Ichigo était seul dans le salon, installé à regarder les dernières informations télévisées et scrutait les dernières inepties véhiculées à son sujet. Cela faisait une dizaine de jours qu’il avait quitté les plateaux de Canal 21 et Mashiro se délectait encore de ses conclusions. Maintenant, Ka-Ten était devenu « son » sujet et toutes les occasions étaient bonnes pour le descendre en flammes, même si ses informations étaient erronées.
Anku et Rei commençaient à avoir les contrecoups de toutes ces attaques et leur moral baissait inexorablement… d’autant que cette journaliste de bas étage avait interrogé « en différé » la mère des enfants et, bien sûr, Harribel se prenait le beau rôle, détruisant peu à peu l’image du chanteur. Les deux adolescents en voulaient terriblement à leur mère, d’autant plus que, pour eux, Ichigo était vraiment devenu un membre à part entière de leur nouvelle famille.
Ils avaient passé du vendredi jusqu’au dimanche soir chez elle et il leur avait fallu quelques jours pour s’en remettre. Anku avait demandé à son père, puisqu’elle était majeure, l’autorisation de ne plus aller la voir. Grimmjow comprenait la réaction de la jeune fille mais il lui rappela que son petit frère se retrouverait seul face à sa mère…
— Cette mégère… je la déteste ! Elle ne fait que calomnier Ichigo sans rien savoir de lui ! Et dans tout ça… nous, maintenant, on se moque de nous et on commence à nous harceler !
— Que se passe-t-il exactement ? voulut savoir Grimmjow.
Anku raconta tous les événements qui s’étaient produits : des menaces dans son casier, des intimidations par des jeunes d’autres classes.
— Mais c’est pas grave pour moi… je m’en sors ! J’ai mon groupe avec moi et d’autres copains qui nous soutiennent. Mais c’est Rei surtout… J’ai vu la dernière fois qu’il était attendu à la sortie des cours et j’ai dû intervenir contre une petite bande de frappe. Rei a du mal à accepter que certains t’appellent… enfin, tu vois quoi depuis que tu es avec Ichigo. Ça lui fait d’autant plus mal qu’il l’aime aussi beaucoup et comme les médias le font passer pour le pire des salauds, il ne sait plus très bien comment il doit réagir.
— J’irai lui parler…
Grimmjow en avait parlé plus tard à Ichigo, qui culpabilisait de tout ce qui arrivait. Le bleuté fit tout ce qu’il put pour dédramatiser, mais le roux était du genre têtu ! Ichigo regardait les informations défiler et se sentit un peu soulagé… pour une fois, il n’avait pas été nommé, ce qui lui parut presque étrange.
Ce n’était pas pour cela que les choses se passaient mieux pour lui. Il y avait toujours une cohorte de journalistes à ses portes. Il avait pensé à déménager et puis, il avait renoncé… il aimait cette maison et voulait que « sa propre famille » vive ici. Le roux prit la pile de journaux et regarda les articles publiés et commença à se sentir malade ; il en était presque au point de croire lui-même à ces mensonges à force. Il commençait à psychoter quand la porte de la salle s’ouvrit : Hinamori arriva, coupa la télé et prit avec elle la pile de journaux. Ichigo voulut protester mais…
— Vous n’avez pas fini de vous faire votre mélo ? Quand allez-vous réagir, bon sang ? Vous n’êtes pas celui qu’ils décrivent dans leurs articles…
— Mais je ne peux rien faire pour l’instant…
— Arrêtez de vous faire du mouron ! Les enfants vont bien… même si l’épreuve est dure, regardez comme ils sont dignes et Jaggerjack-san peut travailler sans problème… Et vous, vos enregistrements sont finis et on vous a sollicité pour écrire en collaboration avec d’autres artistes sur leurs prochains albums. Ce n’est pas comme si votre carrière s’effondrait car, même si vous recevez des lettres de menaces et des lettres incendiaires, regardez le nombre de soutien que vous avez encore !
— Pour combien de temps encore ? Hinamori… Je vous remercie pour votre soutien et tout ce que vous faites pour moi. Mais j’ai besoin aussi de réfléchir posément à toute cette situation !
— Changez-vous les idées ! Faites quelque chose d’autre que vous aimez !
— Quoi ? Je ne suis doué en rien, sauf en musique ou en… œnologie !
