De toi @ moi 16

Ichigo et Jûshirô ne sortirent pas de leur suite du week-end. Ichigo voulait profiter d’être seul avec son amant, sachant qu’une fois de retour dans la vie « normale », ces moments d’intimité seraient très rares. Cela lui permit de constater à quel point il était fatigué, et Jûshirô se rendit compte que le jeune homme se reposait réellement — à sa plus grande satisfaction.

Pourtant, le dimanche midi, les bagages étaient déjà dans la voiture. Ichigo n’était pas réellement pressé de rentrer et apprécia leur déjeuner dans le restaurant offrant une vue panoramique sur la forêt toute proche. Le couple attirait beaucoup de regards discrets des autres clients, mais aucun des deux hommes n’y prêta attention.

En revanche, Ichigo n’apprécia pas le comportement de certains membres du personnel qui, même s’ils essayaient d’être discrets, n’arrivaient pas à cacher leur curiosité ou leurs regards peu bienveillants à leur égard. Cela eut le don de l’énerver, mais il dissimula son irritation derrière un sourire. Il ne voulait pas gâcher le merveilleux week-end qu’il avait passé avec Jûshirô.

Ce dernier affichait un calme et une sérénité déconcertants, aux yeux du jeune homme. Ichigo ne se lassait pas de sa gentillesse véritable. Le roux songea que c’était incroyable d’être aussi « gentil », dans le bon sens du terme. Cela ne voulait pas dire qu’il manquait de caractère — Ichigo en était persuadé — mais les trésors de patience et de douceur que cet homme déployait l’impressionnaient. Il se sentait vraiment « agressif » à côté de lui.

°OoO°

À peine arrivés chez Ichigo, Ukitake voulut le laisser pour retourner à son appartement.

— Les enfants vont être déçus de ne pas te voir… Surtout Tamaki et Kyoyuki.

— Disons qu’il va y avoir tes parents et tes enfants… alors je vais me sentir un peu… de trop !

— Pardon ? Jûshirô… Tu fais partie de ma famille, à présent. Certes, ajouta Ichigo, pensif, ça se passe drôlement vite entre nous… tellement que je me demande parfois comment ça va se finir…

Ukitake posa sa veste sur un fauteuil et enlaça son partenaire.

— Tu as peur ? Ou bien quelque chose te chiffonne…

— En fait, non… je n’ai pas peur !

Ichigo enroula ses bras autour du cou de son amant et le regarda gravement.

— Ou si… En fait, ce qui m’inquiète, c’est que je te fasse peur. Comme lorsque nous avons eu notre conversation l’autre nuit. J’ai peur que tu t’enfuies une nouvelle fois et que tu me laisses… Je ne sais pas comment exprimer ce que je ressens, mais ta personnalité fait ce que tu es… Si tu disparaissais de ma vie, j’avoue que je ne sais pas comment je réagirais.

Jûshirô le regarda gravement et prit le visage de son partenaire dans une main tendre.

— Je ne dis pas que cela sera toujours facile entre nous… Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve, mais je ne songerai pas à te blesser une nouvelle fois.

Ses doigts se firent caressants, et de l’autre main il attira le jeune homme contre lui. Il murmura à l’oreille d’Ichigo :

— Fais-moi confiance…

Le roux se laissa aller contre son amant et profita de cet instant de calme pour prolonger la paix qui l’avait envahi durant le week-end. Il releva le visage vers Jûshirô et leurs lèvres se rencontrèrent lentement. Ichigo eut un sourire.

— Ça va être dur de te voir demain et de ne pas pouvoir t’embrasser comme je le voudrais !

— J’imagine très bien à quel point ! fit Jûshirô, une lueur malicieuse au fond des yeux.

— Ça serait grave si je prenais un acompte, maintenant ?

— Pas vraiment…

Jûshirô enroula ses bras autour des épaules d’Ichigo et prit les lèvres du jeune homme avec plus de passion, sa langue demandant le passage pour mieux explorer sa bouche. Ichigo avait enlacé la taille de l’homme, et ses mains remontèrent dans son dos pour emmêler ses doigts dans les longs cheveux blancs.

Ils rompirent leur baiser en entendant claquer violemment une portière de voiture. Ils se détachèrent et se regardèrent, un peu perdus. Ils avaient oublié qu’ils n’étaient pas seuls au monde.

La porte d’entrée fut littéralement arrachée par Kyoyuki, qui fonça sur son père.

