De toi @ moi 14

Ichigo se laissa aller contre la poitrine de Jûshirô, ses bras rampants autour de ses épaules, effleurant ses longs cheveux. Il releva le visage vers l’homme qui le serrait tendrement contre lui. Il vit la physionomie de son amant se rapprocher, le laissa butiner son visage de baisers et ferma les yeux.

Cela faisait tellement longtemps qu’il ne s’était pas abandonné de cette manière. Ne plus penser à rien… Il entrouvrit les yeux quand il sentit une bouche caresser la sienne. Il répondit avec la même tendresse, qui se transforma peu à peu en urgence. Ichigo sentit les mains de Jûshirô parcourir de plus en plus fiévreusement son dos… Il frissonna lorsqu’une des mains d’Ukitake passa sous sa chemise pour explorer sa peau. Il gémit doucement…

Ichigo rejeta lentement la tête en arrière quand les lèvres d’Ukitake glissèrent le long de son cou. Ichigo fit glisser ses mains sur le torse de son amant et ses doigts s’attaquèrent à sa chemise… quand il entendit une petite voix demander :

— Papa, j’ai soif !

Immédiatement, les deux hommes se détachèrent, et Ichigo dut reprendre sa respiration avant de voir Tamaki, sur le pas de la porte. Il ne l’avait pas entendu approcher… Il adressa un faible sourire à son fils qui l’observait, les sourcils froncés.

— Je… je te donne un verre d’eau ! Viens…, ajouta doucement Ichigo.

Ukitake s’était tourné vers le plan de travail derrière lui. Le roux l’entendait reprendre sa respiration. Pour Ichigo, la voix de Tamaki avait eu le même effet qu’une douche froide… mais il comprenait que son amant ait besoin d’un peu de temps. Il se dirigea vers le meuble où se trouvaient les verres et entendit Tamaki demander à Ukitake :

— Tu es malade, Jûshirô-san ?

— Non… non. Je vais bien…, dit-il d’une voix sourde.

— Tiens, Tamaki…

Ichigo tendit le verre d’eau à son fils, qui s’approcha pour le prendre. Le jeune garçon laissa glisser ses yeux de l’un à l’autre, scrutateur, mais il ne dit rien. Ichigo, à qui cela vrilla les nerfs, finit par demander :

— Quelque chose ne va pas ?

— Eh bien… Jûshirô-san t’embrassait, papa ? fit Tamaki, crûment.

Ichigo observa une seconde son fils, puis lui avoua en le regardant droit dans les yeux :

— Oui. Ça te dérange ?

— Bah… je ne t’ai jamais vu embrasser maman !

Ichigo rougit légèrement. Depuis que Tamaki était né, ils ne s’embrassaient quasiment plus. Les trois dernières années avec sa femme avaient été un désert affectif… Alors, c’était plutôt normal que son fils ne s’en rappelle plus.

— Ça te dérange ?

— Non ! Je l’aime bien, Jûshirô-san… et puis, les personnes qui s’aiment s’embrassent. J’ai vu ça à la télé, et papy et mamie, je les ai vus s’embrasser aussi… Moi aussi, je peux embrasser ma copine Aiko ?

— Euh… tu es un peu jeune pour ça, Tamaki, répondit son père. Maintenant, retourne te coucher et ne te trouve pas d’excuse pour revenir ici !

Ichigo renvoya son garçon au lit et rejoignit Jûshirô, toujours figé dans la cuisine. Il l’enlaça, et son amant lui adressa un léger sourire.

— Je ne m’y attendais pas du tout…

— Je ne l’ai pas entendu… désolé…

— Ce n’est rien, mais je crois que je vais attendre demain… ou tout à l’heure, fit-il en jetant un œil à sa montre, pour reprendre où nous en étions.

Ichigo fronça les sourcils.

— Que feras-tu lorsque nous serons ensemble ?

— Déjà, fit l’homme aux cheveux blancs, on sera dans notre chambre… Donc, il y aura moins de risques que nous soyons interrompus.

— Ils pourront entrer, tu sais…

— Oui… mais notre porte sera fermée et, même si ce n’est pas à clé, on aura le temps de reprendre contenance.

Ichigo n’avait absolument pas l’air convaincu, mais il n’insista pas. L’orangé se demanda si ce n’était pas lui, au fond, qui avait un problème. Il prenait tout avec tellement de distance… comme si tout allait de soi ! Il se dit définitivement qu’il n’était pas normal.

  • Jûshirô…
  • S’il te plaît, répondit ce dernier. Je préfère que nous nous voyions tout à l’heure.

Il s’était tourné vers l’orangé et avait planté son regard dans le sien. La détermination qu’y lut Ichigo lui fit comprendre qu’il était inutile d’insister.

