en plus ?
— De l’amour, du temps, de la tendresse. Et je ne te parle pas uniquement du plan cul !
Les deux hommes s’observèrent intensément. Hisagi finit par dire :
— Je ne sais pas si je peux te donner ce que tu attends, Ichigo ! Pas par manque d’amour… On se connaît depuis trop longtemps pour ne pas avoir ce sentiment entre nous. Mais ce sont mes capacités à te les offrir dont je doute, en toute honnêteté !
Hisagi se gratta la tête, pensif, et se dirigea à nouveau vers Ichigo. Il lui murmura :
— J’ai besoin de recul. Je ne veux plus te faire souffrir ou te faire espérer et je ne suis pas encore égoïste au point de te faire subir une nouvelle fois ma jalousie et mes travers. Je ne veux pas non plus briser tout sentiment entre nous. Faisons une pause. Je voudrais qu’on réfléchisse tous les deux à ce que nous attendons l’un de l’autre. J’ai besoin de sentir que tu m’aimes, même si c’est étouffant…
— Tu ne sais pas ce que tu veux !
Shūhei rit doucement et ajouta, avec un léger sourire triste :
— Je suis un mystère pour moi-même… Repose-toi, Ichigo, et prends soin de toi ! Je vais m’absenter pendant quelque temps ; cela me permettra… Enfin, nous permettra de réfléchir à notre situation.
Hisagi se pencha et embrassa le jeune homme sur la tempe, tendrement. Il quitta la pièce sans qu’Ichigo puisse lui répondre ou faire un geste, trop surpris par ce départ précipité. Le roux se dirigea vers le salon, s’installa dans un fauteuil, puis leva la tête vers le plafond. Que se passait-il, à la fin ?
Il décida de quitter sa maison. Perdu dans ses pensées, il conduisit inconsciemment jusqu’à chez sa sœur, laquelle l’accueillit à bras ouverts.
Hisana s’occupait de faire des crêpes pour ses enfants, ou du moins pour les deux plus jeunes. L’aînée était enfermée dans sa chambre et avait déclaré que ça faisait grossir et, par conséquent, nuirait à sa ligne de danseuse. Sa mère ne s’en formalisa pas et discuta plutôt avec son frère de tout et de rien.
Finalement, n’y tenant plus, elle partit fouiller dans ses cheveux une fois qu’elle eut fini sa cuisine. Elle admira la plaie.
— Une chance qu’elle ne t’ait pas ouvert le crâne !
— Hum…
— Ça va pas, Ichi ?
— J’ai eu une discussion avec Hisagi.
La petite brune se posta devant son frère et l’observa intensément.
— Cela n’a pas l’air de te perturber plus que ça…
— Je ne sais plus, en fait, avoua Ichigo.
— Tu veux une crêpe ?
— J’ai cru que j’y avais pas droit ! ironisa le roux.
Hisana lui fit une crêpe au chocolat et la lui tendit, tout en l’observant du coin de l’œil.
— Tu es plutôt calme…
— Pas vraiment.
— Si cela s’était produit l’année dernière, tu aurais pleuré toutes les larmes de ton corps !
Ichigo soupira et mangea consciencieusement sa crêpe. Masao grimpa sur les genoux de son oncle et en réclama une à sa mère.
— Descends de là, Masao ! s’écria cette dernière. Tu n’es plus un bébé et je discute avec Ichigo !
— Pfff ! Tu discutes tout le temps, de toute façon !
— Dehors ! menaça sa mère, une spatule dans la main.
— J’veux ma crêpe, mère indigne !
— Tu vas voir, mécréant !
Bientôt, le fils de sept ans et la mère se chamaillèrent. Masao repartit toutefois fièrement avec sa crêpe au sucre et se replia stratégiquement dans le jardin pour profiter du soleil.
— Que vous êtes-vous dits ?
Ichigo expliqua succinctement leur conversation et sa sœur le regarda, les yeux mi-clos.
— Quelqu’un est entré dans ta vie ?
— Non… En fait, lorsque j’ai revu Hisagi, j’étais heureux et en même temps contrarié et… et merde !
— Ichigo ! On ne jure pas à la maison !
— Comme si tu te gênai…
— Moi, c’est pas pareil !
— Ben voyons !
— Ton patron ?
Ichigo leva les yeux sur sa sœur.
