De toi @ moi 4


De : Ukitake Jyuushirô — Direction des ressources humaines

À : Kurosaki Ichigo — dpt Conception & Réalisation


Sujet : (aucun)

Kurosaki-kun,

Je peux fort bien comprendre votre désarroi. Vous avez traversé de difficiles épreuves et il est compréhensible que vous vous sentiez seul et certainement frustré de ne pas pouvoir vous confier. Je ne dis pas que vous n’avez pas d’amis ou de famille, mais parfois, les personnes qui nous sont les plus proches ne sont pas les plus aptes à comprendre notre peine ou nos sentiments.

Je le pense d’autant plus que j’ai moi-même traversé quelques épreuves dans la vie. Comme tout un chacun, d’ailleurs ! Mais je n’ai pas forcément trouvé l’oreille adéquate pour exprimer totalement ce qui me tracassait ou me peinait. Nous avons besoin d’être seuls pour faire le point sur nos problèmes, certes, mais nous avons besoin aussi d’une oreille pour nous épancher.

Si vous vous sentez seul à nouveau et que vous souhaitez parler, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit, je vous laisse mon numéro de portable. Sachez que vous ne m’ennuierez pas le moins du monde. Je ne vous propose pas cela en tant que responsable du personnel, mais plus comme un ami. Vous pourrez conserver ce numéro à votre discrétion, bien évidemment.

Je ne sais pas si je vous serai d’une aide quelconque, mais au moins vous savez que vous pouvez compter sur quelqu’un qui comprendra votre solitude.

Jyuushirô Ukitake.


Ichigo prit son portable et enregistra machinalement le numéro inscrit devant lui. Il était saisi par ce qu’il venait de lire. Il referma le mail et reprit son travail. Il voyait bien que Grimmjow l’observait du coin de l’œil depuis un petit moment. Finalement, n’en pouvant plus — et le message lui trottant dans la tête — il répondit à Jyuushirô Ukitake.

°0°0°0°

Ukitake avait été rassuré en lisant le dernier mail d’Ichigo. Par contre, il se demandait s’il avait bien fait de lui donner son numéro de portable. Peut-être prendrait-il cela comme une proposition ? Après tout, il était de notoriété publique qu’il était homosexuel. Il soupira… Peut-être qu’il l’enverrait sur les roses, ou qu’il se moquerait de lui. Ahhh… il n’avait pas besoin de cela. Shyôhei lui en avait fait voir de toutes les couleurs, l’année dernière.

Ukitake pensa qu’il était temps qu’il arrête de tomber amoureux de personnes beaucoup plus jeunes que lui… quoique Kurosaki soit le plus jeune dont il fût tombé amoureux !

Ça y est… Il se l’était avoué. Il posa ses coudes sur le bureau et plaça ses mains à hauteur de son visage pour y poser son front.

Kami-sama… Pourquoi ? Kurosaki avait été marié, il avait des enfants et… il était trop craquant ! Il se sentit exaspéré par son comportement vraiment puéril et se replongea dans son travail. Après tout, si Kurosaki le rejetait maintenant… au moins ne se bercerait-il pas d’illusions et éviterait-il une future déception…

Mais cela ne l’empêcha pas de regarder furtivement sa boîte mail pour voir si le jeune homme lui répondrait.

Il allait abandonner au bout d’une heure quand il vit qu’il avait reçu une réponse. Son cœur palpita et il se sentit au bord du malaise. Il ouvrit le message…


De : Kurosaki Ichigo — dpt Conception & Réalisation

À : Ukitake Jyuushirô — Direction des ressources humaines


Sujet : (aucun)

Ukitake-san,

Je vous remercie pour votre compréhension, mais est-ce que je ne risque pas de vous déranger, vous et votre épouse ? Enfin… votre famille…

J’ai enregistré votre numéro de téléphone et croyez bien que je ne le divulguerai à personne. Je vous laisse également le mien ; je vous demanderai la même discrétion. En effet, si vous aviez un souci quelconque, n’hésitez pas à m’appeler si vous aviez besoin de vous confier. Étant seul, cela ne me posera aucun souci.

J’espère, pour le moins, que vos soucis se sont atténués avec le temps… Il n’est pas agréable d’y séjourner longtemps.

Bonne fin d’après-midi,

Ichigo Kurosaki.


Ukitake fut soulagé d’un côté, mais de l’autre, il se sentit mal à l’aise. Kurosaki Ichigo devait être le seul employé de toute la société à ne pas connaître ses penchants sexuels ! Il vivait vraiment dans une autre sphère. Il ne savait pas s’il devait s’en réjouir… ou non.

