Ichigo s’avança vers Byakuya, un peu hésitant. Celui-ci n’avait pas l’air en colère, mais son attitude trahissait une réprobation silencieuse.
Soudain, Ichigo se précipita contre lui, se blottit dans ses bras, enroula les siens autour de sa taille et posa la tête sur sa poitrine. Les tensions accumulées ces dernières semaines, et surtout les révélations d’Ikkaku, commençaient à le ronger. Son corps se mit à trembler. D’une voix à peine audible, il murmura…
— Byakuya… aide-moi !
Byakuya n’avait presque pas entendu, mais ses bras s’étaient déjà refermés sur lui. Il comprit confusément qu’il ne fallait pas le réprimander, mais le soutenir. Il posa le menton sur le sommet du crâne d’Ichigo, resserra son étreinte autour de ses épaules fragiles et ferma les yeux… Il ignorait ce qui se passait, mais son cœur lui soufflait d’être patient. Sans y penser, il déposa un baiser sur ses cheveux doux et courts.
— Je te l’ai dit, Ichigo… je serai toujours là pour toi !
Sa voix était apaisante. Les tremblements cessèrent peu à peu. Ichigo s’abandonna contre lui et respira son odeur. La fatigue l’envahit d’un coup. Ses paupières s’alourdirent et, sans vraiment s’en rendre compte, il s’endormit debout, contre l’étudiant.
Byakuya sentit aussitôt son relâchement. Il se pencha légèrement et vit que le plus jeune s’était assoupi contre lui. Il glissa alors une main sous ses jambes, l’autre derrière son dos, et le souleva avec précaution. Il est lourd, mine de rien, pensa-t-il.
Il traversa le champ en direction de la maison de la grand-mère du roux. Hirako et Grimmjow le rejoignirent en chemin. Ils observèrent le garçon endormi et, constatant son épuisement, l’accompagnèrent jusqu’à chez lui.
La grand-mère le coucha, rabattit la couverture, puis ébouriffa tendrement sa touffe orange. Elle tira ce qui lui servait de double rideau, afin d’apporter une ombre relative à la pièce. Les trois étudiants restèrent quelques minutes à le regarder dormir, puis descendirent à la cuisine.
Grimmjow demanda :
— Où l’as-tu trouvé, cette fois-ci ?
— Dans les champs, au nord de notre quartier !
— Mais on ne va jamais là-bas, normalement ! fit Shinji.
— Je sais… Ce matin, je l’ai croisé en ramenant du bois pour ma mère. Il est parti comme une flèche et je n’ai pas pu l’interpeller. Je me suis demandé où il pouvait aller. Vous avez une idée ? demanda Byakuya à la grand-mère d’Ichigo.
— Non… aucune ! D’après ce qu’il m’a dit, cela fait trois ou quatre mois qu’il s’est fait de nouveaux amis. Il part aux aurores et revient après le déjeuner. Il m’a parlé de parties de pêche…
— Attends, y a aucun cours d’eau important et poissonneux au nord ! fit Grimmjow.
— Non ! Aucun… Qu’est-ce qu’il fabrique ? demanda Shinji.
— Je crois qu’on devrait tirer ça au clair ! déclara Grimmjow.
— Je pense que si on lui pose la question directement… il ne répondra pas ! fit Shinji.
— C’est sûr ! On n’a qu’à l’espionner…
Le bleuté fronça les sourcils, inquiet pour le roux. Hors de question qu’on lui fasse du mal, pensa-t-il. Les trois amis restèrent donc chez la grand-mère d’Ichigo et passèrent l’après-midi à discuter.
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Ichigo se réveilla péniblement, se demandant comment il avait regagné son lit. Il se souvenait vaguement d’avoir été dans les bras de Byakuya… puis plus rien. Il se redressa, lourd de fatigue, comme si ces derniers mois lui retombaient dessus d’un coup. Il traversa sa chambre en traînant un peu des pieds, puis s’immobilisa en découvrant ses amis dans la pièce principale.
Ils se tournèrent vers lui et le chahutèrent sur son envie de dormir. Ichigo éclata de rire et vint s’asseoir avec eux. Sa grand-mère sortit quelques biscuits, et tous se régalèrent de limonade fraîche.
Après s’être restaurés, les adolescents repartirent dans les rues du Rukongaï. Ils chahutaient en riant quand, soudain, Hirako fut bousculé par un autre garçon au visage dur, aux longs cheveux noirs. Un katana pendait à sa ceinture. Sans hésiter, l’inconnu plaqua Hirako contre un mur, violemment.
— Tu me cherches, gamin ? Sa voix était agressive.
— Fais attention où tu marches, déjà ! répondit Hirako, ironique.
— Tu te fous de ma gueule ?
— Non, j’oserais pas… Vu à quoi elle ressemble, je voudrais pas te charger en plus !
— Connard !
Le grand adolescent dégingandé recula et dégaina son katana.
Byakuya avait déjà repoussé Ichigo en arrière. Grimmjow et lui étaient prêts à intervenir. Pris de panique, le roux balaya la foule du regard : tous les passants s’étaient arrêtés. Il vit même l’un d’entre eux porter un zanpakutō. Sans réfléchir davantage, Ichigo tira sa lame et s’élança, juste au moment où celle du brun allait trancher Hirako.
