La part du dragon 14

Le lendemain matin, Ichigo se réveilla difficilement. Sur le coup, il se demanda où il était. Sa désorientation lui fit prendre conscience du lieu où il se trouvait. Soudain, sa mémoire lui revint et son cœur s’affola.

Le jeune homme s’allongea sur le dos, les draps s’emmêlant sur son corps nu. Le roux tourna la tête sur le côté et constata que son amant n’était plus là depuis un petit moment, à présent. Ses yeux tombèrent sur l’horloge électronique et ils s’arrondirent devant l’heure annoncée par cette dernière.

Pourtant, Ichigo ne fit aucun geste précipité. De toute façon, rien ne le pressait. Il enfonça ses doigts dans sa tignasse hérissée et se laissa porter par les émotions qui l’envahissaient peu à peu.

Jamais il n’avait été aussi heureux dans sa vie. Bien sûr, il y avait des zones d’ombre, mais qu’importe : il assumerait. Le jeune homme se redressa et grimaça légèrement. Il y avait « ce » genre d’inconvénients, évidemment. Il haussa les épaules et descendit du lit pour se diriger vers la salle de bain.

L’eau tiède apaisa ses muscles et le réveilla définitivement. Il sortit de la cabine et se maudit. Il était tellement dans ses pensées qu’il avait oublié de prendre quelques sous-vêtements. Tant pis. Il attrapa une serviette et se ceignit les hanches avec.

Il attrapa son matériel et entreprit de se raser. Ses yeux se portaient immanquablement à ses racines. Le jeune homme n’avait plus de teinture, à moins qu’il ait vraiment pris tout son matériel. Il savait qu’il ne pourrait pas laisser ses cheveux dans cet état. Il vérifierait ses sacs un peu plus tard. L’orangé ne pourrait pas rester ainsi indéfiniment…

Ichigo finit par sortir de la salle d’eau et se dirigea vers le dressing où il s’habilla. À peine avait-il fini de se vêtir qu’il partit à la recherche de Sosuke. Il trouva un yakuza qu’il interpella :

— Peux-tu me dire où se trouve Aïzen-sama ?

— Il est en réunion avec les autres chefs de clan, Kurosaki-sama.

Le roux haussa un sourcil en entendant sa « particule ». Il haussa légèrement les épaules et continua son chemin, lorsqu’un homme de main de Sosuke arriva devant lui.

— Kurosaki-sama… Je suis Jotaro Kosumi. Aïzen-sama a demandé à ce que vous me suiviez une fois que vous seriez levé.

Le jeune homme ne répondit rien et attendit tranquillement la suite.

— Pour déjeuner et ensuite le rejoindre.

— Bien. Je vous suis.

Ichigo emboîta le pas de l’homme et se dirigea vers le salon des appartements privés d’Aïzen. Ichigo dévora. Il mourait de faim. Jotaro resta dans la pièce et regarda au loin, sans regarder le jeune homme qui se restaurait.

À la fin, le jeune homme s’étira et se leva prestement. Il passa devant le yakuza et prit la direction de la salle d’eau. Ichigo resta un petit moment, les mains crispées sur le meuble de la salle de bain, pour enfin se décider à rejoindre l’homme qui l’attendait devant la porte de la chambre.

— Il est peut-être trop tard ? Je veux dire, il est tard…

— Oh… ces réunions durent souvent un petit moment. Vous arriverez juste au milieu. Ne vous inquiétez pas.

— Je ne suis pas « inquiet » !

Le roux suivit pourtant l’homme devant lui sans s’exprimer davantage. De toute façon, cela ne servirait à rien ! Après avoir traversé un dédale de couloirs, ils arrivèrent devant un shōji et l’homme s’assit en seiza devant la porte qu’il fit coulisser. Ichigo se tint en retrait et observa la scène.

— Aïzen-sama… Kurosaki-sama est ici avec moi.