— Pourquoi n’allez-vous pas voir le patron de Jaggerjack-san ? Il vous en a parlé avant-hier avant que je ne parte ! Je sais que je ne suis pas censée écouter mais vous parliez juste à côté de moi…
Ichigo se gratta un peu la tête et, finalement, adressa un sourire à Hinamori.
— D’accord !
— Appelez-le tout de suite… il sera heureux ! Jaggerjack-san se fait beaucoup de souci pour vous, vous savez… Vous ne mangez plus beaucoup et vous vous renfermez sur vous-même !
— Très bien… très bien… Je lui téléph…
— Tout de suite ! fit, catégorique, Hinamori, qui le regardait d’un œil perçant.
Ichigo regarda son employée et se sentit obligé de sortir son portable et de contacter Grimmjow. La jeune femme le quitta sur la pointe des pieds, un sourire de victoire sur les lèvres. Le roux eut un petit sourire en voyant son air jubilatoire.
— Grimmj…
— C’est moi, Grimmjow.
— Ichi… quelque chose ne va pas ? fit la voix paniquée du bleuté.
— Non… non ! Excuse-moi de te déranger en plein travail…
— Qu’y a-t-il ? coupa une nouvelle fois son amant, très soucieux.
— Euh… est-ce qu’il est trop tard pour rencontrer ton patron ?
— Tu veux rencontrer Kenpachi-san pour…
— Oui ! Je voudrais le rencontrer pour étudier sa carte des vins et sa cave… voir aussi ses menus et au moins l’aider pour accorder sa carte principale avec certains vins !
— Que t’arrive-t-il ? Grimmjow était surpris par le changement de comportement du jeune homme.
— J’ai décidé de passer un peu de temps avec toi et surtout d’aider ton patron, qui a réussi un sacré tour de force avec ces journalistes et surtout… il ne t’abandonne pas !
— Je lui en parle… Tu peux patienter deux petites minutes ?
— Bien sûr !
Ichigo entendit alors Grimmjow discuter avec un homme à la voix forte et un peu éraillée. Un grand éclat de rire qu’Ichigo ne connaissait pas se fit entendre et, finalement, Grimmjow reprit la conversation.
— Il demande quand tu peux venir au restaurant… Il est… euh… impatient de te connaître ! Je vais dire ça comme ça… marmonna Grimmjow.
— Demain après-midi, j’ai un trou dans mon emploi du temps ! Et puis, Anku et Rei ne seront pas à la maison… J’aurai du temps à lui consacrer, si cela peut l’arranger. Sinon, ce ne sera pas avant la semaine prochaine !
— Je lui en parle deux secondes !
Ichigo attendit et moins d’une minute plus tard, Grimmjow reprit la conversation, mais Ichigo connaissait déjà la réponse en ayant entendu l’exclamation du chef !
— Il est…
— J’ai entendu ! OK… quelle heure ?
Ichigo sut qu’il aurait rendez-vous à 14 h environ le lendemain après-midi. Il rejoindrait Grimmjow aux cuisines. Bien sûr, un stratagème serait trouvé pour que le roux ne se fasse pas remarquer… car maintenant, son visage d’homme « normal » aussi bien que celui de « travesti » était connu de tous !
Lorsqu’il raccrocha, un sourire éclairait sa mine et il se sentit d’attaque pour se faire un casse-croûte ! Il se sentit affamé soudainement. Hinamori avait quitté son service un peu plus tard, ce soir-là, et Anku était chez Mila-Rose pour se faire une soirée pyjama entre copines, et Rei était enfermé dans sa chambre pour jouer en réseau avec des amis.
Ichigo s’aventura dans la pièce qui lui avait été interdite par chacun : il avait failli mettre le feu une nouvelle fois à la cuisine trois jours plus tôt ! Grimmjow, ce jour-là d’ailleurs, s’était rendu compte combien pouvait être tête en l’air son amant et combien il pouvait être dangereux pour les autres comme pour lui-même.
Le roux décida qu’il ne ferait rien « cuire » ou « chauffer ». Il regarda le contenu du réfrigérateur, se sortit un jus et trouva un reste de salade que Grimmjow avait préparée pour le repas d’Anku le matin même. Il se fit un plateau et prit une salade de fruits qu’Hinamori avait préparée pour le dessert du midi. Il traversa le couloir et se dirigea dans sa chambre avec son butin et eut un sourire d’aise en s’imaginant sous les draps, regardant sa télévision, visionnant son téléfilm préféré et grignotant son repas.