La lame s’arrêta net !
Tous restèrent stupéfaits. Un gamin haut comme trois pommes venait d’arrêter un coup puissant porté par un adolescent géant et hargneux. Surpris qu’on ait pu bloquer son attaque, celui-ci baissa les yeux et croisa le regard ambré, durci d’un éclat de glace.
— Oh… Aurais-je trouvé un adversaire à ma taille ?
Hirako, Grimmjow et Byakuya, encore sidérés, voulurent s’interposer. Mais Ichigo, qui sentait monter l’excitation du combat comme avec Ikkaku, laissa échapper un sourire. Il libéra une partie du reiatsu qu’il avait jusque-là soigneusement camouflé.
— À ta taille ? Laisse-moi rire… Retourne dans ton bac à sable avant de me défier.
Les trois étudiants, qui avaient entendu sa répartie, en restèrent bouche bée. Et soudain, l’arme du brun fondit sur Ichigo, qui para sans peine. Il fit tournoyer sa lame entre ses doigts et passa à l’attaque. Bientôt, tous s’étaient reculés, observant la scène surréaliste qui se jouait devant eux.
C’était un combat de titans. De la force brute… et surtout deux reiatsus monstrueux. Les yeux des combattants s’étaient allumés, l’un d’un jaune éclatant, l’autre d’un bleu pâle. Leurs gestes n’avaient rien d’enfantin. Beaucoup de personnes dépourvues de reiatsu s’évanouirent sous le choc de leur puissance. Même les trois étudiants shinigami peinaient à rester debout !
En regardant Ichigo, Byakuya sentit des images se superposer dans sa tête : Ichigo se battant contre lui, adolescent ; Ichigo affrontant Aizen (il en était sûr !) ; Ichigo contre des arrancars et des Espadas… Ichigo lui faisant l’amour ??? C’était quoi, ce passage ?
Soudain, la mémoire lui revint. Il étouffa un sanglot, sous le choc ! Ichigo Sūō n’était autre qu’Ichigo Kurosaki réincarné. Il savait désormais qui il était, qui étaient ses deux amis… et surtout « qui » l’orangé affrontait à cet instant : la réincarnation de Kenpachi Zaraki !
Il en eut la confirmation quand Ichigo, après avoir réussi à vaincre le plus vieux, tendit son zanpakutō sous le nez du perdant et lança :
— Zaraki… Tu n’as jamais réussi à me battre, ce n’est pas aujourd’hui que tu vas commencer !
— Qui est Zaraki ?
— Toi, espèce d’âne !
Ichigo vacilla soudain, et l’autre en profita pour se redresser. Il scruta le visage du roux. Ses trois amis s’étaient précipités pour l’entourer.
— Prenez soin de ce gamin ! Il est rudement fort !
Byakuya passa un bras autour des épaules d’Ichigo et plongea ses yeux anthracite dans ceux, noirs, de l’adolescent.
— Je le sais… Mais ne vous avisez plus de vous battre avec lui. Car c’est à moi que vous aurez affaire !
— Il n’a besoin de personne, ce gamin !
— Détrompez-vous…
Byakuya serra avec tendresse le corps tremblant d’Ichigo.
— Je le connais mieux que vous…
— Si tu le dis. Bon, j’y vais… À bientôt, gamin. Je veux une revanche !
— Dans tes rêves, fit Grimmjow.
Ils regardèrent tous l’adolescent impressionnant s’éloigner. Puis ils se tournèrent vers Ichigo, qui semblait en état de choc. Byakuya prit doucement sa main et l’entraîna à sa suite. Le roux se laissa faire, sentant confusément Hirako et Grimmjow se placer de part et d’autre de lui.
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Byakuya l’emmena au bord de la rivière. Ichigo plongea les yeux dans l’eau limpide ; le clapotis sur les berges l’apaisa. Ils allaient l’interroger quand, tout à coup, ils sentirent un reiatsu dément fondre sur eux. Et, l’instant d’après, Ichigo fut soulevé dans les airs !
— Putain, Ichigo ! Qu’est-ce que je t’ai dit ? Tu ne dois pas te faire remarquer… Et merde !
Ikkaku remarqua trois paires d’yeux braquées sur lui : choquées, mais pleines de curiosité. Merde ! Il pensa aussitôt à éteindre son reiatsu.
— Vous êtes qui ? demanda Grimmjow.
Les adolescents voyaient bien, à l’haori, qu’il s’agissait d’un capitaine… et le seul chauve connu, c’était Ikkaku Madarame, le terrible capitaine de la 11e division ! Enfin, terrible… à cet instant, il serrait Ichigo comme un doudou. Il fronça les sourcils, entendit quelque chose s’étouffer contre lui, puis reposa le roux au sol en remettant son yukata en place.
— Désolé ! Bon sang… Je te demande d’être discret et toi, tu fais exploser ton reiatsu ! gronda Ikkaku.
— Euh… j’ai pas fait exprès !