Jûshirô se dirigea tranquillement vers sa veste et l’enfila. Il passa devant son amant et lui prit la main au passage. Il entremêla ses doigts aux siens et, lorsqu’il s’arrêta près de la porte, Ichigo sentit la tension de sa prise. Ukitake se retourna et l’embrassa très brièvement, si bien que le roux crut l’avoir imaginé.

— À demain, Ichigo…

— À demain, répondit mécaniquement le jeune homme.

Jûshirô ouvrit la porte et la referma sur lui. Ichigo resta bêtement là, hébété. Puis il se reprit, ouvrit la porte d’entrée et se lança sur les traces de l’homme aux cheveux blancs, mais il vit déjà les phares de sa voiture descendre la route qui rejoignait l’une des artères principales de la ville.

Ichigo tapa son poing contre le mur de l’entrée.

— Aïe ! ’tain, ça fait mal…, marmonna-t-il.

Il regagna la maison et, lorsqu’il se coucha, il se promit que la prochaine fois serait la bonne. Quoiqu’il ne voyait pas comment ils pourraient s’empêcher d’aller jusqu’au bout ! Il commençait à redouter ce moment : être toujours interrompus…

°0°0°

Ichigo avait préparé sa valise. Le matin, au petit déjeuner, Tamaki avait parlé du « bisou » entre leur papa et son petit copain. Sôsuke avait fait une grimace de dégoût et Kyoyuki avait bondi sur sa chaise. Elle lui demanda de raconter les détails « croustillants ». Finalement, et avec beaucoup de mal, Ichigo avait réussi à mettre les enfants à l’école — enfin, surtout sa fille. Sôsuke s’était sauvé et Tamaki avait attendu sagement que son père l’emmène dans sa classe. Ichigo leur avait de nouveau expliqué, dans la voiture, que ce serait leur grand-mère qui viendrait les chercher le soir même.

Quand il fut de retour chez lui, Ichigo rangea rapidement la maison et boucla sa valise. Il se demandait bien où Jûshirô avait réservé.

Ensuite, il se sentit tracassé… Il n’arrêtait pas de penser à l’épisode de la veille. Il mangea rapidement et commença à regarder l’heure continuellement. Il trouva le temps long. Du coup, il alla s’enfermer dans son bureau et alluma son ordinateur. Il avait reçu des dossiers de la part de Kisuke, au cas où il aurait « le temps ». Ichigo soupira… puis décida de commencer à bosser. De toute façon, il n’avait que ça à faire !

Il mit ses lunettes et plongea dans l’univers virtuel. Le temps fila sans qu’il ne s’en rende compte et, quand enfin il entendit sonner à la porte, il était presque 18 h 30.

Il se leva et se dirigea tranquillement vers la porte. Il fit entrer Jûshirô, qui le regardait, interrogateur.

— Excuse mon retard. Mais on m’a finalement téléphoné pour travailler et je ne pouvais pas refuser. Je viens juste de sortir… Quelque chose ne va pas ? demanda le plus âgé.

— Euh non… Tout va bien ! Je travaillais sur mon ordinateur. Kisuke m’a envoyé des dossiers à peaufiner avant de les rendre.

— Tu as travaillé ?

— Oui… ça m’arrive. Je t’en avais parlé, je crois…

— Je ne pensais pas que…

— Le temps m’a paru moins long. Si tu le permets, je vais les envoyer à Urahara.

— Il serait malvenu pour moi de refuser, rétorqua Jûshirô.

— Ma valise est prête. Nous n’avons plus qu’à partir ! le rassura le roux.

Tout en parlant, Ichigo s’était dirigé vers son bureau, placé entre la cuisine et sa chambre. Ce n’était pas une grande pièce, mais Jûshirô vit que l’ordinateur de son amant n’avait rien à envier à celui qu’il possédait au travail. Il se pencha sur l’écran, tapa rapidement sur le clavier, puis appuya sur Entrée.

Ichigo s’étira et retira ses lunettes. Il les laissa sur le bureau.

— Tu ne les prends pas ? demanda son amant.

— J’en ai surtout besoin pour travailler. C’est pour le confort visuel. Si je n’en porte pas, au bout d’un moment, mes yeux se révulsent.

Ichigo observa son amant et sentit une gêne.

— Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il enfin.

— Je me demandais si tu étais fâché pour hier. Je suis parti brutalement.

— Perplexe surtout. C’est loin, là où tu m’emmènes ?

— Environ deux heures de route !

— Eh bien… je pense que nous devrions y aller.

Ichigo regarda sa montre : il était presque 19 h.

— Allons-y.

Les deux hommes quittèrent la maison rapidement. Avant qu’Ichigo ne s’installe dans la voiture de Jûshirô, ce dernier lui vola un baiser.