Il entra dans la chambre, le plateau en équilibre, et le posa sur le lit. Il alluma la télé et se dirigea vers la salle de bain, puis sauta dans la douche pour ensuite se mettre en pyjama.
Quand il entra dans les draps frais et qu’il ressentit au plus profond de lui-même ce bien-être que procurait un sentiment de détente, il émit un gémissement de contentement.
Il plaqua ses oreillers contre le dossier et ses yeux fixèrent avec intérêt la série policière qui passait à la télé, avec Don Kanonji comme héros. L’acteur, Ichigo s’en moquait, mais ce policier aux pouvoirs de médium qui élucidait les crimes le fascinait.
Cependant, ces dernières nuits d’insomnie eurent raison du roux, qui tomba sans avoir eu le temps de finir sa salade de fruits. Grimmjow, quand il entra dans la chambre, inquiet de ne le trouver nulle part, opta pour leur pièce après s’être assuré que Rei ait fermé son ordinateur…
Il émit un soupir de soulagement en le voyant, entre les draps, endormi, et un plateau en équilibre précaire devant lui. Grimmjow traversa la pièce et retira immédiatement l’objet avant qu’il ne tombe à la renverse. Il le posa à terre et attrapa la télécommande pour éteindre la télévision. Ensuite, il ouvrit les draps et fit glisser le corps endormi d’Ichigo et replaça les oreillers rapidement avant de l’allonger complètement. Grimmjow s’assit à côté du roux et le regarda, pensif.
Il avait été heureux de recevoir ce coup de fil plus tôt ! Franchement, pour lui, Ichigo avait enterré son passé de sommelier mais de l’entendre lui demander pour venir… et le ton de sa voix également… bref, enfin Ichigo sortait de sa léthargie après son intervention auprès de Mashiro.
Grimmjow avait bien compris que ce n’était pas pour lui qu’Ichigo s’inquiétait mais pour lui et ses enfants. Il ne savait plus comment faire comprendre au roux qu’il n’était pour rien dans tout cela, mais rien n’y faisait… au point que cela affectait même Anku et Rei, qui s’étaient rendu compte du comportement du jeune homme.
Il ne savait pas quel déclic avait déclenché ce retour à la « normale » mais il était heureux qu’Ichigo ait fini la salade et surtout qu’il se repose enfin ! D’ailleurs, il ne serait pas très long à le rejoindre.
°OoO°
Ichigo était nerveux… Grimmjow l’avait briffé sur le comportement de son patron mais il ne savait pas pourquoi… sans avoir rencontré ce type, il avait des sueurs ! Le jeune homme avait mis un costume sombre et portait une paire de lunettes teintées, même s’il pleuvait à verse. Grimmjow lui avait téléphoné juste avant son départ pour lui signaler qu’il n’y aurait aucun journaliste vu le temps déplorable. Le roux en fut grandement soulagé et opta pour l’entrée principale, après tout… Même si Ichigo était toujours surveillé, Grimmjow et lui déployaient pas mal d’efforts pour qu’on ne les voie pas ensemble.
Ichigo arriva tranquillement sur le parking, sortit son parapluie et quitta précipitamment son véhicule. Il entra en s’ébrouant dans le somptueux hall d’entrée de ce restaurant gastronomique de renommée nationale.
Le roux eut comme une sensation de « retour chez soi », quelque chose qu’il n’éprouvait pas… en tant que Ka-Ten, songea-t-il brutalement. Il voulut entrer dans la salle et un réceptionniste le coinça et l’empêcha d’aller plus loin. Ichigo, voyant la mauvaise volonté de l’employé, sortit son portable et appela Grimmjow qui fut là à une vitesse fracassante, suivi par une montagne de muscles, juste derrière, qui beugla :
— Espèce d’abruti ! Je t’ai dit que j’attendais Kurosaki Ichigo et toi, tu veux me le foutre dehors ?
Le pauvre réceptionniste se prit la plus belle remontrance qu’Ichigo ait jamais vue et il vit l’employé se tasser au fur et à mesure du monologue de la montagne.
