Sous le masque 10

Jeudi 4 décembre 2008

Cela faisait une quinzaine de jours que Shinji était parti. Ichigo s’était jeté à corps perdu dans ses études. Il n’oubliait pas de prendre les petites pilules que son amant lui avait laissées. Il essayait de suivre une hygiène de vie acceptable pour ne pas replonger. De plus, Hirako l’appelait tous les deux ou trois jours. Pas longtemps, mais garder ce contact l’aidait à ne pas perdre pied. Son portable était toujours près de lui. Quand il étudiait, il était posé sur son bureau, à sa droite. En y repensant, Ichigo trouvait qu’il s’en sortait plutôt bien, après tout. Il se sentait juste fatigué.

Il se frotta les yeux. Son portable sonna. Il fronça les sourcils. Cela ne pouvait pas être Hirako, il l’avait appelé la veille. Il décrocha.

— Fils !

— Papa…

Ichigo était vraiment heureux d’entendre la voix chaleureuse de son père.

— Nous voulions avoir de tes nouvelles, tes sœurs et moi !

Le roux entendit derrière son père les cris de ses sœurs, excitées à l’idée de venir à Londres et à Oxford. Il sourit.

— Comme tu vois, on est impatientes d’arriver ! Tu nous prépareras des visites intéressantes pour Oxford. Je m’arrangerai pour Londres. Tu es sûr de ne pas vouloir venir avec nous ?

— Papa… J’ai trouvé un job dans un hôpital pendant trois semaines, et ça tombe quand vous venez. Je travaillerai de nuit, en plus !

— Ok ! On est déjà très contents de te voir.

— Moi aussi. Je suis vraiment heureux de vous revoir. J’ai hâte !

— Hé, hé… je n’aurais jamais cru que tu me dirais ça un jour !

— Comme quoi, il faut être sacrément désespéré pour te le dire… ironisa Ichigo. Mais le ton était joyeux.

— Je t’envoie par mail notre horaire d’arrivée, et aussi la porte… et…

— Envoie tout ce dont j’ai besoin par mail.

— Ok ! Bon, je te retéléphonerai la semaine prochaine. Prends soin de toi !

— Toi aussi, et Yuzu et Karin aussi…

— On t’embrasse, grand frère !

Hurlèrent les deux filles derrière leur père. Celui-ci râla, car c’était lui, pour une fois, qui avait un problème d’oreilles vu l’excitation des jumelles. Ichigo raccrocha en souriant. Oui, il était impatient de les revoir. Son père dormirait dans son lit, il prendrait le futon, et ses sœurs dormiraient sur le clic-clac. Il avait déjà prévu quelques sorties intéressantes pour elles, et pour son père.

Il se leva et s’étira. Il se dirigea vers sa douche et, pendant que l’eau coulait, Ichigo se raidit.

Alors, mon Roi… Vous semblez vraiment « détendu » en ce moment… Quelque chose vous mettrait particulièrement de bonne humeur ? Oh… je sais… C’est votre « amant » ! Ce bâtard blond !

— Ferme-la !

Tu croyais que j’étais parti ? C’est ça ! Shiro éclata de rire.

— Boucle-la !

Mais c’est que t’es en colère… Tu ne devrais pas : « ton chéri » va rudement s’inquiéter…

Il avait pris un ton implorant et finit sa phrase par un rire sardonique.

— Ta gueule !

Oups… J’ai parlé de ton cher Hirako ? Ça t’met en colère ? La voix était railleuse.

Ichigo sortit rapidement de la douche. Il se dirigea vers sa boîte à pilules, en sortit une et l’avala.

Si tu crois que tu pourras toujours me museler avec « ça », tu t’goures, mon Roi ! Bientôt, ce s’ra toi la monture…

— Shiro, va te faire foutre une bonne fois pour toutes ! De toute façon, ça n’arrivera pas.

Ah ouais ? J’ch’suis curieux de voir ça !

— C’est tout vu !

Ichigo essaya de se calmer. Jamais il n’aurait pensé que Shiro ferait une apparition. Il se sentit déstabilisé. Il était assis sur son lit, recouvert d’une simple serviette sur les hanches. Il reprit plusieurs fois sa respiration. Son portable sonna à nouveau. Il se leva pour le prendre, et entendit la voix d’Hirako.

— Ichi… tu vas bien ?

— Hirako.

La voix d’Ichigo était un peu haletante. Il bascula en arrière sur son matelas et posa une main sur son visage. Que la voix de son amant l’apaisait. Kami…

— Ichi… j’ai senti quelque chose dans ton riatsu…

— Attends ! s’écria Ichigo. Tu ressens mon riatsu d’aussi loin ?

— Dis-le pas aux autres ! marmonna Hirako. C’est pas ton riatsu, ou en partie, mais tout à l’heure j’ai senti comme si tu étais paniqué… C’était le cas ?

— Je…

Petit silence.

— Il est revenu ?

— … Oui… souffla finalement Ichigo.

Nouveau silence.

— Tu as fait ce que je t’ai dit ?

