Sous le masque 17

Vendredi 19 décembre 2008

Ichigo avait fini ses derniers cours. Il regarda dehors… Une pluie fine s’abattait sur Oxford. Il prit son parapluie et l’ouvrit. Autour de lui, les étudiants couraient pour se protéger ou échapper au froid installé depuis quelques jours. Il serra son sac contre lui. Son regard était absent… celui d’une personne profondément plongée dans ses pensées. Sa marche était lente, mais assurée.

Ichigo ne cessait de penser à son mariage, dans les jours qui allaient suivre. Son cœur s’accélérait chaque fois qu’il y pensait. Pourquoi ce malaise ? Normalement, on devait vivre ça avec impatience… Normalement, il aurait dû se marier avec une femme, aussi.

Il fronça les sourcils et se décida enfin à accélérer le pas. Il ne prit pas le bus. Il n’en avait pas envie. Il avait besoin de marcher. La veille, il avait récupéré un costume pour la cérémonie. Il l’avait choisi simple et noir. Il avait souri en l’essayant : cela lui avait rappelé son costume de shinigami.

Il mit une bonne heure à rentrer chez lui. Le bas de son pantalon était trempé. Il fuma une cigarette avant de monter, pensif. Il fumait beaucoup depuis quelques jours. Il écrasa sa cigarette et monta les marches lentement. Colin, qui nettoyait l’entrée, le salua chaleureusement.

— Alors, tu pars quand, Ichigo ?

— Demain après-midi !

— Pas trop nerveux ?

Ichigo grimaça légèrement et secoua la tête.

— Mort de trouille !

Colin éclata de rire.

— T’inquiète pas ! Et puis, il est bien, le gars que tu vas épouser. C’est pas comme certains fumiers qui mettent une femme en glauque pour la délaisser après.

Ichigo ouvrit grand les yeux.

— Je ne suis pas une femme…

— Je le sais. C’est juste… que je le trouve formidable !

Le roux haussa un sourcil.

— Il ne t’abandonne pas, même si vous vous voyez par intermittence. Il cherche vraiment à créer des liens et une relation durable. J’aurais pas cru ça possible entre gays !

Ichigo faillit s’étouffer.

— Je dis pas ça pour te vexer, Ichigo. En fait, j’aurais dû dire bi, puisque t’avais des copines avant. Et lui aussi, apparemment…

— Colin, je vais monter faire mes bagages…

— Ok… Bonne soirée !

— Bonne soirée à toi aussi !

Ichigo monta rapidement les marches et rejoignit son appartement. Il laissa tomber son sac à l’entrée, retira ses chaussures et défit la boucle de sa ceinture. Il traversa le salon et finit par enlever son pantalon trempé. Il se servit un verre de jus de fruit et se dirigea enfin dans la salle de bain pour prendre une douche. Il se mit en pyjama : il ne sortirait pas ce soir… Il sortit une valise et commença à ranger les affaires dont il aurait besoin pour une semaine. Il prépara ensuite son passeport, la petite boîte bleue, ainsi que ses billets d’avion. Il prit également sa boîte de pilules, qu’il posa à côté du reste.

Il se dirigea vers la cuisine et se réchauffa les restes de la veille. Il n’avait pas le courage de se faire à manger et, de toute façon, il ne restait presque plus rien dans le réfrigérateur. Il commençait à manger quand son portable sonna. Le nom de Shinji s’afficha. Son cœur palpita légèrement. Il se sentait, en fait, de plus en plus nerveux !

— Shinji ?

— Alors, tu es prêt ?

— J’ai fini de faire mes bagages, et j’ai préparé tout ce dont j’avais besoin pour ma semaine.

— Tu es sûr ?

— Oï ! Tu me prends pour qui, là, Shinji ? s’énerva un peu Ichigo.

— On ne sait jamais… répondit le blond, nerveusement.

— Je vois que tu es aussi « décontracté » que moi…

— Les autres veulent me tuer actuellement et ont hâte que la cérémonie soit passée.

— Moi aussi, je t’avoue que je suis vraiment très nerveux !

— Je me demande si c’était une bonne idée…

— Tu as changé d’avis ? demanda le roux, inquiet.

— Baka ! Évidemment que non ! C’est juste que… je ne m’attendais pas à ce que ce soit si stressant…

— Au fait… qui sera présent ? Tu as esquivé la réponse à chaque fois ! grogna Ichigo.

— Euh… ce sera intime.

— Tant mieux ! Sinon, je crois que je serais pas venu ! marmonna Ichigo. Tu me croirais si je te disais que je souhaiterais me battre contre Aïzen une nouvelle fois, pour me détendre ?

