
La journée avait paru exceptionnellement longue à Ichigo. Il avait décidé de se rendre, ce soir même, sur le lieu de travail de Jaggerjack. Il n’avait pas vu Nnoitra et se dit que ce n’était pas plus mal. À peine eut-il fini son travail qu’il se précipita dehors et faillit bousculer Hirako Shinji, qui venait à sa rencontre.
«Excusez-moi, Hirako-san… j’ai un rendez-vous…
— Mais, je…
— Excusez-moi, Hirako-san, je suis pressé! »
Shinji observa la silhouette qui s’effaçait au détour du couloir, emportée par la précipitation. Il n’avait décidément pas de chance avec Kurosaki. Peut-être que ce n’était pas le moment d’intervenir? Shinji haussa les épaules: il avait tout son temps.
Nnoitra vit passer devant lui le bibliothécaire et le trouva anormalement animé. Comme si… Il fronça les sourcils. Se pouvait-il qu’il ait remis le couvert avec Jaggerjack? La voix de Szayel et de Nell le tira de ses pensées…
«Arrête de rêvasser, Jiruga… j’ai oublié mes affaires au labo…
— C’est ton problème, pas le mien, Szayel! » rétorqua sèchement Nnoitra.
«Écoutez, les garçons… si nous voulons finir notre devoir, il va falloir que tout le monde y mette du sien.
— Où est passé Tessla? » demanda Nnoitra.
«Euh… je crois qu’il voulait parler à une fille. Il a dit qu’il viendrait nous voir tout à l’heure…» répondit tranquillement Nell.
Nnoitra soupira… une fille! Lui ne pensait qu’à Kurosaki depuis qu’il l’avait rencontré. Merde! La vie n’était pas juste! Depuis quand s’intéressait-il aux hommes?
°°0°0°°
Le taxi traversa rapidement les abords du campus, mais ralentit en abordant la ville. Puis il reprit sa route pour arriver à Karakura. Ichigo ne savait pas à quoi s’attendre. Tout ce qu’il voulait, c’était la vérité. Et il y avait aussi cette émotion qui l’avait troublé lorsqu’il avait cru reconnaître le visage de… Grimmjow.
Le véhicule s’arrêta sur le bas-côté et Ichigo descendit en fixant l’entreprise devant lui. Il ferma la porte et le taxi reprit sa route. Le vent frais du début de l’automne souleva ses cheveux roux. Cet endroit lui disait vaguement quelque chose; il n’y était sûrement pas venu très souvent, il en avait l’intime conviction. En tout cas, c’était bien plus grand que ce qu’il imaginait.
Le bâtiment n’avait qu’un étage. Les murs blancs étaient impeccables et fraîchement repeints. De lourds véhicules étaient sagement parqués dans la cour. Ichigo déchiffra une pancarte où était indiqué le mot «accueil». Le roux se dirigea vers la porte, le cœur battant. Il entra et vit une jeune femme blonde, derrière un bureau, en train de classer des dossiers.
Elle releva la tête et se figea en le reconnaissant, visiblement.
«Kurosaki-san… Ça fait longtemps… enfin, excusez-moi…»
Ichigo avait l’impression que son cerveau entrait en ébullition. Il demanda d’une voix enrouée:
«Excusez-moi… nous nous connaissons? J’avoue avoir perdu une partie de ma mémoire…
— Je suis Tia Hallibel… l’assistante de Jaggerjack-san. Cela fait un petit moment que vous n’étiez pas venu au bureau… C’est peut-être pour cela que vous ne me reconnaissez pas.
— Non! Je suis en partie amnésique. Ne vous excusez pas…»
Ichigo s’approcha du comptoir et posa ses mains tremblantes dessus. Il fixa Hallibel avec attention et demanda:
«Je souhaiterais voir Jaggerjack Grimmjow…
— Il n’est pas là! Il est sur un chantier à Tokyo et ne rentrera pas avant ce soir, ou peut-être rentrera-t-il directement chez lui… Enfin, je veux dire… j’ai su que vous n’étiez plus avec Jaggerjack-san…
— Ne vous excusez pas! » s’exclama Ichigo, confus de l’embarras évident de la jeune femme. «Je ne me souviens plus de l’adresse. Pouvez-vous me la donner, s’il vous plaît? Je…
— Non! Je suis désolée… mais Jaggerjack-san m’a interdit de donner son adresse à quiconque. Même si c’est vous qui le demandez… Si vous ne vous en souvenez pas, je ne peux rien faire pour vous. Comprenez-moi… je tiens à ma place.
