Sous le masque 6

Je suis sérieux


Shinji sentit le changement dans le reiatsu qui filtrait un peu de son ami. Il fronça les sourcils et décida de s’allonger et de faire semblant de dormir. Ichigo… enfin, Hichigo sortit du corps du précédent et passa au-dessus d’Hirako sans lui porter d’attention. Il voulut sortir de la pièce, mais Shinji l’assomma avant qu’il ne puisse disparaître.

— Désolé pour ton futur mal de tête, Ichi.

Et il récupéra l’âme pour la remettre dans le corps. Maintenant, il pouvait dormir ! Et il s’endormit pour la nuit !

°0°0°

Le lendemain, Ichigo se réveilla avec un horrible mal de crâne. Il regarda le corps d’Hirako qui dormait toujours dans le futon. Il n’avait pas bougé malgré le radio-réveil.

Il secoua la tête et prit toutes ses affaires pour éviter des allées et venues, puis sortit de la chambre. Il fit sa toilette et déjeuna rapidement. Il quitta l’appartement en laissant un mot et les clés à Shinji.

°0°0°

Ichigo vit tous les regards de ses camarades de classe se poser sur lui. Certains arboraient un sourire ironique, d’autres des regards de dégoût. D’autres semblaient s’en moquer. Il fut rejoint par ses deux camarades de classe, Kevin et Alistair.

— ‘lut ! lança Ichigo.

— ‘lut ! répondirent les deux autres.

— Je peux savoir ce qui se passe ?

— Heather a raconté à tout le monde que tu étais gay. Généralement, on s’en fout, mais comme cette pimbêche a la cote… Du coup, tu passes pour un salaud ! rétorqua Alistair, qui ne pouvait vraiment pas la voir en peinture.

— Pas grave !

— T’es trop gentil…

Ichigo haussa les épaules et partit s’asseoir à sa place. Il vit Heather qui avait changé de place. Cette dernière discutait de manière animée avec ses amies. Les regards de mépris et de dégoût de ces filles le laissèrent profondément indifférent. Après tout, il était libre d’aimer qui il voulait. Enfin, pas qu’il aimait Shinji… pensa-t-il… mais si c’était vrai, il ne voyait pas où était le problème.

Les cours se déroulèrent rapidement et, lorsqu’il voulut sortir, il fut bloqué par les « amis » d’Heather.

— Alors… tu aurais changé de bord, le Jap’ ?

— Je me demande comment tu fais pour aimer un homme alors qu’Heather est un canon.

— Il leur manque une case chez les homos, fit encore un autre.

Ichigo voyait le regard narquois de son ex. Ichigo soupira profondément et leur dit :

— Veuillez m’excuser mais j’ai autre chose à faire, là, tout de suite…

— Avec ton mec ? fit un blond qui s’était approché d’Ichigo.

L’un d’entre eux cria :

— Attention, Robbie, il pourrait vouloir t’embrasser !

Ichigo voulut les contourner mais la dizaine de jeunes hommes avait encerclé l’Orangé pour l’empêcher de sortir. Il vit ses deux amis vouloir l’aider, mais ils furent interceptés par d’autres gars, ce qui finit d’énerver Ichigo.

Il fronça les sourcils et, avant que le blond Robbie ajoute quelque chose, l’Orangé lui balança son poing en pleine face. Un autre voulut lui porter un coup, mais Ichigo l’esquiva et le brun se prit un coup de pied dans le ventre… Bientôt, une mêlée se forma, mais Ichigo assomma tout le monde.

Heather le regarda, horrifiée. Ichigo lui dit, cinglant :

— Hirako est une merveilleuse personne qui se préoccupe des personnes qu’il aime. Il ne te porte pas dans son cœur, car il a vu quelle « grandeur » d’âme tu pouvais avoir. Et sincèrement, même s’il n’a pas ta beauté, il possède quelque chose que tu ne posséderas jamais : l’intelligence ! Pour terminer, je suis cent fois mieux avec lui que je ne l’ai jamais été avec toi… car lui s’intéresse à moi et ne me saoule pas avec des inepties. Il ne revendique rien et n’impose rien, contrairement à toi qui fais constamment des caprices ! Enfin, il n’y a que toi que ma relation dérange.

