La part du dragon : 9

Ichigo rêvait qu’une bouche sensuelle caressait ses lèvres. Au départ réticent, il se laissa peu à peu gagner par le tourbillon d’émotions que ce baiser provoquait en lui. L’orangé sentait également des mains parcourir son corps. C’était le rêve le plus réaliste qu’il n’avait jamais fait ! Une main s’arrêta à son aine, il soupira et…

Ichigo ouvrit les yeux, surpris. Il rencontra les yeux fauves d’Aïzen. Sa réaction fut instantanée : il fit une prise d’immobilisation et se retrouva au-dessus de son agresseur. Ce dernier voulut se dégager mais la prise du roux — pas encore réveillé — était comparable à celle d’un étau.

— Eh bien… souffla Aïzen, il est préférable de ne pas t’ennuyer au petit matin !

— … Que faisais-tu ?

Le brun eut un petit sourire.

— Je voulais juger si ton indifférence était feinte ou réelle. Je vois, pour mon plus grand plaisir, que mes caresses ne te laissent pas de glace, finalement !

Ichigo, qui commençait à prendre conscience de la situation, le relâcha et se laissa glisser sur le bord du lit. Il remit son costume en place et discerna deux bras qui s’enroulaient autour de ses épaules.

— C’est une bonne chose à savoir.

La voix grave d’Aïzen contre son oreille le traversa et il soupira, exaspéré.

— N’importe qui aurait réagi de la même manière, s’il s’était retrouvé dans ma position…

— Tu es sûr ?

Sosuke était moqueur.

— En tout cas, tu peux te vanter d’avoir une force peu commune. Personne n’avait réussi à m’immobiliser, jusqu’ici !

— Coup de chance.

Ichigo avait répondu doucement. Il voulait se défaire de l’étreinte qu’Aïzen exerçait toujours sur lui.

— Tu es sûr de ne pas vouloir continuer ? Tu semblais réellement apprécier… ronronna le brun.

La langue de Sosuke s’attaqua à sa nuque.

— Arrête, ou je vais devoir te faire mal…

— Ah oui ? Je pensais t’avoir dit que les menaces, c’était moi qui les proférais…

La voix était doucement moqueuse, ce qui ne l’empêcha pas de continuer sa torture.

Ichigo, énervé, se tourna lentement vers Aïzen. Après l’avoir regardé quelques instants dans les yeux, il lui adressa un froncement de sourcil et fit remonter son bras le long de son épaule sensuellement. Sosuke plissa les yeux et voulut observer à quel manège jouait le jeune homme quand, tout à coup, il ressentit une pression sur son corps et un voile noir tomba devant ses yeux, sans qu’il puisse réagir.

— Oui… Je peux te faire mal. Quoique là, tu vas juste dormir un petit moment.

Ichigo se redressa et sortit de la pièce sans se retourner, abandonnant le corps inconscient d’Aïzen. Lorsqu’il traversa le petit salon, il prit au passage une pomme et croqua dedans. Un homme d’Aïzen vint à sa rencontre.

— Attendez ! Où est notre patron ?

— Il dort !

— Pourquoi partez-vous ?

— J’ai déjà dépassé mon horaire. Je n’ai plus d’obligation de rester ici… Puis-je partir ?

— Attendez ! Nous allons vérifier…

— Faites !

Ichigo finit sa pomme de manière décontractée. Les yakuza se déplacèrent rapidement jusqu’à la chambre à coucher de leur patron, pour le trouver dormant à poings fermés. Ils libérèrent l’orangé qui demanda tout de même qu’on lui appelle un taxi. Sachant combien leur chef était attaché au jeune homme, les yakuza s’exécutèrent, ne voulant pas subir la colère de leur patron.

Lorsque Ichigo monta dans le taxi, une vague de soulagement le submergea. Jusqu’ici, il n’aurait pas pensé pouvoir donner le change. Il devait trouver un moyen pour que ce yakuza ne puisse plus avoir de rendez-vous avec lui. Mais comment ?

Ces pensées remontèrent soudainement à son réveil. Dire qu’il avait cru à un rêve… Pourquoi n’avait-il pas réagi comme lors d’une attaque telle que lui faisait son sensei ? Ichigo se mordit le poing, nerveusement… n’empêche qu’Aïzen avait eu raison sur un point : c’était qu’il avait apprécié ses caresses. « Raison de plus pour trouver un moyen de l’écarter ! Il devient trop dangereux… »

L’orangé se força à penser à autre chose, trop troublé par son réveil érotique.