Il réfléchit à la question et, finalement, décida de lui répondre honnêtement. Autant que tout s’arrête le plus rapidement possible. Il avait déjà donné dans les peines de cœur, et il ne voulait pas y replonger.

Il décida de lui parler à cœur ouvert. Tant pis pour les conséquences.


De : Ukitake Jyuushirô — Direction des ressources humaines

À : Kurosaki Ichigo — dpt Conception & Réalisation


Sujet : (aucun)

Kurosaki-kun,

Vous allez me prendre pour je ne sais quel homme, mais j’ai besoin de vous parler à cœur ouvert. Tout d’abord, sachez que je vis seul également… enfin, plus seul que vous, car je n’ai pas d’enfant et je n’en aurai jamais — à ma grande déception, d’ailleurs. Mais ceci est dû à mon orientation sexuelle. Je pense que vous devez être la seule personne dans l’entreprise à ne pas savoir que je suis gay.

Sachez que mon soutien n’a rien à voir avec le fait que vous soyez un homme. Je ne vous pourchasse pas de mes avances, mais je souhaite être honnête avec vous. Sachez que vous m’attirez… plus qu’il ne devrait. C’est pourquoi, sachant votre propre orientation, je ne souhaite pas vous embarrasser si vous apprenez que je suis une voix différente de la vôtre dans ma vie intime. Et, pour finir, vous m’êtes d’un intérêt certain.

Quoi qu’il en soit, je continuerai à vous soutenir… car il m’est impossible de laisser quiconque dans le besoin, surtout lorsque cette personne vit une situation comme la vôtre : isolée et sans soutien.

Espérant ne pas vous avoir choqué outre mesure,

Jyuushirô Ukitake.


Ukitake envoya tout de suite son mail, avant qu’il n’ait plus la force de le faire. Son cœur s’était emballé et il se demanda comment Ichigo allait prendre ce message.

Ichigo ? Il avait utilisé son prénom sans s’en rendre compte.

Il ferma les yeux et dit d’entrer à celui ou celle qui venait de frapper.

Aaahhhh ! Yamamoto-sama était à la porte. Il se leva précipitamment pour accueillir son patron.

°OoO°

Ichigo ne vit pas immédiatement le mail d’Ukitake. Il était avec Kisuke pour lui montrer la nouvelle bande-annonce qu’il avait faite pour une console de jeu. Urahara apprécia son travail, mais lui signala quelques défauts que le jeune homme n’avait pas vus en visionnant la bande-annonce. Il finit par lui dire :

— Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi… fluide. Quelle progression ! Modifiez-moi cela et je vais préparer le dossier pour le présenter à Yama-jii. Je pense que cela va faire un carton.

— Merci !

— Filez et modifiez-moi cela !

— Bien…

Ichigo retourna à son poste de travail et corrigea les trois petits problèmes rencontrés. Ils étaient mineurs, mais bien sûr leur correction allait lui prendre du temps. Au bout d’une heure, il en sortit une copie pour Kisuke et la lui apporta. Ce dernier lui adressa un large sourire ; puis Ichigo retourna à sa place.

Il vit le message d’Ukitake et l’ouvrit. Ichigo sentit son cœur battre à toute allure. Il s’enfonçait dans son siège quand il entendit une voix derrière lui murmurer sérieusement :

— Moi, à ta place, je lui dirais carrément que je l’aime !

Ichigo faillit faire un arrêt cardiaque. Il se tourna vers Grimmjow, qui regardait le message d’Ukitake avec beaucoup d’intérêt — et il n’était certainement pas moqueur.

— Attends, Grimmjow ! Qui a dit que je l’aimais… chuchota Ichigo.

— ‘tain, Kurosaki ! Je te connais depuis cinq ans. Je suis passé par toutes tes phases émotionnelles et, dernièrement, tu m’as paru bien « excité ». Je te parle pas de ta vie sexuelle, shinigami, mais pour moi ça ne fait aucun doute : t’es amoureux de ce gars. Il semble lui aussi te porter le même intérêt. J’appelle ça un coup de foudre ! T’as de la chance… alors gaspille pas ton temps !

— Un coup de foudre ?

— Attends… Ça fait combien de temps que tu lui parles ? Une semaine ? Tu ne trouves pas que les choses ont avancé d’une manière complètement anormale entre vous deux ?

— En fait, je me suis rendu compte hier de mes sentiments, mais j’ai peur de me tromper…

— Pour moi, y a pas d’erreur !

— Moi, je confirme, fit Yumichika. Si tu ne le vois que depuis une semaine et que tu te mets dans les états où tu te mets ces derniers temps… j’en viens à la même conclusion que Grimmjow.