— Je comprends… Pourtant, vous pourriez faire en sorte… enfin, comme si je me souvenais de ce détail? » déclara Ichigo avec espoir.
«— Non! Je ne tenterai pas ma chance. J’en suis désolée.»
Ichigo resta longuement accoudé au comptoir, sans savoir quelle décision prendre. L’air fermé de la jeune femme montrait toute sa détermination à ne pas faillir à son poste. Finalement, il demanda:
«Pourriez-vous au moins lui laisser un message de ma part?»
Tia posa sa pile de dossiers et rejoignit Ichigo au comptoir. Elle sortit, de dessous, une feuille à l’effigie de la société et un crayon. Elle posa discrètement une enveloppe tandis qu’Ichigo écrivait son message.
«Jaggerjack-san,
Je ne souhaite pas vous harcelez et se sera ma dernière tentative pour vous contacter. Je souhaiterai vous rencontrer pour que je puisse retrouver une partie de ma mémoire. Il y a un grand vide que je n’arrive pas à combler. Je sais que vous faites partit de mon passé. Alors, s’il vous plaît accordez-moi un rendez-vous… Je vous laisse mes coordonnées…. Même si vous ne m’appelez pas tout de suite.
Sincèrement Kurosaki Ichigo»
Quelques minutes plus tard, Ichigo ferma l’enveloppe, ne sachant quoi ajouter. Il la tendit à Hallibel, qui fixa la missive un instant. Lorsqu’elle voulut parler, Kurosaki avait déjà quitté les murs de l’entreprise. Elle se racla la gorge, mal à l’aise, et traversa le couloir pour frapper à la porte de son employeur.
«Entrez!
— Un courrier… Jaggerjack-san.»
Grimmjow haussa un sourcil, surpris, et demanda:
«La poste n’est déjà pas passée?
— C’est de… Kurosaki-san…»
Le cœur de Grimmjow eut un raté. Il se leva d’un bond. Hallibel continua:
«Il vient de me la donner.
— Il était ici?
— Hai! À l’instant… mais vous m’aviez dit de dire que vous n’étiez pas là et…»
Hallibel vit le dos de son patron s’enfuir à l’extérieur de l’entreprise. Grimmjow courut comme un dératé et arracha presque la porte d’entrée. Ichigo était venu jusqu’ici pour le rencontrer. Quand il avait donné l’ordre à Hallibel, c’était sous le coup de la colère; il avait oublié cet ordre stupide… sans se douter une seconde qu’Ichigo viendrait jusqu’à lui.
Grimmjow s’arrêta sur le parking et observa la route, à droite, à gauche… personne. Quelques passants marchaient vite pour échapper au vent devenu mordant. Grimmjow jura et passa une main lasse dans ses cheveux. Il retourna dans son bureau d’un pas lent. Il se trouva stupide. Puis il se souvint de la promesse faite à Isshin… et de ses menaces. Et enfin, il songea à Hisagi… Son cœur se serra. Ils venaient seulement de débuter leur relation. Que devait-il faire?
Il trouva l’enveloppe sur son bureau et, après l’avoir longuement observée, la rangea au fond de son tiroir. Il avait eu beaucoup de mal à se sortir de la tête le visage d’Ichigo… et n’était pas encore guéri, apparemment. Il ne devait pas… il ne pouvait pas le rencontrer, ni lui parler. Peut-être un jour, mais pas maintenant. Il aurait trop mal, comme à cet instant.
°°0°0°°
Ichigo entra dans son appartement, dépité. Il était passé voir ses parents, profitant d’être à Karakura. Il leur avait avoué son passage dans l’entreprise de Grimmjow. Sa mère était devenue très pâle. Ichigo lui avait affirmé ne pas l’avoir rencontré et que, de toute façon, son énigmatique ex-compagnon refusait de le voir. Même s’ils n’avaient rien dit, ses parents semblaient rassurés.