°OoO°

Ichigo, à peine rentré, ouvrit son répondeur. Un message de l’organisation :

« Bonjour Kurosaki-san, nous vous informons que nous avons trouvé ce que vous recherchiez. Un très bel appartement dans la fourchette de prix que vous nous avez indiquée. Veuillez rappeler notre agence le plus rapidement possible pour que nous puissions vous le faire visiter. À très bientôt. »

Ichigo songea qu’ils auraient pu au moins faire l’effort de donner le nom d’une agence immobilière ou quelque chose… enfin ! Il appela l’organisation et ce fut Nell qui lui répondit.

— Ichi ! On a dégoté un super appartement ! Je te le fais visiter cet après-midi !

— Quelle heure ?

— 14 h…

Ichigo regarda sa montre : il était 11 h 30.

— D’accord ! Je viens te chercher ?

— Nan… on se retrouve à Omotesando, devant l’entrée.

— Pourquoi à cet endroit ?

— Parce que c’est dans ce quartier-là que tu vas habiter !

— Pardon ?

— Allez, à tout à l’heure…

— Mais…

Trop tard, la jeune femme avait déjà raccroché. Il fronça les sourcils et reposa son téléphone. S’il devait habiter là-bas… mais comment faire croire que… Il haussa les épaules. De toute façon, son destin commençait sérieusement à lui glisser entre les doigts, et chacun prenait un malin plaisir à prendre des décisions pour lui, ce qui commençait sérieusement à l’agacer. Il en parlerait certainement plus tard à Chojiro. Ichigo finit par se déshabiller et prendre sa douche.

°OoO°

Ichigo se retrouva donc dans les quartiers chics de Tokyo, devant le parc Omotesando. Il repéra son amie et se dirigea vers elle d’un pas décidé quand il sentit une main se poser sur son bras. Surpris, Ichigo se tourna vers son agresseur et rencontra des yeux anthracites.

— Ichigo Kurosaki ?

— Oui…

— Pouvez-vous m’accorder quelques instants ?

— Qui êtes-vous ?

— Ichigo ! lança la voix inquiète de Nell.

Les deux hommes se retournèrent et rencontrèrent les grands yeux verts de la jeune femme.

— Nell… attends deux secondes, je me débarrasse de ce gêneur.

— Gêneur ? fit l’homme d’une voix aussi froide que lui.

— Exactement ! Que me voulez-vous et qui êtes-vous ?

— Je suis Byakuya Kuchiki, commissaire chargé d’enquêter sur les agissements des bandes yakuza sévissant dans la ville.

Ichigo eut la mâchoire qui tomba un peu. Nell éclata d’un rire nerveux et répondit :

— Eh bien… Ichi, je ne savais pas que tu étais mêlé à de telle…

— Mademoiselle, sachez vous taire ! Maintenant, Kurosaki-san… j’aimerais vous poser quelques questions.

— Pourquoi ne pas prendre rendez-vous ?

— Dans votre club ? fit narquois le brun. Vos tarifs sont hors de ma portée et puis, il est quasiment impossible de vous joindre en dehors de ces moments-là !

— Alors, envoyez-moi une convocation, car là j’ai un rendez-vous et je n’ai pas envie de passer mon après-midi à vous répondre. Et puis, cette affaire de yakuza, je ne vois vraiment pas ce qui vous pousse à venir me voir ! Salut…

Ichigo se défit de l’étreinte de l’homme et prit Nell par la taille.

— Vous aimez les femmes, à présent ? fit le brun, moqueur.

Nell se tourna vers lui avec un grand sourire et lui répondit :

— Jaloux ?

— Viens, t’occupe pas, Nell.

La jeune femme ne put s’empêcher de tirer la langue au commissaire qui la regardait, stoïque.

— Nous nous retrouverons, Kurosaki Ichigo…

Mais le couple était déjà loin.

— Tu vas devoir te méfier, Ichi.

— Comme si j’avais pas assez de problèmes comme ça ! maugréa Ichigo.

— C’est ça, la rançon du succès.

— Tu parles ! Au fait, il est où, cet appartement ?

