De toi @ moi 18

Ichigo rentra chez lui et trouva les enfants en compagnie d’Hisana, qui avait accepté de les récupérer chez leur nounou. Tamaki bondit sur lui et demanda :

— Jûshirô n’est pas avec toi ! s’écria-t-il, un peu déçu.

— Il est débordé en ce moment, mon cœur…

— Il a été tout le temps débordé, cette semaine ! rétorqua Sôsuke, boudeur.

Le jeune garçon arborait une mine renfrognée. Ichigo se demanda à quel moment son fils avait commencé à aimer son amant… Il allait être déçu. Sa belle-sœur le regardait d’un air entendu et voulut, encore une fois, aborder sa relation avec le DRH de sa société, mais il n’avait pas envie de l’écouter. Il avait eu sa dose durant la semaine. C’était trop pour lui, actuellement.

Il se dirigea vers sa chambre et alla prendre une douche. Finalement, Ichigo enfila son costume noir et une chemise blanche. Il songea qu’il ressemblait à un croque-mort ! Il mit une cravate aux motifs discrets, enfila ses boutons de manchette et s’assit sur le lit pour mettre ses chaussures.

Intérieurement, le roux ne décolérait pas… Enfin, maintenant, il avait d’autres chats à fouetter. Son père lui présentait les principaux membres de la famille avec qui il allait devoir traiter pour diriger le clan Kurosaki.

Il sortit rapidement, embrassa ses enfants et Hisana… puis regarda sa montre et se mordilla la lèvre : il allait être en retard.

— Calme-toi, Ichigo, déclara sa belle-sœur. Reste « zen ». Ça ne sert à rien de paniquer.

— Je suis en retard…

— Ils vont t’attendre. Sois prudent, surtout !

— Oui… oui…, répondit-il, un peu agacé.

L’orangé quitta la pièce après un dernier au revoir. Il sortit les clés de sa voiture de la poche de son pantalon et monta dans la Mercedes, sagement garée devant la maison.

Il roula vers l’immeuble où son père avait annoncé « sa retraite ». Plus que trois semaines avant qu’elle ne soit réellement effective. Son père lui avait dit qu’il lui fournirait un résumé de tout ce qu’il avait besoin de savoir, pour l’instant.

Il se gara rapidement dans l’un des box réservés à son clan et prit l’ascenseur pour arriver dans le hall de l’hôtel. La première chose qu’Ichigo vit, c’est Ukitake, entrant dans le bar de l’hôtel avec Kyôraku… Il serra les poings et fronça les sourcils.

Le roux entendit la voix de son père derrière lui et se tourna vers lui avec un sourire. Ils engagèrent bientôt la conversation.

— Tu es nerveux, fils ?

— Un peu…

— Normal ! Moi aussi j’étais comme toi, à l’époque, mais je n’avais plus mon père pour me mettre dans le bain. J’ai tout appris tout seul. Tiens…

Il tendit à Ichigo un épais dossier. Celui-ci leva les yeux vers Isshin, stupéfait.

— C’est ton « résumé » ?

— Oui ! Tout ce que tu as besoin de savoir avant la fin de la semaine.

Ichigo feuilleta rapidement le dossier et déglutit. Ce n’était pas humain, ce qu’on lui demandait.

Bientôt, Ichigo fut entouré d’oncles, plus ou moins éloignés dans les branches de la famille Kurosaki. Il suivit son père et entra dans une pièce réservée pour l’occasion dans l’hôtel. Il ne put s’empêcher de glisser un regard vers la porte où il avait vu Ukitake en compagnie de Kyôraku. Cela l’agaçait prodigieusement d’être aussi près de son amant, et que ce dernier soit avec un autre homme que lui !

N’y tenant plus, Ichigo s’excusa un instant et se mit dans un coin de la salle pour envoyer un SMS à son amant.

« J’espère que tu t’amuses bien en mon absence… Je constate que Kyôraku est de meilleure compagnie que moi, encore une fois ! »

Il envoya son message et retourna à sa place pour entamer une longue soirée de travail.

Au bout d’une heure, Ichigo finit par avoir des vertiges. Il n’arrivait pratiquement plus à saisir certaines données financières ni à comprendre l’organigramme de la société qu’il aurait à gérer. C’était monstrueux, et il sentit la panique courir en lui au fur et à mesure que la soirée avançait.

Une pause fut décidée et un repas fut servi. Ichigo se leva et se dirigea vers les toilettes attenantes à la salle de réunion.