— Hirako ! protesta Ichigo. Je ne sors pas ! Je mange normalement ! J’ai des horaires réguliers, et je prends les putains de pilules tous les trois jours !

— Hum… Comment te sens-tu, là, en ce moment ?

— Bien… Tout allait bien. Mon père m’avait appelé pour me confirmer sa venue, et mes sœurs sont super excitées. Je me sentais vraiment bien… Je prenais ma douche quand il est réapparu.

— Oh ?

— Pervers !

— J’ai jamais dit que j’étais un saint ! marmonna Shinji. Pour revenir à Shiro, que t’a-t-il dit ?

— Les choses habituelles… Que je serais le cheval et lui le roi, et que… ce n’est pas parce que je me sentais bien qu’il n’était pas là ! Il s’en est pris à toi et m’a dit que les pilules ne l’empêcheraient pas de prendre le contrôle !

— Tu n’as pas eu d’alertes avant ?

— Non…

— Écoute… Continue de prendre les pilules et repose-toi bien. On devrait rentrer plus vite que prévu. Et s’il le faut, je reviendrai avant…

— Ne te sens pas obligé.

— T’es con ou tu le fais exprès ?

— Mais… je veux pas…

— Ferme-la ! Si je dis que je reviens, je reviens.

— Merci…

— Crétin ! Allez, va dormir, il est l’heure pour toi.

— Je suis fatigué…

Ichigo bâilla et posa sa main devant sa bouche.

— Après, tu te demandes pourquoi il revient ? Dors !

— Oui… oui, je suis déjà sur mon lit !

— Oh… et que fais-tu ?

— Je vais dormir ! Baka !

— Hum… dormir… Tu es habillé comment, là ?

— Rien !

— Comment ça, rien ?

— Je suis sorti de la douche un peu précipitamment et j’ai juste passé une serviette sur mes hanches. Et tu m’as téléphoné dans l’intervalle.

— Rien qu’une serviette…

— Dis ! C’est tout ce que tu as retenu de ma tirade ?

— Tu me disais autre chose ?

— La merde, Shinji !

— Tu dois être « so sexy » dans ta petite serviette blanche. J’imagine très bien la scène… Hum… des gouttelettes d’eau sur ton corps musclé…

— Ch’suis sec !

— Des abdominaux bien dessinés… hum… et je me souviens aussi de…

— Shinji… ce n’est pas un téléphone rose !

— C’est une façon comme une autre de tenir une relation à distance !

— Raconte pas n’importe quoi ! Je vais dormir…

Ichigo bâilla et faillit s’endormir, quoique les paroles d’Hirako le tenaient plus ou moins en éveil.

— Je te laisse dormir pour ce soir, mais la prochaine fois, je te fais l’amour au téléphone !

— J’suis curieux de voir ça !

— Tu vas aimer… J’ai un très bon souvenir de ton corps et de tous tes petits points sensibles…

— Boucle-la !

— Tu me la rejoues prude ?

— Hirako, tout le monde n’a pas l’esprit tordu comme toi !

— C’est pour ça que tu m’aimes, je te signale…

— … C’est vrai, en partie…

— Bonne nuit, gamin…

— Bonne nuit… Hirako… La voix d’Ichigo était devenue très caressante.

— Oh là ! Si tu me parles comme ça…

— Oui… caressa la voix sensuelle d’Ichigo.

Elle venait du fond de sa gorge, chaude, enveloppante, grave et troublante.

— Ronronne pas comme ça, connard ! J’vais…

— Bander ? suggéra, en susurrant, Ichigo.

— Attends ! C’est toi qui me… Franchement, va dormir !

— Qui est la prude ?

— Boucle-la, Ichi. Tu n’es pas en état ! Va dormir…

— Tu es sûr ?

— Certain…

— Bonne nuit, Hirako…

— C’est ça ! Dors bien, Ichi.

Son portable bipa. Ichigo se leva et enfila un boxer et un T-shirt. Il leva les yeux vers le miroir de son armoire. Il vit l’un de ses yeux devenir or et noir. Un sourire sadique s’inscrivit sur ses lèvres. Ichigo se dirigea à nouveau vers la boîte à pilules et en reprit une. Il avait l’impression de se droguer à force d’avaler ces fichus médocs.

Il se glissa sous les couvertures et s’endormit rapidement…

°0°0°

Shinji avait raccroché, soucieux. Il finit par se rapprocher du groupe.

— Ça va pas ? demanda Kensei !

— …

Il se dirigea vers l’escalier pour remonter à la « surface ». Il avait besoin de sortir pour penser calmement à Ichigo. Il avait été sidéré lui-même de sentir les vibrations de son amant d’aussi loin. Comment cela pouvait-il être possible ? Oui… il avait besoin de réfléchir !

— Où va Shinji ? demanda Isane.

— Ça doit pas bien se passer pour Ichi ! marmonna Lisa. Il ne serait pas si inquiet, autrement.

— Humm… mais on ne peut rien faire d’ici ! répondit Rose.

— Qui est Ichi ? demanda, curieuse, Isane.