— On y arrive, chéri !

— La ferme, Nell. Surtout que ton « chéri » a les cheveux courts, qu’il les a blancs, qu’il est mon sensei et que franchement, je n’ai pas envie de mourir jeune !

Son amie éclata de rire et l’entraîna dans la rue principale. Ils s’arrêtèrent devant un immeuble cossu, pas très grand, d’allure classique. La jeune femme composa le digicode à l’entrée. La porte s’ouvrit sur un hall en marbre.

— Allez, viens, ne fais pas ton timide !

— Euh… c’est ici ?

— Bien sûr… Papa ne veut que le meilleur pour toi !

— Et la discrétion ?

— Il a dit qu’avec le boulot que tu faisais, plus c’était clinquant, plus c’était probant !

— Mais…

— Allez ! Qu’est-ce que t’es rabat-joie quand tu t’y mets ! Dépêche… après, je veux faire des jeux d’arcade !

— C’était mon jour de congé, se plaignit Ichigo.

— Eh alors ? Tu passes ton jour de congé avec ton amie d’enfance. C’est merveilleux, non ?

Ils étaient montés dans l’ascenseur malgré les tergiversations du jeune homme. L’immeuble n’était pas très haut et le futur appartement du jeune homme se situait au dernier étage, soit le 5e. Ils sortirent de l’ascenseur et Ichigo vit qu’il n’aurait pas beaucoup de voisins.

— Tu n’auras que trois voisins de palier, Ichi. Tiens les clés, ouvre ton nouveau chez-toi !

Ichigo attrapa la paire de clés et la passa dans la serrure. Il ouvrit et ses yeux s’élargirent. C’était aménagé comme un loft.

— Impressionnant, non ? Papa sait que t’es meublé minable dans ton studio donc, il a choisi pour toi dans tes goûts… On a fait monter la connexion internet. Viens, je te fais visiter !

C’était déjà meublé, effectivement, et Chojiro le connaissait mieux qu’il ne se connaissait, apparemment. Le sol était en parquet et de lourdes poutres en acier servaient de murs porteurs. Les murs, pour le peu qu’il y en avait, étaient en grosses pierres grises. Le mobilier était d’allure moderne avec un mélange de blanc, de chocolat et d’anis.

— T’as vu, papa a prévu les réunions entre nous et a commandé cette immense table de salle à manger. Et puis, t’as vu la cuisine de fou que tu as ? J’aimerais en avoir une pareille. Viens, je te montre ta chambre.

Ichigo suivit docilement la jeune femme en fronçant les sourcils. Ils entrèrent dans une pièce où, finalement, le lit double, l’armoire et la commode semblaient dérisoires par rapport à la grande pièce qu’offrait l’entrée.

— Viens, la salle de bain est ici, là-bas t’as le dressing, et ici t’as ton bureau… Au fait, tu as continué à te tenir informé des dernières innovations ? Si ce n’est pas le cas, on te refera une formation. Nous ne voudrions pas que tu te fasses pirater en plus ! fit, songeuse, Nell.

— Ça ne me convient pas ! objecta Ichigo.

— Pourquoi ? Il est génial, cet appartement. Nous l’avons choisi aussi car le toit est accessible facilement pour toi, en cas d’évasion rapide. De plus, tu es plus proche de ton travail et tu as un super parc juste à côté !

— Oui, il est bien… mais ça va trop vite. J’ai l’impression que je ne respire plus. J’étouffe. Je viens à peine de vous rejoindre…

— Tu ne nous as jamais quittés, Ichi. Nous avons toujours gardé un œil sur toi en attendant que tu nous reviennes. Une fois que tu acceptes de te faire tatouer, tu fais partie de notre famille et c’est pour la vie ! Cet appartement, papa l’a trouvé pour toi lorsque tu avais 19 ans ou 20 ans, je sais plus. Il a été payé depuis longtemps et il n’attend plus que toi. Tu n’es pas heureux ?

— C’est que… laissez-moi respirer !

Ichigo avait un ton las. Il se dirigea vers un siège qui se trouvait devant le bar de sa cuisine, l’air ennuyé.

— Que se passe-t-il, Ichigo ?

— Vous faites tout à ma place, et je n’ai plus l’impression d’avoir ma propre vie à côté. Tout va tellement vite, j’ai même pas le temps d’ingurgiter une information que vous passez aux suivantes.