— Ichi… ça va ?
— Bien sûr… murmura Ichigo, dont le regard ne pouvait se détacher du fou borgne devant lui.
— C’est le chef ! précisa inutilement Grimmjow.
— …
Au même moment, Kenpachi se retourna vers Ichigo avec un immense sourire qui laissait apparaître des dents de « requin », sembla-t-il à Ichigo, qui se tassa sur lui-même, prêt à fuir…
— Kurosaki-san, je présume ?
— Oui !
— Je suis Zaraki Kenpachi ! Je suis heureux de vous accueillir dans mon « modeste » établissement. Je connais votre réputation en tant que sommelier et je vous attendais de pied ferme. Si vous voulez bien me suivre… ajouta Kenpachi, un sourire qui semblait maintenant « démoniaque » à Ichigo.
Mais il se rendit vite compte que le propriétaire de la « 11e tour » était un véritable professionnel et bientôt, une conversation acharnée s’était engagée entre eux. Ichigo goûta quelques plats et proposa à Kenpachi quelques vins qui s’accorderaient à ses plats.
À sa stupéfaction, le chef lui dit qu’il ne savait pas franchement s’il avait ces bouteilles en particulier. Finalement, voyant l’air hésitant à présent de l’homme, il lui demanda de visiter sa cave.
Ichigo faillit avoir une attaque en voyant l’état de la cave.
— Qui vous a fait ça ?
— Mes précédents sommeliers et moi… je l’avoue, à force de chercher tout seul… Je sais cuisiner, mais ranger des bouteilles dans les casiers et les classer par date ou millésime, etc.… c’est pas mon truc, j’ai pas le temps !
À la fin, le ton était au défi.
Ichigo tirait doucement sur les bouteilles et fut surpris de voir les noms des vignobles et que tout était mélangé : les années, les rouges, les blancs, les gris…
— Kami-sama… c’est horrible !
Le roux retira sa veste et commença à se promener dans les rayonnages en oubliant que Grimmjow et Kenpachi le regardaient : l’un ravi et l’autre soucieux. Ichigo commença à déplacer des bouteilles et se tourna vers le restaurateur.
— Vous avez des fichiers, quelque chose pour s’y retrouver ?
— J’ai mes factures ! Je n’ai pas le temps de faire quoi que ce soit à côté ! Il faut demander au comptable pour…
— Je m’en fiche du comptable ! marmonna Ichigo, exaspéré par tant de laisser-aller.
Grimmjow observa Ichigo attentivement et ne l’avait pas vu aussi à son aise — et même « heureux » — depuis… depuis le bar à vins ! Il se demanda si Ichigo était aussi heureux de retrouver son personnage public… Si… Il fallait qu’ils s’en parlent, prochainement.
— Voulez-vous travailler pour moi ? demanda Kenpachi.
Ichigo eut le cœur qui s’accéléra soudainement… s’il en avait envie… il en brûlait d’envie ! Se retrouver dans cette atmosphère, c’était tout ce qu’il aimait, ce qu’il désirait.
Le roux se rendit compte qu’il ne voulait plus retourner dans le show business ! Pour lui, tout cela était fini depuis bien longtemps ! Ce retour forcé et ce coup médiatique avaient fait disparaître ses derniers regrets, s’il en avait encore !
Ichigo se tourna vers Grimmjow et, sans qu’ils n’aient vraiment besoin de parler, ils comprirent tous les deux ce dont le jeune homme avait réellement envie. Le roux ne souhaitait qu’une seule chose, et Grimmjow s’en était rendu compte…
— Je ne te force à rien, Ichi… c’est à toi de décider ! rétorqua le bleuté.
— Si c’est une question de salaire…
— Non ! Cela n’a pas de rapport… C’est uniquement… j’ai tout de même des obligations auprès de mon groupe et puis… et puis, je ne sais pas si c’est dans un milieu tel que la restauration où je veux travailler !
Grimmjow plissa les yeux et regarda son amant, surpris par cette soudaine révélation.
— Que veux-tu dire ?