— Tu crois que je ne t’ai pas vu le regarder ? Je ne suis pas une imbécile et je te connais plutôt bien, petit frère. Il y a quelque chose entre vous deux ! Même si vous ne vous en rendez pas compte, je l’ai vu hier ! Je ne pense pas que les autres s’en soient aperçus… Non, je pense même être la seule à l’avoir vu, mais c’est comme si… Enfin, c’est trop tôt pour le dire !
— Il est marié et a des enfants !
— Et alors ? Tu sais, les mariages, c’est un bout de papier et un serment entre deux personnes ! Il n’a de la valeur que si les deux personnes qui se sont unies s’aiment ! Qui te dit que, dans leur couple, tout va pour le mieux ?
— Je veux dire par là qu’il est hétérosexuel !
— Oh… C’est vrai que je vois mal Byakuya partir avec un homme et, s’il le faisait… Franchement, je le prendrais vraiment très mal, je dois bien l’admettre. Je te préviens : tu touches à Byakuya et je te tue ! s’écria-t-elle soudain.
— Ferme-la ! Et arrête de raconter des conneries ! s’exaspéra Ichigo.
Hisana rit doucement et reprit, un peu plus sérieuse :
— Pour moi, c’est certain qu’il est attiré. Maintenant…
Elle réfléchit quelques secondes.
— Passera-t-il le pas ? J’en sais rien…
Ichigo se pencha en avant et appuya les coudes sur le plan de travail de sa sœur.
— De toute façon, je ne sais pas trop moi-même ce que je veux et ce que j’éprouve… Et puis, il y a encore Shūhei !
— Oublie-le ! Il n’est pas pour toi.
— Tout est « facile » avec toi !
— Non, mais il faut être réaliste et pragmatique au bout d’un moment !
— Bon ! Je vais retourner à la maison et me faire à manger.
— Reste ! On va manger ensemble ce soir ! De toute façon, tu ne travailles pas et tu ne sais pas te faire à manger ! C’est incroyable d’ailleurs : tu as un odorat et un palais très fin, mais tu es incapable de tenir une casserole !
— Pas la peine de le souligner… maugréa Ichigo.
Finalement, Ichigo se retrouva dehors avec Masao et Yumi. Il passa la fin d’après-midi à les aider à faire leurs devoirs. Kumiko daigna rejoindre le groupe pour le repas, mais prit plaisir à discuter avec son oncle qu’elle voyait trop peu à son goût.
— Mais quand je viens, tu ne daignes même pas me dire bonjour, même de loin !
— Raaahhhh ! T’es bien une adulte ! Toujours à te plaindre.
— Une adulte ? Moi ? fit Ichigo, moqueur.
— Ouais… et tu deviens même responsable ! se moqua sa nièce.
— Tu vas voir !
Ichigo se leva de table et courut après la jeune fille qui se sauva dans sa chambre. Il fut alors rattrapé par son neveu et son autre nièce, et une bagarre éclata entre eux. Hisana passa au-dessus de la mêlée et entra dans la salle de bain où elle fit couler un bain d’autorité.
— Les enfants, du calme ! ordonna Byakuya.
— Papa !
Masao était déjà pendu au cou de son père et Yumi s’accrocha à celui de son oncle. Byakuya observa sa fille et lui dit gentiment :
— Tu n’es pas un peu grande, à quinze ans, pour t’accrocher à ton oncle de cette manière et te rouler par terre ?
— Tiens ! fit la voix de Kumiko derrière eux. Qu’est-ce que je disais !
— La ferme ! Tu es jalouse, c’est tout ! Tu veux te donner un genre parce que tu as dix-huit ans, maintenant !
— Maman ! hurla Kumiko. Tu as vu comment elle me parle ?
— Tu me fatigues ! Masao, va prendre ton bain ! Kumiko, tu as fini tes devoirs ? Yumi, va ranger ta chambre !
Trois paires d’yeux outrés se posèrent sur Hisana.
— On est plus des gamins ! hurla la progéniture en chœur.
— Pour une fois, vous êtes d’accord entre vous ! Allez, vous faites ce que je vous dis, sinon j’utilise le chantage !
Le frère et les sœurs se consultèrent du regard, puis jetèrent un coup d’œil à leur père, indifférent à leur malheur. Ils se dirent qu’ils feraient mieux de coopérer.
— Ichigo, tu as l’intention de squatter le sol de mon couloir encore longtemps ?