Il sortit son portable après s’être essuyé les mains et regarda s’il avait reçu un message de Jûshirô. À sa surprise, il en avait un. Il ouvrit sa messagerie.

« Te trouves-tu dans cet immeuble ? Ce n’est pas du tout ce que tu penses… J’ai besoin de te voir et de discuter. S’il te plaît, réponds-moi. »

À peine avait-il lu le message que son portable vibra pour signaler l’arrivée d’un nouveau SMS. Ichigo grimaça en voyant le nom et ouvrit le message.

« Pourquoi ne me réponds-tu pas ? S’il te plaît, Ichigo, j’ai besoin de te parler. »

Ichigo fit courir ses doigts sur le mur à côté de lui, puis envoya rapidement un SMS.

« Je suis dans le même hôtel que toi et je travaille avec les membres de ma famille. Je ne serai pas disponible avant très longtemps. »

Il repartit s’asseoir pour commencer son repas. Isshin observait son fils et le trouvait très tendu.

— Quelque chose te tracasse, en ce moment, Ichigo ?

— Rien de particulier !

Son portable sonna. Ichigo ouvrit une nouvelle fois sa messagerie.

« J’attendrai au bar jusqu’à ce que tu sortes… »

« Je ne suis pas près de partir. Rentre, il est inutile que tu m’attendes ! Si je sors à deux ou trois heures du matin… je serai content. »

« Je t’attendrai ! »

Ichigo soupira. Isshin murmura à l’oreille de son fils :

— C’est Jûshirô ?

— Oui…

— Un problème ?

— Ce crétin veut m’attendre au bar de l’hôtel jusqu’à ce que je sorte !

Isshin parut surpris.

— Nous ne sommes pas près de sortir d’ici…

— Je viens de lui dire !

— Est-ce que quelque chose s’est passé entre vous pour qu’il soit aussi… « patient » ?

— …

— Oh ? Déjà ?

— Quoi ? rétorqua Ichigo, brièvement et sèchement.

— Votre dispute d’amoureux portait sur quoi, précisément ?

— Sur quelque chose qui te regarde pas, papa !

— Je veux t’aider, fils… Il est dit que je saurais être de bon conseil pour ta vie amoureuse…

— Je préfère maman !

— Pourquoi ? fit Isshin, outré. J’ai toujours été de bon conseil…

— Mais oui… mais oui ! Mais surtout pas dans le domaine sentimental.

— Pourtant, ça fait trente ans que ta mère et moi sommes mariés !

Isshin s’enflamma au point que toute l’assistance se focalisa sur eux.

— Bon sang ! Tu ne sais pas être discret, pour une fois dans ta vie ? C’est trop te demander ? demanda le roux, furieux.

Ichigo attrapa ses baguettes et se mit à manger. Isshin se pencha vers lui.

— Pourquoi ne vas-tu pas le voir ? Nous avons un peu de temps avant de recommencer ! Surtout quand on songe que certains sont déjà prêts à s’écrouler sous la table de fatigue…

— Tu crois ?

— Va, et règle déjà le principal. Au moins, tu auras l’esprit plus clair pour travailler.

Ichigo avala rapidement sa bouchée et quitta la salle. Il passa aux toilettes pour se laver les mains, puis se dirigea vers le bar.

Il fut ébloui par les lumières. Il faut dire que de petites tables à la lumière tamisée ornaient la salle, ce qui donnait une ambiance feutrée… mais le bar, lui, était étincelant. Chromes et miroirs n’ajoutaient que plus d’éclat aux spots suspendus.

Les yeux d’Ichigo se posèrent sur la stature de Jûshirô, toujours en compagnie de Kyôraku. Son cœur cogna fort dans sa poitrine, mais il prit sur lui.

Il sortit son portable et envoya un message en restant à l’écart : il n’avait pas envie qu’un responsable administratif lui fasse une réflexion et qu’il s’emporte.

« Je suis dans le hall… j’ai cinq minutes ! Rejoins-moi si tu le souhaites… »

Il n’attendit pas longtemps et, dans l’intervalle, des employés qui l’avaient reconnu lui suggérèrent un lieu « beaucoup plus confortable ». Il leva les yeux au ciel, exaspéré, quand la voix de son amant se fit entendre.

— Ichigo…

Le roux leva les yeux et croisa des prunelles noires, inquiètes… puis celles de Kyôraku, qui se dirigeait vers lui de son pas nonchalant.

— Je suis désolé que vous interprétiez aussi mal une relation d’amitié qui dure depuis si longtemps entre moi et Jûshirô, Kurosaki-sama… Mais je ne supporterai pas que vous blessiez davantage Jûshirô.