Tous les vizards se regardèrent. Tous savaient que la jeune femme en pinçait pour le blond. Quelle ironie, lui qui cherchait toujours à draguer les femmes… Enfin… Finalement, Lisa lui dit de but en blanc.

— C’est son amant !

— Quoi ?

— Hirako a un amant, et en ce moment il s’inquiète pour lui.

— Il sort avec un homme ? Isane était choquée. Elle n’aurait jamais pensé…

— C’est certainement le seul qu’il n’aimera jamais de sa vie ! déclara Lisa, songeuse.

Isane scruta la vizard en tenue d’écolière et murmura.

— Aimer ? Mais comment peut-il aimer un homme ?

— Ça… pour moi aussi, c’est un mystère ! rétorqua Kensei. Mais c’est sûr qu’il ne pourra jamais cesser de l’aimer. Je l’ai jamais vu aussi anxieux !

— C’est vrai ! murmura Hatch.

— C’est… c’est un vizard ? demanda, tremblante, la brune.

— Oh que oui ! Et un putain de vizard… certainement aussi fort que Shinji, voire plus…

Isane blêmit. Shinji prenait rarement un combat d’entraînement avec l’un des vizards. Sauf Kensei, ou Rose… Ou lors de la transformation d’un shinigami en hollow. Et le peu qu’elle avait vu lui confirmait qu’il était certainement le shinigami le plus puissant qu’elle ait vu ! Alors imaginer un homme aussi puissant, voire plus puissant que lui, était inimaginable pour elle. Qui pouvait être cet Ichi ?

°0°0°

Ichigo se sentait de plus en plus fatigué. Un peu plus chaque jour, il se sentait glisser. Il arriva en cours et traversa la salle sans faire spécialement attention. Il ne vit pas Heather et ses « copines » se moquer de lui. Il s’installa lourdement à sa place et passa une main lasse dans ses cheveux oranges.

— C’est ça, quand on a un amant qui en demande trop ! siffla Heather.

— Jalouse ? répliqua Alister.

— La ferme, le boutonneux !

— Tu t’es vue, harpie ?

Ichigo soupira et ne regarda même pas son ex. Son mépris et son indifférence exaspérèrent la petite brune.

— J’ai su que tu étais seul, en ce moment… Tu as cassé ? Déjà ?

— Qu’est-ce que cela peut te faire ? marmonna l’oranger.

— On pourrait recoller les morceaux ?

— Pardon ?

Alister, Kevin et Matthew restèrent sans voix. Ichigo leva juste son visage impassible et répondit.

— Entre moi et Hirako, tout va bien, merci ! Et même si j’étais seul sur Terre, je préférerais encore être seul que de vouloir rétablir une relation avec toi !

— Salaud !

— Merci…

— Tu l’emporteras pas au Paradis… c’est moi qui te le dis !

Ichigo eut un petit sourire. De toute façon, sa vie était déjà un enfer. Un peu plus, un peu moins… Il ne voulait qu’une chose : le retour du blond. Mais bon… ce n’était pas pour demain. Il l’avait eu au téléphone la veille. Ichigo percevait l’inquiétude de son amant, un peu plus à chaque coup de fil. Pourtant, il essayait autant qu’il le pouvait de cacher sa situation. Mais Hirako était loin d’être bête.

Il soupira. Dans une semaine, il partirait chercher son père et ses sœurs à l’aéroport ! Vivement… quoiqu’il angoissait un peu. Arriverait-il à cacher son « état » à son père, qui était loin d’être bête lui aussi ? Pour couronner le tout, il n’avait presque plus de pilules. Shinji lui avait laissé un stock pour trois mois… Il avait presque tout liquidé en un mois et demi ! Que pourrait-il faire une fois fini ?

Et surtout, il était en vacances le soir même et démarrait à l’hôpital le jeudi suivant ! Il déglutit péniblement. S’il n’était pas en état pour ces permanences… Il gémit et se dit qu’il allait avoir de gros problèmes…

°0°0°

— Écoute, Shinji, si ça va si mal que tu le penses, retourne le voir !

— Mais ici… marmonna Hirako.

— Boucle-la et va le voir ! De toute façon, tu ne fais plus rien, tellement ton esprit est occupé avec Ichi. Alors cours le voir, et nous, on te rejoint dans quelques jours !

— …

— Va le voir ! commanda Lisa. Pour ce qu’il reste à faire ici, tu seras plus utile là-bas !

— Très bien… Je vais réserver un billet…

Rose sortit un billet et le lui tendit.

— Va faire tes valises… tu repars demain soir !

Shinji prit le billet entre ses doigts et regarda ses amis.

— Merci !

— Baka ! Dégage et va le sauver de lui-même, cet autre crétin… marmonna Kensei.

Hirako prit un air résolu. Il se tourna et se dirigea vers l’escalier principal.

— Pourquoi vous le laissez partir ! grommela Isane.

— Tu comprendras quand tu les verras ensemble ! déclara Rose, qui partit de son pas nonchalant vers le fond de leur repère.


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)