— J’ai cru que je n’y aurais pas droit…

— Baka !

Ichigo se redressa, passa un bras autour de ses épaules et se hissa un peu pour lui rendre son baiser. Jûshirô eut un doux sourire. Il se détendit enfin et gagna sa place derrière le volant.

— J’espère que la destination te plaira…, souffla le plus âgé.

— Si tu y es… cela me suffit !

Ukitake ne dit rien, mais fut intérieurement très touché par ces paroles. L’ambiance se détendit, et ils discutèrent à bâtons rompus sur la route : leurs goûts en matière de films, de musique, des souvenirs amusants… La discussion dériva sur leur lieu de travail. Ichigo posa une question à son amant :

— Tu es entré il y a combien de temps dans la société ?

— Hum… environ une quinzaine d’années !

— Et tu étais directeur des Ressources humaines il y a environ cinq ans ?

— Oui… En fait, je crois que j’étais là lors de ton recrutement.

— Je ne m’en souvenais plus… Bizarre ! Je me souviens de Kisuke, et qu’il devait y avoir deux autres personnes, mais je ne me souvenais plus de qui c’était.

— Moi, c’est certain. Yama-jii demande toujours ma présence au recrutement.

— C’est étonnant, quand on y pense, que tu ne m’aies pas fait d’effet à l’époque.

— On avait chacun notre vie à ce moment-là et, peut-être, pas les mêmes aspirations.

— Tu avais quelqu’un, à l’époque ?

— … Oui !

Jûshirô fronça légèrement les sourcils.

— Je ne sais rien de ton passé, Jûshirô, remarqua Ichigo.

Un petit silence s’installa, puis Ichigo reprit :

— Si tu ne veux pas m’en parler maintenant, tu n’es pas obligé…

— Je ne veux pas gâcher notre séjour. Je te promets de t’en parler, mais je n’en ai pas la force, maintenant…

— J’attendrai…

Ichigo posa une main sur celle d’Ukitake, posée sur le levier de vitesse. Ce dernier fut surpris et se rendit compte que ce simple geste le détendait. Il n’avait pas réalisé à quel point il s’était crispé à l’évocation de son passé.

Bientôt, ils traversèrent une forêt de pins. Ichigo fronça les sourcils : il connaissait l’endroit. Il y venait souvent avec ses parents quand il était petit. Un membre du clan tenait l’établissement. Il se promit de ne rien dire à Jûshirô par peur de gâcher son plaisir… et il ne pensait pas que le personnel le reconnaîtrait. Depuis le temps qu’il n’était pas venu !

La voiture se gara doucement devant la grande porte d’entrée d’un établissement thermal coûteux. Un voiturier vint récupérer les clés pour garer la voiture, et des membres du personnel s’occupèrent de leurs valises.

Ils entrèrent dans le vaste hall, où de grandes dalles d’ardoise noires et grises parsemaient le sol. De grandes plantes vertes et un petit jardin sec agrémentaient le tout. Une fontaine coulait près de la réception ; le doux bruit de l’eau apaisait l’atmosphère feutrée du lieu. Jûshirô se dirigea vers l’accueil récupérer les clés.

Ichigo vit les coups d’œil lancés sur lui et Jûshirô. Il suivit ce dernier quand on leur demanda de suivre l’hôtesse, habillée d’un kimono traditionnel. L’orangé traversa le hall pour rejoindre son amant, glissa un regard sur le côté et vit les regards moqueurs du personnel posés sur eux. Son amant ne s’en rendait pas compte ; son sourire chaleureux lui fit oublier la désagréable sensation d’être épié et moqué.

Ichigo reconnut les couloirs et vit qu’on les emmenait vers les suites de l’établissement. Il eut un léger sourire en pensant à l’organisation qu’avait dû mettre en place Jûshirô. Il savait que c’était carrément impossible d’avoir des réservations ici sans s’y prendre au moins un an à l’avance. L’endroit était particulièrement soigné et « romantique ».

Ichigo eut le souffle coupé en entrant dans la suite la plus cossue du lieu. Il avait l’impression d’être retourné dans le Japon du XIXe siècle.

Leurs valises avaient été posées au milieu de la pièce ; leur modernité jurait avec ce décor si classique. Le sol en bois verni était ciré, les meubles noirs, les nattes, les murs en croisillons de bois et feuilles blanches donnaient à la chambre une allure ancienne.

— Viens, Ichi, je vais te faire visiter…

Jûshirô avait renvoyé l’hôtesse, qui s’était retirée gracieusement. Il avait enlacé la main gauche de son amant et l’entraîna vers la chambre spacieuse. Sur une estrade se trouvait un immense futon. Le bois, qui recouvrait une grande partie de la pièce, et le peu de décoration invitaient à la relaxation. Ichigo vit que la porte coulissante donnant sur la terrasse était ouverte. Il se laissa guider par Jûshirô et découvrit, derrière l’ouverture, des bains privés. Il frissonna légèrement.

