Ichigo se réveilla le lendemain matin, épuisé. Il n’avait pas spécialement envie de se lever. Il prit sa couverture et s’y enroula. Il ne cessait de repenser à ce qui avait été dit sur lui. Il n’avait pas envie de retourner auprès de la 11e division.
Pourquoi faire, de toute façon ? La veille, il avait été troublé lors de son combat avec celui qui devait être Kenpachi. Des souvenirs de batailles enfouis en lui étaient remontés à la surface. Cela avait été douloureux, au point qu’il en avait chancelé. Il se souvint de la douceur des bras de Byakuya autour de lui… et du réconfort que cela lui avait apporté.
Il ne savait plus très bien ce qui s’était passé, si ce n’est que des souvenirs s’étaient imposés dans sa tête. D’autres avaient suivi, comme ceux avec Hirako… son entraînement avec lui, sa vie à Londres… son histoire d’amour… et la façon dont Hirako était mort pour lui sauver la vie. Ensuite, des souvenirs de Grimmjow s’étaient manifestés : leurs combats, son ralliement, sa déclaration d’amour avant de mourir et le Konso qu’il lui avait fait, le chagrin qu’il avait éprouvé, et ensuite…
Ensuite, il y avait Byakuya. Leurs combats, mais aussi son soutien lors des batailles, l’attirance qu’il éprouvait pour lui et le fait qu’il ait toujours voulu le fuir… et, finalement, son taïcho… son amour. Et quand Byakuya lui avait demandé quelle était la promesse qu’il lui avait faite à Hueco Mundo, il s’était souvenu de ce dernier moment. Sa peur de mourir, et le noble qui le tenait dans ses bras, le réconfortant.
Il avait revu ses derniers instants : comment le brun avait surmonté sa peine pour lui donner tout l’amour qu’il avait pour lui. Kami-sama, comme cela lui avait fait mal au cœur ! Le regret de ne pas avoir répondu à ses appels plus tôt… pour une question d’orgueil !
Mais ça… c’étaient les souvenirs d’Ichigo Kurosaki ! Pourquoi avaient-ils tous retrouvé les prénoms qu’ils avaient dans leur précédente existence ? Ichigo voulait retourner six mois en arrière. Il voulait tout oublier ! Il s’en voulait maintenant d’avoir voulu entrer à l’Académie… Mais il voulait tellement suivre ses amis. Il ne voulait pas être seul… et maintenant, il l’était plus qu’il ne l’avait jamais été.
Sa grand-mère venait souvent le réconforter. Il refusait de manger et se réfugiait sous sa couverture. Il fermait les yeux pour oublier… En fin de journée, désespérée, sa grand-mère essaya de lui parler.
— Ichigo, mon petit. Je ne sais pas ce qui s’est passé hier, mais je suis troublée que deux capitaines soient venus dans notre humble maison. Je ne te jette pas la pierre. Je suis juste surprise. Je ne vais pas essayer de savoir ce qui te tracasse et ce qui te fait peur. Par contre, il faut que tu y fasses face. Même si tu te caches, même si tu ne manges pas… tout reviendra. Si tu meurs parce que tu refuses de t’alimenter… à qui feras-tu de la peine ? Ichigo… Si tu as des problèmes, fais-y face, et de manière droite et fière. Dis-toi que si tu es faible… c’est là qu’on t’exploitera, et que tu sombreras encore plus dans la souffrance. C’est toi qui dois faire tes choix et non laisser les autres les faire pour toi ! Impose-toi ! Si on tente de te faire souffrir ou de te dicter ta conduite, alors là, c’est toi qui auras toutes les cartes pour imposer tes choix.
Ichigo sortit à quatre pattes de sa couverture. Il avait les larmes aux yeux. Il murmura :
— Dans mon autre vie, j’étais fort ! Pourquoi je n’ai pas pu faire certains choix ?
— Oh… tu te souviens de ton autre vie ?
— Oui… et Ichigo pleura à chaudes larmes.
— Elle n’a pas eu l’air facile, cette vie-là !
Ichigo secoua lentement la tête.
