Sous le masque 9

Mercredi 3 décembre 2008

Hirako se réveilla le premier. Il faut dire qu’Ichigo avait reporté tout son poids sur lui. Il leva les yeux au plafond. Il essaya de pousser un peu le jeune Vizard. Il avait trop chaud, ce qui eut pour effet de faire reculer le roux. Maintenant, Shinji avait froid.

Merde !

Il remonta la couverture. Il frissonna et sentit un bras le tirer contre lui. Il tourna la tête et rencontra des yeux ambrés entrouverts.

— Tu sais pas ce que tu veux, Hirako… murmura Ichigo.

— Attends ! Tu es lourd et je crevais de chaud…

— Et maintenant… tu as froid ?

— Non… pas lorsque je suis comme ça…

— Tant mieux… Je dors !

Ichigo referma les yeux. Hirako vit qu’il s’était rendormi ! Lui ne ferma pas l’œil. Il scrutait le visage du roux. Il s’étonnait lui-même, depuis qu’il avait retrouvé le jeune homme, d’en être arrivé jusque-là… Il ne doutait pas de ses sentiments et se sentait « juste » sur cette voie, du moins avec lui.

Ses doigts jouèrent avec ses mèches souples, orangées. Il paraissait si jeune… si vivant… et humain ! Au bout d’un petit quart d’heure d’observation, il finit par se lever.

Shinji se dirigea vers la cuisine et prépara le petit déjeuner. Il détecta le reiatsu de Kensei, de Rose et de Lisa derrière la porte. Il alla ouvrir et trouva le trio attendant patiemment qu’il leur ouvre.

— Bon, alors !

Shinji s’effaça et les laissa entrer. Il retourna à la cuisine, suivi du trio, et fit le café.

— Il dort ?

— Ouais…

— Shin… tu sors réellement avec lui ? demanda Kensei.

Petit silence. Hirako se tourna vers eux et les regarda en face.

— Ça vous poserait un problème ?

— Non… On demande juste !

— Il va venir avec nous ?

— Je ne pense pas !

— Mais enfin, Shinji… Comment peux-tu sortir avec lui si vous ne…

Shinji coupa court.

— Écoute, Lisa ! Ichigo est encore humain, et il doit faire sa vie comme il l’entend. Bien sûr, je voudrais plus que n’importe quoi qu’il nous rejoigne. Mais, vu la tête de mule qu’il peut être… autant persuader un mur de devenir un arbre ! finit-il par marmonner.

— Mais toi… tu vas supporter cette situation ?

Shinji réfléchit quelques instants. Pourrait-il se séparer longtemps de son amant ? Non. C’était une évidence pour lui. Et pourtant… la vie ne serait pas simple pour eux, pendant quelque temps.

— Il le faudra bien pourtant…

Sa voix était sombre. Déjà, le départ programmé du lendemain le tracassait. Il savait que l’orangé aurait besoin de lui.

— Et lui ? demanda Rose.

Une voix familière répondit…

— Du moment qu’Hirako me revienne, ce ne sera pas un problème. Ce sera difficile… mais j’attendrai !

Tous se tournèrent pour voir l’orangé sur le pas de la porte, en pyjama, les cheveux déjà en bataille. Il étira les bras devant lui. Il se tourna vers Hirako et lui adressa un sourire, que son amant lui rendit.

Ils n’avaient pas encore eu le temps de discuter ensemble. Mais Ichigo était maintenant devant lui ; il l’embrassa chastement, puis se tourna vers le réfrigérateur et en sortit de la confiture et du beurre. Il posa les toasts sous le regard stupéfait des autres Vizards. Finalement, il remarqua leur expression et lâcha :

— Si vous croyez que je vais cacher ma relation avec Hirako parce que ça pourrait éventuellement vous déranger… vous pouvez aller vous faire voir ! J’agirai comme j’ai toujours agi dans mes relations avec mes petites amies… surtout si je suis chez moi.

— Mais c’est un homme ! protesta Kensei.

— Waouh, c’est croustillant ! Laisse, Kensei… Moi, je vais adorer !

— La perverse, tu la boucles !

— T’es pas drôle, Shinji.

— Personnellement, je m’en moque… Enfin, si vous ne faites pas…

— Moi, je veux voir !

Ichigo leva les yeux au plafond et les regarda bien en face.

— Déjà, s’il se passe quoi que ce soit, je vous mettrai dehors avant ! Désolé, Risa… T’iras te rincer l’œil ailleurs !

— Merde !

— Console-toi avec tes bouquins !

— Shinji… Tu ne dis rien ? demanda Rose.