— Quoi, tu l’as pas fait exprès ? Bon, on se tire d’ici avant que les autres rappliquent. Vous, dit-il en désignant les trois étudiants, cachez votre énergie spirituelle. Suivez-moi et bouclez-la !
Madarame hissa Ichigo sur ses épaules et traversa rapidement le cours d’eau, les trois étudiants stupéfaits sur les talons. Il trouva un endroit tranquille d’où observer les alentours. Il s’assit derrière des fourrés ; les autres firent de même.
— Ichi, ça va ? demanda tout de même Ikkaku.
Aux yeux de l’adolescent, il vit qu’il était bouleversé. Il posa doucement la main sur sa tête et dit :
— T’inquiète ! C’est pas grave. J’aviserai… S’il le faut, je t’hébergerai dans ma division le temps que ça se calme. Les voilà !
— De quoi parlez…
— La ferme, l’arrancar !
— Arrancar ?
Ikkaku lança au bleuté un regard meurtrier. L’autre déglutit péniblement et se tut. Tout à coup, des capitaines de division apparurent, accompagnés de plusieurs shinigamis.
— ’tain… Ils sont venus en force ! grinça Ikkaku entre ses dents.
Il réfléchit quelques instants, puis se tourna vers les quatre adolescents.
— Écoutez-moi bien ! Surtout vous trois. Je ne me répéterai pas ! Vous devez tenir Ichigo loin de toute agitation, ou faire votre possible pour qu’il ne se fasse pas remarquer. Avec ce qui vient de se passer, ça va être dur… Mais surtout : protégez-le !
— Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? demanda Hirako, qui ne comprenait toujours pas.
— Parce que, fit la voix traînante de Byakuya… Ichigo Sūō est la réincarnation d’Ichigo Kurosaki, et son reiatsu est le même qu’à l’époque !
Il avait dit cela calmement… même si son cœur battait à toute allure, face à tout ce dont il venait de se souvenir. Il comprenait parfaitement pourquoi Ikkaku Madarame voulait préserver Ichigo, et lui en était reconnaissant. Il vit ses deux camarades sous le choc. Quant à Ichigo, il restait assis, la tête baissée… comme si les paroles de Byakuya enfonçaient un clou qu’il n’aurait pas fallu pousser.
Lentement, le brun s’approcha du plus jeune, le prit dans ses bras et lui caressa les cheveux.
— Ne te fais aucun souci, Ichigo. Nous saurons te protéger… Tu te souviens de la promesse que je t’ai faite au Hueco Mundo ?
Ichigo releva la tête et fixa les yeux anthracite, où il lisait tout l’amour que Byakuya avait pour lui.
— Tu m’aimeras toute ta vie et au-delà. Tu reviendras d’entre les morts pour me protéger, et tu m’aimeras jusqu’à ce que je demande grâce !
— Oui ! Je suis là pour tenir cette promesse, Ichigo !
Hirako fronça les sourcils…
— Putain ! Je tourne le dos cinq minutes et tu lui fais des promesses de ce genre ! Ichigo… Moi aussi, je t’aime, et il est hors de question que je te laisse à ce coincé !
— Ta gueule ! C’est avec moi qu’il va sortir… Vous n’êtes que des mauviettes !
Ikkaku leva les yeux au ciel et se dit que c’était une chance qu’Ichigo n’ait pas fait chavirer plus de cœurs : à eux trois, ils lui donnaient déjà mal à la tête.
— Vos gueules, les mioches ! Vous vous battrez pour lui une fois qu’ils seront partis. Je vais faire diversion ; d’ici là, bouclez-la !
— Haï, taïchō ! firent-ils en chœur.
Ikkaku disparut rapidement dans les fourrés et, au bout de quelques minutes, réapparut dans le champ de vision des adolescents. Il semblait agité. Ils ne comprenaient pas ce qui se passait, mais bientôt, après quelques mouvements, tout le groupe disparut de la vue des jeunes gens.
Byakuya laissa filtrer son reiatsu pour vérifier s’il restait des shinigamis en arrière. Puis il conclut :
— C’est bon ! Ils sont tous partis… On rentre.
— Je veux bien… mais Ichigo n’a pas l’air d’aller très bien ! fit Hirako.
Tous se retournèrent : le plus jeune semblait fiévreux. Les trois adolescents l’encerclèrent, et Ichigo leva les yeux vers eux. Il paraissait abattu, et le cœur de Byakuya se serra. Au fond des iris ambrés, il venait de voir reparaître cette lueur qu’il ne voulait plus jamais y revoir : l’accablement. Byakuya tendit la main vers Ichigo et murmura, d’une voix rassurante :
— Viens, Ichigo… On rentre à la maison !
Ichigo hésita, puis glissa finalement sa main dans la sienne. Ils se relevèrent et reprirent le chemin, par des voies détournées, jusqu’à la maison de la grand-mère. Byakuya envoya l’orangé au lit. Les trois étudiants ne voulaient plus le quitter : leur ami leur faisait trop de peine, tant la souffrance se lisait sur ses traits… une souffrance morale que rien ne semblait pouvoir effacer !

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)