— Si tu n’as pas pu faire ces choix à ce moment-là, c’est parce que tu n’étais pas préparé à les faire. Considère le fait que tu te souviennes comme une arme. Les deux capitaines… tu les connaissais avant ?
— Oui… c’étaient mes amis !
— Et apparemment, ils sont toujours attachés à toi.
Le garçon hocha la tête d’assentiment.
— Tu as des amis, Ichigo. Ces deux capitaines, mais aussi Hirako, Grimmjow, et surtout Byakuya, qui ferait n’importe quoi pour toi ! Vos relations sont assez particulières pour avoir perduré au-delà de la mort… Non ?
— Si…
— Alors réfléchis à ce que tu veux devenir. À ce que tu ne veux plus reproduire… Écoute ton cœur, Ichigo, mais ne laisse jamais ton orgueil t’empêcher d’aimer la personne qui est la plus chère à tes yeux.
Ichigo leva les yeux vers sa grand-mère.
— Byakuya et toi avez une relation très particulière, tu sais… Surtout, n’hésite pas à lui parler. Même si Grimmjow et Hirako sont également des amis très proches sur qui tu peux compter, Byakuya est sans conteste celui qui t’est le plus attaché, et auquel tu es le plus attaché. Ne laisse personne s’immiscer dans votre relation… Il sera l’équilibre dont tu auras besoin dans ta vie. Il était très inquiet quand il est parti pour l’Académie. Veux-tu lui écrire un message pour le rassurer ?
Ichigo scruta sa grand-mère quelques secondes et hocha finalement la tête.
— Viens manger avec moi, et après tu lui écriras une lettre. Je suis sûre que cela lui fera plaisir. Pense aussi à Hirako et Grimmjow, sinon Byakuya ne pourra jamais lire la sienne, dit-elle d’un ton moqueur.
Ichigo éclata de rire et sortit de ses couvertures. Il se sentait plus léger et, oui… il allait redevenir fort.
°0°0°0°
Byakuya, Hirako et Grimmjow étaient à leur cours de kendô. Tous les trois s’appliquaient consciencieusement pendant le cours. Ils étaient déjà sérieux avant, mais là n’était pas la question… Vu l’état dans lequel ils avaient laissé leur ami au Rukongaï, et surtout vu tout ce qui s’était passé, cela ne leur laissait rien présager de bon. Depuis une semaine, leurs professeurs se demandaient ce qui leur était arrivé pour qu’ils soient aussi sérieux et qu’ils enregistrent des progrès aussi phénoménaux. Des trois adolescents, Byakuya était celui qui progressait le plus rapidement.
À l’heure du déjeuner, le trio alla au réfectoire. Bientôt, un groupe de sempaï, de trois ans leurs aînés, vint les déranger.
— Alors, le trio… On dit que vous avez fait des étincelles cette semaine en cours ?
— On se demande pourquoi une telle envie de progresser… Une demoiselle en détresse ?
Tous éclatèrent de rire et l’un d’entre eux répondit :
— Ça m’étonnerait ! Ils ont trop l’air de bien s’entendre, tous les trois. Ça donne quoi, au lit, trois gars ?
— Une brochette ?
— Vos gueules ! grinça Grimmjow. Ce n’est pas parce que vous n’avez aucun résultat au bout de quatre ans à l’Académie qu’il faut venir nous voir en pleurant parce que votre bilan est quasi nul ! De toute façon, il est le reflet de votre personnalité !
— Wouah ! Grimmjow… Tu m’épates sur ce coup-là, fit Hirako. Tu m’as plus habitué à leur foutre sur la gueule qu’à nous faire une longue tirade. Attends, je vais vérifier ta température.
Hirako posa une main sur le front de Grimmjow, qui la repoussa violemment. Il laissa échapper un :
— Tss !
— Personnellement, je suis tout à fait d’accord avec Grimmjow.
Byakuya leva froidement les yeux vers leurs aînés et ajouta :
— Si vous êtes venus nous voir, c’est parce que vous avez des propositions à nous faire ? Vous voulez savoir si nous serions d’accord pour nous envoyer en l’air avec vous ? Sachez qu’il me serait impossible de vouloir vous grimper dessus, ou que vous me grimpiez dessus. Après tout, nous n’évoluons pas dans le même monde.