— C’est parce que cela faisait trop longtemps que nous t’attendions. Enfin… je comprends mieux papa, surtout, fit-elle avec un léger sourire. Je suis désolée si tu trouves que l’on t’emprisonne. Je vais en faire part à papa. Si l’appartement ne te convient pas, je lui en parlerai et nous trouverons une solution.

— Pour l’instant, je vais laisser les choses telles quelles. De toute façon, je dois changer et je n’ai pas le temps de chercher. Si cela ne me convient vraiment pas, j’en ferai part moi-même à Chojiro.

— Bon… Tous les papiers de propriété, c’est papa qui les a. On va te les faire parvenir en bonne et due forme et tu les signeras. Papa a fait un petit tour de passe-passe pour la comptabilité… Enfin, il t’expliquera : c’est entre tes deux comptes et un de l’organisation. Tout ça pour que les flics comme celui de tout à l’heure ne puissent rien dénicher !

— Vous avez tout prévu ! Ça ne me surprend pas, de toute façon…

— Tu connais la maison. Rien n’est laissé au hasard et puis, cela fait des siècles que nous existons. Tiens, je vais quand même parler de ce commissaire Kuchiki. C’est le type chiant qui, une fois qu’il a trouvé une proie, ne la lâchera plus jusqu’à ce que mort s’ensuive !

— Merci pour la comparaison… Je déménage quand ?

— Quand tu veux… Tu t’organises et si tu as besoin de personnel pour t’aider, tu nous appelles et nous ferons ça en « famille » !

— Vu tout ce qu’il y a ici… je peux virer le peu de meubles que j’ai. Même ma télé a l’air minable face à cet écran plasma.

— Que veux-tu… Arrête de faire la gueule ! On dirait que tu vas à un enterrement. Prends un air joyeux, un peu, dans ta vie.

Ichigo eut la réaction inverse. Son froncement de sourcils s’accentua, ce qui eut pour effet de faire rire Nell.

— Franchement, Ichi, il faut que tu te trouves la femme de ta vie… ou l’homme, car apparemment tu plais aussi à la gent masculine !

— Boucle-la !

— Oh ? Un point sensible…

— Dès que tu te mêles de ma vie privée, ça devient un point sensible.

Le ton d’Ichigo était sec.

— C’est un sujet sensible ? demanda Nell, les yeux arrondis par la surprise.

— C’est la seule chose qui me reste et où personne ne pourra intervenir !

— Ou presque… souffla Nell.

— Personne !

Ichigo s’était levé et regarda Nell d’un regard de glace. Cette dernière fut décontenancée : elle n’avait jamais vu le jeune homme aussi froid. Elle fronça les sourcils à son tour et songea que si l’organisation jugeait sa future union impossible, il ne pourrait que s’incliner devant la décision du conseil du Nuage blanc. Elle n’insista pas. Après tout, songea-t-elle, il était toujours célibataire aux dernières nouvelles.

Ils quittèrent l’appartement et Ichigo laissa Nell devant l’immeuble. Il était trop fatigué pour jouer et il voulait profiter de sa soirée pour dormir ! Il ajouta qu’il commençait à être déréglé à force de travailler de nuit. Nell haussa les épaules et quitta joyeusement le jeune homme.

Ichigo prit un taxi et rentra pour faire le point. Entre Aïzen, l’appartement, l’organisation et Kuchiki… ça lui donnait le tournis. Enfin, il n’avait plus Ichimaru.

°OoO°

Ichigo était au Moonlight le lendemain soir. Il était arrivé plus tôt et avait salué la plupart des employés. Shunsui et Ukitake, qui avaient été anxieux concernant sa soirée avec Aïzen Sosuke, furent ravis de voir que le jeune homme allait bien, et que la soirée s’était très bien passée.

— Nous n’avons pas de réservation pour toi en ce moment.

— Ce n’est pas un problème…

— Tu vas rejoindre la salle, il y a beaucoup de monde ce soir.

— J’y vais.

— Bonne soirée…

— Bonne soirée à vous aussi !