— Papa… papa ! hurla la jeune fille en lui sautant dessus. Devine !!! Papy a dit qu’il allait nous acheter un poney ! Tu te rends compte ?! Kkkkyyyyaaaahhhhhh… Mes copines vont être vertes de rage !

La jeune fille se mit à faire la danse de la « pluie » dans le salon. Puis, se souvenant enfin de la présence de Jûshirô, elle alla le saluer chaleureusement, en sautant de joie.

— C’est génial, non ?

Bientôt, le salon fut envahi par Sôsuke, boudeur, et par Tamaki, qui s’approcha calmement de son père et tira sur sa veste.

— Papa… papy, il a disputé Sôsuke ! Il a été méchant…

— Oh ?

— Mais moi, j’ai été gentil, et papy a dit que moi aussi, j’aurais un poney !

— Vous l’avez vraiment mérité ?

— Oui ! hurla Kyoyuki.

— Ouais… mais moi, j’en ai pas ! s’énerva Sôsuke.

— Peux-tu dire pourquoi à ton père, au moins… gronda Masaki derrière lui.

Sôsuke voulut s’échapper, mais fut rattrapé par la poigne de fer d’Isshin.

— Non, mon garçon ! Tu restes ici et tu vas t’expliquer avec ton père !

— Bonjour, Oka-sama… bonjour, Oto-sama.

— Bonjour, répondit doucement Jûshirô, qui se trouvait maintenant à genoux : Tamaki réclamait toute son attention.

Isshin eut un sourire, et Masaki ajouta, tout aussi gentiment :

— Appelez-nous Masaki et Isshin. Après tout… maintenant, vous faites partie de notre famille.

Jûshirô eut un petit sourire et remercia le couple. Sôsuke tapa du pied, furieux.

— Moi, je veux pas ! hurla le garçonnet.

— Sôsuke ! gronda Ichigo. Je peux savoir comment tu as pu te fâcher avec ton grand-père et ta grand-mère ?

Le garçon fronça les sourcils et tourna le visage vers l’autre côté de la pièce pour éviter le regard de son père.

— Si tu ne le dis pas, je vais m’en charger ! fit Isshin, menaçant.

— C’est même pas vrai, d’abord ! hurla Sôsuke.

— Nous n’avons encore rien dit, Sôsuke… dit Masaki.

— Je vous aime plus !

— Sôsuke, va dans ta chambre. On va discuter tout à l’heure ! répondit Ichigo, exaspéré.

Le garçon partit en courant dans sa chambre et claqua la porte.

— Nous sommes désolés…, murmura Masaki. Tout s’était très bien passé, mais ce matin, Sôsuke a blessé les poneys et nous avons dû quitter le poney-club plus vite que prévu. Tamaki et Kyoyuki ont été de vrais anges, mais depuis, Sôsuke n’arrête pas de hurler et de harceler son frère et sa sœur.

— C’est vrai, ça !

— Kyoyuki, s’il te plaît… je n’ai pas besoin de tes commentaires…

— Mais Sôsuke est méchant !

— Laisse-le tranquille…, répondit Ichigo.

— Papa… On pourra faire du poney la semaine prochaine ? Moi, j’ai bien aimé… J’ai demandé à papy de m’acheter un poney tout marron, comme ça je pourrai l’appeler Caramel ! dit la petite en se tournant vers Ukitake. J’aime les caramels…

— Oui, mais ça fait grossir et ce n’est pas bon pour les dents !

— Kyoyuki, tu n’as pas quelque chose à faire ? Comme défaire ta valise…

— Flûte ! Ça, ce n’est pas drôle… Au fait, vous êtes allés où ? On pourra y aller aussi, nous ?

— Plus tard… Va ranger tes affaires, Kyoyuki.

— Bon… bon… j’y vais ! Mais je te tirerai les vers du nez !

— Je me doutais qu’il n’y aurait plus rien dans ton réfrigérateur, Ichigo. Alors je t’ai apporté de quoi manger pour ce soir ! fit Masaki en entrant de nouveau dans le salon.

— Merci, maman… mais tu sais, je n’ai plus besoin que tu me couves !

— Je le sais… mais donne-moi l’illusion, quelques fois, que tu as besoin de moi ! Tu fais toujours tout tout seul, et c’est la première fois que tu me permets de prendre les enfants et de m’occuper un peu de vous. Vous savez, c’est frustrant, Jûshirô…

Tamaki avait pris Isshin par la main pour l’emmener dans sa chambre : il voulait qu’il lui parle de son futur poney.