Maintenant seul, il se jeta sur son lit. Il allait devoir construire sa vie avec un trou immense dans son passé. Difficile de bâtir un avenir sur du vide, s’il y pensait bien. Ichigo se demandait comment avait été leur vie, à tous les deux. Il ne savait plus par quel bout prendre son destin… puis opta pour l’option la plus simple: avancer au jour le jour. Ce ne serait déjà pas si mal, vu le tournant que prenait sa vie.
°°0°0°°
Le silence de la pièce était confortable. Les rares bruits étaient le grincement discret d’une chaise, les pages qui se tournaient ou le cliquetis léger d’un clavier. Ichigo aimait cette atmosphère feutrée. Plongé dans la base de données de sa bibliothèque, il sursauta lorsqu’une voix chuchota:
«Kurosaki-san…»
Ichigo leva les yeux et rencontra ceux de Nnoitra Jiruga.
«Que puis-je pour vous, Nnoitra-kun?
— Vous avez repensé à ma proposition?»
Une légère coloration marbra les joues d’Ichigo, qui ne s’attendait pas à se faire relancer en plein travail. La colère brilla dans son regard et il répliqua, sèchement, mais à voix basse:
«C’est toujours non!
— Tss… vous ne courez pas beaucoup après vos souvenirs! Quoique… vu comment vous étiez à l’époque…» se moqua Nnoitra.
Ichigo dévisagea le jeune homme avec attention et son cœur se mit à battre plus vite. Savait-il quelque chose sur sa vie? Pourtant, s’ils ne s’étaient croisés qu’une seule fois…
«J’vous laisse… vous avez l’air occupé!
— Attendez!»
Ichigo se crispa: il avait crié sans s’en rendre compte. Il toussota et Nnoitra vint s’accouder au comptoir du bibliothécaire, un demi-sourire aux lèvres.
«Vous voulez savoir?
— Oui… je veux savoir. Je voudrais pouvoir tourner une page…» Ichigo baissa les yeux vers son bureau et avoua: «C’est compliqué de construire quelque chose sur du vide…»
«— Écoutez… j’veux juste qu’on prenne un verre ensemble…
— Pourquoi? » demanda Ichigo, intrigué par l’insistance du jeune homme. Peut-être aussi pour le déstabiliser…
«— Parce que vous m’intéressez!»
Nnoitra se pencha un peu plus et regarda Ichigo avec sérénité. Son sourire s’était effacé, et le cœur d’Ichigo se mit à battre plus fort. Les yeux sombres étaient petits et pourtant, quand on se trouvait suffisamment près — comme maintenant — une foule d’émotions y circulait. Le violet de ses prunelles sembla s’assombrir, comme si un désir violent s’y lovait. Ichigo y voyait de la détermination… et une franchise dont il ne se sentait pas capable lui-même.
«Depuis que nous nous sommes croisés la première fois, vous m’intriguez… vous paraissiez si effacé derrière votre mec, et pourtant vous étiez prêt à affronter votre phobie pour lui! Vous hantez mes nuits, Kurosaki-san…»
Ichigo déglutit. Nnoitra avait chuchoté chacun de ses mots et pourtant, Ichigo s’accrochait à ses lèvres; son regard suivait d’ailleurs le mouvement de sa bouche. Lorsqu’il leva les yeux pour affronter son regard, un frisson le traversa.
«J’vous demande pas d’couchez avec vous… j’vous demande pas de devenir mon petit ami… simplement d’aller boire un verre et… ça ne serait pas la première fois…»
Ichigo parut réellement surpris. Nnoitra se redressa et pianota de ses longs doigts fins sur le comptoir. Aucune animosité ne filtrait de sa haute silhouette. Ses longs cheveux noirs cachaient en partie son visage sérieux. Ichigo songea qu’il n’avait rien à perdre… pourquoi pas, après tout. Il ne se passerait rien entre eux mais, au moins, il récupérerait une partie de ses souvenirs…
«Très bien! J’accepte…»
Nnoitra eut un sourire victorieux et cessa immédiatement de pianoter.