— T’es pas le seul…

— Shinji… Je suis impatient d’être à demain…

— … Je vais venir te chercher seul à l’aéroport ! J’ai loué un appartement pour nous deux, le temps de ta présence ici.

— Les autres ?

— Oh… ils vont à l’endroit habituel. Mais si on veut avoir un peu la paix pendant cette fameuse semaine, j’ai préféré avoir un endroit rien que pour nous deux ! Ils seraient capables de nous empoisonner la vie !

— Je me sens soulagé. Je m’imaginais mal avec Risa dans les parages pour commenter notre vie sexuelle, ou tout court, Kensei pour approuver derrière ! Je vois bien Rose nous regarder avec un paquet de chips ouvert.

Ichigo eut un frisson d’horreur.

— Ouais… marmonna Shinji. Ton avion arrive comme prévu ?

— Rien n’a changé depuis la dernière fois !

— Bien ! Tu fais quoi, là ?

— Je mange… et toi ?

— Je suis dans un salon de thé et je prends un thé… fit le blond, ironique.

— Avec un gâteau, je suppose ?

— Un opéra…

— Humm… On ira ensemble la prochaine fois !

— Nous ferons beaucoup de choses ensemble… toi et moi… à l’avenir ! Et pas uniquement des entraînements… On en reparlera demain… Je vais te laisser, pense à moi cette nuit !

— Je n’ai pas besoin d’une nuit pour penser à toi… tu occupes la plupart de mes pensées !

— … Ichi… à demain !

— À demain…

Ils raccrochèrent. Ichigo scruta son portable pendant quelques instants. Sa main trembla, puis il composa le numéro de chez lui, à Karakura. Il ne savait pas quelle heure il était…

— Moshi, moshi !

— Papa ?

— Oh, fils…

Les deux hommes commencèrent à discuter. Son père était surpris par son appel, mais heureux qu’il l’ait fait. Ils parlèrent une dizaine de minutes. Son père lui avoua qu’il était rassuré de le trouver en forme et qu’il avait été inquiet pendant son séjour.

— Tout est rentré dans l’ordre… Ce n’était que de la fatigue !

— Heureux de l’apprendre.

— Je vais te laisser… Euh, papa… Je pars quelques jours avec des amis en Espagne. Donc, tu ne pourras pas me contacter !

— Oh… C’est bien, les voyages forment la jeunesse ! Mais tes études ?

— J’ai tout prévu. Ne t’inquiète pas !

— Hum… Amuse-toi bien !

— J’y compte bien…

— À dans une dizaine de jours !

— Ouais… ‘lut !

— À bientôt !

Ichigo ferma son portable et alla le ranger sur son bureau, à côté de ses autres affaires. Il rangea son appartement. Il avait besoin de s’occuper. Finalement, il regarda la télé et finit par se coucher vers minuit. Il tomba comme une masse…

°OoO°

Ichigo récupéra ses valises devant le tapis roulant et sortit lentement de la zone de débarquement. Il sourit : il avait senti le reiatsu de Shinji. Malgré la foule, son visage se tourna instantanément dans sa direction.

Il fendit la masse compacte devant lui et se dirigea vers le pilier où son homme était appuyé. Ce dernier avait les bras croisés, une lueur moqueuse dans le fond des yeux et son éternel sourire vissé sur les lèvres. Ichigo lui envoya son regard sérieux et son éternel froncement de sourcils, mais le pli de sa bouche s’adoucissait d’un léger sourire. Le roux traversa la distance qui les séparait en quelques enjambées. Ils se regardaient intensément. Shinji se redressa.

— Viens…

Ichigo le suivit calmement. Le blond prit une de ses valises, celle qui contenait ses livres.

— ‘tain ! T’as pris quoi ?

— Mes bouquins de médecine !

—Tu vas étudier ?

Shinji était incrédule, mais continua sa route.

— J’ai une tonne de devoirs… fit d’une petite voix Ichigo.

Là, Shinji s’arrêta et le regarda stupéfait.

— Tu… tu vas trouver le moyen de… Ichi… Tu sais pourquoi tu es venu ?

— Je n’ai pas l’intention de faire comme à la maison, c’est juste que si j’ai l’occasion de lire…

— Quelle occasion ?

— Euh… On va pas s’engueuler ?

Le blond lui lança un regard mauvais et reprit le chemin de la sortie. Il héla un taxi et ils mirent les valises dans le coffre. Ils étaient toujours silencieux… Shinji parla au chauffeur pour donner l’adresse. Ichigo sentait la colère contenue du blond. Il grimaça légèrement, puis avança la main et emmêla ses doigts à ceux de son amant. Ce dernier ne le regarda pas, mais serra la main du shinigami contre lui. À son contact, la colère sembla diminuer au fil de la route.