— Bya… lâche-moi !
— Ichigo est amoureux !
— Je le sais.
— Hisana ! s’écria le roux.
— Tu ne devineras jamais…
— De Hisagi ?
— Non.
Byakuya se retourna vers sa femme et Ichigo se redressa précipitamment du sol pour menacer sa sœur.
— Hé, hé… j’ai réussi à te faire lever ! éclata de rire sa sœur.
Le chef se tourna alors vers Ichigo, interrogateur.
— De qui, si ce n’est pas de Hisagi ?
— De personne ! maugréa Ichigo.
Ichigo se tourna vers sa sœur : il l’aurait volontiers étranglée, mais Byakuya se trouvait entre elle et lui.
— Hum… Tu ne trouves pas que votre patron est fichtrement sexy ?
— Oh… fit Byakuya. Alors ce serait réciproque ?
— Qu’est-ce qui est réciproque ? l’interrogea Ichigo.
Hisana eut un petit sourire.
— Alors, tu t’en es aperçu aussi ?
— Franchement, c’est assez évident. Enfin, pour moi, car je doute que Rukia ou Renji se soient doutés de quelque chose. C’est surtout en revenant de l’aéroport que j’ai pu observer le comportement de Jaggerjack.
Ichigo s’était tassé sur lui-même et songea qu’il devait être maudit. Il se décida à quitter la maison de sa sœur.
— Tu fuis ?
— Je préfère éviter ce genre de conversation… Surtout avec toi, Hisana.
— Moi, il me plaît bien… Il a l’air d’avoir la tête sur les épaules et puis vous avez une profession qui vous permettrait de vous voir souvent !
Ichigo soupira fortement et prit ses clés. Il observa le couple qui lui souriait — légèrement, pour son beau-frère ; plus franchement, pour sa sœur.
— Occupez-vous de votre famille et laissez-moi m’occuper de ma vie !
— Il est beau, il a une situation stable et…
— Marié ! Bonne soirée.
— Tu ne m’échapperas pas toujours, Ichigo.
— Je sais que je peux compter sur toi !
Ichigo salua de loin les deux époux et quitta les lieux le plus rapidement possible.
— Il y a des chances entre eux ?
— Une très forte probabilité si ton frère arrêtait de fuir.
Hisana soupira et se dirigea vers la cuisine pour débarrasser les restes du repas. Byakuya avait un petit sourire sur les lèvres à l’idée du couple explosif que formeraient son patron et le sommelier.
°OoO°
Ichigo arriva au restaurant en fin d’après-midi, le lendemain. Il se dirigea rapidement vers les vestiaires et se changea. Lui qui s’attendait à une tenue de travail serrée et stricte, il fut surpris d’en trouver une décontractée et confortable. Il se vêtit rapidement. Rukia déboula alors qu’il finissait, lui montrant un uniforme qui ressemblait au sien, en plus féminin.
— Je suis vraiment contente de porter un pantalon pour travailler ! C’est plus pratique que la jupe serrée.
— Ça te va bien !
— J’aime ton nouveau look ! On dirait que tu sors d’une publicité pour vêtements masculins : chic et décontracté !
— Oh, ça va !
Ichigo fronça les sourcils, mal à l’aise tout à coup. Le troisième sommelier entra dans les vestiaires et mit Rukia à la porte pour qu’il puisse se changer. Le roux suivit donc sa sœur. Il regarda les autres employés, eux-mêmes habillés de façon moins stricte, même si leurs tenues gardaient un certain classicisme. Tout le monde vint aux nouvelles. Ichigo rassura le groupe et finit dans la cuisine pour saluer la brigade, et surtout ses deux beaux-frères. Enfin, il se dirigea vers son « antre » : le bar à vins. Il alla se poster derrière le comptoir, et c’est alors qu’il entendit une voix cinglante derrière lui.
— J’espère que vous ne vous évanouirez pas ce soir !
Ichigo se tourna vers Halibel et croisa ses pupilles bleu clair.
— Je me sens en pleine forme.
— Heureuse de l’apprendre !
Elle observait le roux avec un certain mépris qui le déconcerta. Tout à coup, Anku entra dans la pièce et se précipita vers le sommelier.
— Ichigo ! Ch’suis si contente de te voir !
— Anku ! gronda sa mère. Ne sois pas familière avec les employés !