Ichigo entendit quelque chose de vague et Sosuke apparut au chambranle de porte.

— Ichigo !

Le ton était manifestement ravi. Sosuke traversa l’espace et le prit dans ses bras pour le serrer contre lui.

— Tu as bien dormi ? chuchota son amant à son oreille. Tu as mangé ?

— Oui, oui…

Sosuke enroula ses doigts autour d’une des mains d’Ichigo et la porta à ses lèvres. Ses yeux reflétaient un océan de tendresse. Son autre main parcourait ses cheveux en épis.

— Prépare quelques affaires. Je t’emmène en week-end.

Le roux était surpris et observa son amant.

— Tous les deux ?

— Qui crois-tu que j’emmènerai ?

— Je ne sais pas. Tes hommes, enfin, des gardes…

— Tous les deux seulement.

— Ce n’est pas prudent…

— Si je pars avec beaucoup d’hommes, ce ne sera pas discret et puis… je veux profiter de ta présence, seul.

Les yeux ambre interrogèrent silencieusement le brun, qui eut un léger sourire. Aïzen se pencha vers son amant :

— S’il te plaît… rien que nous deux pour passer un moment ensemble.

— Très bien ! Je vais préparer mes affaires. Je suppose que tu as déjà les tiennes ?

Seul un léger rire lui répondit et Ichigo allait tourner les talons lorsqu’il sentit deux bras l’enlacer et le retourner doucement. Surpris, le jeune homme tourna son visage vers Sosuke. Une bouche s’empara de la sienne. Le roux ne se posa pas de question et répondit à l’étreinte de son amant. Lorsqu’ils se détachèrent, ils restèrent un instant à se regarder et, finalement, Ichigo quitta les lieux.

Le jeune homme fronça les sourcils. Partir seuls ? Le roux entra rapidement dans ses appartements avec Jotaro sur les talons.

Le jeune homme pénétra dans le dressing et en sortit un sac où il mit une tenue de rechange et un autre sac où étaient contenus « ses accessoires ». Il allait prendre quelques précautions. Il se changea et revêtit un pantalon un peu plus large qui lui permettrait d’exécuter des mouvements plus amples, un t-shirt noir près du corps, mais pas tout à fait. Il passa par la salle de bain et sortit une boîte de teinture qu’il avait trouvée dans ses affaires pour refaire ses racines.

Il sortit ensuite des lentilles vertes et les posa sur ses yeux. Il finit par mettre des chaussures souples et sportives. Sa tenue était celle d’un jeune décontracté et à l’aise. Ichigo avait placé du matériel de secours sur lui. Il n’aimait pas vraiment sortir sans protection, surtout à l’heure actuelle. Sosuke était devenu fou. Ichigo se chargerait de leur protection à tous les deux, dans ces conditions.

Lorsqu’il regagna l’entrée, le roux tomba sur les hommes de son compagnon, qui le regardaient avec beaucoup d’intérêt. Ichigo les salua et se dirigea vers la salle de réunion de son amant. Il le croisa dans le couloir. Sosuke le regarda, surpris.

— Tu t’es changé ?

— Bien sûr…

— Tu es vraiment très prudent.

— Je le suis pour deux !

— Personne ne nous reconnaîtra et nous partirons discrètement. Je ne l’ai annoncé à personne…

Ichigo posa un doigt sur les lèvres sensuelles de son partenaire.

— Chhuuuttttt ! Laisse-moi agir comme… je le sens.

Sosuke scruta le visage du jeune homme, qui semblait brutalement très sérieux. Il le sentait sur le qui-vive et comprit que sa désinvolture apparente l’effrayait.

— Comme tu veux. Tu es prêt ?

— Oui. Il ne manque plus que toi.

— Je me change et j’arrive… souffla le brun à son oreille.

— Très bien !

Le cœur d’Ichigo battit plus précipitamment.

— Tu ne viens pas avec moi ?

— Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée… Nous n’aurons pas le temps tout à l’heure pour ce genre de chose.

— Qui te dit que…

— Sosuke ! marmonna Ichigo, contrarié. Je pense que tu as l’esprit plus tordu que le mien et, déjà, des images pas très nettes circulent dans ma tête… alors vas-y seul !

Aïzen eut un rire bas et, après un dernier regard moqueur, quitta le jeune homme, heureux de provoquer un trouble chez lui. Ichigo observa les hommes d’Aïzen derrière les lunettes de soleil qu’il avait posées sur son nez quelques secondes plus tôt. Beaucoup se demandaient certainement qui il pouvait être.

Le jeune homme partit s’asseoir sur un rocher dans le jardin et replia ses jambes sous lui. Ichigo réfléchissait à la vie qui l’attendait ici. Il avait fait un choix et il l’assumait.

Le roux avait la vague impression que son amant négligeait un peu sa sécurité ou le danger. Ou peut-être que non. Toutefois, lui, il savait pertinemment ce qui l’attendait avec le Nuage Blanc, d’autant qu’il avait quitté ce dernier alors qu’il avait déclaré quelques jours plus tôt qu’il intégrait définitivement l’organisation. Les événements prenaient vraiment un cours inattendu.

L’orangé tourna la tête et vit son amant qui l’observait, songeur. Ichigo se leva d’un bond et partit le rejoindre. Une voiture de sport noire se gara devant l’entrée et un domestique ouvrit le coffre pour y glisser les deux minces bagages.

Ichigo monta à la place passager et attendit patiemment que Sosuke s’installe derrière le volant, ne sachant toujours pas où ils se dirigeaient. Lorsque la voiture démarra, ils n’avaient pas échangé un mot : seul un bref coup d’œil. Le cœur du jeune homme courait dans sa poitrine. Il était très troublé par la direction de ses sentiments pour Aïzen.

— Détends-toi… murmura de sa voix suave le brun.

— Je suis détendu ! affirma Ichigo sur la défensive.

Seul un bref coup d’œil amusé de son amant lui répondit. Ichigo s’enfonça dans son siège et observa le paysage sans formuler de commentaires. Il comprit qu’ils se déplaçaient vers le sud du Japon.

— Repose-toi, nous ne sommes pas près d’arriver.

— Pourquoi n’avons-nous pas pris le train ?

— La voiture est plus prudente…

Ichigo jeta un coup d’œil à son amant et vit son air soucieux. Ce qu’il avait pris pour une négligence… Non, Sosuke n’avait certainement rien délaissé pour ce voyage. Il voulait lui faire plaisir, mais certainement pas mettre leurs vies en danger.

Un léger sourire s’inscrivit sur l’ourlet des lèvres du plus jeune. Il songea à sa vie d’hôte qui lui sembla bien lointaine, soudain. Un voyage sans faire de crapahutage, où seule la détente serait le leitmotiv… C’était la première fois que cela lui arrivait, songea-t-il brusquement.

Ichigo avait passé sa vie à s’entraîner, à étudier ou à accompagner les autres pour leur faire passer un bon moment. C’était la première fois qu’une personne lui consacrait du temps. Ichigo en était troublé et décida de vivre l’instant présent et de profiter d’une vie presque normale. Après tout, peut-être qu’ils n’en auraient plus l’occasion, plus tard.

°OoO°

Le roux observa, surpris, l’hôtel où ils se trouvaient. C’était un pur produit japonais et l’ambiance à l’intérieur, alliant un mélange de modernité et d’atmosphère zen, lui amena un sourire.

— Tu aimes ?

— Oui… beaucoup !

— J’en suis heureux…

Le souffle chaud contre son oreille et la présence rassurante derrière lui firent frissonner le jeune homme. Ichigo se tourna vers son amant et lui adressa un sourire chaleureux, ce qui eut l’air de toucher son partenaire. Ils se dirigèrent vers leur chambre.