Quand ils descendirent, Ichigo vit qu’ils étaient devant une résidence de luxe. Il se tourna vers le vizard blond, surpris.

— Mais…

— Viens…

Ichigo prit une valise, le blond l’autre. Ils entrèrent dans l’immeuble. Ils croisèrent un couple qui salua chaleureusement le blond, qui répondit au salut.

— Tu es corrompu à ce point-là ? ironisa Ichigo.

— Ferme-la !

Ils prirent l’ascenseur et arrivèrent finalement dans un grand appartement décoré avec goût. Les tons étaient principalement blancs, et des copies de tableaux d’Andy Warhol étaient accrochées sur les grands murs.

Le salon disposait d’une grande baie vitrée donnant sur une avenue chic de Madrid. Seuls des stores japonais aux tons vifs ornaient les vitres. Il y avait peu de meubles et ces derniers étaient soit blancs, soit noirs. Le sol de tout l’appartement était en parquet ciré. Quelques plantes vertes agrémentaient le tout. Le matériel était hi-tech.

Cet appartement était tout sauf impersonnel. Shinji posa sa valise avec ses livres dans une pièce qui servait apparemment de bureau.

— Tu pourras travailler ici…

Le ton était légèrement crispé.

— Shinji… si tu ne veux…

— J’aurais dû savoir ! Tu es humain, après tout…

— Je…

— Arrête ! Viens…

Shinji lui montra la salle de bain et la chambre, où Ichigo lâcha sa valise, puis enfin la cuisine. À la surprise d’Ichigo, l’appartement de Shinji était plutôt spacieux, agréable et lumineux.

— C’est ton appartement, et ce n’est pas une location !

— Comment tu as deviné ?

— Tu me prends pour qui ?

— J’ai la double nationalité… japonaise et espagnole. Chacun d’entre nous a son propre appartement ici, mais nous disposons d’un local où nous nous réunissons.

— Alors… Tu restes uniqu…

— Je reste en Angleterre parce que tu y es ! Mais sache qu’une fois que tu auras fini tes études, je reviendrai vivre ici.

Ichigo réfléchit quelques instants…

— Tu sais… mon père m’a demandé de revenir à Karakura pendant quelque temps !

— Je refuse !

— Pardon ?

— Tu veux aller droit aux ennuis ? Cette ville ne t’apportera rien de bon !

— Je ne veux pas y rester toute ma vie, mais je vais certainement y retourner quelques années… Je ne peux pas faire autrement, Shinji. J’ai promis à mon père de l’aider.

Ichigo s’était assis dans le grand canapé en cuir blanc et se gratta le sommet du crâne.

— Pourquoi fais-tu toujours des promesses aux autres ?

— Shinji, c’est mon père qui me paye l’appartement, mes études et le fait que je n’ai absolument pas besoin de faire quoi que ce soit pour ma survie à Oxford. La vie est extrêmement chère en Angleterre.

— On en reparlera, Ichigo… Pour l’instant, j’ai autre chose dont je veux te parler !

Shinji s’était assis sur la table basse qui, en fait, était composée de trois gros rondins de bois vernis.

— Notre mariage !

Ichigo rougit légèrement… Il avait oublié.

— Tu as les alliances ?

Le roux sortit alors de sa poche la petite boîte bleue et la tendit au blond.

— Tu as essayé la tienne ?

— Hum…

— Elle te va ?

— Oui.

— Bien… Tu as ton costume ?

— Évidemment…

— Je parie qu’il est noir !

Ichigo le regarda, surpris…

— Comment le sais-tu ?

— Ichi…

Shinji se pencha en avant et colla son front contre le sien.

— Je commence à bien te connaître ! Et si tu n’as pas remarqué… la plupart de tes vêtements sont de cette couleur !

— Oh… je ne m’en étais pas aperçu !

Ichigo fut troublé par la proximité du blond, dont les lèvres se rapprochaient de plus en plus des siennes.

— Ils ont fait un pari ?

— Je pense… la voix de Shinji n’était plus qu’un murmure.

Ils comblèrent la distance entre eux et leurs lèvres s’effleurèrent légèrement. Ichigo tira la fine silhouette de Shinji contre lui. Ce dernier se retrouva à genoux sur le sol, la tête renversée et soutenue par une main ferme du roux. L’autre main l’écrasait contre lui, pour qu’aucun espace ne subsiste entre eux !

Ichigo soupira contre les lèvres de son amant, qu’il regardait les yeux mi-clos. Déjà dans l’expectative des moments qui succéderaient à cet instant.

Shinji enroula ses bras autour du cou du jeune homme et ses doigts s’enfoncèrent dans la masse de ses cheveux épais, si différents des siens. Il fit glisser sa langue contre l’ourlet des lèvres d’Ichigo. Ce dernier avança la sienne pour partir à la rencontre du muscle qui caressa sa lèvre inférieure, si sensuellement.

