Shinji regarda attentivement Unahora. Il vit qu’elle ne plaisantait pas.
— J’ai suivi exactement la prescription que vous m’aviez donnée il y a plus d’une centaine d’années, Hirako-san.
Le blond ne réagit pas lorsqu’elle utilisa son ancien nom. Le médecin soutenait le regard mécontent du Vizard.
— Écoutez… Je n’abuse pas de vous, et de quel droit me le permettrais-je ? Vous savez que je ne vous mentirai jamais sur ce genre de chose.
— Exact !
Shinji savait qu’elle avait raison. Il ne lui restait plus qu’une solution, et cela devait se passer dans le monde… des humains. Le blond devait retrouver rapidement ses anciens amis pour qu’ils l’aident à se maîtriser avant qu’il ne soit trop tard. Les pilules n’avaient plus aucun effet sur lui. Il se leva et voulut partir.
— Vous allez partir, Hirako-san ?
— Mon nom, maintenant — et habituez-vous, Unahora-sensei — c’est Endo !
Il tenait le chambranle des deux mains, le front posé contre la tranche du shōji, le visage légèrement de biais pour l’observer de ses yeux mi-clos.
— Shinji Hirako est mort !
Unahora se leva et planta son regard dans celui du Vizard.
— Quel que soit le nom que vous porterez, ou vos incarnations, vous resterez toujours un ami pour moi, et ce quels que soient vos efforts pour m’en dissuader ! Rejoignez Ikkaku-san, il va finir par s’inquiéter.
— Tss ! Pourquoi ? finit par demander Shinji.
— Pourquoi je ne vous dénonce pas ? Parce que je n’étais pas d’accord pour qu’Ichigo-kun aille dans la Division Zéro. Ukitake n’a pas retenu la leçon. Même si c’était un ordre, je ne l’aurais pas fait partir si jeune. C’est pourquoi je vous aide… Il faut que vous alliez le retrouver. Ichigo n’est qu’un enfant, et il a tant de pouvoirs et… de souvenirs…
Unahora avait à peine prononcé les derniers mots qu’elle alla s’asseoir, épuisée, sur l’un des sièges de la salle. Les mains jointes sur les genoux, ses yeux balayaient l’environnement familier.
— Hirako-san… vous serez toujours, pour moi, Hirako !
Le voyant sursauter une nouvelle fois à ce nom, elle ajouta :
— Revenez vivant…
Shinji se détacha de la porte, lui lança un dernier regard et quitta la pièce. Il sortit, puis s’arrêta pour observer le couple que formaient désormais Grimmjow et Byakuya. Même s’ils ne lui en avaient pas parlé lorsqu’ils s’étaient retrouvés, leurs regards et certains gestes ne le trompaient pas… pas après tout ce qu’il avait vécu avec son mari. Le brun et le bleuté faisaient de leur mieux pour que le blond ne se rende compte de rien, mais Shinji avait l’impression de revoir Ichigo et lui à une certaine époque. Sa détermination s’en trouva renforcée. Il reprit sa marche et passa près de ses deux amis, qui l’abordèrent.
— Shin ! s’écria Grimmjow. Dis-nous, à la fin, ce qu’elle t’a dit au moins !
— Ne te fais pas tuer.
— Hum… toussota Byakuya. Cela a le mérite d’être clair.
Shinji continua sans se retourner. Il ne voulait pas affronter une nouvelle fois le regard de ses amis. Puis une main puissante se posa sur son épaule frêle et l’arrêta.
— Dis-nous exactement ce que tu vas faire, imbécile. N’oublie pas que nous sommes tes seuls amis et que, nous aussi, nous voulons récupérer l’autre idiot !
Le Vizard se retourna. Il croisa d’abord les yeux bleus de Grimmjow, puis ceux de Byakuya, qui les rejoignait calmement.
— Écoutez ! Je vous remercie de vous joindre à moi. Mais cette fois-ci, je dois retourner dans le monde humain… et sans vous. Je reviendrai, je vous le promets. Je ne sais pas combien de temps cela prendra. Il faut que je les retrouve, et je dois aussi les convaincre. Et puis…
Un léger sourire se dessina sur ses lèvres lorsqu’il ajouta :
— Je crois que, comme tout couple, vous avez besoin d’un peu d’intimité !
Grimmjow lâcha Shinji, qu’il tenait encore inconsciemment, et Byakuya ouvrit de grands yeux.
— Vous pensiez que je ne l’avais pas vu ? Vous pouvez jouer avec les autres, mais pas avec moi !
Byakuya se tenait maintenant à côté de Grimmjow, et les deux adolescents se regardèrent, un peu gênés. Ils avaient été découverts par celui-là même à qui ils essayaient de le cacher, pour ne pas remuer le couteau dans la plaie.
— Baka ! Comme si ça pouvait me blesser… finit par dire le blond, face à leur silence étonné. Ça ne fait que renforcer ma détermination à retrouver mon imbécile de mari.