Leurs bagages les y attendaient déjà sagement et Sosuke prit la main d’Ichigo et le tira derrière lui pour lui montrer la vue verdoyante en contrebas. L’ambiance brumeuse autour du volcan donnait une atmosphère fantomatique au lieu. Ichigo se sentait dépaysé, comme sur une autre planète.

— Je ne pensais pas que tu aurais choisi la région du Shikoku pour notre voyage.

— Je voulais te surprendre et puis, j’aime cette région et ses temples !

— C’est pour nous porter chance que tu as choisi cet endroit ?

— Hum… j’aimerais en visiter un qui me plaît particulièrement. J’aimerais y faire un vœu.

Deux bras entourèrent les épaules du jeune homme. La chaleur de son amant troubla le roux qui aurait aimé se retourner, mais l’étreinte ferme l’en empêcha.

— Ensuite, j’ai prévu le restaurant et je connais un petit lac assez particulier où je jouais, enfant. C’est assez escarpé pour y parvenir, mais l’endroit en vaut vraiment le coup d’œil. Voudrais-tu te joindre à moi ?

Ichigo fut surpris qu’Aïzen lui parle de son enfance.

— Tu es originaire de ce lieu ?

Sosuke eut un rire bas et avoua :

— Oui… contrairement à toi, je n’habitais pas du tout la banlieue de Tokyo. J’ai vécu ici et j’ai grandi dans ce lieu bourré de temples. J’ai rejoint Tokyo à l’adolescence car je trouvais ma province bien morne et je rêvais d’aventure dans la capitale. Je peux te dire que ce fut un choc en arrivant !

Le brun relâcha Ichigo, qui se retourna pour observer son compagnon.

— Je pensais que tu étais natif de Tokyo. Je veux dire, les gens d’ici ont un accent et…

— J’habite Tokyo depuis vingt ans, alors j’ai dû le perdre en cours de route.

— Comment es-tu arrivé à la tête de l’organisation Tora ? Je veux dire… je suis arrivé dans le Nuage Blanc parce que ma meilleure amie, avec qui je jouais dans le bac à sable, était la fille du chef de l’organisation… Mais toi ?

Aïzen eut un haussement d’épaules et tira son amant contre lui. Ichigo se laissa enivrer par l’odeur du plus vieux. Il ferma les yeux brièvement comme pour mieux en saisir tout l’arôme. Sous ses doigts, Ichigo sentait le cœur du yakuza battre doucement. Les lèvres de Sosuke descendirent dans ses cheveux et caressèrent doucement la masse soyeuse et indisciplinée.

— Je ne suis pas un enfant de cœur et je pense avoir été destiné à ce genre de « travail ».

— Comment peut-on croire que nous sommes destinés à cela ?

— Certains ont une vocation noble… médecin, enseignant, prêtre, dévouant leur vie pour celles des autres. J’avoue… Je suis dévoré par l’ambition et j’ai cherché toute ma vie le pouvoir, à être au-dessus des autres, à être le plus fort…

Aïzen posa ses doigts sous le menton du jeune homme pour lever son visage vers le sien.

— Je ne suis pas… serviable et encore moins « gentil ». J’ai assassiné, torturé, menti, corrompu, fait du chantage… et que sais-je encore. Je dois être dans la catégorie des hommes les plus ignobles. Je suis froid, calculateur et manipulateur. Tu es tombé amoureux de la mauvaise personne et si j’étais raisonnable, je t’enverrais très loin de moi. Même si tu fais partie d’une organisation comme la mienne, tu n’es pas comme moi. Tu es le soleil que je ne pourrai jamais atteindre des profondeurs de mon enfer.