Le brun se leva, prit son plateau et alla le débarrasser. Un des sempaï attrapa la queue de cheval de Byakuya.
— Toi, tu te donnes des airs de faux noble et tu parles comme dans un livre, mais je vais te faire ravaler ta fierté à la con et bientôt tu vas crier de douleur, pauvre con !
Sans se démonter, Byakuya toucha un point vital de son agresseur (un vieux souvenir qui était remonté au passage), et l’autre se plia en deux de douleur.
— Putain ! Sale con… qu’est-ce que tu m’as fait ?
— Voilà… fit Hirako. Tu nous l’as énervé… bien fait pour toi. À ta place, je dégagerais, car je vais te marcher sur la gueule. Je dois retourner en cours, « sempaï ». Je ne voudrais pas arriver en retard par ta faute !
L’un d’entre eux voulut attraper Byakuya et Hirako, mais les deux garçons eurent tôt fait de l’immobiliser. La lueur dans leur regard était vraiment menaçante. Les deux sempaï sentirent leurs reiatsus les étouffer.
Grimmjow, qui n’en perdait pas une miette, se plaça derrière celui qui se relevait péniblement et lui balança son poing au visage. Il lui écrasa aussi les doigts au passage.
— Merde, je me suis sali les chaussures ! ‘tain, on trouve toutes sortes de merdes sur le sol, de nos jours. Bon, les gars, on doit y aller maintenant. Vous ferez joujou plus tard !
Byakuya et Hirako lâchèrent leurs deux victimes et suivirent Grimmjow, qui s’était déjà éloigné. Ils allaient retourner en cours quand ils furent arrêtés par le concierge de l’école.
— Oï ! Endo, Kasakura et Honjo, vous avez du courrier… Ça m’évitera de le mettre dans vos casiers !
— Du courrier ? firent les trois étudiants, surpris.
— Bah oui ! Tenez, regardez vous-même…
Les trois adolescents prirent chacun une enveloppe et virent qu’effectivement, elles leur étaient bien adressées.
— Qui a pu nous écrire ?
— Ichigo… murmura Byakuya.
— Quoi ? Ichigo nous aurait écrit ? fit Hirako.
— Y’a l’air ! dit Grimmjow en faisant un V de la victoire avec deux doigts.
Tout à coup, ils entendirent une voix gronder derrière eux !
— Oï, vous trois ! Si vous ne partez pas en cours tout de suite, je vous prends votre courrier !
— Tout de suite, sempaï ! hurlèrent les trois amis.
Ils détalèrent à leur cours de kidô. Ils glissèrent leurs enveloppes dans leurs uniformes et se concentrèrent sur les exercices qui leur étaient demandés.
°0°0°0°
Le soir, après avoir mangé, pris leur douche et réintégré leurs chambres, chacun sortit son enveloppe une fois au lit.
Alors que ses deux amis étaient dans la chambre à côté, Byakuya décacheta violemment l’enveloppe et observa le courrier. Son regard anthracite était curieux et, en même temps, excité. Il l’ouvrit finalement et lut le message très court d’Ichigo.
« Salut Byakuya,
Je sais que je vous ai fait peur lorsque vous êtes repartis à l’Académie. J’étais perdu. Byakuya… toi aussi, tu as des souvenirs d’avant ? J’en ai eu plein ce jour-là… pas de tout ! Une chance…
J’ai peur ! Et si ça recommençait comme avant ? Byakuya, tu seras encore là quand j’aurai besoin de toi ? Je ferai de mon mieux. J’ai promis à Grand-mère de devenir fort ! Grand-mère m’a dit que je devais le devenir pour imposer mes choix. Byakuya… c’est mal si j’ai besoin de toi ?
Enfin, tout cela pour dire que je me sens mieux. J’essaye de ne pas trop penser à « avant ». Je veux devenir un autre Ichigo. Enfin, je sais pas comment le dire. J’espère que tu me comprendras.
Tu me manques, Byakuya, et j’aurais aimé discuter avec toi. On le fera dans trois mois. En attendant, ne t’inquiète pas trop pour moi, et fais de ton mieux de ton côté, tandis que je ferai la même chose du mien.