— Vous n’êtes plus marié, rétorqua abruptement Grimmjow, surpris.
— Ce n’est plus qu’une question de temps. Je le retrouve et nous nous marions à nouveau aussitôt. Même si je dois traîner un prêtre avec moi lors de nos retrouvailles… Pas question que je le laisse seul à nouveau, ce crétin.
Le ton de Shinji s’assombrit, et une aura meurtrière l’entoura quelques instants.
— Je tuerai tous ceux qui se mettront entre nous, ou qui essaieront encore de profiter de lui d’une façon ou d’une autre !
— Nous t’y aiderons, Shin ! approuva Grimmjow.
Ce dernier sursauta quand Byakuya enroula sa main autour de son coude, en un geste affectueux. Leurs regards se croisèrent, et le brun ajouta :
— Quiconque essaierait de toucher à l’un d’entre nous… ou tenterait de nous séparer…
Un silence s’installa. Byakuya reprit calmement :
— Comment comptes-tu te rendre dans le monde des humains ?
— J’utiliserai la porte !
— Elle est gardée, rétorqua le bleuté. Et même bien gardée, pour je ne sais quelle raison !
— Ikkaku m’a dit que de nouveaux troubles auraient éclaté depuis quelque temps avec les Soul Evils.
Un bref silence accompagna ces paroles, chacun se souvenant de sa propre mort. Le Vizard soupira, puis posa un dernier regard sur ses amis.
— Je reviendrai, et nous irons ensemble le chercher, même par la force ! Alors ne dormez pas sur vos lauriers pendant mon absence.
Aucun des trois ne put ajouter un mot, et Shinji les quitta sans se retourner. Il était impatient de retrouver les autres Vizards. Le temps pressait, et surtout, il sentait qu’il ne pourrait bientôt plus se contrôler.
Le blond rejoignit Ikkaku, qui l’attendait avec quelques hommes près du Sōkyoku. Le capitaine de la 11e division s’avança discrètement vers lui et lui chuchota :
— Tu auras peu de temps.
— Je le sais.
— « Ils » ne viendront pas ?
— Non.
Les deux hommes se regardèrent, complices.
— Reviens vite.
— Aussi vite que je le pourrai.
Ikkaku fit un geste et tous ses hommes se levèrent d’un même mouvement. Après un dernier regard vers Shinji, il donna le signal, et bientôt une mêlée s’ensuivit dans une confusion totale. Profitant de la pagaille, le blond ouvrit la porte et s’engouffra dans le tunnel avant qu’on ne puisse l’attraper. Il le traversa aussi vite qu’il le pouvait et se retrouva brutalement dans le magasin d’Urahara… enfin, en dessous, et dans ce qu’il en restait.
Shinji contempla la grotte, toujours intacte depuis le départ du scientifique hypocrite. En un instant, il se retrouva devant l’échelle, qu’il grimpa rapidement. À sa surprise, il se retrouva à soulever une plaque d’égout. Il sortit et regarda autour de lui. Il faisait nuit noire, et il se trouvait dans une ruelle, entre deux bâtiments de béton. Le Urahara Shōten avait disparu. Shinji replaça la plaque et s’éloigna de sa cachette.
Le Vizard constata que la ville de Karakura avait bien changé. Fini les petites maisons et les quartiers tranquilles de la banlieue de Tokyo : désormais, de grandes tours avaient fleuri un peu partout. Shinji prit de la hauteur pour mieux se rendre compte des changements. Il siffla entre ses dents. Une bourrasque de vent vint le fouetter, et ses longs cheveux blonds se soulevèrent, lui cachant en partie le visage.
Il ferma les yeux et sentit son propre Hollow s’agiter, tentant malgré tout de prendre le contrôle. Il finit par faire taire cette voix sépulcrale et se concentra plus intensément, à la recherche d’un reiatsu familier — ou, à défaut, d’un reiatsu puissant. Au bout d’un bon quart d’heure, il ne sentait toujours rien. Comment les retrouver ?
Il se dirigea vers le centre-ville et se mêla à la foule. Il observa attentivement la manière de communiquer des vivants et remarqua que ces derniers utilisaient une espèce d’oreillette toujours collée à l’oreille. Comment cela fonctionnait-il ? Pas de cadran, rien pour composer un numéro.
Beaucoup passaient à travers le blond sans le voir, ce qui finit par l’exaspérer. Il se posta alors dans un endroit tranquille. De là, il repéra un jeune homme qui semblait avoir des difficultés avec son appareil. L’un de ses amis lui proposa son aide. Shinji se déplaça instantanément à côté d’eux et écouta la conversation. C’était vraiment un coup de bol : cette panne impromptue tombait à pic.
Bientôt, il trouva le moyen de subtiliser un appareil et se cacha dans un endroit sombre. Il le plaça contre son oreille et le laissa se connecter à sa mémoire. Vive la nanotechnologie ! songea-t-il.