Ichigo quitta la pièce et le silence s’y installa. La brune se sentait brutalement mal à l’aise. Le Vizard fut rejoint par ses deux amis. Kevin lui dit :

— Eh bien, tu dois drôlement l’aimer, ton ami, pour faire une déclaration pareille devant toute la classe. En tout cas, ça va faire le tour du campus, ça !

Ils arrivèrent devant les grilles de l’établissement quand Ichigo entendit la voix de Shinji derrière lui. Il gémit… « C’est pas vrai », murmura-t-il.

— Yo, Ichigo ! Ch’suis venu, car j’ai été au labo pour refaire des préparations avant que je ne parte à nouveau.

Alistair posa la question qui lui brûlait les lèvres :

— Vous êtes le petit ami d’Ichigo ?

Hirako regarda, interdit, les deux jeunes qui accompagnaient le Vizard roux. Il allait répliquer quand il entendit une voix féminine lui dire, au grand désespoir d’Ichigo :

— En tout cas, si vous ne sortez plus avec lui, vous pourrez toujours venir me voir. Franchement, vous ressemblez trop à mon idéal, niveau caractère, et je trouve que vous avez un certain charme. Vous auriez dû voir comment Ichigo a pris votre défense de manière si… enflammée ! Aimer comme ça, c’est trop génial.

Un « Kyyyaaaahhh » formulé par trois autres jeunes filles finit de le surprendre. Il se tourna vers Ichigo, interrogateur. Finalement, l’Orangé lui dit en japonais :

— Heather a fait circuler la rumeur de notre « relation ». Le souci étant qu’elle a fait intervenir quelques-uns de ses sbires pour me donner une « correction ».

— Ah ouais ? Ils sont encore vivants ?

— Oh, quelques bleus, sans plus !

— Hum… je vois ! Et pourquoi as-tu pris ma défense contre Heather ?

— Parce qu’elle se fait passer pour la victime innocente et que je n’aime pas beaucoup la façon dont elle t’a décrit !

— Oh ? Tiendrais-tu à moi ?

— La ferme ! Que fais-tu ici ?

— Ah oui…

Il sortit une petite boîte.

— Je suis passé voir Kensei, qui a eu la gentillesse de refaire quelques pilules pour toi. Ça devrait te permettre de tenir jusqu’à notre retour, lors de mon prochain voyage.

Ichigo attrapa la boîte et la voix d’Heather se fit entendre.

— Vous vous affichez même dans la rue ! C’est dégoûtant !

Hirako et le roux tournèrent la tête vers elle et ses « acolytes » qui se tenaient la mâchoire. Un petit groupe s’était formé autour d’eux et cela agaça le blond.

— Écoute, la bécasse… quoique, c’est une insulte pour le volatile, ça ! Enfin bref, si la seule chose qui compte pour toi, c’est d’emmerder les autres, je te rassure : t’as gagné. Alors, maintenant, tu prends ton joli petit cul et tu dégages ! Si tu persistes, je n’aurai pas l’élégance d’Ichigo : je vais te refaire le portrait !

En disant cela, il fit agir son reiatsu et les élèves tout autour de lui suffoquèrent. Ichigo posa une main sur son avant-bras.

— Laisse, Shinji. On rentre !

— Comme tu veux !

Ils échangèrent un regard et partirent tranquillement quand une voix moqueuse demanda…

— C’est qui, la fille, dans votre couple ?

Il n’eut pas le temps de reprendre son souffle qu’Ichigo lui avait balancé son poing dans la figure. Shinji l’attrapa par le bras et le tint fermement.

— Tss ! Il ne vaut même pas la peine que tu réagisses. Laisse tomber. Tu risques d’avoir des ennuis avec des imbéciles pareils.

Ichigo resta tendu sur l’instant. Puis, sentant le regard du blond sur lui, il tourna la tête et le scruta quelques secondes. Il se redressa et hocha la tête.

— On rentre !

Ils quittèrent les lieux et Ichigo crut entendre quelques réflexions féminines de son nouveau fan-club.

— Vous êtes franchement cons. Ils sont trop mignons ensemble.

— C’est sûr qu’ils sont amoureux !

— Je comprends pas le japonais… mais c’est tellement « exotique » !