— C’est vrai qu’on va pas avoir beaucoup de temps pour nous… Alors, je ne m’embarrasserai pas si vous êtes là ou pas !

— Eh bien… on va avoir du spectacle ! rétorqua doucement Rose.

— Mouaih… Moi, ça va pas m’enchanter !

— Tu regarderas ailleurs ! déclara Ichigo.

— De toute façon… ne vous attendez pas non plus, surtout toi, Risa, à nous voir nous tripoter devant vous !

— Même pas drôle ! Bon, je squatte la télé.

— Je viens… Tu peux me verser un café, Ichi ? demanda Rose.

— Fais-le toi-même !

Shinji soupira, sortit une tasse derrière lui et offrit un café à Rose, Risa et Kensei… Ce dernier resta quelques minutes de plus dans la cuisine.

— Shinji… Les deux nouveaux Vizards qu’on a formés… c’est bon ! Y en a un qui veut rester avec nous. Enfin, une…

— Isane ?

— Ouais ! Elle veut venir avec nous.

Shinji haussa les épaules. De toute façon, il leur faudrait d’autres Vizards. Il ne leur manquait plus que deux membres à leur groupe pour pouvoir terminer tous les « cas » qu’ils devaient aider.

— Très bien. On la prend avec nous demain. Elle est assez forte, et elle est pas trop chiante non plus.

— Comme tu veux. Tu sais… qu’elle est très attachée à toi !

Shinji observa Kensei quelques secondes, puis répondit :

— Ça… elle peut toujours aller ailleurs.

Kensei eut un sourire et se leva.

— Bon, on part demain matin finalement. On a changé nos billets d’avion. Apparemment, une grève est attendue demain soir.

— T’as réussi à changer les billets ?

— Disons que j’ai certains arguments…

Il sortit de la pièce et fit lever le camp aux deux autres, qui virent Risa allongée sur le canapé et Rose assis, regardant avec intérêt un téléfilm. Tous saluèrent les deux Vizards, et Shinji et Ichigo se retrouvèrent seuls à nouveau.

— Qui est cette Isane ?

— Jaloux ?

Le ton de Shinji était moqueur.

— Tu sais, Ichi, on va être un moment sans se voir. Alors, si tu veux avoir des aventures avec une fille, c’est pas le problème. Par contre, si tu t’avises de sortir avec un autre homme… je te tue !

— Mais t’es con ou quoi ?

— Non…

Shinji s’était approché d’Ichigo et le regardait très sérieusement.

— Je risque de ne pas être souvent là, ou tu risques de te lasser… Je ne sais pas quand je rentrerai à chaque fois…

— Mais tu es un crétin fini… À moins que… tu as déjà quelqu’un d’autre ?

Le reiatsu d’Ichigo se chargea de colère.

— Non ! Et… je n’ai l’intention de sortir avec personne d’autre !

— Alors pourquoi tu me demandes de sortir avec une fille…

— Eh bien… t’es jeune, t’es humain et…

Ichigo empoigna Hirako et le cloua contre le mur…

— Tu m’as bien vu, Hirako ! Tu crois que je sors uniquement avec toi pour le sexe ? Ou comme passe-temps ? Comme remplaçant de je ne sais quoi ? Tu ne crois pas aux paroles que je t’ai dites ?

— Mais…

— C’est toi, le crétin, dans notre couple !

— Couple ?

— Oui… couple !

— Tout à l’heure, j’étais sérieux quand je disais que je me comporterais comme je fais habituellement lorsque je sors avec une fille. Je sais, tu n’es pas une fille… mais tu es quelqu’un d’important pour moi. Tu crois que je vais te laisser partir avec quelqu’un d’autre ? Hors de question ! Tu es à moi… tout comme je suis à toi ! Alors, mets-toi dans le crâne que je ne sortirai et ne ferai l’amour qu’avec une seule personne… toi ! Espèce de blond dégénéré !

— Tu pourrais regretter.

— Si tu me sors encore une connerie comme celle-là, je te jure que je te bute !

Hirako s’était senti mal à l’aise lorsque son amant l’avait embrassé devant les autres. Pas à cause du geste… mais, et si finalement il ne voulait plus de leur relation dans quelques mois ?

Les autres l’avaient fait douter et, à regret, il s’était dit que puisqu’il était humain… leurs vécus étaient si différents. Entre lui, qui courait sur plus de huit cents ans, et Ichigo, qui n’avait que vingt ans, ou presque, il avait senti le poids des années sur ses épaules.