Ichigo observait les traits impassibles où seuls les yeux exprimaient réellement les émotions qui se bousculaient en lui. Le roux fit remonter ses doigts vers les joues, qu’il caressa de la pulpe de ses doigts. Lentement, ces derniers se dirigèrent vers la nuque de son compagnon qu’il attira à lui. Il murmura contre ses lèvres :

— Qui te dit que je souhaite être raisonnable… et c’est trop tard pour m’éloigner de toi maintenant. Je suis irrémédiablement amoureux.

Le jeune homme laissa sa langue courir sur les lèvres entrouvertes et son muscle fut rejoint par son congénère ; un ballet aérien commença entre les deux langues qui se cherchaient. Les doigts du roux étaient enlacés à ceux de son amant.

Un filet de salive les reliait et Aïzen se pencha et le lécha pour s’emparer de la langue d’Ichigo, qui répondit avec passion à son étreinte. Sosuke avait fait passer ses bras dans le dos de son amant et le serra fortement contre lui. Lentement, le brun recula et fit basculer son amant sur le lit. La bouche de l’homme chercha à tâtons la chair entre la jonction de la mâchoire et de la nuque et croqua délicatement la peau.

— Ne me quitte jamais, Ichi…

— Comme si je le pouvais…

La voix du roux était à peine un chuchotement. Les deux hommes se regardaient intensément. Ichigo attira une nouvelle fois le visage de Sosuke à lui. Ses doigts fins étaient emmêlés dans les mèches souples du plus vieux.

— Oublions tout ! Tout ce qui n’est pas nous… nous serons si vite rattrapés par notre quotidien… Vivons pour nous. Aujourd’hui et demain, rien que toi et moi…

Sosuke approuva de la tête et attira le jeune homme contre lui, plus près. Ses mains avaient glissé sous le t-shirt et… découvrit des shurikens ? Aïzen haussa un sourcil.

— Qu’est-ce que c’est…

Ichigo regarda l’arme que son amant avait sortie de sous son t-shirt et murmura, contrit :

— Un shuriken…

— Merci, je reconnais ! marmonna le brun. Mais pourquoi ?

— Hum… pour notre sécurité…

— J’ai failli y laisser un doigt ! grogna Aïzen. Tu as d’autres choses de camouflé sur toi ?

Ichigo rougit violemment et retira son t-shirt, et Sosuke vit un petit couteau de chaque côté de sa taille. Ensuite, Ichigo se mit debout et retira son pantalon : un S&W 360 « AirLite Sc », suivi d’un couteau, d’un kunaï et d’un poignard d’assaut, apparurent.

La mâchoire d’Aïzen s’ouvrait un peu plus à chaque objet découvert. Lorsqu’Ichigo eut retiré toutes ces armes, un petit tas métallique gisait à ses pieds. Une petite goutte de sueur apparut derrière la tête d’Aïzen, qui retira son 357 Performance Magnum de sous sa veste et regarda les armes de son amant avant de murmurer :

— Tu ne passerais vraiment pas un portique de sécurité ! Une chance que je n’ai pas eu l’idée de partir en avion. Et dire que je culpabilisais tout à l’heure en disant que j’étais un assassin !

— Je n’ai jamais tué personne… souffla honteusement le roux.

Sosuke leva la tête, surpris, et scruta le visage rosissant de son amant. Le brun posa son revolver et attrapa sa moitié contre lui et lui redressa le visage.

— Ça, tu ne le feras pas ! Mais bon sang ! Tu es une arme ambulante…

Le yakuza regardait encore, médusé, les armes posées à même le sol.

— Qui aurait cru qu’un hôte comme toi pouvait être capable de cacher toutes ces armes sur lui. Ichimaru a beaucoup de chance d’être encore en vie, à mon humble avis.

— Je n’ai pas besoin de « ça »… pour… pour…

Sosuke captura les lèvres du jeune homme en un tendre baiser et entreprit de finir de déshabiller le jeune homme, qui se retrouva nu devant lui. Ichigo le regardait droit dans les yeux. Aucune gêne.