— Ils sont trop cool ! Moi aussi, je veux vivre une relation comme ça…

Shinji, au bout de quelques minutes de marche, éclata de rire.

— Qu’est-ce qui t’arrive encore ?

— En tout cas, maintenant, tu es mort en tant que partie hétérosexuelle sur le campus !

— Je survivrai…

— Avec tes hormones, à ton âge ?

— Laisse mes hormones tranquilles, elles se portent bien…

— Justement ! fit Hirako, goguenard.

— Aaaahhh… Pourquoi ça tourne sur ce sujet ?

— Parce que je t’ai fait une proposition…

— Ce n’était pas une proposition ! protesta violemment Ichigo.

Il parla si fort que les personnes autour de lui se retournèrent pour le regarder. Le souffle d’Ichigo était rapide et son regard était glacé, mais derrière cela, Shinji vit de la peur dans ses yeux… Il prit la main du roux dans la sienne et le tira à sa suite…

— Shinji ?

Pas de réponse. La démarche était rapide. L’Orangé commença à paniquer et répéta :

— Mais qu’est-ce que tu fous ! Réponds-moi, Shinji…

Ils se retrouvèrent sur le côté d’un ancien cinéma au bout de quelques minutes… L’allée était sombre, mais Ichigo vit le regard sérieux d’Hirako. Il déglutit : il ne l’avait jamais vu aussi grave.

— Ichigo, je suis sincère… Je veux avoir une relation avec toi !

L’interpellé sembla pétrifié.

— Mais… mais… Shinji, je suis un hom…

Hirako l’avait attiré à lui et avait pris ses lèvres. Les yeux d’Ichigo s’élargirent. Il voulut se reculer, repousser le blond, mais la poigne de fer que cet homme pouvait avoir était déconcertante, surtout vu sa stature.

Il voulut protester, mais Hirako en profita pour passer sa langue dans sa bouche. Cette dernière vint explorer la sienne. Le frottement du piercing eut un drôle d’effet sur le roux… Cela n’avait aucun rapport avec les baisers qu’il pouvait échanger avec Heather ou avec n’importe quelle fille… c’était brutal, conquérant et, en même temps, tellement sensuel.

Il finit par répondre au baiser, qui ne le laissait pas indifférent. Il glissa ses mains dans les cheveux coupés au carré du blond.

Leurs baisers devinrent plus profonds et plus durs… voire violents ! Quand ils se redressèrent pour se regarder, les yeux des deux hommes étaient or et noirs. Ils eurent le même sourire. Shinji finit par lui dire…

— Nous avons les mêmes douleurs, pour des raisons pas si différentes. Pourquoi ne pas tirer profit de nos présences pour nous aider à surmonter nos peines ?

— Je ne veux pas !

— Pourtant, tu n’es pas indifférent, Ichi.

— …

— Avoue-le au moins ! Le ton d’Hirako était sourd.

Ichigo se retourna pour regarder Hirako. Un seul de ses yeux était maintenant noir et or.

— C’est vrai, je n’ai pas trouvé cela désagréable, mais il n’est pas question que j’aie une relation quelconque avec toi… à part celle de l’amitié !

— Tu n’es qu’un crétin… finit-il.

— Shinji…

— Non ! Tu n’es même pas capable de voir les choses en face. Je t’ai promis de rester avec toi, je tiendrai ma promesse. Sur ce… tu me retrouveras plus tard. Pour l’instant, j’ai besoin de retrouver mon calme.

— Hirako…

Mais le Vizard blond était déjà parti. Ichigo fronça les sourcils. Il n’avait fait que dire la vérité. Il ne voulait pas de ça avec le blond. Il s’adossa au mur derrière lui. Il glissa deux doigts sur ses lèvres. Merde ! Il posa la paume de sa main droite sur son front… « Shinji, pourquoi t’as des idées aussi saugrenues ? T’es qu’un ami… Merde ! »

Il ne l’avoua pas à haute voix, mais il avait réellement apprécié le baiser qu’ils avaient échangé… Mais il ne voulut pas savoir pourquoi. Il traversa la ville rapidement en bus et rentra chez lui. Hirako n’était pas là… Il prépara à manger et commença à réviser ses cours. Il fulminait contre le blond… mais, au fil des heures, il devint inquiet.