— En plus, ça a l’air d’un bon coup ! fit Ikkaku. Mais je ne changerai personne contre mon Yumi.

Son regard pervers s’accrocha à la silhouette du brun.

— Allez, réponds-lui, fit Mashiro. Nous, on aime les histoires d’amour ! Hein, Nell ?

— Tant pis pour moi… j’avais espéré, et je vois que tu es tombé dans les bras du DRH… Mince, va falloir que je me trouve quelqu’un d’autre ! répondit cette dernière.

— Franchement, Kurosaki, t’es hétéro. Pourquoi t’es tombé amoureux d’un mec ?

— Ta gueule, Love ! Toi, t’es amoureux du Jump, alors t’as tout pour la boucler !

— En tout cas, nous, on t’encourage, fit Renji. Tu vas pouvoir avoir un peu de bonheur dans ta vie, qui me semble être devenue bien triste depuis quelques années.

— Ouais… ta femme ne t’a pas rendu qu’heureux ! reprit Ikkaku. Attends : on ne lui jette pas la pierre, mais dans un couple, y a toujours des hauts et des bas, et ces dernières années ça semblait de plus en plus bas, dans ton couple !

— Bon, les gars… Pour Kurosaki, c’est la chance de sa vie… Qui vote pour qu’il écrive à Ukitake qu’il l’aime ?

Tous les graphistes levèrent la main.

— Bon, on est tous d’accord ! On va t’aider à rédiger ton message…

— Raarhhhhh ! Laissez-moi m’occuper de ça tout seul. Je suis pas à la maternelle.

— Ouais, ouais ! Mais dis-lui quand même que tu l’aimes !

— Et si… ce n’était que sexuel ? demanda soudain Ichigo.

Il reçut un coup de sac à main de la part de Mashiro.

— Abruti ! Un gars qui te dit ce qu’il t’a écrit, si c’était un coup à tirer qu’il voulait, il ne t’aurait pas avoué tout ça comme il l’a fait. Il t’aime aussi, mais il faut le comprendre. Tu as été marié, tu as des enfants, et on ne peut pas dire que tu es quelqu’un qui exprime ses émotions. Moi, j’étais terrorisée quand je t’ai rencontré la première fois ! Alors, fais un effort et lâche-toi pour une fois !

— Tu nous fais lire ton mail avant de l’envoyer, shinigami ! Tu serais capable de nous planter le coup ! Et nous, on veut que ça se finisse bien… Après, on va se taper ton boulot si tu nous fais une déprime… Et qui va s’occuper de tes gosses ?

— Bon, je vais lui répondre.

Tous s’agglutinèrent derrière le dos de l’oranger, inquiets de savoir quels mots Ichigo allait employer.


De : Kurosaki Ichigo — dpt Conception & Réalisation

À : Ukitake Jyuushirô — Direction des ressources humaines


Sujet : (aucun)

Ukitake-san,

J’avoue ne pas avoir eu connaissance de votre orientation sexuelle. Cela ne me choque pas. En fait, cela me soulage, en quelque sorte, de le savoir. Pourquoi ? Tout simplement parce que vous occupez bon nombre de mes pensées. Et, pour vous dire la vérité — et être totalement honnête avec vous — j’éprouve la même attirance à votre égard.

Il sera probablement difficile pour vous de le croire, étant donné le fait que j’ai suivi une voie dite « normale », mais sachez que je ne cherche en rien à vous peiner, ni à me moquer de vous. Je suis réellement tombé amoureux de vous.

Espérant ne pas vous avoir choqué outre mesure,

Sincèrement,

Ichigo Kurosaki.


Ichigo reçut une grande claque dans le dos de la part de toute l’équipe. Il relut son message et Mashiro appuya sur « envoyer ». Un grand cri de joie traversa le bureau Recherche et Développement.

La porte s’ouvrit pour laisser passer Kisuke Urahara, qui leva un sourcil en voyant la joyeuse excitation autour d’Ichigo Kurosaki.

— Je peux savoir ce qui se passe ici ?

— Rien ! répondirent-ils tous en cœur.

Un grand sourire ornait chacun des visages.

— Eh bien… jolie cohésion ! Kurosaki, j’espère que vous m’expliquerez pourquoi vous perturbez le service !

— Au fait, vous êtes déjà de retour, chef ! lança Renji.