Sosuke tourna autour de son amant et son regard se posa sur le double dragon tatoué sur le dos du roux. Il le voyait dans toute sa splendeur et ses doigts effleurèrent le dessin.

Sosuke était fasciné par l’homme devant lui. Même s’il avait parfois l’air d’un gamin, il était loin d’en être un. Le brun était tombé sur l’arme la plus dangereuse qui puisse exister. Son cœur se serra en sachant combien le crime révulsait son amant. Il colla lentement son corps contre celui du jeune homme et sa tête vint se blottir au creux de la nuque du roux, tandis que ses bras enlaçaient sa taille.

— Tu sais, Sosuke… Je commence sérieusement à avoir froid…

— En plus, tu es douillet ! se moqua ce dernier.

Ichigo se tourna vers son amant et l’embrassa à pleine bouche.

— J’en ai bien le droit si j’en ai envie… souffla Ichigo contre son oreille.

Sosuke caressa du revers de sa main le visage sérieux, trop sérieux, du jeune homme.

— Tous les droits… chuchota à son oreille le yakuza.

Aïzen fit basculer Ichigo sur le lit et ils reprirent leurs ébats là où ils s’étaient arrêtés plus tôt.

°OoO°

Ichigo circulait dans la ville de Tobe. Le jeune homme faisait du tourisme dans cette cité où la céramique était reine. Sosuke affichait un léger sourire en songeant qu’il n’avait jamais rien trouvé d’extraordinaire à ces poteries, enfant, mais le fait de voir le regard curieux du roux sur ces créations transformait aujourd’hui le sien.

L’orangé s’arrêta brutalement devant une série de céramiques faites dans un camaïeu de bleu. Des poteries représentant une grue laissèrent le jeune homme songeur.

— Quelque chose ne va pas ? demanda doucement Sosuke.

— C’est stupide… vraiment stupide !

Ichigo fronça les sourcils et voulut quitter l’échoppe, mais Sosuke le retint par le bras.

— Ichi… quelque chose ne va pas ?

Le roux s’était figé et un voile passa devant ses yeux. Il voyait les regards qui s’attardaient sur le bras de son amant et sur lui, mais ce n’était pas son problème. Il voulut repousser le brun. Cela eut pour effet de rapprocher ce dernier, qui s’inquiétait à présent réellement pour lui.

— Dis-moi ce qui te tracasse ?

— C’est juste que… c’est le genre de chose que ma mère affectionne. Et quand je vois la grue, je ne peux m’empêcher de songer à elle et à sa maladie. C’est bientôt son anniversaire et… enfin bref !

Ichigo envoya un sourire à Aïzen et se retourna pour prendre la direction du centre-ville où Sosuke avait réservé des places dans un restaurant traditionnel réputé de Tobe. Le brun détailla la miniature que le roux observait intensément quelques minutes plus tôt. Il reprit sa marche et admira la démarche souple et féline de son compagnon. Depuis qu’il l’avait rencontré quelques mois plus tôt, quelque chose avait attiré le regard d’Aïzen chez le jeune homme.

Il n’avait su dire quoi exactement, au début de leur rencontre. Pourtant, maintenant, cela lui sautait aux yeux. Comment avait-il pu être aussi aveugle ? À cause de son rôle d’hôte ?

Ichigo Kurosaki était un tueur né, même s’il ne s’en rendait pas compte. Il dégageait une aura particulière, un mélange de soufre et de danger inexprimé. Pourtant, à côté de cela, son regard presque innocent et son comportement profondément humain faisaient de lui un mélange détonnant et incroyablement attachant. Goûter à l’interdit et au paradis… tout cela chez une même personne ?

À table, Sosuke raconta une partie de son enfance dans la ville au plus jeune. Ichigo, curieux d’en savoir plus sur le passé de cet homme qui était somme toute énigmatique, la plupart du temps, posa de nombreuses questions auxquelles le brun répondait sans hésitation.

— Ta famille, tes parents… habitent encore ici ?