Ichigo rejoignit la salle et vit effectivement qu’il y avait du monde. Tous les hôtes regardèrent discrètement le jeune homme qu’ils ne voyaient finalement quasiment jamais. C’était devenu une petite légende dans l’établissement : l’hôte de classe A qui se faisait autant qu’un hôte de classe D… sans avoir certains inconvénients. La jalousie grondait dans le cœur de certains.

Ichigo traversa la salle et il faillit s’étouffer quand il rencontra les yeux pensifs d’Aïzen sur lui. Il retint son souffle. Il reprit contenance quand il sentit une présence derrière lui. Il se tourna et croisa le regard de son… sensei !

— Kurosaki-kun… n’est-ce pas ?

— O… oui…

— J’ai entendu beaucoup de bien de vous et j’aimerais que vous me teniez compagnie ce soir !

— Pardon ?

— Ne comprendriez-vous pas notre langue ? fit l’albinos, un sourire carnassier au coin des lèvres.

Ichigo regardait son sensei froidement, mais à l’intérieur il avait la mâchoire grande ouverte. Que faisait-il là ? Il avait l’air d’un loup entré dans un poulailler !

— J’ai demandé pour que nous ne soyons pas dérangés.

Une goutte de sueur tomba derrière la tête d’Ichigo, qui se demanda si une caméra cachée tournait actuellement. Qu’est-ce que le capitaine des forces spéciales du Nuage blanc faisait ici ???

— Suivez-moi… euh ?

— Appelle-moi Kensei, mon joli !

Ichigo se raidit en entendant l’interpellation et se promit de lui faire ravaler à l’entraînement. Ils prirent une table et un serveur vint prendre la commande.

— Deux mojitos ! fit Kensei, et quelques amuse-bouches.

— Bien ! Le serveur quitta la table, surpris.

— Généralement, les clients commandent du champagne !

— Pas moi. Et toi, tu as interdiction de boire… enfin, légèrement !

— C’est pour m’empoisonner la soirée que tu es venu ?

— Non… En fait, j’ai su que tu avais passé un moment avec Nell.

L’albinos le scrutait, les sourcils froncés.

Les deux hommes étaient un parfait miroir, se regardant comme deux chiens de faïence. Une certaine atmosphère menaçante se dégageait de la table, ce qui eut le don de repousser toute éventuelle incrustation dans leur conversation.

— Et alors ?

— Dans ton appartement…

— Et ?

— Vous avez fait quoi ?

— Elle me l’a fait visiter et nous l’avons quitté. Elle a fait je ne sais pas quoi en ville et, moi, je suis parti dormir… point barre.

— Hum… c’est ce qu’elle m’a dit aussi. Mais je voulais être sûr, fit Kensei en se grattant la tête. Bon, elle m’a dit que t’étais plus au point, question informatique… Alors, j’ai pensé à un programme de rattrapage. Tiens !

— C’est quoi ? fit Ichigo en ouvrant de grands yeux.

Kensei avait mis sur la table un carnet rempli de notes.

— Tout ce que tu dois retenir en dix minutes chrono, en programmation réseau et autres. Allez… bouffe-moi ça et après, je t’interroge. Si t’en souviens pas, ma poulette, je peux te dire que tu vas morfler aux prochains entraînements !

— Mais…

Kensei regarda sa montre et mit son chronomètre en route. Les yeux du roux s’agrandirent et il se plongea instantanément dans l’étude rapide de la programmation informatique. Putain, s’il avait su que sa soirée pépère allait se transformer en entraînement du cerveau par Kensei, il se serait cassé une jambe ! Nan, il se serait carrément amputé pour lui faire regretter son accident !

Entre-temps, les consommations arrivèrent sur la table et Kensei prit son cocktail. Il tira doucement sur les feuilles de menthe et se mit à le siroter.

— Bien sûr… tu boiras le tien si je suis satisfait !

— C’est du harcèlement ! maugréa Ichigo.

— Ah oui ? Et tu vas te plaindre à qui ? Au fait… tic-tac, tic-tac !

Ichigo feuilleta rapidement les pages et incorpora toutes les données. Pourvu que sa mémoire soit au moins au top ! Au bout des dix minutes, Kensei retira le calepin et commença à poser des questions. Son interrogatoire donnait l’illusion d’une conversation à bâton rompu. En fait, Ichigo vivait l’enfer intellectuel à l’état pur !