«Mais il n’y aura rien entre nous…» précisa Ichigo.
«— Ok! Juste un rendez-vous… amical…» sourit Nnoitra.
«— Oui… amical…» souffla Ichigo, comme pour se persuader lui-même.
«— Je peux donc me considérer votre ami, Kurosaki-san… Je peux vous appeler par votre prénom?
— N’allez pas trop loin, Nnoitra-kun…
— Ok… c’est précipité pour ça… mais évitez le Nnoitra-kun durant notre rendez-vous. Vous pourrez m’appeler Jiruga…
— Dans tes rêves!» grinça des dents Ichigo.
Nnoitra éclata de rire. Ichigo le foudroya du regard et le menaça en chuchotant:
«Maintenant, si vous n’avez plus rien à faire ici… déguerpissez!
— Ok, ok… mais donnez-moi d’abord une date…
— Je peux m’adapter… je ferai en fonction de vos possibilités…
— Vous êtes… arrangeants…» marmonna Ichigo en le fixant droit dans les yeux.
Le jeune homme lui rendit son regard, un léger sourire aux lèvres.
«Je ne veux pas vous servir d’excuse pour vos travaux!
— Vous êtes mignon en colère, vous savez…
— Foutez-vous encore de moi et j’annule!» grinça Ichigo, qui s’était redressé pour se sentir moins écrasé par la stature de l’étudiant.
Nnoitra se pencha brutalement: leurs visages n’étaient plus qu’à quelques centimètres, leurs souffles se mêlaient.
«Kurosaki-san… ce samedi soir me conviendrait parfaitement… vous pourrez même vérifier l’avancement de mes travaux…
— N’abusez pas…
— J’ch’suis prêt à faire tous les efforts…»
Un sourire carnassier fleurit sur ses lèvres. Il fixait Ichigo avec une telle insistance que ce dernier répondit, ne voulant pas perdre au petit jeu de son adversaire.
«En soirée… de préférence», termina Nnoitra.
«— 20 h?» répondit Ichigo, en murmurant, furieux.
«— Ça marche!» répliqua Nnoitra, triomphant une nouvelle fois, avant de se redresser brusquement. «Donc, à samedi… Kurosaki-san…»
Ichigo voulut répondre mais Nnoitra quitta les lieux en saluant Hirako Shinji, qui les fixait, les yeux plissés. Ichigo se rendit compte, au départ de Nnoitra, qu’ils avaient été le point de mire de la bibliothèque. Il se racla la gorge puis se rassit, comme si de rien n’était. Il reprit son travail, et la voix d’Hirako Shinji remplaça celle de Nnoitra.
«Ainsi, vous accordez des rendez-vous à un étudiant?»
Ichigo ne leva pas la tête et continua son travail, tentant de paraître indifférent.
«Cela ne vous regarde pas, Hirako-san…
— C’est un de mes élèves! » protesta Hirako.
«— Et alors? Il est majeur… et moi aussi… où est le problème?
— Je voulais vous invitez…»
—
Ichigo leva les yeux et fixa, étonné, son interlocuteur. Hirako ne souriait pas comme à son habitude. Il reprit, sombrement:
«Il est plus jeune que vous… beaucoup plus jeune… quel intérêt pour vous d’entretenir une relation qui ne durera pas plus d’un ou deux mois? Ou bien, c’est seulement pour une nuit? Je ne pensais pas que vous étiez ainsi…
— Hirako-san… ce que je fais de mes nuits, avec qui je sors, ou quoi que ce soit qui se rapporte à ma vie privée, ne vous regarde en rien!
— Je m’intéresse à vous, Kurosaki Ichigo! Alors, cela me regarde! Et ne me dite pas que vous ne l’aviez pas remarqué.» termina Shinji, sombrement.
Le bibliothécaire ne répondit rien. Il se souvenait des paroles d’Hanataru, mais avait repoussé cette éventualité. À présent, il devait l’affronter, et l’air très sérieux d’Hirako-san ne lui laissait aucune porte derrière laquelle se réfugier.