— Je veux dire que si je retourne dans le milieu de la restauration, je vais devoir avoir des horaires comme les tiens… en plus de mes « journées ». Dans ces conditions, toi étant occupé également ici… comment je pourrai m’occuper de Rei qui va commencer en avril l’école de restauration ? D’autant que nous avons commencé, il y a moins d’une semaine, son « éducation » du palais… Et puis Anku et son groupe de rock… Gin pense qu’elles pourraient percer si elles trouvent un batteur féminin… mais en trouver une, et les mises au point…
— Vous recherchez un batteur féminin ? demanda soudain Kenpachi.
— Oui, la fille de Grimmjow a un groupe de rock féminin et leur batteuse a dû quitter le groupe soudainement à cause de ma « mauvaise » réputation… Et là, cela fait quelques semaines qu’elles cherchent et pour l’instant, celles qu’elles ont auditionnées n’étaient pas très au point !
— Ma fille recherche un groupe de rock et elle est batteuse… enfin, elle me casse surtout les pieds… marmonna Kenpachi, les yeux au ciel. Bref, elles pourraient la faire auditionner : d’après ses amies, Yachiru est plutôt douée…
Ichigo haussa les épaules et se tourna vers Grimmjow, qui était lui-même perplexe. Le roux sortit son portable et laissa un message sur celui d’Anku.
— Je viens de lui laisser un message, elle me contactera tout à l’heure…
Le portable d’Ichigo vibra et il jeta un œil et fronça les sourcils. Il renvoya un mail et marmonna :
— Je me demande ce qu’elle fait en cours ?
— C’était Anku ?
— Hum… elle m’a dit OK pour l’auditionner.
— Et tu lui as répondu ?
— Que si elle ne s’appliquait pas en cours, je ne ferais rien du tout pour son groupe !
Grimmjow éclata de rire et marmonna :
— Tu es pire que moi !
— Le problème, c’est qu’elle croit toujours pouvoir me manipuler et ça m’agace légèrement… On dirait Yumi et Kumiko fusionnées !
Grimmjow ébouriffa avec tendresse les cheveux oranges et lui demanda :
— Quelle est ta réponse pour ici ?
— Je veux bien m’occuper de votre cave et la remettre en état… mais je n’assurerai pas le service. Je n’ai pas le temps car je voudrais régler certaines choses, de toute façon, avec les Dix mois Alice !
— Très bien… Vous pouvez commencer quand ?
— Pas avant la fin de la semaine prochaine… Et certains jours le matin, d’autres l’après-midi… Je veux être rentré pour 18 h au plus tard également. Je peux vous demander quelque chose ?
Kenpachi le regardait avec un léger sourire…
— Le fils de Grimmjow veut devenir sommelier et il rentre dans une école de restauration. Il n’a pas cours les mardis et vendredis après-midi : pourrait-il venir ici avec moi pour que je lui apprenne le métier, ou tout au moins…
— Bien sûr !
Kenpachi leur adressa un grand sourire…
— Je ne pense pas que vous resterez ici en tant que sommelier, n’est-ce pas ?
— Non…
— Je m’en doutais… Donc, je veux une contrepartie à la place… C’est que le fils de Grimmjow vienne faire ses stages ici et qu’il accepte ensuite — s’il obtient ses qualifications de sommelier et s’il est bon, et je pense qu’en ayant comme professeur un Kurosaki ce ne sera pas trop un problème — de devenir le sommelier de l’établissement.
Grimmjow et Ichigo se regardèrent, surpris.
— Nous ne pouvons pas prendre une décision aussi importante à sa place. Il faut que nous lui en parlions d’abord ! rétorqua enfin Grimmjow.
— Je comprends ! Donc, vous…, se tournant vers Ichigo, je vous engage à partir de la semaine prochaine pour que vous vous occupiez de ma cave, et uniquement de celle-ci.
Se tournant vers son second :
— Et pour votre fils, vous me ferez connaître sa réponse dès qu’il en aura discuté avec vous, mais aussi sa mère ! Je ne tiens pas à avoir cette hystérique débarquer chez moi pour y semer la zizanie… Quoique… je m’en charge personnellement. Pour Yachiru…
— Je vous donne son numéro : vous le donnerez à votre fille pour qu’elle la contacte. Pour le reste… elles se débrouilleront entre elles !
Kenpachi retint le roux encore une partie de l’après-midi et ils finirent par tomber d’accord. Ichigo était un peu mal à l’aise car ce type semblait toujours le regarder avec un air un peu psychotique, comme s’il voulait toujours lui tomber dessus. Soudainement, un employé du restaurant traversa la cuisine et avertit Kenpachi.
