Sous le masque 4

Mardi 25 novembre 2008

C’est la sonnerie d’un portable qui le réveilla vers dix heures du matin. Shinji grimaça et fronça les sourcils. Quel était le crétin qui appelait Ichigo à cette heure-là ? Il décrocha.

— Ichigo ! fit une voix féminine excitée. Mais qu’est-ce que tu fous, bon sang ? Je me gèle et je t’attends depuis une heure !

— La ferme, femelle ! gronda Hirako de mauvaise humeur.

— Pardon ? Je ne suis pas sur le portable d’Ichigo Kurosaki !

— Si…

— Vous êtes qui ?

— Son amant ! bâilla Shinji.

— Quoi ? hurla la jeune femme. C’était un cri hystérique.

— Et vous, vous êtes qui ?

— Mais je suis… je suis sa petite amie ! hurla la voix à l’autre bout du combiné.

— Bah, trop tard ! Il m’aime et je vis avec lui, maintenant !

Shinji s’était installé au fond du canapé et leva les yeux au plafond. « Que des cons, ces humains ! Hiyori avait bien raison de les détester ! »

— Mais ça ne se passera pas comme ça ! s’écria encore la voix féminine. Où est Ichigo ?

— Ichigo dort et il est malade…

— J’arrive !

— Et puis quoi encore ? marmonna Shinji. Tu ne ferais que nous gêner ! Bon, j’ai autre chose à faire…

— Shinji ? demanda une voix venant de côté.

Hirako leva les yeux et soupira. Il dit en japonais à Ichigo :

— Ce n’est rien d’important… Va faire le petit déjeuner, je m’occupe de l’emmerdeuse !

— Emmerdeuse ? C’est mon portable.

Shinji entendit l’autre, qui avait entendu la voix d’Ichigo, hurler après lui. Ichigo tendit la main pour récupérer le portable et dit au blond :

— Va faire le petit déjeuner, je m’occupe d’elle.

Puis il reprit :

— Heather !

— Ichigo ! C’est quoi cette histoire d’amant ? Tu as un homme dans ta vie ? Attends, c’est une blague. Je me gèle depuis une heure à t’attendre, et c’est quoi cette maladie ? Et…

Ichigo n’écoutait plus. Il soupira… Il en avait vraiment assez de ces piaillements. Il avait mal à la tête et il avait l’impression qu’elle allait exploser. Toujours à se plaindre et à réclamer… jamais contente ! À la fin, il lui coupa la parole et lui dit froidement :

— Heather, ce n’est pas une plaisanterie. C’est bien mon amant, alors, maintenant que tu as découvert le pot aux roses, tu peux me lâcher ! À lundi !

— Attends, ça ne se passera pas comme ça !

— Pourquoi ? Parce que tu ne peux pas me mener par le bout du nez ?

— Mais… et ce soir ?

— Demande à un de tes amants de t’accompagner, t’en manques pas… non ? dit-il, sarcastique.

Il avait dit cela au hasard, mais quand il entendit le petit silence, il eut un sourire mauvais et siffla entre ses dents :

— Eh bien, au moins, avec moi, t’as vite été au courant ! Salut !

Il raccrocha et coupa son portable. Il le balança sur le canapé.

— Eh bien… que d’amour ! fit, sarcastique, le blond.

— La ferme… gronda Ichigo.

Il se dirigea vers la cuisine où était l’autre Vizard.

— Alors, comme ça, on est amants ? demanda Hirako, ironique.

— Dans tes rêves…

L’autre éclata de rire.

— Je vois que tu te retrouves. Ça fait plaisir à voir. Tu as bien dormi ?

— J’avoue que j’aurais bien dormi plus longtemps…

— Tu pourras refaire une sieste après… Allez, viens, le café est prêt. Tu prends toujours des toasts ?

— Ouais !

Les deux déjeunèrent en silence. Ce n’était pas inconfortable, mais ni l’un ni l’autre n’éprouva le besoin de parler. Quand ils eurent fini, Hirako scruta le visage pâle du roux et lui dit :

— Va te coucher, je vais m’occuper de la vaisselle.

— Toi ?

— Bah oui… on fait ça à tour de rôle.

— C’est marrant : pendant nos entraînements, c’était toujours moi qui faisais la vaisselle.

— Ouais, c’était trop drôle, d’ailleurs. J’adorais ton petit tablier à cette époque. Ça se mariait très bien avec ton shihakushō, d’ailleurs, se moqua Shinji.

— Connard ! T’es toujours à te foutre de moi… même après tout ce temps !

— Disons que ça me manque et puis… il faut bien avouer que t’as la tête pour !

Ichigo le foudroya du regard. Il se leva et se dirigea vers sa chambre pour lui dire d’une voix sourde :

— Ouais, fais la vaisselle. Après tout, ça va changer !

— Crétin…

— Pas autant que toi !

— Chier !

— Comme tu dis !

Hirako regarda le dos du roux et le vit disparaître de sa vue. Il se tourna vers son occupation : « ménage ! ». Il débarrassa la table et commença à faire couler l’eau.