— J’espère que tu n’en voudras pas à papa de vouloir leur acheter un poney. Il n’a pas pu résister devant les yeux larmoyants de sa petite-fille et de son petit-fils.

— J’aurais aimé que vous m’en parliez d’abord, mais comme vous avez promis… Je me vois mal leur dire non, maintenant.

— Tu sais, Ichigo… Tamaki est trop sérieux. Kyoyuki est très énervée… quoique, à son âge. Et Sôsuke… ne le gronde pas trop. Je pense qu’il a quelque chose. Ce garçon est adorable la plupart du temps et je n’ai pas compris ce qui lui a pris, ce matin.

— Je le verrai tout à l’heure. Pour l’instant, je le laisse se calmer. Tout le monde était sur son dos.

— Bon… Je t’ai ramené tes enfants sains et saufs, alors j’espère que tu me les confieras à nouveau. Nous allons partir !

— Pourquoi ? hurla Isshin en entrant dans la pièce.

— Parce que !

— Mais… mais… Masaki ! J’ai plein de questions à poser à Ichigo…

— Te connaissant, ça doit être très indiscret, donc nous rentrons ! Et n’oublie pas que le médecin t’a demandé d’être « sage »… À croire qu’il te connaît bien, d’ailleurs, fit Masaki avec un sourire légèrement moqueur.

— Chérie, attends ! Mais pourquoi tu en as après moi ?

— Parce que c’est toi qui m’as donné le plus de fil à retordre, ce week-end !

— Même pas vrai !

— Allez, viens…

Masaki embrassa son fils et se plaça devant Jûshirô pour l’embrasser également.

— Je pense que nous sommes de trop, ce soir, mais je suis heureuse de vous avoir revu. Isshin ! Qu’est-ce que tu fais encore à ton fils…

Ichigo n’avait toujours pas bronché après la grande claque dans le dos. Jûshirô fit une grimace rien qu’à l’idée d’en recevoir une pareille.

— Si tu agresses Jûshirô comme ça, ce soir j’annule notre sortie au restaurant !

— Quoi ? Je lui disais au revoir… j’ai rien fait de mal !

— Bien sûr…

— Euh… ne vous disputez pas…, fit Jûshirô, mal à l’aise.

— Disputer ? Mais non… fit Masaki avec un grand sourire. À bientôt !

Isshin se dirigea vers Jûshirô qui pria intérieurement, s’attendant à recevoir une claque dans le dos ; mais le père d’Ichigo lui tendit la main et la serra cordialement. Il murmura :

— Si je veux passer une bonne soirée, il vaut mieux que j’obéisse…

— Papa… tu triches !

— Chuuut… Ta mère va l’entendre…

Masaki était déjà dehors, et Isshin rejoignit sa femme en fermant la porte derrière lui.

— Je suis désolé… Avec mes parents, c’est toujours comme ça, fit Ichigo, dépité.

— Je les trouve très assortis, et ton père joue son rôle à merveille.

— Que veux-tu dire ?

— De prime abord, il a l’air de faire l’enfant… mais je suis sûr qu’il est coriace, et que beaucoup de ses adversaires tremblent devant lui.

Ichigo lui adressa un grand sourire et se dirigea vers les chambres de ses enfants, son amant derrière lui.

— Tu ne peux pas t’imaginer comme ils tremblent, dans la famille, à l’idée que mon père se mette en colère ! Je n’ai jamais vu ce côté de sa personnalité, mais ceux qui l’ont déjà vu n’ont plus jamais essayé de récidiver.

Le ton d’Ichigo était légèrement moqueur.

— Tu en parles facilement…

— C’est parce que c’est Kaede qui me l’explique à chaque fois, et comme il n’est pas très sérieux non plus… j’avoue que j’imagine mal la scène ! Je vais voir Sôsuke…

— Je vais voir Tamaki et Kyoyuki…

— Comme tu le souhaites !

— Je pense que vous avez besoin d’avoir une conversation, et si Kyoyuki arrive, vous n’aurez pas vraiment l’occasion de vous confier.

— C’est vrai…, fit Ichigo, songeur.

Jûshirô passa doucement une main dans le creux des reins du roux. Ichigo le regarda, surpris. La chaleur de ses yeux sombres le réconforta, et il se dirigea vers la chambre de son fils.