— Ahhhh ! Yama-jii est avec Ukitake. Et je pense qu’ils vont en avoir pour un moment, à mon avis. J’ai dû prendre rendez-vous avec son secrétaire. Je le vois demain matin pour la bande-annonce. Du coup, comme je vois que la bonne humeur règne, si vous avez autre chose à proposer au vieux… c’est l’occasion ou jamais de montrer que notre service sert à quelque chose !

— Yeah !!!

Tous se précipitèrent à leurs postes de travail. Renji avait presque terminé son boulot, ainsi que Grimmjow. Kisuke scruta le visage de Kurosaki, qui semblait avoir rougi quelque peu. Cela faisait longtemps qu’il ne l’avait pas vu si… expressif !

Devait-il fouiller dans ses affaires pour en avoir le cœur net ? Bah : il le saurait bien assez vite. Ici, tout le monde se vendait à un moment donné ou à un autre… pas besoin de coups bas. Et puis, ça ne serait pas drôle s’il ne trouvait pas par lui-même.

°OoO°

Ukitake regarda sa montre. Il gémit… il était presque vingt heures ! Yama-jii lui avait encore mis le grappin dessus pour un problème de personnel. Il rangea rapidement ses affaires et rabattit les manches de sa chemise.

Il voulut fermer son ordinateur et se rappela soudain sa « déclaration ». Il se demanda si Kurosaki lui avait répondu. Il ouvrit sa boîte mail et vit qu’un message l’attendait. Il l’ouvrit ; ses mains tremblaient. Inutile de te faire des idées, se dit-il.

Mais quand il lut le message… il se figea. Ses yeux s’agrandirent sous l’effet de la surprise.

La porte de son bureau s’ouvrit et Shunsui entra. Il avait dû l’attendre pour qu’ils aillent boire un verre avant de se quitter. Voyant l’air stupéfait de son ami — et son air de détresse — il s’approcha doucement et lui demanda :

— Hisagi t’a encore envoyé un message à la noix ?

— Non… chuchota l’homme aux cheveux blancs.

— Alors ? Que t’arrive-t-il ?

— Kurosaki…

Shunsui souleva un sourcil interrogateur…

— Dis-moi ! Tu m’en parles beaucoup, de ce gamin… Qu’y a-t-il, avec lui ?

— Viens voir !

Le chef du service administratif contourna le bureau et lut le message d’Ichigo Kurosaki. Il se tourna ensuite vers Ukitake.

— Et toi ?

— Quoi, moi ?

— Tu l’aimes ?

Le silence répondit à cette question, et l’homme sembla se tasser sur sa chaise.

— Oui… Tu me croirais si je te disais que j’ai eu le coup de foudre ?

— Tout est possible. Et moi, en matière d’amour, j’ai le coup de foudre tout le temps…

— Tu n’es pas spécialement un exemple !

— Écoute, Jyuushirô, je t’ai toujours dit que tu attirais les gens comme un aimant. Personnellement, cela ne m’étonne pas qu’il soit tombé amoureux de toi !

— Oui… mais…

— Tu vas le laisser filer parce qu’Hisagi t’a laissé un goût amer dans la bouche ? Je ne pense pas que Kurosaki soit quelqu’un dans le même genre que Shyôhei. Déjà par sa famille, par son parcours personnel et sa situation familiale. Je crois même que c’est plus un handicap pour lui qu’autre chose. Crois-tu qu’il voudrait s’amuser avec toi ? Le gars est trop sérieux pour être aussi instable qu’Hisagi.

— …

Jyuushirô resta pensif quelques instants. Finalement, Shunsui lui donna une claque dans le dos et lui dit :

— Allez, viens, on va en discuter autour d’un verre.

Les deux hommes se levèrent et prirent la direction d’un bar que Shunsui connaissait bien.

°OoO°

Ichigo était rentré chez lui et s’occupait maintenant de ses enfants. Il prépara le repas, donna les bains, fit faire leurs devoirs à ses enfants, et les coucha après une histoire. Ichigo rangea ensuite sa maison et, finalement, prit une bonne douche.

Ses pensées vagabondaient autour de son mail, en espérant qu’Ukitake ne prendrait pas mal le fait de lui avoir fait une telle déclaration par mail. Mais il n’avait pas eu le courage de le faire en direct. Il aurait été mal à l’aise dans son bureau ; et prendre rendez-vous pour cela…

Il se dirigeait vers le réfrigérateur pour se prendre une bière quand son portable, qu’il avait laissé sur le plan de travail de la cuisine, se mit à sonner.

Ichigo sentit son rythme cardiaque s’accélérer. Il le prit et décrocha, sentant que son cœur allait exploser. Il entendit alors la voix douce d’Ukitake à l’autre bout du fil :

— Ichigo ?


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)