Ichigo plissa les yeux et foudroya Shunsui du regard.

— Je pense que vous vous mêlez d’affaires qui ne vous regardent en rien, Kyôraku-sama. À votre place, je laisserais Jûshirô et moi régler les choses sans intervenir : vous mettez de l’huile sur le feu avec votre comportement.

— Vous semblez beaucoup plus bavard que…

— Il suffit, Shunsui… Je veux que tu me laisses avec Ichigo, maintenant. Nous n’avons pas beaucoup de temps et j’ai beaucoup à lui dire !

Kyôraku recula et observa son ami, qui ne regardait déjà plus que son amant. Ichigo tourna enfin le visage vers Jûshirô. Celui-ci déglutit, convaincu qu’il allait passer un très mauvais quart d’heure.

Le roux le fixa. Il lui sembla un peu pâle et, soudain, il lui prit la main et l’entraîna vers une salle vide de l’hôtel. Il se tourna vers un employé, stupéfait :

— Veillez à ce que je ne sois pas dérangé !

— Bien… Kurosaki-sama.

— Et dites à mon père que je vais être un peu en retard !

— Bien… je vais lui faire parvenir un messa…

Ichigo ferma la porte d’un coup sec, puis se tourna vers Jûshirô, surpris.

— Je ne pensais pas que tu m’adr…

Il ne termina pas sa phrase : la bouche d’Ichigo recouvrait la sienne et ses bras entouraient ses épaules, les doigts enfouis dans la masse de ses cheveux relâchés. Jûshirô hésita, puis deux bras puissants se refermèrent autour du roux et une langue chercha la sienne, aussi fiévreuse que la sienne.

Ils restèrent un moment accrochés l’un à l’autre, se détachant à peine pour reprendre leur souffle. Jûshirô se pencha un court instant vers l’oreille d’Ichigo et murmura d’une voix rauque :

— Je suis désolé, Ichigo, si mon comportement a porté à confusion. Je ne me rends pas compte que mon amitié avec Shunsui peut sembler ambiguë…

Ichigo l’interrompit :

— J’ai rêvé toute la semaine que tu me parles, que tu me touches, que tu sois avec moi, ne serait-ce qu’un instant… Ça a été la semaine la plus longue de ma vie… Ne me laisse plus jamais seul comme tu l’as fait ! J’ai cru devenir fou parce que tu partageais ton temps avec Kyôraku, alors que je ne suis pas d’un naturel jaloux et que je connais pertinemment la relation amicale que tu entretiens avec Shunsui… Mais… c’est plus fort que moi ! Je ne me reconnais même plus…

Ichigo releva les yeux vers Jûshirô, qui le regardait avec tendresse et confusion.

— Je suis sincèrement désolé. Mon travail me prenait tellement de temps et… j’ai choisi la facilité en me tournant vers Shunsui. Je n’ai pas cherché à t’éviter.

Les bras de Jûshirô se resserrèrent autour de lui. Sa bouche se trouvait à quelques millimètres de celle d’Ichigo, qui se sentait troublé par une présence si proche.

— Jûshirô… nous verrons-nous ce week-end ?

— J’y compte bien ! Et nous en profiterons pour nous organiser pour nous voir, même brièvement, au travail…

— J’ai envie de plus…

— Ichigo…

Mais, une nouvelle fois, le roux ne le laissa pas finir. Ses lèvres retrouvèrent les siennes. Jûshirô sentit la même fièvre le gagner et se demanda jusqu’où cette relation allait l’emporter… apparemment très loin, au-delà de ses rêves les plus fous.

Finalement, Ichigo se recula et se réajusta.

— Je dois retourner à ma réunion familiale…

— Familiale ?

— Ou plutôt d’affaires ! grinça Ichigo entre ses dents. J’y comprends rien… Enfin, je comprends les bases, mais pour le reste, je suis perdu. Mon père est fou de me laisser prendre les rênes d’un tel clan… Je ne sais plus où j’en suis, avec tous les chiffres que j’ai ingurgités.

— Je t’aiderai… si ça peut te rassurer.

— Tss… je ne sais même pas si tu vas y comprendre quelque chose, toi. Enfin, on peut toujours essayer. Rentre chez toi. Je ne risque pas de sortir avant un très long moment, Jûshirô.

— Hors de question ! Je t’attends… Je veux que nous rentrions ensemble.

— Tu es fou !

— Laisse-moi faire quelque chose que j’ai envie de faire. Même si ça te semble ridicule.