Ichigo toqua doucement et entra. Il ferma la porte et vit Sôsuke allongé sur son lit, les épaules secouées par des sanglots silencieux.

— Je veux pas te voir… Plus jamais…

— Qu’y a-t-il, Sôsuke ? Ai-je fait quelque chose de mal ?

— Je te déteste et je déteste maman !

— Sôsuke…

Le garçon se recroquevilla. Ichigo s’approcha doucement du lit, puis s’assit près de lui. Il ne dit rien, se contentant de passer une main dans les cheveux noirs et lisses de son fils.

Le silence s’installa, et Ichigo entendit clairement les pleurs du jeune garçon.

— Pourquoi ? demanda finalement l’enfant après un long moment. Sa voix était devenue aiguë.

— Pourquoi quoi, Sôsuke ? Je ne peux pas te répondre si tu ne me dis pas ce qui te tracasse vraiment. Comment veux-tu que je te réponde ?

Sôsuke se tourna lentement vers son père et l’observa, les yeux pleins de larmes.

— Pourquoi, toi et maman, ça n’allait pas ? Kyoyuki a dit qu’elle ne t’a jamais vu partir en « amoureux » avec maman ! Et puis… avec nous non plus ! Le seul truc qu’on ait fait, c’est aller chez Uryû. Tu ne veux plus de nous non plus ? Tu vas nous abandonner ? Kyoyuki dit que non… mais moi, je suis sûr du contraire ! reprocha-t-il en serrant une peluche contre lui.

Ichigo reçut ces paroles en plein cœur. Il réfléchit quelques instants avant de répondre.

— C’est vrai qu’avec ta maman, nous avons passé beaucoup de temps à construire nos carrières et à vouloir vous élever dans les meilleures conditions. Nous n’avons jamais pensé à sortir en amoureux.

— Pourquoi vous vous êtes mariés, alors ? reprocha Sôsuke. Puisque vous n’étiez pas amoureux…

— J’aimais ta mère et ta mère m’aimait, Sôsuke… Sinon, nous ne vous aurions pas eus, tous les trois. Mais parfois, tout ne se passe pas comme on le voudrait. Pour ta maman et moi, tout s’est passé trop vite, trop jeune. Combien de papas de tes copains de classe ont mon âge ?

Sôsuke fronça les sourcils et observa son père intensément, puis avoua :

— Aucun ! Tout le monde est toujours très surpris quand je dis ton âge… surtout qu’ils savent qu’il y a Kyoyuki avant moi !

— Pour ce qui est de vous abandonner, il en est hors de question.

— Pourquoi tu nous as pas pris avec vous, alors ?

— Parce que Jûshirô et moi avons besoin d’avoir un peu de temps pour nous, en amoureux… Nous organiserons des journées et des soirées tous ensemble, mais parfois, lui et moi, nous aurons besoin d’être seuls. Tu comprends ?

Sôsuke fronça intensément les sourcils et observa son père entre ses yeux mi-clos.

— Pourquoi tu as choisi un homme ? Y avait pas de femmes qui te plaisaient ? Tous mes copains, ils ont un papa et une maman… Moi, ça va faire bizarre… je vais avoir « deux » papas ? Je vais pas oser le dire…

— Pour l’instant, ne dis rien. Laisse notre relation se construire et laisse-toi le temps de faire la connaissance de Jûshirô.

— On va rencontrer aussi sa famille ? Tu crois qu’ils nous accepteront ?

— Pourquoi ne t’accepteraient-ils pas ? Tu es un garçon gentil et sociable…

— J’ai été puni par papy…

— Bien sûr. Il m’a dit que tu avais fait du mal aux animaux…

— Je voulais pas leur en faire ! Et je veux un poney aussi !

— On ira demander à papy cette semaine… d’accord ?

— Ouais !

Le sourire revenait sur le visage de Sôsuke.

— Papa… il nous aime vraiment, Jûshirô ?

— Tu ne veux pas lui demander ?

— Il est… grand ! Et puis… il aime que Tamaki et Kyoyuki… Il va toujours avec eux !

— Il est grand comme papy, je te signale. Et tu as peur de lui ?

— Nan… Enfin, des fois, comme ce matin ! fit son fils en rougissant.

— Comment as-tu réussi à te faire disputer par ton grand-père ? Je n’y suis jamais parvenu…

— Et vaut mieux pas… Il est effrayant… comme… comme… un yéti !