— Chef ! Il y a un problème à l’accueil… Il y a des journalistes qui veulent entrer ici. Il semblerait qu’ils aient trouvé Kurosaki-san ici et…
— J’y vais ! lança le chef.
Une aura particulièrement effrayante circula autour de lui et le craquement de ses doigts ne laissait présager rien de bon.
— Vous restez ici ! ordonna-t-il aux deux hommes.
Ichigo regardait, perplexe, Grimmjow qui observait le chef avec intérêt. Le roux songea que son amant aurait bien aimé se joindre à « la partie » ! À peine l’homme imposant eut-il quitté les lieux que Grimmjow se tourna vers le roux et ce dernier murmura à son intention :
— Tu n’es pas déçu si je quittais le groupe ?
— Non ! Bien sûr que non… Je ne t’aime pas pour ton personnage public, tu le sais !
— Oui… mais comme…
Ichigo reprit d’une voix plus ferme :
— Je ne me suis jamais senti aussi bien qu’ici… je veux dire, dans une cave ou dans un milieu comme celui de la restauration. Je ne veux plus, je ne peux plus être Ka-Ten… C’était bien lorsque j’étais adolescent et le fait que je ne connaisse que cette vie ! Maintenant, avec tout ce qu’il se produit… je n’ai plus envie de continuer. Mais je ne quitterai pas la scène avec une telle réputation. Tu me comprends ?
Grimmjow scrutait le visage de l’orangé et approuva. Il le laissa pourtant continuer son monologue.
— Toute cette agitation… je ne sais pas comment tout cela va finir et quand cela finira. Je ne pense pas que ce sera encore très long, de toute façon. Mais une fois terminé avec le vidéoclip et certainement quelques concerts où je serai tenu d’assister… Une fois tout cela fini, je voudrais continuer uniquement à écrire ou produire certains artistes, comme Anku par exemple, ou les Dix mois Alice… Mais je voudrais surtout ouvrir un bar à vins… en fait, je voudrais que toi et moi on reprenne le Relais Français et que nous travaillions à nouveau ensemble… Cela fait quelques semaines que j’y pense mais c’est en remettant les pieds dans cette cave que mon idée s’est concrétisée. Voudrais-tu que nous retravaillions ensemble là-bas ?
Grimmjow regardait avec tendresse le roux qui s’enflammait au fur et à mesure qu’il exposait ses pensées. Il glissa un bras autour de ses épaules et souffla à son oreille :
— Je ne peux pas racheter les parts du Relais Français pour l’instant…
— Moi, je le peux ! Je te propose de le racheter maintenant. J’essaye de retrouver le personnel ; une fois que ton divorce est prononcé, tu me rachètes les parts, et le restaurant t’appartiendra à nouveau. Je ne garderai que la partie « bar à vins »… enfin, si cela te convient !
Ichigo observait le visage de Grimmjow au fur et à mesure qu’il lui parlait et voyait une certaine lueur s’allumer dans son regard.
— Par contre, pendant quelque temps, je n’apparaîtrai pas en salle… voire derrière le bar… Je voudrais laisser couler de l’eau sous le pont avant de… de…
— Je comprends ! Tu feras comme tu voudras… T’as ton premier employé devant toi !
Le roux adressa un sourire rayonnant à son amant et Kenpachi eut l’occasion de le voir au moment où il entrait. Il vit également son second s’éloigner légèrement du roux qu’il couvait d’un regard possessif ; cela non plus ne lui avait pas échappé. Quoiqu’il ne devrait pas y avoir de problème avec Kurosaki, qui ne voyait que lui…
— Affaire classée ! Ils ne devraient plus remettre les pieds ici avant un petit moment !
— Que leur avez-vous fait ?
— Je crois qu’ils ont un « incident » technique ! fit, en ricanant, Kenpachi. Vous pouvez sortir par devant : ils sont tous partis !
Ichigo et Grimmjow quittèrent l’établissement après avoir discuté une dernière fois du futur contrat d’Ichigo et les deux hommes récupérèrent leur véhicule pour retourner chez eux. Ichigo eut la mauvaise surprise de voir qu’une nouvelle nuée de journalistes squattait encore son entrée et passa très difficilement son entrée de maison.

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)