Après la boue, la pluie, le lac, les cours en salle et l’enfer de ses muscles… voici que Kensei s’occupait de son cerveau. « Le salaud ! » pensa soudain Ichigo. C’était une partie de ses compétences qu’il testait. Il voulut lui en faire la remarque mais le regard assassin de son sensei l’empêcha de répondre.

Finalement, Kensei laissa boire Ichigo, qui recommanda un deuxième cocktail car il avait la gorge sèche.

— Ça va… au moins, tu as conservé tes neurones à défaut de tes techniques de combat.

— Suis-je un si mauvais élève, Kensei ?

— Le pire !

Ichigo fronça les sourcils. Il leva les yeux sur son nouveau cocktail et le but de façon plus détachée. Kensei, voyant l’air refroidi du jeune homme, s’adoucit un peu… enfin.

— Tout n’est pas à jeter. Mais tu as encore des progrès à faire !

— Haï, Kensei !

— Allez, je paye les consos et on sort ensemble, comme ça tu vas pouvoir rentrer chez toi de bonne heure.

— Très bien.

Les deux hommes quittèrent l’établissement et descendirent au sous-sol dans un parfait silence. Ils ne firent pas trois pas à l’extérieur de ce dernier qu’une voix traînante demanda :

— Alors c’est avec ce genre d’homme que tu préfères passer tes soirées ?

Ichigo se tourna lentement et vit Aïzen entouré de deux de ses sbires.

— T’es qui ? demanda Kensei, abruptement.

— Mon nom ne vous dira rien… De toute façon, un parasite dans ton genre m’importe peu. Monsieur Personne !

— Merde ! Il m’a reconnu…

Ichigo leva les yeux au ciel, exaspéré pour de bon. Aïzen lança à ce dernier :

— Viens avec moi, Ichigo, tu n’as rien à faire avec ce genre de loser.

— Ne prends pas ton cas pour une généralité, mon gars ! rétorqua entre ses dents l’albinos.

— Vous allez arrêter, oui ? Kensei, s’il te plaît…

— Kensei ? fit la voix incrédule d’Aïzen. Tu l’appelles aussi par son prénom ?

— Normal, fit le professeur d’Ichigo. Car contrairement à toi, je m’envoie en l’air avec lui et c’est un sacré bon coup !

Le brun tourna son visage, surpris, vers l’orangé, qui lui-même regardait l’albinos. Tous avaient un regard sidéré, et même Kensei se rendit compte — un peu en décalage — de ce qu’il venait de dire.

Après quelques secondes de choc… Aïzen reprit d’une voix froide :

— Alors, tu t’es refusé à moi et tu m’as joué toute une comédie de jeune homme effarouché pour t’envoyer en l’air avec un type pareil ? Cette espèce de… déchet !

La voix de Sosuke grondait.

— Je…

— Occupez-vous d’eux ! lâcha Aïzen.

Kensei prit Ichigo par le bras et le plaça derrière lui, et au passage lui demanda de rester en retrait.

— Je m’occupe d’eux sans problème, mon cœur !

Là, Ichigo se promit de lui faire la peau après… Les deux armoires d’Aïzen fondirent sur l’albinos, qui esquiva sans problème leurs attaques et les contrecara en quelques secondes.

— Tss ! Et ça se dit garde du corps ? L’albinos était méprisant en prononçant ses paroles.

— Qui êtes-vous ?

Aïzen s’était approché dangereusement de Kensei et le regardait avec froideur ; son interlocuteur le lui rendit bien.

— Je suis celui qui t’a piqué ta proie… Maintenant, Ichigo m’appartient, que tu le veuilles ou non.

— Ichigo m’appartient !

— Plus maintenant…

Ils se jaugèrent quelques secondes et Kensei se recula et attrapa Ichigo par l’épaule pour le pousser vers le parking.

— Viens, Ichi, notre soirée n’est pas terminée.

— Ken…

Le roux tourna son visage et croisa alors les yeux de Sosuke, pour la première fois depuis le début de l’altercation. Son regard exprimait la colère et une certaine déception, puis une froideur qu’il n’avait jamais rencontrée dans ces yeux si expressifs, habituellement. Il en eut un frisson dans le dos et déglutit péniblement. Sosuke ne lui pardonnerait jamais ce qui venait d’arriver… Et, quelque part, ça le bouleversait…


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)