Ichigo observa quelques instants l’homme déterminé qui se tenait devant lui, puis finit par céder.

— Comme tu le souhaites… Suis-moi !

Ils quittèrent la pièce. Dans le couloir, Ichigo tomba nez à nez avec Isshin, qui les attendait de pied ferme.

— Alors ?

— Tout est pour le mieux…

— Tu vois ! Ce que je te disais… Je ne suis pas de mauvais conseil ! Jûshirô, je suppose que vous voulez l’attendre ?

— Effectivement…

— De toute façon, je vous considère comme un membre de la famille, maintenant. Alors, si vous voulez aider Ichigo, venez avec nous à cette fameuse réunion où mon fils panique de plus en plus au fil de la soirée.

— Papa ! s’écria Ichigo, surpris que son vieux père l’ait démasqué.

Isshin éclata de rire.

— J’ai informé les autres membres de la famille et j’ai fait ajouter un siège à côté de toi, Ichigo.

— Merci…, marmonna le roux entre ses dents. Tu veux rester avec moi ?

— Si cela ne te dérange pas… et si tu veux un coup de main, il vaut mieux que je m’immerge dans ton monde.

— Bien dit, Jûshirô ! Allez, en route… on est loin d’avoir terminé.

Les trois hommes entrèrent dans la salle où un silence de plomb s’était installé. Presque tous regardaient le couple s’installer. Isshin reprit les débats d’une voix puissante.

Bientôt, les chiffres et les explications reprirent, mais, à la différence de la première partie, Ichigo parvenait à rester concentré sur les acquisitions et les ventes du clan. À sa stupéfaction, Jûshirô posa quelques questions pertinentes auxquelles Ichigo n’aurait jamais pensé, par manque d’expérience en gestion.

Certains membres de la famille semblèrent soudain mal à l’aise, et bientôt plusieurs s’excusèrent devant des anomalies que Jûshirô avait relevées en parcourant les colonnes. Isshin affichait un sourire carnassier et lança un regard appréciateur à son « gendre ».

Quand la réunion s’arrêta, il devait être cinq heures du matin. Jûshirô avait « cuisiné » quelques membres de la famille sur des déplacements de fonds qui lui semblaient injustifiés. Ichigo l’observait manipuler les organigrammes avec une facilité qu’il lui enviait. Il n’était pas lent à comprendre, mais la gestion n’était vraiment pas sa tasse de thé.

Isshin félicita chaleureusement Jushiro, puis se retira, épuisé.

— Je vais laisser un mot à ta mère. Je vais lui demander si elle peut s’occuper des petits, aujourd’hui…

Isshin regardait sa montre.

— Je ne pense pas que tu sois spécialement « performant » pour t’occuper de mes petits-enfants, Ichigo ! Jûshirô, prenez soin de mon fils, et merci encore pour votre avis éclairé.

— Je vous en prie…

Jûshirô adressa un grand sourire au père du jeune homme.

— Tu es venu comment, Jûshirô ?

— Avec la voiture de Shunsui…

— Je te raccompagne !

— Reste avec moi, ce matin… puisque les enfants seront avec ta famille, aujourd’hui.

Ichigo eut un sourire, hocha la tête, mais ne répondit pas.

Il enlaca les doigts de Jûshirô et l’entraîna vers l’ascenseur pour descendre au sous-sol de l’hôtel. Peu de temps après, Ichigo gara sa voiture dans le garage de Jûshirô, qui trouva plus prudent de cacher son véhicule.

Ichigo se laissa aller contre son amant dans l’ascenseur et profita de son odeur, de cette sérénité qu’il dégageait sans le vouloir. Il faillit s’endormir sur son épaule, mais Jûshirô le secoua doucement. Ichigo marmonna une excuse. Jushiro rit, à voix basse.

Ukitake tira le roux par la main et le plaça contre le mur, de peur qu’il ne s’endorme sans appui. Ils entrèrent chez lui et, après avoir fermé consciencieusement la porte, le cadre attira Ichigo contre lui puis le souleva : le roux n’en pouvait plus.

Il le posa sur la couette et lui retira ses chaussures, puis le déshabilla pour ne lui laisser qu’un t-shirt et son boxer. Lui-même retira rapidement ses vêtements et se glissa sous les draps.

Bientôt, les deux hommes s’endormirent enlacés, tandis que les premiers bruits de circulation se faisaient entendre, un peu plus fort chaque minute. Ils auraient tout le temps de discuter plus tard dans la journée…


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