Il n’aimait pas beaucoup voir le jeune homme dans cet état. Il soupira ; de toute façon, il n’était pas mieux que lui, dans le fond. Il avait attendu un siècle pour se venger et il avait perdu des amis. Il s’y attendait, quelque part… et puis non !

Il a toujours tout misé sur la puissance qu’ils possédaient tous. Ils ne pouvaient pas perdre : ils étaient meilleurs que les capitaines de division du Gotei 13 !

Merde, ils étaient des Vizards… hors-la-loi, certes… mais qui les avait rendus comme cela ? Il se sentit fatigué d’un coup. Est-ce qu’il pourrait un jour vivre comme avant ? En voyant Ichigo, il en doutait… Ce qui était sûr, en tout cas, c’est qu’il commençait à s’amuser un peu.

Il termina rapidement la vaisselle et partit regarder ensuite un programme télé en sourdine. Voir passer les images bêtement l’aiderait à oublier !

°0°0°0°

Shinji commençait à fouiller les placards de la cuisine, car il commençait à avoir faim, quand la sonnette de la porte d’entrée retentit. Il fronça les sourcils.

Il avait passé un petit tablier autour de sa taille, car il comptait bien cuisiner. Il ne l’enleva pas… de toute façon, ça devait être les autres qui venaient le chercher.

Il ouvrit la porte et dut baisser les yeux pour voir une jeune femme vraiment belle. C’est le seul adjectif qui lui vint à l’esprit. Cependant, son air furieux l’exaspéra au plus profond de lui. Ça sentait les problèmes à plein nez !

— Yo ! fit Shinji.

— « Yo » ? fit la fille. Où est Ichigo ?

— Oh… tu es son « ex » petite amie ! ironisa le blond.

— Ex ? Hors de question… Ichigo est à moi. C’est toi, son amant ? Franchement, il aurait pu se trouver mieux ! T’es franchement moche !

— Si c’est pour avoir un joli emballage mais pourri à l’intérieur, il gagne au change… se moqua ouvertement Hirako. Bon, maintenant, déguerpis !

— Ichigo ! cria Heather.

Tout à coup, Heather sentit une présence derrière elle. Elle se retourna et croisa le regard bleu d’une brune habillée en collégienne, avec deux grandes nattes. Elle fait du cosplay ? La brune passa devant elle, méprisante, et fit un « yo » devant le blond, qui la laissa passer.

Ensuite, un homme aux longs cheveux blonds et à l’air nonchalant la regarda à peine et entra. Shinji demanda :

— Les autres sont déjà en place ?

— Ouais ! Où est Ichigo… J’ai envie de lui faire un « câlin » ! demanda Lisa.

— Comment ça, un câlin ? fit Heather. C’est mon petit ami !

— Faux ! rétorqua Shinji… c’est mon amant !

— Et depuis quand ? demanda Risa tout à coup, à ses côtés. Ça vous dit qu’on fasse ménage à trois ? Waouh !

— Ferme-la, Risa, soupira Rose.

— Qu’est-ce que c’est que ce boucan ? demanda Ichigo.

— Ichigo ! s’écria Heather, soulagée.

Ichigo s’approcha de la porte, regarda sa petite amie et soupira. Il s’était habillé rapidement d’un jean et d’un pull noir moulant. « Il est vraiment très sexy », songea Heather. « Pas question de lâcher un morceau pareil. »

— Heather… pourquoi cries-tu ?

— Il refuse de me faire entrer !

Elle désigna Hirako du doigt.

— C’est vilain de montrer du doigt ! ironisa le blond.

— Vous m’énervez, à la fin. Ichigo, il faut qu’on se parle.

Ichigo se gratta la tête, se tourna vers les autres et lâcha :

— J’arrive ! Faites comme chez vous… quoique, c’est déjà fait !

Il vit que Risa était partie se servir dans le réfrigérateur et que Rose regardait la télé… sauf Shinji, qui restait à côté de lui.

— Tu peux rentrer… dit-il à Shinji.

— Pas question ! gronda le blond.

— Hirako… (Ichigo s’adressa à lui en japonais.) S’il te plaît, va t’occuper de la cuisine, puisque tu y étais.

— Pas question. Je refuse que tu retournes avec une… une… fille pareille !

— Tu me fais une crise de jalousie ?

— Et alors ?

— Shinji, c’était pour rire quand j’ai dit tout à l’heure que nous étions amants.

— Ah oui ? Eh bien moi aussi, figure-toi… mais l’idée a fait son chemin, entre-temps, et je pense que je n’aimerais pas te partager avec quelqu’un d’autre.

Les deux hommes ne virent pas que Heather essayait de les couper et que Risa et Rose les écoutaient carrément.

— Ne dis pas n’importe quoi ! continua Ichigo.

— Ma proposition est sincère…

— Imbécile !

— T’es un crétin, mais je pourrais m’y faire !

— Mais ça va pas !

— Je me suis jamais senti aussi bien, affirma Shinji.