— Un yéti ?

— Ouais !

Sôsuke s’assit sur son lit et imita un gorille. Ichigo éclata de rire, l’imita à son tour et demanda d’une voix grave :

— Comme ça ?

— Nan, plus effrayant ! fit Sôsuke en riant.

Son père poussa un cri terrible et bondit sur lui. Sôsuke tenta de se dérober, mais ils se retrouvèrent tous les deux allongés sur le lit, le plus jeune essayant d’échapper à la prise de son père, qui le chatouillait mortellement.

De grands éclats de rire retentirent dans la chambre, accompagnés de cris de yéti, tant et si bien que la porte s’ouvrit : Tamaki et Kyoyuki, curieux, apparurent sur le seuil.

— Génial ! hurla Kyoyuki. Bagarre générale !

Elle sauta sur son père, écrasant Sôsuke au passage.

— Moi aussi, j’arrive !

Tamaki fonça sur le lit et grimpa dessus avec précaution, cherchant l’endroit le plus approprié pour tomber.

Ils se retrouvèrent enchevêtrés les uns aux autres. Jûshirô observa la scène avec un petit sourire.

Il fut surpris en voyant une silhouette aux cheveux noirs passer devant lui dans un hurlement : Sôsuke s’élançait d’une chaise pour le faire tomber. Jûshirô le rattrapa juste à temps.

Il fit semblant de lutter, d’abord, mais bientôt il dut se battre pour de vrai, car Tamaki et Kyoyuki s’étaient accrochés à lui et il commençait sérieusement à vaciller. Il essaya de les prévenir, voulut lancer un avertissement… mais Ichigo profita de ce moment de faiblesse pour le pousser, lâchement, sur le lit, avec les enfants.

Pendant quelques instants, ce fut au tour d’Ichigo d’être enseveli sous un monticule de corps.

Finalement, ils stoppèrent le jeu, essoufflés et dépenaillés par leur pugilat.

Ichigo se releva et se dirigea vers la cuisine : il savait que le petit groupe réclamerait bientôt sa pitance. Tamaki monta sur le dos de son père ; Kyoyuki et Sôsuke restèrent avec Jûshirô.

— Papa… Pourquoi Sôsuke, il pleurait ?

— Il se pose beaucoup de questions…

— Il en a plus ?

— Si, il en a encore… Mais j’ai répondu à celles qu’il voulait que je réponde, pour l’instant.

— Si j’ai des questions… tu répondras aussi ?

— Bien sûr !

Ichigo avait allumé les feux et faisait réchauffer doucement les plats que sa mère avait apportés.

— J’en ai pas, pour l’instant…

— Eh bien, viens quand tu en auras…

— Et à Jûshirô aussi, je peux poser des questions ?

Jûshirô, qui se tenait à la porte, entendit l’interrogation du plus petit. Il prit un air grave et répondit gentiment :

— Bien sûr… Je répondrai à tes questions, et à celles de ton frère et de ta sœur !

— Tu nous aimes ? demanda soudainement Sôsuke.

Jûshirô fut surpris par la question et scruta le visage du garçon, où l’angoisse affleurait. Il mit un genou à terre, plongea ses yeux dans les siens et répondit avec sincérité :

— Qui n’aimerait pas des enfants tels que vous ? J’ai toujours rêvé d’avoir des enfants, et j’avoue que je suis comblé d’avoir l’opportunité de vivre avec vous. Moi aussi, j’ai peur que vous ne m’aimiez pas, tu sais…

— C’est vrai ? demanda le garçon, incrédule.

— Moi, je t’aime, en tout cas ! lança Kyoyuki.

Elle se jeta à son cou.

Tamaki observa sa sœur, regarda Jûshirô, puis posa une main sur son avant-bras.

— On t’abandonnera pas ! Moi aussi, je t’aime !

— Moi… moi aussi, je t’aime bien…, finit par dire Sôsuke, hésitant.

Ichigo appela tout le monde pour mettre la table. Les enfants couraient dans tous les sens. Ils mangèrent dans la bonne humeur, et Ichigo voyait une certaine lueur dans le regard de son amant. Lui aussi était troublé par les déclarations des enfants.

Ichigo souhaitait plus que tout les voir heureux et, ce soir-là, il eut vraiment l’impression de faire partie d’une « famille » telle qu’il l’avait toujours souhaité.


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