Il finit par s’asseoir à table et mangea seul. Il débarrassa ses propres couverts et les lava rapidement. Il regarda l’heure : minuit vingt-six. Il écrivit un mot rapide à Shinji et alla se coucher. Il serra contre lui sa couverture et regarda le futon vide à côté de son lit. Il ferma les yeux et se décida à faire le vide pour pouvoir dormir.

°°0o0°°

Shinji entra dans l’appartement une dizaine de minutes après qu’Ichigo se fût endormi. Il se dirigea tout de suite vers sa chambre et vit qu’il était toujours là.

Sa respiration régulière le rassura. Il laissa la porte ouverte et prit la direction de la cuisine. Il avait faim… Il vit son assiette et ses couverts sur la table. Il vit un petit mot qu’il prit et déchiffra.

« Shinji,

Je suis désolé pour tout à l’heure. Si tu as faim, j’ai fait un ragoût : il est sur la cuisinière, tu n’as plus qu’à le faire réchauffer. Je t’ai attendu jusqu’à minuit trente. Tu m’excuseras : je suis fatigué, alors je suis parti dormir.

À demain, Ichigo ! »

— Baka !

Shinji se demanda si c’était pour lui ou pour Ichigo. Il se fit chauffer son dîner et mangea de bon cœur. Il se prit une douche et se mit en pyjama. Il vint s’installer silencieusement sur son futon. Il entendit soudain une voix ensommeillée derrière lui.

— Je suis content que tu sois rentré…

— Boucle-la et dors !

— À demain…

— C’est ça… bonne nuit… Et merci, Ichi, pour le repas. J’avais faim…

— Content que tu l’aies apprécié.

— Dors…

— Toi aussi…

Bientôt, Shinji entendit le souffle régulier du jeune homme. Il s’était rendormi. Hirako se tourna vers le roux et s’approcha de lui. Il caressa ses cheveux orange, si pleins de vie. Son visage reposa à quelques centimètres du dormeur, mais il ne fit que l’observer intensément. Il lui murmura lentement…

— Je tiens à toi…

Il retourna à son futon et s’endormit comme une masse. Ichigo ouvrit un œil et murmura à la forme allongée en dessous :

— Moi aussi, Shinji… moi aussi !

Hirako eut un léger sourire en l’entendant. Ils finirent par réellement s’endormir tous les deux.

Au bout de deux heures, Shinji fut réveillé brutalement. Il était désorienté. Il regarda autour de lui et vit soudain Ichigo trembler dans son lit. Il fronça les sourcils. À première vue, il aurait dit qu’il avait de la fièvre. Et soudain, il l’entendit sangloter dans son sommeil. Il l’entendit marmonner…

— Non… tu la tues pas… ne… personne ! Aïzen… non… j’ai…

Ichigo semblait se tasser sur lui-même, comme sous l’effet d’un mal intense. Hirako ne pouvait pas le laisser comme cela. Il posa une main sur le roux qui commençait à se débattre. Ichigo parut plus effrayé. Shinji jura et passa au-dessus du corps d’Ichigo pour le secouer fortement. Il se débattit plus violemment… Hirako comprit que le roux l’avait intégré dans son rêve violent.

Il glissa alors tendrement une main dans les cheveux légèrement trempés de sueur de l’Orangé. Sur le coup, ce dernier se crispa, mais comme les mains ne cessaient pas leur doux ballet, cela eut pour effet de le détendre.

Shinji ne put résister : il se pencha et l’embrassa et, à sa stupéfaction, l’Orangé lui rendit son baiser. Deux bras vinrent s’enrouler autour de sa taille. Hirako voulut se reculer, mais la prise se fit plus ferme et il sentit qu’on le faisait basculer sur le côté. Le blond fronça les sourcils et entendit la voix d’Ichigo murmurer :

— Reste… reste avec moi… Hirako…

Il leva les yeux et croisa les yeux mi-clos du roux. Le blond soupira et répondit :

— Tu profites de ma gentillesse… Bien sûr, je reste.

Ichigo ferma les yeux et se rendormit en prenant le corps du Vizard blond contre lui. Shinji eut très chaud cette nuit-là ! Le corps du gars à côté de lui était une véritable chaudière… pas besoin de couverture, songea-t-il ! Il finit par s’endormir comme une masse.


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