— J’ai perdu mes parents à dix-sept ans… ainsi que mon frère et ma sœur.

Ichigo rougit légèrement et se troubla devant sa question indiscrète.

— Je… je suis terriblement désolé.

— Tu ne pouvais pas savoir… Ils étaient partis rendre visite à mes grands-parents maternels. Moi, j’avais refusé d’y aller car, à l’époque, je trouvais ça… indigne de moi. J’étais révolté et ne voulais rien savoir. Je m’étais échappé de la maison et caché dans un arbre non loin. Je les ai vus partir et mon père semblait contrarié. Tellement contrarié… Je ne les ai jamais vus revenir. Au soir, j’ai reçu un coup de fil de mes grands-parents m’avertissant de leur décès sur le chemin du retour. J’ai pris ma décision à ce moment-là… je réussirai à Tokyo ! J’ai réuni quelques affaires, de l’argent et tout ce que je pouvais monnayer et j’ai pris le train.

Ichigo regardait l’homme devant lui, admiratif et fasciné. L’orangé mangeait sans vraiment se rendre compte de ce qu’il goûtait et essaya de s’imaginer dans le même contexte.

— Je n’ai pas eu à faire cela… Je ne sais pas si j’aurais pu, même… en fait, cela ne m’aurait jamais traversé l’esprit ! finit le jeune homme, dépité.

Aïzen sourit, moqueur, et secoua la tête. Il posa son coude sur la table, posa gracieusement sa joue sur son poing et scruta le jeune homme devant lui.

— Nous sommes diamétralement différents et, quelque part, j’apprécie cette différence.

La voix du brun devint caressante et le débit très bas fit se pencher le jeune homme légèrement en avant. Un frisson parcourut l’échine d’Ichigo lorsqu’il rencontra les yeux chocolat où une lueur de désir s’était allumée.

— Et pourtant…

Les doigts de Sosuke remontaient le long de la joue du plus jeune.

— Si semblables… par certains côtés.

Le temps s’arrêta pour eux une nouvelle fois. Aïzen intercepta un serveur et paya l’addition. Ils quittèrent les lieux. Les rues étaient faiblement éclairées et Ichigo observa tout autour de lui, sur le qui-vive. Il sursauta quand un bras enlaça ses épaules, le souffle chaud de son partenaire effleurant ses cheveux.

— Tu es toujours aussi… sur tes gardes ?

— Seulement depuis peu…

— Tu ne risques rien avec moi…

— Peut-être…

Leurs voix n’étaient que des chuchotements et leurs pas étaient lents. Ils remontèrent silencieusement le chemin qui menait à leur hôtel. L’humidité avait fait apparaître de petites nappes de brume sur le chemin et la végétation dense laissait voir des formes plus ou moins menaçantes sous les ombres projetées par la lune.

Lorsqu’ils entrèrent dans le hall de l’hôtel, leurs vêtements étaient humides et leurs cheveux mouillés, comme s’ils avaient reçu de la bruine sur eux. À peine eurent-ils franchi le seuil de leur chambre qu’Aïzen plaqua Ichigo contre le mur et l’embrassa fiévreusement.

Le roux avait enroulé ses bras autour du cou du plus vieux. Son cœur palpitait tellement fort, tout comme son désir qui ne semblait jamais s’éteindre, mais plutôt s’attiser un peu plus à chaque minute passée avec Sosuke. Lorsqu’Aïzen se redressa, il souffla à l’oreille du plus jeune :

— Notre passion s’amenuisera un jour, tu crois ?

— C’est très mal parti, alors…

Leur regard soudé à celui de l’autre, Ichigo attira Sosuke à lui et captura ses lèvres avec délectation. Peu lui importait, à cet instant. Ce qui comptait avant tout était le ici et maintenant…


Symbolisme de la grue au Japon : au Japon, l’oiseau est réputé pour être capable de vivre 1000 ans… Il est le symbole de la longévité.


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