— Mais c’est Ich…
— Retourne dans le restaurant ! Tu n’es pas majeure et tu n’as rien à faire ici !
— Je voulais saluer Ichigo et prendre de ses nouvelles ! s’écria sa fille, en colère. C’est de ma faute s’il a été à l’hôpital, je te signale.
— Il faudra en discuter !
— C’est marrant comme tu veux « discuter » avec moi, mais que tu laisses toujours Rei tranquille ! C’est parce que je te lèche pas les bottes ?
Halibel perdit son sang-froid et faillit gifler sa fille. Grimmjow intercepta toutefois son bras. Il dit calmement :
— Je ne vois pas ce qu’il y a de gênant à ce qu’elle prenne des nouvelles de mon sommelier !
— Nôtre ! rétorqua Halibel.
— Tiens, tu t’intéresses au restaurant de Karakura, maintenant ? Mais nous en reparlerons plus tard : ce n’est ni le lieu, ni le moment.
Son regard se porta sur Ichigo, figé par la scène à laquelle il avait assisté.
— Vous allez mieux ?
— Oui, merci !
— Bien…
— ‘Pa ! Je peux aller lui dire bonjour ?
— Oui, mais tu sors après. Je suis d’accord avec ta mère : tu n’es pas majeure !
Anku haussa les épaules et se précipita derrière le bar pour saluer Ichigo. La jeune fille lui tendit un papier et s’inclina.
— Merci de lire mon texte !
Ichigo se gratta l’arrière du crâne en rougissant légèrement.
— Euh… Ne le prends pas comme ça. Je… je…
L’adolescente se pencha sur Ichigo et lui dit tout bas :
— C’est dommage que vous soyez gay ! Moi, je vous avoue que je vous trouve de plus en plus beau ! Mais on peut devenir amis…
Le sommelier haussa les sourcils. Finalement, il lui sourit et hocha la tête, tout en rangeant le morceau de papier.
— Ce sera avec plaisir !
— Yeah !!!!
— Anku ! s’écria Halibel. Sors d’ici maintenant ! Et c’est quoi, cette feuille ?
— Ma déclaration d’amour en bonne et due forme !
— Quoi ?!
Mais l’adolescente s’enfuit en riant. Halibel se retourna violemment vers Ichigo en lui tendant la main.
— Donnez-moi ce papier tout de suite !
— Non, madame !
Ichigo n’avait pas l’intention de céder à cette « pétasse » qui lui courait sérieusement sur le système.
— Que venez-vous de dire ?
— Non ! fit Grimmjow. Maintenant que tu l’as entendu deux fois, retourne auprès des invités qui arrivent. J’ai un mot à dire à Monsieur Kurosaki et j’arrive.
La blonde quitta la salle, furieuse, mais un sourire mielleux s’inscrivit sur ses lèvres dès qu’elle eut passé la porte de la cave. Grimmjow se tourna alors vers son employé qui le regardait sans cacher son étonnement.
— Kurosaki, j’aurai à vous parler plus tard.
— Pardon ? Enfin, pourquoi ?
Les lèvres de Grimmjow s’incurvèrent en un sourire qui glaça le sang d’Ichigo. Il avait la curieuse impression de n’être qu’un gibier devant son chasseur.
— Je pense que tu le sais parfaitement, Ichigo !
Le cœur du roux eut un raté. Ses yeux s’agrandirent alors qu’il fixait l’homme sans comprendre, la bouche entre-ouverte.
— Je voudrais éclaircir rapidement certaines choses entre nous.
— Nous ? souffla le roux.
— Oui, nous !
Désormais proche du sommelier, le propriétaire posa sur lui un regard lourd de sens. L’ancien chanteur, quant à lui, ne pouvait détacher ses yeux de ceux de son patron… jusqu’au moment où il tourna les talons et s’enfuit, disparaissant dans la foule qui occupait l’établissement.
Ses mains tremblaient légèrement. Il se dit qu’il avait dû manquer un épisode ; il ne pouvait en être autrement.
Ichigo se secoua mentalement et alla attendre ses premiers clients. Sa journée ne lui laissa aucun répit, mais ne l’empêcha pas de sentir sur lui trois regards : l’un, méprisant, venant de Halibel ; un autre, tout aussi bleu mais plus admiratif, provenant d’Anku ; et, finalement, celui de Grimmjow. Celui-là était semblable à celui d’un prédateur.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)