«Hirako-san… je… je suis incapable d’entretenir la moindre relation avec qui que ce soit…
— Sauf avec Nnoitra-kun?
— Cela ne vous regarde pas! » répondit calmement Ichigo.
«— Vous vous enflammez avec lui…
— Je ne vois pas le rapport…
— Vraiment? » ironisa Shinji. «Connaissez-vous la passion, Kurosaki-san? Et puis… n’oubliez pas que vous ne venez pas du même milieu»
Ichigo se raidit et son regard se voila. Un sentiment étrange étreignit le roux, qui détourna le regard pour cacher son malaise.
«Quand vous en aurez assez de courir après une certaine chimère… venez me voir! Quoique, je n’attendrai pas éternellement.
— Je ne souhaite pas établir une quelconque relation avec vous, Hirako-san…» répondit calmement Ichigo, blessé au fond de lui-même.
«— Comme vous le voulez… Mais faites attention à vous!
— Je ne suis pas un adolescent», rétorqua Ichigo.
«— Nnoitra-kun… lui, vient juste d’en sortir!»
Hirako Shinji haussa les sourcils et quitta la bibliothèque sans ajouter un mot, le dos très raide. Une multitude de souvenirs vinrent effleurer la mémoire d’Ichigo… Notamment un, qui se nommait Kuchiki Byakuya. Une pointe de douleur traversa son cœur et il sentit tout le poids de sa solitude s’abattre sur ses épaules.
Ichigo se réfugia dans son travail pour le reste de la journée. Quand il quitta la bibliothèque, il sortit son portable et appela Renji.
«T’as un problème?
— J’ai besoin d’air!
— Ah ouaih? Des problèmes?
— Non, besoin de boire un verre…
— Ok! Rejoins-moi à la fermeture. On ira au bar d’à côté et tu me raconteras… ou pas… ce qui te turlupine… Sinon, on parlera des femmes et de le…
— Je suis gay! » soupira Ichigo.
«— Ah… tu t’en souviens, maintenant! T’as flashé sur quelqu’un?» interrogea abruptement le commerçant.
«— La ferme! J’veux juste me changer les idées…
— Ok… ok… j’dis plus rien!»
Quelques minutes plus tard, Ichigo passa les portes de l’établissement et son regard tomba sur Nnoitra, accompagné d’une dizaine d’étudiants. Sa haute stature se détachait du lot. Il avait l’air heureux, même s’il affectait une mine renfrognée. Il était à l’aise avec son entourage, dans sa façon décontractée de se tenir… À quoi pensait-il? Ichigo fronça les sourcils et, au même instant, croisa le regard sombre de Nnoitra. Celui-ci lui lança un œil indéchiffrable.
Ichigo détourna le visage; ce ne fut pas le cas de Nnoitra. Le bibliothécaire ressentait la brûlure de son regard dans son dos. Que lui arrivait-il encore? Son portable sonna, et Ichigo décrocha, absent.
«‘tain, lâcheur! » déclara Ikkaku. «J’ai su qu’t’avais invité Renji à boire un coup! Et moi?
— T’es marié et t’as des gosses…
— J’ch’suis pas moine, imbécile!
— Ikkaku-san ne dira rien? » ironisa Ichigo.
«— J’dirai que j’ai une réunion! » déclara Ikkaku. «Et puis, c’est vrai, de toute manière. Faut qu’on se voie. Nous avons reçu une invitation à nous produire.
— Où ça?
— J’t’explique tout à l’heure! Mon rendez-vous vient d’arriver… À tout’!»
Ikkaku raccrocha brutalement et Ichigo soupira. Quand il tourna la poignée de sa porte, il se dirigea vers sa chambre et s’installa sur le sol. Un nouveau concert? Ichigo attrapa sa basse, brancha sa chaîne et posa un casque sur ses oreilles. Autant tuer le temps de manière efficace, et oublier… un certain Nnoitra Jiruga qui s’incrustait un peu trop dans ses pensées.
°°0°0°°
Installés autour d’une table, le quatuor discutait férocement. Ikkaku était un peu plus énervé qu’à son habitude.