— Ça te plaît ? demanda Jûshirô, légèrement anxieux.

— Comment cela pourrait-il ne pas me plaire ?

Ichigo adressa un sourire espiègle à l’homme plus âgé. Ce dernier lui rendit un doux sourire, l’attira à lui et l’embrassa légèrement. Il chuchota à son oreille :

— J’ai demandé à ce que nous soyons servis dans la pièce d’à côté. Comme ça, nous pourrons prendre un bain ensemble… après !

— Hum… un programme intéressant ! fit Ichigo d’une voix caressante.

Il avait enlacé son partenaire et le regardait avec un petit sourire.

— Tu vas me faire perdre la tête…, marmonna Jûshirô.

— J’y compte bien…, fit le plus jeune, qui s’attaquait déjà à la nuque de son amant.

— Ichi… s’il te plaît… Hier, j’ai eu un mal fou à me reprendre après l’interruption de Tamaki…

Il haletait maintenant. Ichigo grignotait son oreille consciencieusement, et sa langue rugueuse avait trouvé un point sensible derrière le lobe.

— Ichi… je ne sais pas si… c’est raisonnable.

— Hum ?

— Pourquoi ai-je toujours l’impression de parler dans le vide ? se plaignit le plus âgé.

— Je n’entends pas ce que tu me dis.

Les mains souples d’Ichigo avaient glissé sous la chemise de Jûshirô et caressaient la peau ferme, et pourtant si douce, de l’homme, qui eut toutes les peines du monde à entendre l’hôtesse. Il se détacha à grand-peine de son amant et, voyant son air d’incompréhension, chuchota, la gorge nouée :

— Le service est là !

— Oh… Je ne l’avais pas entendu !

— J’avais remarqué ! fit Jûshirô, moqueur.

Il se rhabilla rapidement et se dirigea vers la première pièce, Ichigo sur les talons… frustré une nouvelle fois. Jûshirô ne put s’empêcher de rire intérieurement : tout était fait pour faire monter la tension entre eux.

— J’ai commandé des sushis pour ce soir…

— Oh !

Une desserte arriva, sur laquelle se trouvait un grand plateau de sushis, ainsi que du saké et divers accompagnements. Un petit plateau de friandises fut posé en bout de table. Les deux hommes remercièrent vivement l’hôtesse.

La porte se referma et Ichigo vit son amant lui indiquer la place en face de lui. Il se sentait frustré… en face ! Il s’y assit malgré tout, et ils commencèrent à discuter, tout en se nourrissant des bouchées de l’autre. L’alcool eut pour effet de détendre l’atmosphère, qui s’était un peu tendue entre eux après l’interruption de l’hôtesse.

À la fin du repas, Ichigo en avait appris un peu plus sur son amant et sa famille. Il avait quatre frères et quatre sœurs. Il était l’aîné, et le seul « déviant », comme disait l’un de ses frères. Il sembla que presque toute sa famille avait bien pris la nouvelle de son homosexualité, à part l’un de ses frères.

Il apprit également que Jûshirô avait été très malade enfant et que c’était pour cette raison que ses cheveux étaient devenus blancs en une nuit !

Ichigo se leva et, sur l’insistance de Jûshirô, alla se changer pour qu’ils puissent prendre un bain ensemble. Il se dirigea vers la salle de bain où il passa simplement une serviette blanche autour de sa taille. Il traversa ensuite la chambre pour rejoindre la source d’eau chaude.

Ukitake s’y trouvait déjà. Il faut dire qu’Ichigo, plein d’appréhension, avait pris son temps. Son amant leva les yeux vers lui et Ichigo vit instantanément une lueur de désir s’imprimer dans ses prunelles sombres.

Il traversa lentement l’espace qui le séparait de l’eau et plongea un pied dans la source, puis s’immergea complètement. Il se redressa et alla à la rencontre de Jûshirô, qui s’était approché de lui.

Ichigo eut le souffle coupé devant le corps d’Ukitake. S’il avait été très malade à un moment de sa vie, le corps devant lui reflétait la santé. Ses muscles bien dessinés et sa silhouette élancée n’avaient rien à envier à ceux d’un mannequin de magazine.

— Plus personne ne nous dérangera, maintenant…, déclara Ukitake d’une voix enrouée par le désir.

Ichigo lui adressa un petit sourire et combla l’espace entre eux. Jûshirô prit les lèvres de son amant, tout près de lui. Désormais, seules leurs respirations entrecoupées parlaient pour eux.


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