— Je ne suis pas homosexuel ! déclara Ichigo.

— Moi non plus… précisa Shinji.

— Moi, je trouve que vous formeriez un très beau couple de crétins ! fit Risa.

— Je confirme ! ajouta Rose.

— Vos gueules ! rétorquèrent Hirako et Ichigo en chœur.

— Ils sont même sur la même longueur d’onde ! ajouta Risa. Ils sont pas mignons ? Je téléphone à Kensei pour lui dire.

— Tu vas rien faire du tout, toi !

Mais la brune avait déjà l’ex-capitaine en ligne.

— Ouais, Kensei, c’est moi. Tu sais la dernière ? Ichigo et Hirako sortent ensemble !

— Tous mes vœux de bonheur ! Ils sont heureux, au moins ?

— Bah, y a l’air… ils s’engueulent !

— Génial… au moins, Hirako ne boudera plus dans son coin !

— Mais vous avez pas fini ? rugit Ichigo.

Tout à coup, Ichigo tituba et se prit la tête.

— Alors, mon roi ? Tu fais relâche… T’as cru que tu pouvais avoir raison de moi avec une petite pilule ?

Ichigo gémit. Son reiatsu fluctua. Hirako fronça les sourcils et se précipita vers lui.

— Il est là ?

Le roux hocha juste la tête.

Hirako fronça les sourcils et le fit entrer dans l’appartement. Heather voulut suivre, mais Risa s’interposa entre eux.

— Où comptes-tu aller ?

— Mais…

— Écoute, laisse-nous régler nos problèmes en famille !

— Vous êtes de la même famille ?

Risa fit intervenir son reiatsu au point de vouloir étouffer la fille devant elle.

— Maintenant, tu te casses et tu nous laisses tranquilles.

La Vizard ferma la porte de l’appartement devant la petite brune, qui n’avait rien compris à ce qui se passait.

°0°0°0°

Shinji avait donné une nouvelle pilule à Ichigo. Il allait plus mal qu’il ne le pensait. Il l’allongea sur le lit. Rose scruta le visage pâle du roux.

— Tu crois qu’on peut le laisser ici tout seul ?

— Il le faut ! rétorqua Shinji. Avec le comprimé que je lui ai donné en plus, ça devrait aller, de toute façon. Et comme il n’y aura plus personne, et du calme, je pense qu’il ne devrait pas trop subir de fluctuations.

Puis Hirako se tourna doucement vers le roux.

— Écoute, Ichigo, on part pour le nouveau Vizard qu’on a découvert ici. On ne peut plus repousser. Ça ira ?

— Normalement, oui… Je vais me reposer encore !

— Bah, force pas, alors. Je te prépare un truc vite fait, comme ça, si t’as faim tout à l’heure, t’auras plus qu’à manger !

— Pas la peine…

— Je fais !

Ichigo n’avait pas la force de lui répondre. Son mal de tête lui donnait l’impression que son cerveau se déplaçait de droite à gauche, tout seul. Il plongea la tête dans le creux de l’oreiller et gémit.

Hirako se mit à genoux et fronça les sourcils.

— T’es sûr que ça va ?

Sa voix était inquiète.

— Je vais aller mieux. Laisse d’abord mon mal de tête s’atténuer. Va avec Risa et Rose… Je ne ferai rien d’inutile.

— Promis ?

— Hum…

— Je m’en contenterai !

Hirako se leva et partit dans la cuisine. Il se fit à manger et prépara, du même coup, quelque chose pour Ichigo.

— Tu le couves vraiment, Shinji ! fit Risa.

— Quelque chose te gêne ?

— Non… juste surprise… Ce gamin, je sais pas ce qu’il a de si spécial, mais, en tout cas, il te redonne le goût de vivre !

— Hum… j’ai l’impression de revoir notre capitaine de la 5e division, murmura Rose.

— Tu étais sérieux tout à l’heure, Shinji ? reprit Risa.

— …

Hirako mangea rapidement et posa ses affaires dans l’évier. Il se tourna vers les autres Vizards.

— On y va ?

— Comme tu veux !

Hirako repassa par la chambre et vit qu’Ichigo était allongé et regardait le plafond.

— On part ! Si ça va pas, j’ai laissé mon numéro de portable sur la table de la cuisine. Ou laisse éclater ton reiatsu en cas de grosse crise. Je repasse quand je le pourrai, et je ne sais pas encore quand !

— Bon courage ! murmura Ichigo.

— Ouais… à plus.

Hirako rejoignit les autres à l’extérieur. Colin regardait le groupe de trois personnes passer. Il sut immédiatement que ces trois-là étaient des « amis » d’Ichigo. Il sentait la même « odeur » que lui !

Shinji, quant à lui, réalisa qu’il était tout à fait sérieux quant à la proposition faite à Ichigo. Il n’avait vraiment pas apprécié la « grue » ; et le fait de le savoir avec une autre personne le dérangeait fortement. Mais… aurait-il le temps pour ce genre de chose ?


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