Le bout de leurs langues se rencontra… un duel aérien commença entre eux. Shinji frissonna quand Ichigo glissa sa main sous sa chemise. Sentir cette paume large caresser son dos en cercles lui semblait tout à fait érotique.

Ichigo glissa sur le sol et fit basculer le blond sous lui.

— Tu m’as terriblement manqué Shinji, lui chuchota-t-il au creux de l’oreille.

Shinji trembla légèrement et ferma les yeux. Il savourait l’instant… Ichigo lui mordillait l’oreille, puis cajolait sa chair légèrement meurtrie avec sa langue. La main du roux avait glissé du dos vers les muscles fins de son ventre et continuait son mouvement circulaire sur sa peau. Il sentit comme une onde électrique le parcourir.

— Ichi… gémit doucement le vizard blond.

— Hum…

— Tu sais combien j’ai rêvé de ce moment ?

— Autant que moi, certainement…

— Impossible !

— Tu ne peux pas t’imaginer à quel point je peux avoir des pensées perverses quand je pense à toi ! murmura Ichigo.

— Pensées perverses… toi ? chuchota-t-il, étonné.

Ichigo avait défait tous les boutons de sa chemise et se mit à butiner le buste de Shinji de baisers légers.

— Oui… moi… souffla-t-il.

— Montre-moi tout ce que tu as imaginé avec moi…

Ichigo sourit légèrement. Il se redressa au-dessus de son amant et l’embrassa une nouvelle fois sur la bouche, brièvement.

— Il ne nous suffira pas d’une seule nuit ! fit-il, ironique.

— Plusieurs ?

— Humm… Au moins !

Ichigo replongea dans le cou de Shinji et fit glisser ses lèvres sur l’épaule désormais découverte.

Un portable sonna… Ichigo se redressa, surpris. Il vit Shinji grogner et sortir de sa poche arrière son téléphone. Il haussa les épaules et retourna à son exploration, tandis que Shinji, légèrement énervé, décrocha.

  • Qu’est-ce que tu veux, Kensei ! râla le blond.
  • On a besoin de toi !
  • Pourquoi ?

Sa voix était forte… Plus qu’il ne l’aurait voulu, mais les caresses d’Ichigo ne le laissaient franchement pas indifférent.

— On a un problème d’organisation…

— Tu peux pas voir avec quelqu’un d’autre ?

Sa voix était exaspérée.

— C’est ton mariage !

Shinji arrêta de respirer. Ichigo avait frotté son érection contre la sienne, et cela faillit lui arracher un gémissement.

— Ça va pas, Shinji ? demanda sérieusement Kensei.

Ce dernier déglutit péniblement et repoussa Ichigo. Il se redressa, tandis que le roux restait allongé sur le sol, un sourire moqueur sur les lèvres.

— Si, ça va… maugréa Shinji. J’arrive !

— Au fait, il est bien arrivé ?

— Ouais, et il se fout de moi en plus… fit le blond en foudroyant son amant.

Ichigo éclata ouvertement de rire en voyant l’air contrarié de son homme.

— J’vais l’tuer ! marmonna Shinji.

— Tu peux pas… Tu te maries avec !

— Je peux changer d’avis ?

— Non, c’est trop tard, et tu vas nous casser les pieds après parce qu’on t’aura empêché de te lier avec lui. On ne va pas en sortir avant une centaine d’années. Non merci !

— … J’arrive ! finit par dire à contrecœur Shinji.

Shinji ronchonna… Ichigo s’était glissé contre son dos et ses mains recommençaient à parcourir son corps.

— Oï ! Je dois y aller, Ichi !

— Je le sais… C’est pour mieux te faire regretter de me laisser en plan le jour de mon arrivée !

Shinji se retourna, renversa Ichigo et l’épingla fortement contre le parquet. Il l’embrassa durement et fit courir ses mains le long du corps mince de son amant. Au bout de quelques minutes, le blond se redressa et se rhabilla rapidement. Il quitta la pièce, et Ichigo gémit de frustration…

— C’est à toi d’être frustré et de regretter, maintenant ! À ce soir…

— Je te le revaudrai, Shinji…

— Dans tes rêves… et le blond quitta l’appartement.

Ichigo le maudit, puis, après avoir repris calmement sa respiration à plusieurs reprises, il se leva et entreprit de ranger ses affaires. Ichigo sentit son portable vibrer alors qu’il maudissait toujours le blond dans sa tête. Il l’ouvrit et vit un message.

« Tu n’es pas le seul à regretter ! On se rattrapera. »

— J’y compte bien ! marmonna l’orangé entre ses dents, un léger sourire aux lèvres !


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