L’appareil fouilla dans ses souvenirs et, bientôt, Shinji sentit son corps fourmiller de sensations inconnues. Une belle saloperie, surtout ! Peu après, il entendit une voix qu’il pensait ne plus jamais entendre.
— Qui me contacte ? fit la voix contrariée de Kensei.
Shinji reprit sa respiration et répondit d’un ton assuré :
— Moi.
Un silence.
— Putain, Shinji, c’est toi ?
— Oui et non… Je suis sa réincarnation, et j’ai besoin de vous pour maîtriser à nouveau mon Hollow, et rapidement.
— Où es-tu ?
— À Karakura.
— Merde ! ragea Kensei.
— Que se passe-t-il ?
— Pour nous déplacer actuellement, c’est extrêmement compliqué. Nos codes-barres ont une restriction, et nous ne pouvons pas aller si loin sans au moins prendre un transport en commun.
— Code-barres ? demanda Shinji.
— Un code qu’on tatoue sur le cou de chaque individu. Ça permet aux humains de parquer les gens dans différentes catégories et de maîtriser ceux qui ne rentrent pas dans le rang.
— C’est quoi, ce monde de fous ? On s’en fout ! J’ai besoin de vous voir. Où êtes-vous ? Je ferai la moitié du chemin s’il le faut !
— Nous sommes en Chine.
— Qui est encore avec toi ? demanda Shinji, curieux.
— Rose, Risa et Hatch.
— Les autres ?
— Tous morts.
Un silence plana, puis Kensei reprit :
— Ichi est avec toi ?
— Non…
— Je pens…
— Il a été kidnappé, Kensei ! Et je dois le retrouver pour le ramener à la Soul Society.
— Qui ?
— La Division Zéro.
— Putain !
— On se rejoint sur l’île de Tsushima. Vous pouvez aller jusqu’en Corée du Sud ?
— C’est dans nos possibilités, mais on devra abandonner nos gigai.
— On se retrouvera grâce à nos reiatsu. Qu’importe le temps que vous mettrez… ou celui que je mettrai : plus tôt nous nous retrouverons, plus tôt nous pourrons régler mon problème.
— Shinji…
— Oui ?
— Abandonne ton moyen de communication ! Les humains écoutent toutes les communications, et c’est aussi un moyen de repérage.
— Je ne vais pas le collectionner. Surtout une saloperie pareille ! ironisa Shinji.
Kensei rit doucement, et les deux hommes se quittèrent. Shinji voulut retirer le téléphone de son oreille et se rendit compte que la « bestiole » avait fait des connexions avec son conduit auditif. Il cilla, puis serra ses doigts autour de l’appareil-sangsue et l’écrabouilla d’une pression.
Il se propulsa dans les airs, observa l’horizon et trouva sa direction. Il fonça droit devant lui. La détermination qu’il affichait aurait fait hésiter plus d’un adversaire. Le cœur de Shinji chantait de joie…
Le paysage qu’il survolait ne présageait vraiment rien de bon pour son séjour chez les humains. Voir ce qu’était devenu le Japon fut un véritable choc. Il se demanda si tous les pays étaient devenus aussi fous. Certainement, si les machines fusionnaient avec les hommes, si un système GPS était implanté en permanence, et, pire encore, si l’on était tatoué comme de vulgaires animaux menés à l’abattoir. Il était heureux d’avoir pu échapper à tout cela et de pouvoir retourner à la Soul Society.
Shinji mit exactement trois jours pour arriver à destination. Le manque d’énergie spirituelle et l’atmosphère particulièrement lourde qui entouraient désormais la Terre ne lui disaient rien de bon. Était-il en enfer ? En tout cas, pas très loin…
Une fois sur l’île de Tsushima, il essaya de capter le reiatsu des Vizards qu’il n’avait pas vus depuis tant d’années. Il se posta près de la mer, du côté coréen, et laissa son reiatsu l’entourer pour que ses amis le retrouvent. Le blond se tenait debout face à la mer ; son hakama et ses cheveux étaient les seuls éléments qui auraient pu laisser deviner qu’il était en vie — enfin, pour ceux qui voyaient les âmes… et Shinji douta fortement de cette possibilité.
Soudain, il sentit approcher de formidables énergies spirituelles, ce qui lui fit ouvrir les yeux.
Trois formes se distinguèrent et atterrirent devant lui. Shinji croisa les regards des Vizards, entourés d’un reiatsu écrasant, sans aucun rapport avec celui des shinigamis de la Soul Society. Kensei s’approcha, suivi de Rose, Risa et Hatch, tous stupéfaits de voir un Shinji adolescent et surtout… « en vie » !
Pour qu’aucun doute ne subsiste, Shinji laissa éclater sa propre énergie, les enveloppant de son « parfum ». Le visage des autres Vizards s’éclaira enfin !

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