À bientôt – Ichigo »
Byakuya ferma les yeux quelques instants. Il était surpris qu’Ichigo prenne la peine de leur écrire, à tous les trois. Il devait être inquiet pour eux… Il lui répondrait le lendemain. Il replia soigneusement l’enveloppe. Il se leva de son lit et mit sa missive dans son livre de chevet.
Il se rallongea sur son lit et réfléchit à la situation. Il était lui-même très perturbé par ses souvenirs de sa vie « d’avant », comme disait Ichigo. Il comprenait que le plus jeune soit un peu plus déstabilisé que lui. Il ne savait plus si les sentiments qu’il éprouvait pour le plus jeune étaient ceux qu’il avait en tant que Byakuya Kasakura, ou bien s’ils étaient dus à Byakuya Kuchiki. Être le même sans l’être vraiment… Un passé si lourd à porter. Quoi qu’il en soit, il protégerait l’orangé.
°0°0°0°
Hirako avait lu la lettre d’Ichigo. Cela lui avait brisé le cœur. À croire qu’il devait toujours tout surmonter tout seul. Grimmjow, qui était dans le lit au-dessus de lui, se pencha et son buste pendit vers le lit d’Hirako
— Il dit qu’il ne faut pas qu’on s’inquiète pour lui…
— Pfff… comme si on pouvait ne pas s’inquiéter… l’andouille !
— Ouais ! Byakuya va se faire deux fois plus de mouron pour Ichigo, maintenant.
— Comme nous !
— Ouais… demain, on va s’entraîner au lieu d’aller à leur stupide fête ?
— Moi, c’est ce que je ferai… Toi, tu vois de ton côté !
— Bah… les fêtes, j’aime bien ça… Surtout pour foutre le bordel, à vrai dire, mais mon cœur n’y sera pas. Autant que je vienne avec toi !
— Pas la peine de demander à Bya !
— Ok ! On lui dira demain matin, comme ça on pourra faire des tours dans les combats !
— Allez, dors, sinon demain tu vas baver sur mon épaule !
— Ta gueule, le blondinet ! Et bonne nuit…
— Ouais ! Bonne nuit !
°0°0°0°
Le lendemain, les trois adolescents se retrouvèrent sur un terrain d’entraînement. Ils commencèrent par des sorts de kidô. Byakuya était le plus doué des trois, quoique Hirako ne fût pas mal non plus. Grimmjow avait beaucoup plus de mal.
Au bout d’une heure de lancés de sorts, ils en eurent assez et passèrent à des combats à un contre deux. Cette fois-ci, c’était Grimmjow qui s’en sortit le mieux. Quoique Hirako fût pas mal non plus.
Ils finirent par une méditation avec leur zanpakutô, et leur entrée dans leur monde intérieur. Ils étaient à égalité…
À la fin de l’après-midi, ils avaient revu tout ce qu’ils avaient appris durant la semaine. Ils montèrent se changer et firent leurs devoirs, bien décidés à devenir les meilleurs.
Byakuya en profita pour répondre à Ichigo.
« Bonjour Ichigo,
Je comprends le trouble que tu ressens. Je vis la même chose, et tout cela ne semble pas facile. Mais je suis sûr que nous trouverons une solution. J’aurais aussi beaucoup aimé discuter de tout cela avec toi. Il nous faudra donc être patients.
N’aie pas peur, Ichigo. Je serai toujours là pour toi. Et non, ce n’est pas mal d’avoir besoin de moi… J’ai besoin de toi moi aussi. En quelque sorte, nous avons besoin l’un de l’autre pour progresser.
Je te comprends parfaitement lorsque tu écris que tu veux devenir un autre Ichigo. J’ai les souvenirs de Byakuya Kuchiki et je veux être autre chose que ce que j’ai été. Je ne sais pas si je serai meilleur ou pire. Ce qui est sûr pour moi, c’est que je veux toujours être près de toi et te protéger !
Je fais aussi de mon mieux pour devenir plus fort. Ne le deviens pas trop de ton côté, sinon je ne servirai plus à rien !
À bientôt, Ichigo. Prends soin de toi et de ta grand-mère.
J’ai hâte d’être dans trois mois.
Byakuya Kasakura. »

Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)