Pour lui, les sentiments qu’il avait pour l’orangé étaient clairs. Mais pour Ichigo ? Apparemment… également ! Il se sentit rassuré et finit par glisser ses bras autour de son cou.

— Ichi… souffla le blond.

Il se colla contre le roux et enfouit son visage contre son épaule. Ichigo hésita, puis referma ses bras autour de la silhouette gracile contre lui. Il posa son front sur l’épaule devant lui.

— Hirako… que tu le veuilles ou pas, tu m’es indispensable.

— À moi aussi !

Ils finirent par se séparer et déjeunèrent rapidement. Ichigo termina ses fiches et, finalement, quitta Shinji pour retourner à la fac.

Quant au blond, il s’occupa brièvement de l’appartement et le quitta pour rejoindre les autres pour un dernier entraînement avec leurs nouveaux compagnons.

Lentement, les Vizards montaient un réseau dans lequel ils infiltraient tous les systèmes de la société humaine. Cela leur permettait d’avoir des contacts et des facilités pour leurs déplacements, mais aussi une logistique, et des moyens financiers. Ils n’avaient plus rien de fugitifs, et le nombre croissant de Vizards repérés faisait qu’une toile d’araignée se construisait. Seule la zone autour de Karakura et des alentours était épargnée.

Ce lieu était infesté de shinigamis, et certains étaient puissants. Hirako ne voulait pas retourner là-bas… jamais !

°0°0°0°

Le lendemain, Ichigo se leva de bonne heure. Il se contenta d’observer son amant endormi. Il eut un petit sourire, car il était évident que le blond avait très chaud.

Son sourire disparut… Il se demanda comment il allait traverser l’absence d’Hirako. Il avait remarqué que, lorsque ce dernier était présent à ses côtés, la présence de Shiro ne se manifestait pas… Il s’en était aperçu la veille au soir.

Ichigo ?

L’interpellé leva la tête et regarda le blond, qui déposait une tasse de thé devant lui. Hirako s’était alors installé le dos contre lui et regardait la télé, qui jouait en sourdine, tandis qu’Ichigo feuilletait ses notes.

Hum…

Tu as pris des pilules récemment ?

… Non !

Il se tourna alors vers Shinji, surpris.

Tu en ressens le besoin ?

Pas vraiment !

N’oublie pas de les prendre tous les trois jours quand je serai parti. Tu n’oublieras pas ?

Oui…

Pourquoi je n’en ai pas eu besoin ces derniers temps ?

Peut-être à cause de ma présence… Qui sait ! Mais ne les oublie pas ! D’accord ?

Tss ! Je n’ai plus quatre ans… marmonna le roux.

Ensuite, ils s’étaient chamaillés pendant un bon quart d’heure, pour finir à faire l’amour sur le canapé. Finalement, Ichigo abandonna toute idée de réviser, et Hirako en profita pour le rendre fou. Mais pas suffisamment pour faire ressortir le Hollow… juste le taquiner !

Il finit par se lever lentement, essayant de ne pas réveiller le blond. Mais ce dernier l’accrocha par son T-shirt.

— Ichi… reste avec moi !

— Je peux pas… J’ai cours de bonne heure ce matin… et tu dois partir aussi ! Les derniers mots, Shinji faillit ne pas les entendre.

— Ça ira ?

— Humm… Mon père m’a téléphoné pour me dire qu’il arriverait à la fin août pour me rendre visite avec mes sœurs. Ils vont rester une semaine avec moi.

— Tu feras attention ?

— Hirako… tu es pire que mes propres parents !

Shinji se redressa et fronça le sourcil.

— Pas possible… J’en suis à ce point-là ?

— Ouais !

— Bon, allons déjeuner, alors…

Ils déjeunèrent, prirent une douche ensemble… et elle dura un petit moment… pour finalement s’habiller et se quitter sur le pas de la porte de l’appartement.

Ichigo quitta la pièce, se retourna une dernière fois, et vit le visage sérieux d’Hirako au-dessus de lui disparaître lentement. Il dévala les escaliers. Il n’était pas sûr de lui. Il sentait confusément que, s’il se retournait encore une fois, ou s’il ralentissait, il se précipiterait pour supplier l’autre Vizard de rester avec lui.

Ils devaient garder leur liberté de choix. Et il ne voulait pas qu’il sache qu’il était attaché à lui à ce point-là !

°0°0°

Lorsqu’Ichigo rentra ce soir-là dans l’appartement, tout lui sembla vide. Il mangea à peine et se lança dans ses devoirs. Il espérait que l’absence d’Hirako ne lui pèserait pas trop longtemps encore.


Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)