«Merde! C’est une occasion en or! Pourquoi n’voulez-vous pas?
— J’n’ai jamais dit que je voulais être pro, Ikkaku! » répliqua calmement Ichigo.
«— Moi, c’est pareil», approuva Chad, sortant de son mutisme.
«— Ça m’tenterait bien… mais…
— Pas de mais, les gars! Et ce n’est pas pour être pro!
— Ikkaku! Moi, les petits cafés, pour sortir de notre routine, me conviennent…» déclara Chad.
«— Mais putain, c’est le…
— C’est pareil pour moi», fit Ichigo en attrapant sa pinte.
«— Kurosaki-san?»
Surpris, les quatre hommes se tournèrent et croisèrent le regard sombre d’un homme très grand — et très jeune. Renji, Madarame et Chad se tournèrent vers Ichigo, qui fronça les sourcils.
«T’l’connais?» demanda Renji, surpris.
«— On avait rendez-vous ce soir», déclara Nnoitra, moqueur.
Ichigo s’étouffa et foudroya Nnoitra du regard.
«Nous n’avions pas rendez-vous ce soir, mais samedi!
— C’est ton nouveau petit ami… enfin, «petit», c’n’est pas le terme! » déclara Madarame, en jetant un regard incrédule sur Nnoitra.
«— Non!» répliqua sèchement Ichigo.
«— Vous avez rendez-vous», rétorqua Chad.
«— Installe-toi avec nous!» déclara Renji, avec le sourire.
Nnoitra attrapa une chaise à la table d’à côté, sous les protestations des étudiantes, mais le regard de glace du jeune homme les réduisit au silence. Il s’installa et observa Ichigo avec un petit sourire moqueur. Le regard sombre de ce dernier lui fit comprendre combien il était énervé. La tension à la table monta brutalement.
«Donc, tu es le petit ami d’Ichigo, et depuis quand?» interrogea Renji, très curieux.
«— Ouaih! Il nous tient jamais au courant…» fit Ikkaku en avalant une large gorgée de bière.
«— Normalement, ça ne nous concerne pas», répondit Chad.
«— J’ch’suis heureux que tu sois là, Chad! » remarqua Ichigo.
«— Ah, Chad dit amen à tout c’que tu dis! » râla Ikkaku.
«— Donc, depuis quand?» demanda Renji, se moquant des réponses de ses amis.
«— Depuis aujourd’hui!» répliqua Nnoitra, une lueur de défi dans le regard, à l’intention d’Ichigo.
Le regard d’Ichigo changea: une lueur dangereuse brilla au fond de ses yeux. Il but tranquillement sa bière. Il allait laisser Nnoitra se débrouiller… mais réglerait ses comptes avec lui très vite. Peu importe ce qu’il dirait, il ne se laisserait pas marcher sur les pieds, et certainement pas par un gamin. Une rage sourde le submergea; pourtant, rien dans son attitude ne changea. Il croisa les jambes et s’installa plus confortablement. Il ne quitta plus Nnoitra du regard du reste de la soirée.
Il voulait qu’ils sortent ensemble? Très bien… Ichigo allait lui montrer ce qu’il lui en coûterait et lui ferait amèrement regretter d’avoir dépassé certaines bornes. Nnoitra, confusément, sentit le changement de comportement du bibliothécaire. Il ne savait pas ce qu’il avait déclenché, mais il était prêt à en subir les conséquences. Il voulait Kurosaki, et pas comme un ami… C’était des foutaises! Il le voulait comme amant… et qu’importent les risques qu’il prenait.
Renji, Chad et Madarame étaient conscients de la tension à leur table, mais ils n’avaient jamais vu Ichigo aussi en alerte. Quand il était avec Grimmjow, il était effacé; tandis qu’avec ce Nnoitra, il leur faisait penser à un prédateur. Cela promettait d’être très intéressant, durant les prochaines semaines. Et puis, même si Nnoitra avait l’air impressionnant, il ne paraissait pas être un mauvais bougre.
Un mot, une critique… ou un pavé, j’assume 😄 (et je lis tout !)